





                                  Le Patriarche


                           Le Deuxime Monde : Menocha


                             Florent (Warly) Villard


            Fra 11333 (63 avant Jsus-Christ) - Terre septembre 2003











Version: 0.4.7 - 29 dcembre 2005 - 0

Copyright 2003,2004,2005,2006 Florent Villard










Remerciements
-------------



 personne pour l'instant.

Deborah
-------



Carte
-----



Your father arrived, He is fine and is happy. He is alive and kicking ! And he feels
good. I must admit when we return back from Paris to Texas to leave France, by that
time I thought he really need you and all your attention and your help all the time.

Love, N.

Deborah lut distraitement la carte postale, pensa  une erreur et la passa, tout
en marchant vers la maison, derrire les autres lettres qu'elle venait de rcuprer
dans la bote. La plupart taient des lettres concernant l'exploitation, factures,
compte-rendus de compte bancaire ou rsultats divers. Rien qui ne la passionna et
elle remit  plus tard leur ouverture, cette journe du 3 aot resterait banale et
chaude.

Elle posa le courrier sur la table de la salle  manger et retourna dans le bureau
pour terminer la saisie fastidieuse des rfrences des produits pour le suivi de
la production. C'tait elle qui avait convaincu son pre de s'informatiser et de
grer leur exploitation ainsi, mais elle reconnaissait que c'tait bien moins amusant
que de parcourir le domaine  dos de cheval pour vrifier que tout se passait bien.

Elle avait augment la temprature de l'air conditionn  trente degrs, pas vraiment
dans l'objectif de faire des conomies, plus pour, un peu, participer  la prservation
des ressources d'nergie. Mais elle avait chaud et elle dcida finalement de baisser
la temprature de deux degrs, et de faire plus d'efforts le lendemain.

Il lui fallut encore deux heures pour terminer la saisie, entrecoupe de deux pauses
o elle but une canette de coca. Aprs tout si elle avait cd sur la clim elle pouvait
bien le faire aussi sur la boisson. Son pre arriva cinq minutes aprs qu'elle eut
termine, elle tait encore dans le bureau, ayant renonc  prparer quelque chose
 manger et jetant un oeil  ses courriers lectroniques.

Son pre vint la trouver dans le bureau et lui tendit la carte postale :

- Tiens, tu ne rcupres pas la carte, c'est pour toi.

Elle ne se retourna pas vers lui, elle tait nerve, sans doute parce qu'elle savait
que son pre allait la rprimander de ne pas avoir prparer  manger.

- Non, c'est une erreur.

Son pre regarda de nouveau la carte

- Une erreur ? C'est pas la fille de Melbourne ? Celle que tu avais vu en France
? Elle s'appelait Naoma, non ? "N.", c'est a ?

Deborah se leva subitement et alla prendre la carte dans les mains de son pre, elle
la regarda attentivement.

- Oui tu as raison, a vient de Melbourne, c'est sans doute elle. Mais je ne comprends
pas, elle dit que tu es all  Melbourne et que tu allais bien...

- Melbourne ? Jamais mis les pieds chez ses bagnards ! a la rendu folle, ta copine,
la mort du Franais.

Deborah resta silencieuse, elle se dit que peut-tre Naoma voulait lui dire quelque
chose. Son pre... Qui Naoma considrait-elle comme son pre ? Ylraw ? Non... Elles
avaient beaucoup parl, lors de son enterrement, en France, et elle savait trs bien
ce que faisait son pre...

Son pre la tira de ses rflexions pour le repas du midi. Elle le rejoint dans la
cuisine. Elle ne voyait vraiment pas o Naoma voulait en venir et se demanda si elle
n'avait effectivement pas perdu la tte comme son pre le suggrait. Ils mangrent
en silence deux hamburgers faits  la va-vite. Deborah pensa plus  ce qu'elle devait
faire dans l'aprs-midi qu' la carte, et son pre aimait, aprs les matines fastidieuses,
manger tranquillement sans penser  rien.

- Tu vois Billy ce soir ?

- Thoriquement.

Elle se leva pour dbarrasser les deux assiettes. Son pre resta pensif un instant.

- Tu sais si tu ne veux pas faire ta vie avec lui... Enfin... On peut s'arranger
autrement avec Ted... Et... Aprs tout on s'en sort dj pas si mal aujourd'hui...

Deborah dtestait souvent son pre, mais si elle l'aimait finalement tellement, c'tait
 cause de moments comme celui-ci, ou comme quand il avait renvoy Ted avec son fusil
alors que celui-ci tenter de lever la main sur elle. Elle se rapprocha de lui, se
pencha sur sa chaise par derrire et enlaa ses bras autour de son coup pour l'embrasser
sur la joue.

- Je sais papa, mais ne t'inquite pas, moi-aussi j'ai un peu d'ambition. Tu sais
ce que je pense de Billy, c'est juste que je dois rencontrer les gars pour le Mas
cette aprs-midi et qu' chaque fois ils me prennent la tte. En plus aprs j'ai
dit  John que j'irai lui montrer pour le rservoir.

- Tu peux voir Billy un autre jour.

Elle se releva.

- Oh il ne vaut mieux pas, voil dj deux semaines que je ne l'ai pas vu, il me
ferait sans doute une crise si je reportais encore.

Son pre se leva aussi :

- Je vais ramener le Ford  Bryan cette aprs-midi, a fait trois mois que je dois
le faire, et l'automne approche, autant que ce soit fait, j'irai voir pour l'enclos
des chevaux demain, a ne presse pas tant que a.

- Oui, de toute faon il est parti pour faire beau pendant encore pas mal de jours.
D'ailleurs il faudrait plutt qu'on s'occupe de trouver pourquoi le dbit de la pompe
est si faible du ct Sud.

- Ah oui, ben je peux y passer cette aprs-midi et... Non non je vais vraiment mener
le Ford, j'irai voir pour la pompe demain matin ; ou je demanderai  quelqu'un d'y
aller.

- Le mieux serait que tu y ailles avec Pedro, c'est lui qui avait rpar l'ancienne,
il y a trois ans.

Ils parlrent encore un moment du travail leur restant  effectuer, pas tellement
qu'ils avaient des choses  mettre au point, plus qu'ils trouvaient l un moyen de
rester un peu ensemble, attendant patiemment le moment o ils pourraient avoir la
chance de dire ce qu'ils avaient sur le coeur, dire qu'ils s'aimaient, dire, aussi,
que finalement ils taient heureux, et qu'ils n'avaient pas forcment envie que les
choses changeassent, mme si elles avaient dj changes, depuis qu'il tait venu
troubl leur quilibre.

Deborah jeta encore un coup d'oeil  la carte, intrigue de ce qu'avait bien voulu
lui dire son amie Naoma, dans l'hypothse o ce fut bien elle qui lui avait crit,
ce dont elle doutait encore.

L'aprs-midi fut comme elle l'avait prvue, fastidieuse, et elle rentra  19 heures
30 extnue, avec une seule envie, celle de se coucher. Mais Billy l'avait dj appel
deux fois dans la journe, pour tre bien sr qu'ils se verraient, habitu sans doute
 ses dfilement de dernire minute. Il allait passer  20 heures, elle avait juste
le temps de prendre une douche et de s'habiller.

Elle fit durer la douche et Billy sonna alors qu'elle y tait toujours, mais aprs
tout c'est le propre des femmes de se faire dsirer. Elle ne se sentait pas femme
toutefois, pas encore vraiment. Elle ne le voulait peut-tre pas, prfrant l'insouciance
de la petite fille qu'elle avait toujours t vivant encore avec son pre. Sa mre
tait partie il y a bien longtemps, Deborah n'avait que cinq ans alors. Elle la revoyait
une fois tous les un ou deux ans, quand l'une ou l'autre faisait l'effort de se dplacer.
Sa mre tait partie avec son nouveau mari dans le Winsconsin, pas la porte  ct.

Elle ne connaissait pas vraiment sa mre, mais elle savait qu'elle lui en voulait
d'avoir quitter son pre, mme si elle aurait sans doute fait pareil, vu son caractre.
Elle ne connaissait pas sa mre et n'avait pas envie de la connatre, sans doute
pour pouvoir ne pas l'aimer sans se poser de question, sans doute pour ne pas avoir
de remord de rester avec son pre. Elle avait pass deux ans, jusqu' l'ge de sept
ans, avec sa mre alors qu'elle habitait encore  Austin, mais quand sa mre tait
partie pour le Winsonsin, elle tait revenue dans le ranch de son pre.

Sa mre tait pourtant presqu'aussi belle qu'elle, malgr ses quarante-trois ans.
Elles avaient pile vingt ans de diffrence,  deux jours prs, Deborah tait ne
le 23 fvrier, sa mre le 25. C'tait sans doute aussi une des raisons pour laquelle
elle n'aimait pas voir sa mre, elle se voyait trop en elle, et elle ne voulait surtout
pas finir sa vie comme elle, entretenu par un riche mdecin,  s'occuper de la maison
et du chien. Elle ne voulait pas forcment d'enfant, mme si quelques instincts maternels
frtillaient passablement en elle, et se rveillaient chaque fois que Billy lui parlait
de grande maison et d'une ribambelle de gamins. Ses allures de pre de famille nombreuse
en souffrance n'taient srement pas trangres au fait qu'elle fut toujours avec
lui, malgr tout ce qu'elle s'tait dit aprs le dpart d'Ylraw de chez elle, et
surtout aprs sa mort.

L'envie de se faire belle l'avait motiv, mais maintenant que Billy attendait dj
depuis vingt minutes, elle se contenta d'enfiler un string noir tout simple, pour
pas qu'on voit de marque sur les jeans moulants qu'elle mit par dessus. Elle aurait
t tente par son nouvel ensemble en dentelle rouge, mais elle se dit que ce serait
un peu trop pour Billy et qu'il pourrait prendre a comme un dclaration, elle qui
se baladait gnralement plutt en boxer, histoire de pouvoir retirer ses pantalons
en plein champs quand elle les trempaient.

Billy
-----



Billy s'tait mis sur son trente-et-un, il emmena Deborah dans le restaurant le plus
cher de Bryan, ou presque, le mois d'aot le restaurant considr comme le meilleur
de Bryan fermait ses portes. Presque le plus cher de Bryan mais restant nanmoins
abordable, les soixante cinq mille habitants de la ville texane ne justifiant pas
de la haute voltige culinaire. Elle regretta presque de s'tre habille en jeans,
puis se dit que c'tait eux les clients et que s'ils n'taient pas contents, ils
trouveraient bien un restaurant plus enclin  accepter leurs dollars. Elle le regretta
aussi un peu aussi face  Billy, avec tous les efforts qu'il avait fait. Mais aprs
tout elle n'avait rien demand  personne, et elle tait grande et libre de s'habiller
comme bon lui semblait.

Elle tait encore toute nerve en arrivant au restaurant, ils n'avaient presque
pas parl dans la voiture. Billy, enjou, avait commenc  lui parler avec engouement
de tout et de rien, mais elle l'avait froidement remball ; elle avait prtext tre
fatigue et prouve de sa journe, mais ce n'tait que partiellement vrai. Et puis
Billy s'tait tu, et elle avait presque eu de la peine d'avoir t si mchante. Elle
s'tait finalement convaincu que la journe n'avait pas t si catastrophique, qu'elle
n'tait pas si fatigue, que Billy n'tait pas si ennuyeux, et que de prendre le
temps de profiter d'un bon dner n'tait, aprs tout, pas une si mauvaise ide.

Deborah se laissa emporter par la ferveur des serveurs tout  eux, tant donn le
faible nombre de clients, et elle en devint souriante devant leur ballet. Billy tait
fier de la montrer, il tait fier que les serveurs la regarde avec envie et s'imaginer
qu'ils devaient tre jaloux. On leur donna la table la plus au centre de la pice,
comme s'ils allaient devenir le coeur mme de la vie du restaurant.

L'enchanement fut parfait, les plats se succdaient avec vitesse ou lenteur suivant
leur consistance et leur got, la saveur du vin, qu'elle n'apprciait pas outre mesure
d'habitude, lui sauta tout d'un coup au visage, relevant les plats, devenant l'exhausteur
transfigurant la viande en un feu d'artifice pour les papilles. Billy lui-mme en
devenait plus intressant, plus vif, plus beau, presque. Un peu de musique rehaussait
encore l'ambiance envotante de l'ensemble, Billy tait aux anges, il voyait Deborah,
sa Deborah, sourire, il la voyait heureuse, il la voyait rire  son humour, il la
croyait amoureuse,  lui, il la croyait prte, tellement prte qu'il n'attendit mme
pas le dessert. Il se leva, fit un discret signe au serveur pour la musique, d'entranante
elle devint sensuelle, il s'avana vers Deborah, se mit  genoux, lui prit la main,
et la demanda en mariage.

Deborah, qui riait sur son petit nuage, perdit le sourire, comprit le but de la soire
et de la mise en scne, regretta d'avoir bu, regretta d'tre venue, et se concentra
le plus qu'elle put pour reprendre ses esprits et surtout ne pas dire de btise.

Elle pria Billy de se relever, de se rasseoir en face d'elle. Elle se rapprocha de
la table pour parler tout bas :

- J'ai pass une trs bonne soire, Billy, c'tait trs bien, mais il ne vaut peut-tre
mieux pas trop s'emballer, non ?

Billy avait perdu le sourire, son ventre s'tait nou, et malgr ses un mtre quatre-vingt
dix il se sentait petit et ridicule. Il esprait de tout son coeur qu'aucun des serveurs
n'avaient entendu. Il prit la main de Deborah :

- Mais... Je... Tu... Tu ne veux pas qu'on se marie ?

- Tu sais trs bien que si, mais c'est peut-tre un peu tt, je t'avais dit qu'on
pouvait attendre un peu.

Billy respira un grand coup et reprit confiance en lui :

- Tu m'avais dit qu'on pouvais attendre que tu ais 24 ans, que ce soit  peu prs
stabilis avec l'exploitation de ton pre. Tu as 24 ans dans six mois, et un mariage
se prpare quand mme en avance, et tout fonctionne bien maintenant pour ton pre
et toi. De plus Ted commence  en avoir un peu marre, et ne serait pas contre te
laisser la place pour tout ce qui est gestion, tu te dbrouilles bien mieux que lui,
d'ailleurs tu gres dj une partie.

Deborah resta silencieuse... 24 ans... Elle aurait 24 ans dans six mois. Elle n'avait
pas vraiment encore ralis. Pour elle cela restait le futur, cela restait quand
elle serait grande, quand elle aurait assouvi tous ses rves de jeune fille. Mais
oui, Billy avait raison, c'est bien la limite qu'elle s'tait fixe. Mais tait-elle
prte ? tait-elle prte pour cette vie ? Pour cette vie qu'elle avait toujours prvue,
mais la considrant presque comme un ternel futur, qui n'arriverait que quand elle
serait fatigue d'tre jeune, que quand elle serait prpare. Mais elle n'tait pas
prte, pas du tout, et elle n'avait pas envie de se marier dans six mois, de rejoindre
sa vie range, de devenir la respectable Deborah Kimbell,  la tte de la plus grosse
exploitation du coin.

Elle sentit la pression de la main de Billy sur la sienne. Elle lui sourit et trouva
une excuse :

- Excuse-moi Billy... J'ai pass une bonne soire, et ne crois pas que je revienne
sur ce que je t'ai dit. C'est juste que j'ai pas mal bu, et en plus je suis quand
mme fatigue de ma journe... On reparlera de tout a  tte repos demain matin,
d'accord ? On termine le repas tranquillement, on prend un dessert ?

Billy retrouva le sourire et appela un serveur. Deborah oublia un temps ses proccupations,
mais elles revinrent de plus belle quand elle monta dans la voiture. Elle avait envie
de rflchir  tout a elle n'avait pas envie de rentrer avec Billy, d'ailleurs elle
n'aimait pas se retrouver chez Ted, elle trouvait la maison sinistre. Elle ne dit
rien pendant le retour, se demandant comment Billy allait ragir si elle lui demandait
de la laisser chez elle. Elle chercha une excuse mais n'en trouva pas. Elle avait
peur que Billy s'nervt si elle ne passait pas la nuit avec lui. Mais elle ne se
sentait non plus pas la force de dormir avec lui.

- coute, Billy, est-ce que tu peux me laisser chez moi, je... Je ne me sens pas
trs bien, le vin... J'ai vraiment trop mang, je crois que j'ai un dbut de crise
de foie.

- Mais, viens plutt  la maison, nous avons tout ce qu'il faut, je prendrai soin
de toi, et puis a fait plus de deux semaines que nous n'avons pas dormi ensemble.

- Non vraiment, je suis pas bien, je prfre rentrer  la maison. Et puis tu sais
comment je suis quand je suis malade, je suis vraiment trs dsagrable, je prfre
passez une bonne nuit chez moi, et je reviens te voir demain matin, d'accord ?

Billy accepta  contre-coeur, mais il ne voulait pas la contrarier, il n'avait pas
encore eu sa rponse, et il tait prt  sacrifier cette nuit contre le gage d'avoir
une bonne partie de celles du reste de la vie de Deborah. Il la laissa donc  l'entre
du ranch, Deborah insista pour qu'il ne la raccompagnt pas jusqu' la maison, il
accepta.

Nuit
----



Deborah regarda le 4x4 de Billy s'loigner dans le noir, puis le calme de la nuit
reprit le dessus avec les bruits familiers. La nuit tait claire, la lune tait presque
pleine en cette nuit du 10 aot 2003. Il tait tout juste une heure du matin passe,
Deborah resta debout un moment, contemplant toutes ses terres qui taient siennes...
Et aprs ?

Et aprs, qu'est-ce que cela voulait bien dire, possder ces terres ? Est-ce que
c'est a qu'elle voulait ? Augmenter sa proprit, avoir toujours plus  grer, devenir
plus importante, plus puissante ? Est-ce qu'elle tait prte  sacrifier sa vie personnelle
pour a, est-ce qu'elle tait prte  se donner  Billy pour a ?

Elle n'tait pas prte pour Billy, elle l'avait toujours cru, parce qu'elle se l'imaginait
seulement au futur, mais dsormais qu'elle se rendait compte que ce futur tait demain,
elle ne le voulait pas, elle aurait voulu le repousser toujours. Pourtant son ambition
tait toujours l, pourtant elle rvait encore de diriger les deux exploitations
runies, et elle savait que beaucoup dans la rgion ne la croyait pas capable, beaucoup
croyait que c'tait encore son pre qui tirait les ficelles, alors que cela faisait
longtemps qu'il lui laissait tout faire. Elle tait presse de leur montrer qu'elle
en avait les capacits, elle tait presse de leur prouver qu'elle les dpassait
tous, qu'elle mritait leur respect et leur admiration.

Mais en dehors de cet orgueil basique, le dsirait-elle vraiment ?

Elle ne savait pas. Elle s'assit sur un parpaing qui tranait l, sur lequel elle
pestait chaque fois qu'elle passait, se disant que son pre lui avait promis de le
retirer mais ne l'avait toujours pas fait. Elle convint finalement qu'il avait sa
place, et qu'elle ne dirait plus rien  son pre.

De quoi avait-elle envie, rellement ? De rester l, de mener cette vie bien tablie
? De continuer  grer son petit monde, de continuer sa petite vie partage entre
son pre, Billy, et les autres ?

Elle pouvait plus que a, elle pouvait faire beaucoup plus, elle en tait persuade,
mais quoi ? Elle se rendait compte qu'elle avait peur. Elle se rendait compte que
si elle n'avait jamais vraiment envisag la vie avec Billy, le mariage, c'est qu'elle
savait que ce serait le moment pour elle de partir. Mais maintenant que le moment
tait proche, maintenant qu'il lui faudrait vraiment passer  l'action, elle avait
peur. Elle avait peur de quitter son pre, de quitter son petit univers, elle avait
peur de devoir apprendre  voler de ses propres ailes, de quitter cet endroit.

Pourtant, en novembre dernier, quand Ylraw tait venu, elle l'aurait suivi au Mexique,
elle l'aurait suivi en Australie, elle aurait tant aim le suivre. Elle l'aurait
fait sans aucune hsitation, sans mme rflchir. Elle ne comptait d'ailleurs pas
vraiment rester, elle pensait alors qu'au bout de quelques jours il aurait besoin
d'elle, et qu'elle le rejoindrait.

Mais dsormais il tait mort, depuis plus de six mois. Peut-tre qu'elle aurait pu
l'aider, peut-tre qu'elle aurait pu tre heureuse avec lui...

Ce n'tait pourtant pas du tout son genre d'homme, du moins le croyait-elle au premier
abord, pourtant elle s'tait attache, en quelques jours seulement. Elle n'avait
jamais vraiment t amoureuse, et avec Ylraw elle avait senti frtiller ce sentiment,
elle s'tait dit qu'elle aurait pu tomber amoureuse de lui, elle l'avait sans doute
t un petit peu.

Mais il tait mort, elle tait seule, et toute l'action et les aventures auxquelles
elle avait rves quand il tait venu n'taient plus qu'illusions.

Pourtant c'tait bien de celadont elle rvait par moment, de parcourir le monde,
de courir  la recherche de buts inconnus, de rencontrer des hommes dans tous ces
ports, de devenir une baroudeuse qui n'a peur de rien.

Mais elle avait peur.

Elle allait avoir 24 ans, et la vie  laquelle elle s'tait toujours persuade mais
jamais vraiment prpare tait  deux pas. Qu'allait-elle faire ? Que voulait-elle
faire ? Elle aurait voulu connatre un peu plus avant cette vie l.

Elle se leva et se dirigea lentement vers la maison. Elle ne voulait pas rpondre
 Billy le lendemain. Mais elle ne voulait pas non plus rester ainsi toute sa vie.
En un sens elle ne s'imaginait pas vieille sans enfants et petits-enfants. C'est
peut-tre l'intermdiaire qui lui faisait peur, elle aurait voulu rester jeune et
effronte toute sa vie, puis un jour devenir vieille et raisonnable et raconter ses
aventures  tous ses petits-enfants. Pourtant elle avait besoin de quelqu'un, pas
forcment tout le temps, mais parfois elle se rconfortait dans les bras de Billy,
quand elle tait fatigue, quand elle avait trop bataill, quand son honneur et son
orgueil l'avait mene un peu trop loin.

Elle aurait voulu que rien ne changet, mais pourtant les choses allaient changer.
Elle savait aussi que si elle n'allait pas de l'avant, elle perdrait le contrle,
et les choses changeraient pour elle. Mais que faire ? Partir ? Partir o ? Elle
ne pouvait pas laisser son pre.

Elle rentra et se dit que la nuit lui porterait conseil, elle tait extnue. Elle
monta doucement dans sa chambre, mais elle savait que son pre avait le sommeil lger
et l'oreille fine, il lui rappellerait sans doute le lendemain l'heure prcise 
laquelle elle tait rentre.

Elle se coucha en regardant la carte qu'elle avait reue, pour penser un peu  autre
chose, elle n'avait mme pas vraiment fait attention  la photo. Un galet, une petite
pierre poli par la mer, pose sur d'autres galets. Drle d'ide pour une carte postale.
Elle relu une dernire fois le mot, ne le comprenant toujours pas, puis s'endormit
en se souvenant de Ylraw.

Message
-------



Elle rva de lui, elle rva de la folle poursuite qu'ils avaient fait huit mois plus
tt, elle rva qu'elle le retrouvait, elle rva qu'elle partait avec lui, qu'elle
voulait lui faire l'amour, mais que toujours ils devaient courir, fuir, sans jamais
trouver de moment de tranquillit.

Le galet !

Elle se rveilla en sursaut, alluma la lumire et reprit la carte. Oui, le galet
! C'est le signe d'Ylraw, bien sr ! Sa pierre, la pierre qu'il avait toujours avec
lui ! Le message, il tait incohrent, pourquoi, y avait-il un message cach ? 'When
we return' Naoma n'aurait pas fait une faute de temps aussi grossire. De mme pour
'he really needs'. Mais y-avait-il vraiment un message ? N'tait-ce pas son esprit
qui cherchait un chappatoire ? Un moyen de repousser ce choix qu'elle ne voulait
pas faire.

Bah ! Qu'importait ! Elle n'avait plus sommeil. Elle chercha, tenta de trouver des
mots sur une ligne en diagonale, ou en prenant le texte  l'envers, mais rien.

Elle chercha plus d'une heure puis ses yeux piqurent et elle s'endormit de nouveau.

Elle rva encore d'Ylraw, et le matin  peine les yeux ouvert elle reprit la carte
et de quoi crire. Elle copia le texte sur une feuille et barra les mots qui n'avaient
rien  faire l. Puis elle trouva, et un large sourire illumina son visage, elle
pleura mme. Elle tait heureuse, tellement heureuse !

Le truc tait tout bte, finalement, il suffisait de retirer trois mots sur quatre
:

"He is alive. He must return to France. I need your help."

Elle dansait presque au milieu de sa chambre quand elle se demanda ce que tout cela
voulait bien signifier. Est-ce qu'elle rvait ? Ylraw tait mort, elle tait all
 son enterrement, en France, elle avait vu son corps mort. Est-ce que Naoma parlait
de quelqu'un d'autre ? C'tait impossible, le galet sur la carte, le retour en France.
"Il est vivant", elle ne pouvait que parler de lui. Pourquoi luicrire  elle ?
Elles ne s'taient pas vraiment trouv d'affinit quand elles avaient pass du temps
ensemble en France.

Deborah se rassit sur son lit et rflchit. Elle pourrait simplement passer un coup
de fil  Naoma et vrifier, mais si cette dernire avait prit toutes ses prcautions
pour lui crire, il y avait sans doute des raisons. Mais comment faire ? Lui rpondre
aussi par une carte ? Il faudrait des jours, et elle n'aurait jamais la patience
d'attendre. Mais que faire ? Se rendre  Melbourne ? Les billets taient chers, certes
elle avait suffisamment d'conomies pour ce voyage, mais ce n'tait sans doute pas
le plus intelligent. Que ferait-elle une fois sur place. Si Naoma lui avait crit,
c'tait sans doute qu'elle mme ne pouvait rien faire.

Deborah se redressa et regarda par la fentre. Cette histoire tait dingue, Ylraw
tait mort, Naoma devait avoir perdu la tte, simplement. Comment tait-ce possible
autrement ? Pourrait-il avoir survcu ? Se pourrait-il que ces tubes dans lesquels
ils avaient t enferms eussent permis de les cloner ? tait-ce un pige ? C'tait
peu probable que ce ft un pige, mme aprs le dpart d'Ylraw en Novembre elle n'avait
pas t inquite, ce serait bien tonnant que cette mystrieuse organisation s'intresst
 elle dsormais.

Ce n'tait peut-tre vraiment qu'un dlire de Naoma, aprs tout c'tait bien l'hypothse
qui restait la plus logique. Deborah resta un instant les yeux dans le vide, elle
repensa  Billy, elle se rappela de la soire, de la demande en mariage. Elle se
dit qu'elle devrait peut-tre bien partir en Australie, aprs tout. Elle sourit en
se rendant compte que de penser  Billy et  la promesse qu'elle lui avait fate
de reparler du mariage ce matin, tout d'un coup l'ide d'un voyage en Australie ne
semblait plus draisonnable du tout. Elle avait peut-tre bien besoin de prendre
des vacances, aprs tout...

Elle prit sa douche en rflchissant  un moyen de contacter Naoma. Il n'y avait
de toute faon pas trente-six solutions, courrier lectronique, lettre, tlphone
ou aller directement la voir. Si Naoma avait pris toutes ces prcautions pour la
joindre, elle devait suspecter quelque chose. Aucun des moyens ne satisfaisaient
Deborah. Elle finit par descendre prendre son djeuner et son pre fut surpris de
la voir debout avant lui. Il lui demanda si tout aller bien, si la soire s'tait
bien passe avec Billy. Deborah savait qu'il sous-entendait qu'elle tait rentre
dormir ici alors que d'habitude elle ne revenait que le lendemain matin.

Elle aimait sont pre mais le dtestait suffisamment pour ne jamais rien lui raconter
de sa vie, ou presque. Pourtant aujourd'hui elle tait perdue,  plus d'un titre.
Elle tait perdue face  Billy et sa proposition, elle tait perdue face  la carte
de Naoma et l'ventualit de la survie d'Ylraw, elle tait aussi perdue car elle
se rendait compte que la vie qu'elle s'imaginait n'tait pas forcment celle qu'elle
voulait.

- Billy m'a demand en mariage.

Son pre, qui ne s'attendait pas  une rponse, resta silencieux un instant. Il s'assit
finalement en face d'elle, le ventre nou.

- Que lui as-tu rpondu ?

- Que j'avais bu et qu'il fallait mieux attendre ce matin que j'ai les ides claires.

- Et qu'est-ce que tu en penses, ce matin ?

- Que je n'ai pas plus les ides claires, bien au contraire.

Son pre se tut un instant. Il se leva pour se servir un grand verre de jus d'orange
:

- Tu sais Billy est un brave gars, peut-tre un peu borne et pas trs malin, mais
c'est un brave gars.

Deborah pensait  Ylraw.

- Je sais.

- Ta mre tait une femme de caractre, je l'aimais vraiment. Mais avec le recul
je me dis que ce n'tait pas la femme qu'il me fallait... Je... Si j'avais voulu
la garder il aurait fallu qu'elle soit plus, enfin, qu'elle soit un peu comme Billy.

Deborah fut surprise. C'tait la premire fois que son pre parlait de sa mre. Le
sujet avait toujours t tabou, et si Deborah suspectait les raisons de leur sparation,
elle n'avait jamais vraiment entendu son pre en parler.

- Tu aimais encore maman quand elle t'as quitt ?

Son pre resta immobile un instant avant de rpondre :

- Je l'aime toujours.

Subitement Deborah comprit son pre, elle comprit ses rancoeurs, elle comprit pourquoi
il ne parlait pas de son ancienne femme, elle comprit pourquoi il ne s'tait jamais
remari, pourquoi il travaillait autant, pourquoi il trouvait important qu'elle se
marit avec Billy... Elle avait son caractre et il le savait, et il ne voulait pas
qu'elle souffre toute sa vie comme il a souffert lui. Elle se leva et alla se blottir
dans les bras de son pre. Il fut surpris.

- Je t'aime papa.

Son pre ne dit rien et retint ses larmes, Deborah aussi. Ils ne parlrent pas d'un
moment, puis, sans doute effrays de ce moment de tendresse contrastant avec leurs
engueulades habituelles, ils parlrent boulot.

Rponses
--------



Son pre devait s'absenter toute la journe, ce qui arrangea Deborah, elle avait
envie de rester seule. Il tait encore tt et elle pouvait encore attendre une heure
ou deux, mais si elle ne l'appelait pas, Billy allait venir directement la voir et
elle voulait viter de le voir  tout prix. Mais que faire ?

Prparer ses affaires et partir ? Elle tait tente, fuir tous ces problmes, tout
remettre  plus tard, prendre le large, voir autre chose, ne plus s'inquiter de
cette vie, partir  l'aventure, pour quelques temps tout du moins.

Ce ne serait pourtant pas trs raisonnable, vis  vis de son pre et de Billy, bien
sr, mais mme vis  vis de Naoma. O irait Deborah si elle devait partir maintenant
? En Australie, en France ? Et puis fuir les problmes ne les rendraient que plus
oppressants  son retour. Elle devait se dcider maintenant, voulait-elle ou pas
se marier avec Billy ?

Elle remonta dans sa chambre et prit la carte. Elle la regarda pensivement. Bah !
Billy pouvait bien attendre une semaine avant d'avoir sa rponse. Mais est-ce qu'elle
en saurait plus dans une semaine ? Elle n'avait pas envie de se marier dans moins
d'un an. C'tait trop tt, il lui semblait de n'avoir rien vcu encore. Il lui semblait
de ne rien connatre du monde alors qu'elle voudrait ne rentrer que fatigue pour
le retrouver. C'est ainsi qu'elle s'imaginait marier avec Billy, fatigue et lasse
de la grandeur du monde, de l'avoir parcouru et d'avoir suivi toutes les pistes.

Elle n'avait pas forcment envie de faire sa vie tranquille ici comme son pre et
le pre de son pre avant. Mais si elle partait qui s'occuperait de l'exploitation
? Qui grerait tout ce dont elle s'occupait, et que son pre ne savait plus faire
depuis longtemps.

Elle se sentit soudain enferme, bloque. Coince dans une vie dont elle ne pouvait
partir sans mettre dans l'embarras son pre. Elle aurait d prvoir. Quand le petit
Federico voulait apprendre  utiliser l'ordinateur, elle aurait d lui expliquer.
Il tait malin, plus malin qu'elle, il aurait compris sans problme, et puis il aimait
ces choses l alors qu'elle ne le faisait que par ncessit.

Mais aprs tout elle pouvait bien laisser son pre un mois tout seul sans que la
situation ne dgnre. Quoi qu'il en soit il lui faudrait bien quelques jours pour
trouver comment joindre Naoma et avoir une rponse. Elle en profiterait pour apprendre
les bases  Federico en fermant les yeux sur ses avances. Il n'avait que 18 ans mais
on sentait que ses hormones le travaillaient.

Et Billy ? Bah il attendait depuis trois ans il pourrait bien attendre un mois de
plus, et dans ce mois elle aurait le temps de faire un peu le point sur ce qu'elle
voulait et ce qu'elle ne voulait pas. Mais qu'allait-elle lui dire ? Comment lui
prsenter les choses ? Ah ! Une envie de tout plaquer et de partir sur le champ la
reprit  cette pense.

8 heures 30, elle devait appeler Billy avant 10 heures. Lui n'oserait pas la rveiller
avant, de peur qu'elle soit de mauvaise humeur, mais il ne tiendrait pas plus, comme
tous les lendemain de soires pendant lesquelles ils se fchaient.

Oh et puis aprs tout elle n'avait rien demand  personne ! Certes elle lui avait
parl de mariage pour ces 24 ans, mais quoi ? Ne pouvait-elle pas changer d'avis,
c'tait sa vie, mince, elle pouvait bien choisir ce qu'elle voulait... Et attendre
si a lui faisait plaisir, de toute faon Billy n'irait pas voir ailleurs, alors.
C'tait aussi un peu pour cela qu'elle se confortait d'tre avec lui, il lui obirait
 la baguette, et qu'elle en ferait ce qu'elle en veut...

Mais voulait-elle tre une femme de tte, voulait-elle diriger, contrler, commander,
ne rvait-elle pas d'un homme plus fort qu'elle, avec plus de volont, plus d'autorit,
un homme pour qui elle serait soumise, un homme avec qui, contrairement  tous les
autres hommes, elle n'aurait pas le dernier mot ?...

Parfois oui quand elle se sentait faible, femme, triste, comme ce matin, elle aimerait
se serrer dans les bras de cet homme... Elle pensait  Ylraw dans ces moments l.
Et de penser  lui la drangeait, car il n'tait pas du tout comme elle aurait voulu,
il n'tait pas trs grand, pas trs beau, mais il avait quelque chose qu'elle n'expliquait
pas, mais qui la rassurait. Une arrogance, une sret de soi, une volont qui la
faisait se sentir bien, se sentir protge, se sentir femme.

Pourtant combien de temps l'avait-elle vu ? Cinq jours... Cinq petits jours, que
connaissait-elle de lui ? Qu'avait-elle bien pu connatre de lui en cinq jours qui
ait pu faire qu'elle penst  lui si souvent ? Pas grand chose, et c'tait sans doute
plus la raison, l'inconnu, l'imagination. Elle rvait sans doute plus de ce qu'tait
Ylraw que ce qu'il tait vraiment. De ce qu'avait t Ylraw. Ylraw tait mort, Ylraw
tait enterr, elle l'avait vu, elle avait vu son cadavre. Naoma tait folle.

Et si elle ne l'tait pas ?

Deborah, qui avait rang les restes du djeuner et se prparer  commencer sa journe
dans le bureau, d'o elle grait l'ensemble de l'exploitation, fit un dtour par
la salle de bain pour prendre une douche, qui dura un peu plus qu'elle ne l'eut prvu,
puis elle regarda longuement, en retournant dans sa chambre, la carte de Naoma qu'elle
avait laiss sur sa table de nuit.

La pierre... O tait-elle d'ailleurs, cette pierre, perdue ? Sans doute quelque
part au Mexique ou en Australie ; retourne dans l'ocan, peut-tre... Et n'tait-ce
pas encore qu'un dlire, cette histoire toute entire ne l'tait-elle pas, aprs
tout ? Que savait-elle d'Ylraw, que savait-elle pour tre sre ?

Quelle tait cette pierre sur la carte, d'ailleurs ?

Une adresse !

Oui ! Une adresse lectronique, inscrite en tout petit  ct de la description de
la carte. Une inscription manuscrite, toute petite. Cela ne pouvait tre que voulu,
un moyen de donner un indice pour recontacter Naoma !

Deborah en laissa tomber sa serviette pour courir dans le bureau et tout de suite
rpondre au mail, pour ne pas perdre plus de temps, dj une journe... Mais que
dire ? Qu'importait ! Rien et tout, juste qu'elle tait l, prsente, prte. Elle
se retint avant d'envoyer un simple "Bien reu, prte" en concdant que toutes les
prcautions prises par Naoma pouvaient tre mises  mal si elle rpondait avec l'adresse
lectronique qu'elle utilisait habituellement. Elle alla donc se crer une adresse
sur un site gnrique de courrier lectronique sur Internet. Elle reformula un nouveau
message de la mme veine avec sa nouvelle adresse et bnficia d'une bonne dose d'adrnaline
quand elle l'envoya, lgrement tremblante et le ventre nou. Elle se rassit un peu
plus profondment sur la chaise et eut dj voulut avoir la rponse. Elle regarda
les courriers arrivs depuis la veille et revint dans des proccupations plus quotidienne
sur ce qui l'attendait pour la journe en cours. Elle tlphona tout de suite  deux
personnes qui se plaignaient d'une commande non conforme, et passa plus d'une heure
au tlphone avec un fournisseurs rcalcitrant.

L'heure tourna, ses tracasseries habituelles reprirent le dessus et elle en oublia
son mail, Ylraw, et Billy. Billy. lui, ne l'oublia pas, et  10 heures 20 il arriva
devant le ranch de Deborah. Deborah qui fut doublement prise de panique, d'une part
parce qu'elle avait compltement oubli qu'elle devait rappeler Billy, et surtout
parce qu'elle ralisa qu'elle tait encore nue, et que mme si c'tait Billy elle
prfrait viter de se prsenter ainsi devant lui.

Que lui dire ? Oui, non ? Peut-tre ? Ah mince ! Pourquoi les choses allaient-elles
toujours si vite, pourquoi fallait-il toujours devoir se dcider  la seconde. Elle
n'avait pas envie, pour l'instant, de se marier avec Billy, soit, mais pas forcment
pour toujours, elle sentait bien qu'un jour elle voudrait grer cette grande exploitation
et faire la nique  tous les autres exploitants du coin, parce que c'tait elle,
parce qu'elle tait une fille, une femme. Mais tait-ce une raison bien suffisante
? Que ferait-elle une fois qu'elle y serait parvenue ? S'ennuierait-elle comme elle
commenait dj  s'ennuyer ? Voudrait-elle toujours aller plus haut ? Finirait-elle
par tomber ?

Pour l'instant elle dcida de faire croire qu'elle venait de se rveiller et passa
un peignoir avant d'aller ouvrir en prsentant une tte bouriffe associe  une
humeur grincheuse.

- Billy.

Il l'embrassa, elle se laissa faire.

- Deborah, je viens  propos de ce que je t'ai dis hier soir, tu sais...

Elle le coupa.

- Hier soir ? Ah oui, tu sais Billy...

Il la coupa  son tour, puis ils parlrent en mme temps :

- Je sais que le mois de fvrier approche, mais on peut juste prvoir a pour un
peu plus tard, je...

- Je crois que je n'ai pas envie de me marier...

Ils restrent silencieux un instant, Deborah regrettant de ne pas l'avoir laisser
parler, elle aurait pu remettre  plus tard la discussion, Billy regrettant d'tre
venue, il n'aurait pas d la rveiller, elle tait toujours de mauvaise humeur le
matin, bien sr qu'elle allait dire non !

- Je suis dsol, je te rveille, peut-tre que tu prfres qu'on en parle un peu
plus tard.

Il avait mal, tellement mal de dire ces mots, il l'aimait, il l'aimait tellement,
il aurait fait n'importe quoi pour elle.

- Ce que je veux dire Billy, c'est que ta proposition m'a surprise, je ne m'y attendais
vraiment pas, et je pense que pour l'instant je ne sais pas encore trop ce que je
veux, je ne veux pas te dire non, mais je ne veux pas te dire oui non plus, ce n'est
pas que je ne t'aime pas, c'est juste que je ne sais pas, tu comprends ?

- Oui.

Il n'avait rien compris.

- Tu veux prendre ton petit djeuner avec moi ?

Elle avait dj djeun, lui aussi, mais elle avait de nouveau faim, Billy pas vraiment,
mais que ne ferait-il pas pour juste rester prs d'elle, elle qu'il ne voyait que
trop rarement, elle qui le fuyait, presque, avait-il l'impression.

Billy suivit Deborah dans la cuisine, elle sortit de quoi faire plus qu'un bon petit-djeuner,
elle mourait de faim. Pourquoi, pourquoi mourait-elle de faim ? La carte, le mail,
oui ! Ah, il lui fallut sur le champs aller dans le bureau pour vrifier. Pas de
rponse, ah ! Elle revint pensive vers la cuisine, Billy crut qu'elle tait triste,
et il crut que c'tait de sa faute. Il ne savait pas quoi dire, et Deborah avait
la tte ailleurs. 

Finalement, aprs avoir  peine touch son muffin, il prtexta qu'il avait quelque
chose  faire et partit, ne pouvant plus supporter le silence de Deborah. Il la hassait,
parfois, d'tre si distante, si froide, si cruelle envers lui. Il ne demandait pourtant
pas beaucoup, un peu d'amour, qu'elle lui dise qu'elle l'aime de temps en temps.
Elle ne lui disait jamais, peut-tre une fois ou deux depuis quatre ans qu'ils sortaient
ensemble. Mme quand il lui faisait l'amour, elle ne se laissait pas aller  lui
avouer... Il ne savait vraiment pas quoi faire. Il savait trs bien qu'elle tait
la femme de sa vie, qu'elle ne pouvait tre qu'elle, mais il savait aussi qu'il en
souffrirait pour le reste de ses jours, qu'elle reste avec lui ou pas...

Deborah le raccompagna jusqu' sa voiture et se blottit dans ses bras pour lui dire
au revoir. Il savoura cet instant et oublia presque tous ses doutes. Elle lui laissa
un baiser et il partit, souriant. Deborah aimait bien Billy, il tait gentil, grand,
pas mal foutu, plutt mignon. Mais il n'avait pas de caractre, pas assez, elle avait
sans doute besoin d'asservir un homme avec un peu plus de difficult, Billy tait
trop gentil, beaucoup trop. Elle avait besoin de confrontation, sans doute un complexe
rsiduel de sa relation avec son pre.

C'tait sans doute la raison de ses checs sentimentaux. Elle avait toujours cherch
des hommes grands, beaux et forts, sans vraiment se proccuper de leur caractre.
Ylraw avait cass cette ide l, elle ne le trouvait pas spcialement beau, tout
juste mignon, il n'tait pas beaucoup plus grand qu'elle, peut-tre un ou deux centimtres,
mais il lui tenait tte, il tait beaucoup plus fort qu'elle, et elle avait fondu
dans ses bras, pour une des rares fois elle s'tait sentie faible face  lui, faible
et rconforte dans ses bras...

Elle retourna  ses affaires, et rapidement elle fut de nouveau concentre sur la
gestion quotidienne de l'exploitation. La journe passa, la suivante aussi. Elle
ne vit pas Billy, s'engueula avec son pre pour un fournisseur qu'elle avait remball
en sachant trs bien que son pre tait bien ami avec lui. Elle tomba  cheval, ce
qui ne lui tait pas arriv depuis bien longtemps, et se foula une cheville. Le surlendemain
matin, sa cheville tait tellement douloureuse et enfle qu'elle dcida d'aller voir
un mdecin pour vrifier que rien n'tait casse.

C'est ce matin l, juste avant qu'elle ne prt la voiture pour aller  Bryan voir
son amie  l'hpital, que la rponse vint :

"J'ai besoin de mon ancien passeport. Va chez moi le rcuprer et retrouve nous 
Melbourne chez elle. Ne rien dire  personne."

Son pre l'attendait dans la voiture, elle eut juste le temps de lire le message,
dj prpare  ce qu'il lui ralt dessus de lui prendre de son temps  cause de
ses btises alors qu'il avait bien d'autres choses  faire. Son pre aimait bien
sortir avec ses copains, aller faire des poker et prendre du bon temps, mais il n'enpchait
que c'tait un bosseur, qu'il faisait sans broncher ses douze  quatorze heures par
jour, ne prenait presque jamais de vacances et ne rechignait jamais  la tche.

Ils ne parlrent pas pendant tout le trajet. Deborah pestait intrieurement sur la
malchance de cette entorse. Qu'allait-elle faire ? Partir ds son retour ? Elle pouvait
 peine marcher ! Aller chez lui ? O ? En France ?  Paris ? Non, sans doute dans
son petit village, ses parents avaient dmnag son appartement de Paris. Trouvez
son ancien passeport ? Mais comment, o pouvait-il tre ? Chez ses parents, sans
doute, mais comment le rcuprer sans ne rien dire  personne ? Le voler ? Impossible,
aucune chance de le trouver alors qu'elle n'avait pas la moindre ide de l'endroit
o ses parent avaient bien pu le ranger...

Une bquille et un bandage  garder au moins une semaine, voil qui n'arrangea pas
beaucoup les affaires de Deborah. Elle ne savait pas vraiment que faire, ni mme
que rpondre, oui, non ? Devait-elle donner une date ? Devait-elle se dbrouiller
toute seule ? De retour chez elle, elle resta perplexe une bonne heure devant son
ordinateur. Elle pouvait simplement rpondre qu'elle ne pouvait pas, qu'elle s'tait
fait une entorse, casse la jambe ? Qu'elle ne pouvait plus marcher ?

Peur ! Elle avait peur ! Elle attendait une occasion comme celle-ci depuis toujours
et maintenant elle avait peur. Peur parce qu'elle ne savait pas quoi faire, peur
parce qu'elle savait qu'Ylraw avait t poursuivi par des gens qui voulaient le tuer,
peur parce qu'elle ne voyait pas comment se dbrouiller seule en France, elle ne
parlait pas un mot de franais, peur parce qu'elle aurait voulu savoir exactement
que faire, et ne pas tre livre  elle mme.

Elle avait peur ! Non ! Deborah Brownwood n'avait jamais peur ! Elle irait ! Diable
! Elle prendrait son baluchon et partirait pour la France le jour mme, entorse ou
pas. Elle irait  Austin prendre l'avion, d'ici deux jours elle serait peut-tre
chez les parents d'Ylraw, trouver un moyen pour rcuprer son ancien passeport, et
dans une semaine maxi elle pouvait tre chez Naoma.

Mais comment aller  Austin, comble de la malchance c'tait son pied droit qui avait
l'entorse, difficile de conduire dans ses conditions, ce n'tait pas le moment d'avoir
un accident. Elle pouvait demander  Billy, il pourrait mme peut-tre venir avec
lui, il pourrait peut-tre l'aider, peut-tre que cette aventure le rapprocherait
de lui, peut-tre qu'elle lui donnerait la tmrit qu'il lui manquait ? Non ! "Ne
rien dire  personne". Elle devait se dbrouiller seule, elle tait assez grande,
quand mme ! Elle prendrait le bus pour Austin, il lui fallait juste trouver un moyen
pour se rendre au dpart du bus. Son pre pourrait comprendre, elle n'allait pas
partir en voleuse.

Elle pouvait toutefois dire qu'elle allait passer une semaine chez sa cousine  Austin.
Son pre se douterait sans doute de quelque chose, mais plus d'une escapade avec
un amant qu'un voyage pour la France. Billy serait moins facile  convaincre, mais
il n'avait pas  le savoir aprs tout. Il aurait pu l'emmener  Austin, toutefois.
Son entorse pourrait tre une excuse idale, aprs tout ! Elle ne pouvait pas faire
grand chose, c'tait le moment idal pour prendre un peu des vacances, une semaine
chez sa cousine tait plus que plausible, ou mme chez sa meilleure amie de Bryan...

Elle souriait, satisfaite de son plan, et boita jusqu' sa chambre pour prparer
ses affaires. Elle dnicha ses habits les plus solides, pris de bon jeans et une
veste chaude, elle n'avait aucune ide du temps en France, mais il ferait sans doute
moins chaud qu'au Texas. Quant  l'Australie, elle ne se posa mme pas la question.
Ils allaient sans doute tre prudent  l'aroport, impossible d'emporter un pistolet
ou mme un couteau...

Dpart
------



Elle dcida finalement de ne rien dire  personne, et de simplement expliquer  son
pre que vu son pied, elle allait passer quelques jours  Austin chez sa cousine.
Elle dut lutter plus d'un quart d'heure pour faire rentrer toutes les affaires qu'elle
voulait emporter, dont une grosse veste, dans son petit sac de voyage, de faon 
ce que son pre ne se doute de rien, tant donn qu'elle avait souvent l'habitude
de partir chez sa cousine les mains vides ; elles faisaient la mme taille et Deborah
se contentait souvent de lui chiper ses vtements. Son pre le remarqua tout de mme
et elle dut inventer qu'elle ramenait cette veste  sa cousine, car elle lui appartenait
et que Deborah lui avait emprunt voil bien longtemps.

Deborah se rappela alors une des paroles d'Ylraw, toujours se compliquer la vie,
remplir ses sacs de choses inutiles ou prendre le plus long chemin, car un jour ou
l'autre la vie nous tait reconnaissante. Elle sourit en s'imaginant partir  chaque
fois avec un sac norme chez sa cousine, et se reprsentant la tte de son pre en
la voyant... Mais bon, il tait trop tard, et elle devrait se contenter de son petit
sac, ce qui n'tait pas forcment une mauvaise chose, car si de la route l'attendait,
le moins elle aurait  porter le mieux ce serait. Son pre insista pour l'accompagner
jusqu' Austin, sous le prtexte de rendre aussi une petite visite  la famille.

Deborah dut faire nombre de clins d'oeil  sa cousine en arrivant pour ne pas qu'elle
part tonne de la voir, elle avait compltement oubli de la prvenir, qu'une fois
de plus, elle lui servait de prtexte. Mais sa cousine tait plus qu'habitue et
son pre ni vit que du feu. Il ne s'attarda pas et rapidement Deborah put expliquer
son intention de partir en France  sa cousine. Sa cousine ne comptait pas vraiment
pour le "ne rien dire  personne", Deborah avait une entire confiance en elle, depuis
toutes les annes o elle lui avouait ses secrets sans que jamais aucune fuite ne
se produist.

Pourtant avec son pied sa cousine eut nombre de raisons de la retenir et la persuader
de remettre son voyage  plus tard, mais elle savait  raison qu'elle ne parviendrait
jamais  convaincre cette tte de mule de Deborah. Cinq heures plus tard, Deborah
se trouvait dans un avion pour la France, ou plus exactement pour sa correspondance
 Dallas. Elle avait tout de mme russit  se dnicher un vol de dernire minute
 tarif prfrentiel, voulant tant que faire se pouvait conomiser le maximum d'argent,
ne sachant que trop combien il lui faudrait dans cette aventure. Ce vol tait loin
d'tre idal, dpart  minuit et demi, quatre heures d'attente  Dallas, et arrive
 Paris uniquement le lendemain pour 10 heures. Elle aurait sans doute trouv un
vol mieux organis le lendemain, mais elle se sentait de partir ce soir l, et avait
peur de trop rflchir en passant la nuit chez sa cousine, la nuit porte trop conseil,
parfois.

Sarah
-----



Naissance
---------



Nous tions le douzime du troisime du premier sixime de l'anne 11333 du calendrier
d'Adama (62 avant Jsus-Christ). Melinawahaza marchait doucement dans le blizzard
glacial de Fra, enveloppe sous son paisse combinaison pour regagner sa maison.
Elle avait ses deux mains qui tenaient son ventre rond comme si elle avait peur de
perdre son bb, sa fille, qui allait natre aujourd'hui. Elle esprait que Teegoosh
serait arriv avant qu'elle ne naqut, elle voulait tellement partager avec lui ce
moment formidable. La naissance de leur fille, la naissance de Sarah.

Elle traversa les innombrables sas et le long conduit qui l'amena un peu plus au
creux de la terre, l o le sol garde un peu de chaleur, dans sa demeure principale
o elle vivait seule depuis si longtemps.

Les points o la communication fonctionnait sur Fra taient assez rares, principalement
du fait de la forte teneur en minerai mtallique de la crote superficielle de la
plante, ainsi que du puissant champ magntique en rsultant un peu partout. Seul
des metteurs rcepteurs trs directionnels et de forte puissance permettait Mlinawahaza
et aux habitants de Fra de garder le contact les uns avec les autres. Mais rares
n'taient pas les fois o certains d'entre eux disparaissaient loin de tout point
de communication et n'taient jamais retrouvs.

Teegoosh n'avait pas laiss de message, il n'tait sans doute pas encore arriv 
la station de tlportation en orbite, l'unique de Fra, si faible tait les mouvements
dmographiques en provenance ou  destination de cette plante au glorieux pass.

Mlinawahaza n'en fut pas dsappointe. Elle avait confiance en Teegoosh et savait
qu'il ferait son possible pour arriver  temps, mais que son emploi du temps charg
primait souvent sur sa vie personnelle.

Son bracelet lui indiqua l'imminence de contractions, elle s'assit alors et souffla
en les laissant passer. Sarah n'allait pas tarder, Melinawahaza dposa sa lourde
combinaison protectrice et se rendit dans la chambre. Elle dposa  porte de main
une barre-trousse--outils, se dshabilla, enfila une nouvelle combinaison et s'allongea
sur son lit, ouvrit son bracelet et regarda avec enthousiasme l'ensemble des indicateurs
la concernant elle et Sarah. elle pouvait voir un holographe de la position de Sarah
dans son ventre. Sarah avait la tte en bas, et ne tarderait sans doute pas  vouloir
montrer le bout de son nez.

Elle eut de nouveau une srie de contractions, se cambra un peu, souffla  fond,
la combinaison envoya une dcharge d'ultra-son pour dtendre ses muscles et elle
se rallongea. Le rythme cardiaque de Sarah avait augment un peu, se stabilisant
 cent quarante pulsation par minute ; son col utrin avait  peine commenc son
raccourcissement et l'estimation lui donnait encore trois heures avant la naissance.
Il aurait sans doute fallut quatre fois plus de temps si elle n'avait pas eu de combinaison
pour l'assister.

Elle resta encore une demi-heure  attendre, esprant que Teegoosh pourrait arriver
encore  temps, puis, deux sries de contractions plus tard, elle se rsolut  commencer
l'accouchement. La combinaison se morpha pour lui carter les jambes en enveloppant
fermement son ventre rond.

 la prochaine srie de contraction, le bracelet commanda une scrtion d'adrnaline,
la combinaison amplifia les contractions, et dj son col utrin commena son raccourcissement.
Quinze minutes plus tard le bracelet dclencha une nouvelle sries de contractions,
appuy par la combinaison, et toujours une petite dose d'adrnaline pour limiter
la douleur et donner du courage  Mlinawahaza. Elle poussa nanmoins un petit soufflement
de douleur et diminua les commandes de scrtion d'adrnaline, de quoi garder des
rserves pour la suite.

Elle commanda la combinaison pour qu'elle lui fasse une perfusion et augmente un
peu son taux de glycmie. Quinze minutes plus tard, elle cria en jurant quand elle
voulut en faire un peu trop. Elle s'assagit et se donna trente minutes de repos.
Aprs sa premire heure d'effort, elle entrepris une nouvelle avec une srie de contraction
contrles toutes les dix minutes. C'tait dj beaucoup et le rythme cardiaque de
Sarah avoisinait les cent soixante-dix, elle s'octroya dix minutes de pause quand
son canal utrin fut dilat et prt pour s'ouvrir et laisser passer la tte de Sarah.

Le bracelet dclencha une micro-injection d'un quivalent de la morphine et la combinaison
se morpha pour participer  l'cartement de son vagin, et prparer la rception de
la tte de Sarah. Les contractions furent fortes et la combinaison les fit durer
cinq minutes au lieu des une minute trente naturelles. Mlinawahaza serra les poings
en haletant et cria de rage en poussant et se cabrant. Elle retomba en soufflant
et la combinaison laissa retomber la tension pendant cinq minutes.

Vingt minutes plus tard elle finit par laisser la combinaison en mode automatique,
trop craintive de faire une btise si elle continuait  tout superviser, et elle
s'abandonna, laissant le bracelet la diriger compltement. Il lui laissa tout de
mme le contrle de sa voix, et elle ne se priva pas de pousser des cris de douleur
lors des contractions de plus en plus frquentes et fortes.

La tte de Sarah tait dj dans les pinces morphes de la combinaison quand au milieu
d'un cri elle sentit quelqu'un la prendre par la main. Elle ouvrit les yeux et Teegoosh
lui sourit. Elle lui rpondit, transpirante et haletante, mais toujours avec une
pointe d'humour, qu'il arrivait pile poil au bon moment et qu'elle aurait eu du mal
 la retenir plus longtemps.

Vingt minutes plus tard Teegoosh dposait Sarah sur le ventre de sa mre, et la combinaison
se chargeait de superviser l'vacuation du placenta et le nettoyage du tout. Teegoosh,
guid par son bracelet, qui tait en concertation avec celui de Mlinawahaza, prit
la barre-trousse--outils pour couper et cautriser le cordon ombilical. Il nettoya
ensuite le corps de sa fille du vernix caseosa la recouvrant, cette matire sbace
blanchtre, puis il enfila le premier bracelet lastique au petit poignet de Sarah,
qui ne servira que de relais  celui de Mlinawahasa pour qu'elle puisse garder un
oeil sur elle, o qu'elle soit.

Teegoosh embrassa Mlinawahasa, il embrassa Sarah, puis se dshabilla et s'allongea
au ct d'elle et de sa fille, sa premire, avant que le lit ne se morpht en un
petit cocon moelleux et chaud pour leur premire nuit tous les trois.

L'artificiel rveilla Mlinawahasa pour nourrir Sarah, aprs que celle-ci ait reu
pendant la nuit les premires attention de l'artificiel pour s'assurer que tout allait
bien.  cette poque c'tait dj les artificiels qui donnaient la premire nourriture
aux bbs. Melinawahasa le regretta un petit peu quand elle frissonna alors son jeune
bb lui serra doucement son tton avec ses petites gencives. Elle se dit qu'elle
voudrait un autre enfant, et peut-tre encore un autre aprs. Puis elle se dit qu'elle
n'aurait sans doute pas le temps, et toutes ses proccupations lui revinrent, mais
elle les balaya rapidement en ce disant qu'elle respecterait scrupuleusement les
presque cinq ans (trois annes d'Adama) de cong sabbatique qu'elle avait prvu.

Teegoosh sourit quand il se rveilla devant l'allaitement de sa fille. Son premier
enfant ! Il esprait secrtement en avoir une autre, une autre fille, mais il pensait
que Mlinawahasa ne serait sans doute pas d'accord, et il ne voulait pas s'imaginer
pouvoir aimer une autre femme qu'elle. Il avait tout juste 48 ans (30 ans d'Adama)
et Mlinawahasa 74 ans (46 ans d'Adama), il avait beaucoup d'ambition, Mlinawahasa
tout autant. Elle tait dj beaucoup plus que lui, il n'tait rien. Lui n'avait
pas prit de cong sabbatique, car personne ne savait rien de leur union, personne
ne le saurait, et surtout il pensait avoir trop  faire pour prendre le temps de
partager ces cinq ans avec Melinawahasa et Sarah.

Melinawahasa sourit  Teegoosh quand elle s'aperut qu'il la regardait. Elle regrettait
qu'il ne restt que quelques jours, avant de retourner sur ve. Elle regretta un
peu qu'il ft si jeune, qu'il ft si ambitieux, si prt  tout sacrifier pour satisfaire
sa soif de pouvoir. Elle avait cru tre capable de le convaincre de rester ces cinq
ans avec elle, mais elle s'tait trompe.

Teegoosh se dit qu'il pourrait peut-tre rester un peu plus que les quelques jours
prvus, puis il se rappela son rendez-vous avec son ami Gurantasanove, et admit qu'il
ne pouvait pas le repousser. Il s'approcha de Melinawahasa, effleura Sarah de la
main, de peur de la blesser, et se blottit contre son aime. Il se rendormit.

Sarah sentait le got un peu sucr du lait maternel dans sa bouche, elle aimait et
en voulait encore.

Premier jour
------------



Sarah bougeait ses petits bras dans l'air, elle n'avait pas faim, pas soif, elle
bougeait ses petits bras, elle avait envie de bouger. De temps en temps, elle bougeait
aussi ses pieds, mais elle arrivait moins bien  savoir ce qu'il se passait vraiment
quand elle bougeait ses pieds, alors qu'elle voyait ses deux petits bras battre l'air.

L'artificiel de la maison observait attentivement la petite Sarah. Ce n'tait pas
le premier enfant de l'artificiel, lui-mme en avait dj matern deux auparavant,
et indirectement, connect  des millions d'autres artificiels prsent dans la Confdration
des fils d'rimagel, des millions d'autres bbs. Il savait qu'il devait user de
toute son attention envers la petite Sarah, pour que ses premiers jours, parmi les
plus dterminant pour cette future femme, fussent les plus parfaits possible.

Melinawahasa tait dans la pice voisine, elle mangeait tranquillement des petits
pains sucrs spcialement conus pour elle, pour qu'elle puisse fournir  Sarah un
lait de bonne qualit. Elle regardait, un peu nerve, Teegoosh en pleine conversation
avec un de ses proches amis, encore, sans doute,  parler de politique. Finalement,
par une requte  l'artificiel de la maison, elle le coupa.

- Vous savez, la politique c'est aussi savoir grer correctement les priorits, et
savoir prendre le temps pour les choses importantes. Jugez-vous vos tribulations
politiciennes plus importantes que Sarah et moi ?

Teegoosh, d'abord surpris d'avoir perdu la communication avec son ami, s'apprtait
 demander  Melinawahasa ce qu'il se passait, mais elle prit la parole la premire
et il fut vex de sa remarque. Il l'admit tout de mme et se dit qu'elle avait raison,
qu'il tait la pour elle, pour elles, et que se laisser dpasser par les vnements
tait le plus sr moyens de ne jamais arriver  rien.

- Je vous prie de m'excuser, vous avez entirement raison.

- D'autre part il serait prfrable que nous ne soyons pas dtects. J'ai confiance
en Marouffasse, mais nous sommes ici, en un sens, plus vulnrable que dans la Congrgation.

Marouffasse, l'artificiel de la maison, tmoigna de sa gratitude envers Melinawahasa
et lui assura former une isolation parfaite autour d'eux.

Teegoosh vint s'asseoir aux cts de sa bien-aim, gota un de ses pains qu'il ne
trouva pas fameux, et en demanda des plus conforme  son got  Marouffasse. Il embrassa
Melinawahasa et la prit dans ses bras. Il aimait cette femme, il l'amait d'amour,
il tait amoureux, mais finalement ce sentiment le drangeait, il pensait que l'amour
physique, le sentiment amoureux provoqu par la scrtion d'hormones dans son cerveau,
tait plus une faiblesse qu'un atout. Il aimait surtout Melinawahasa par sa raison,
par cette admiration devant cette femme qu'il considrait bien plus que lui, qu'il
considrait plus intelligente, plus raisonne, plus forte, mme. Mais il savait qu'un
jour il pourrait devenir plus qu'elle, parce qu'elle avait une ambition limite par
ses valeurs humanistes, la sienne n'avait pas de limites...

Mlinawahasa regretta que Teegoosh fut encore si jeune et irrflchi. Parfois elle
sentait son ambition et elle lui faisait peur, parfois elle se disait qu'il serait
prt  tout pour le pouvoir. Pourtant il avait chang, depuis qu'elle le connaissait,
elle se flicitait de lui avoir donn des valeurs, de lui avoir donn des repres,
des limites. Mais il n'tait pas prt, il avait encore une vision trop floue des
hommes, du bien et du mal. Elle pensait que Teegoosh tait moins intelligent qu'elle,
mais elle savait qu'il avait plus de volont, plus la force de se relever sans cesse,
plus cette obstination de ne jamais abandonner. Elle ne savait pas si elle, elle
pourrait se battre jusqu'au bout.

- Vous savez, Teegoosh, je trouve que vous tes encore un peu trop impulsif, votre
 heure viendra sans doute, mais il ne faut pas non plus prendre la vie trop au srieux.
Il y a des hauts et des bas, et rien de sert de s'affoler  la moindre alerte.

- Je sais que vous avez raison, mais Marr 3 est tellement mou ! Chacune des ses dclarations
me rvolte !

- Aussi mou soit-il, la Congrgation a grossi de trente pourcent sous son gide.
Je reste persuad que son apparente inaction est une stratgie politique, l'ensemble
des plantes sans nom et de l'alliance du commerce extrieur n'auraient jamais accept
rejoindre la Congrgation si un chef fort, autoritaire et charismatique avait t
en place.

- Marr 3 a fait trop de concessions ! Nous n'avons plus que des exceptions !

- Mais ces plantes sont dsormais dans la Congrgation ! Ne comprenez-vous pas que
Marr voit  plus long terme, Marr sait que les enfants de ses plantes seront des
enfants de la Congrgation, Marr sait que toutes les personnes qui ne sont pas directement
dans les rangs des courants dirigeants de ses plantes voyageront dans la Congrgation,
s'changeront avec d'autre personne de la Congrgation, et que dans quelques centaines
d'annes tous les courants trs forts aujourd'hui ne seront plus qu'un souvenir noy
dans une Congrgation plus unie et plus forte.

- Ils n'ont mme pas de bracelets compatibles !

- Ils ont accepter d'en avoir un ! C'est dj gagn pour Marr, bientt les artificiels
seront unis, et les diffrences s'estomperont !

- Il faudra peut-tre des millnaires, alors qu'une ngociation plus stricte, comme
le prconisait Erglantor, aurait aussi sans doute aboutie, et ils auraient d accepter
toutes les rgles. Les populations n'auraient jamais accept que leur dirigeants
abandonnent l'ide de rejoindre la Congrgation !

- Qu'en savez-vous ! Sommes-nous dans la Congrgation ? Non, nous avons notre identit
! Vous n'en avez pas, vous tes noy dans les deux cent cinquante milliards de personnes
de votre Congrgation, mais un des premier repre d'un tre humain est son groupe
d'appartenance, sa famille, sa terre. Les gens qui sont ns ici ont prfr subir
l'enfer plutt que de partir ! Pourquoi ? Parce que c'est chez eux, la Congrgation
c'est perdre son identit, c'est devenir anonyme.

- Vous savez trs bien qu'une des raisons principales de l'indpendance des fils
d'rimagel est la richesse gigantesque cr par le gnrateur  diffrentiel gravitationnel.

- C'est aussi notre fardeau ! Mais vous ne comprenez pas, vous ne comprenez pas que
l'on peut aimer une terre au del de la logique, au del du pouvoir, de la richesse,
du raisonnable. Les gens aiment ces terre car c'est leur sang ! Ils se sentent vivre
ici, ils sont dans une symbiose telle avec ces enfers qu'ils mourraient, autrement.

- Pourtant il y a toujours un exode vers la Congrgation.

- Bien sr ! L'amour se transforme en haine et en exaspration. Et rarement on tombe
amoureux de l'enfer. Mais vous ne comprendrez jamais un tel sentiment, il faut tre
n en enfer pour l'aimer plus que le paradis.

Melinawahasa nervait Teegoosh, elle lui tenait tte et il se sentait plus faible,
il ne supportait pas a. Pourtant il ne la quitterait pour rien au monde, et il se
dit qu'en un sens, ce sentiment mme tait la preuve de ce qu'elle avanait, que
la lutte pour conqurir son amour le liait  elle de liens bien plus forts qu'il
ne l'imaginait...

- Un jour les gens comprendront que cette obstination est stupide, et ils rejoindront,
comme les autres, la Congrgation. Un jour les gens comprendront que s'attacher,
simplement parce qu'un jour ils ont lutt, ne relve d'aucune logique, et ils suivront
alors la route de la raison.

Melinawahasa se tourna vers lui et le regarda avec ses yeux gris ples, ses yeux
forg par le froid.

- Je vous crois, Teegoosh, un jour les gens oublieront qu'ils ont perdu ici les trois
quarts de leur frres, un jour les gens oublieront qu'en ces terres reposent trente
milliards de leur anctres morts en moins d'un an, un jour les gens penseront  la
Fuite d'rimagel comme une anecdote du pass, mais ce jour est loin, trs loin...

Teegoosh regarda Melinawahasa dans les yeux. Il savait pourquoi il aimait cette femme,
il savait qu'il l'avait suivi pendant des annes, qu'il l'avait cherche, attendue.
Il savait qu'il n'tait rien alors que des milliards de personnes se sacrifieraient
sur un mot d'elle, il savait qu'elle tait le patriarche de tout un peuple, et qu'il
ne voulait rien de plus que devenir comme elle.

Marouffasse sentit que Sarah allait se rveiller, et prvint Melimawahasa, qui s'empressa
d'aller auprs d'elle. Elle sourit en voyant son petit bb. Elle se demanda pourquoi
diable les femmes ne voulaient plus faire de bbs, le sentiment formidable de voir
cette petite chose. L'impression de devenir plus, l'impression de crer, l'impression
d'tre un dieu...

Sarah ouvrit les yeux, il lui fallut plusieurs minutes avant de distinguer les formes
devant elle. Ses petits yeux n'avaient encore qu'un vingtime de sa future vision
adulte, et elle ne distingua qu'une tche blanche en guise de mre qui se penchait
sur elle pour l'embrasser. Elle fut alors envahi par un sentiment doux et agrable
quand ses petites narines dj alertes lui firent reconnatre l'odeur de sa mre.
Rapidement elle eut faim et bougea les bras. Elle se sentit voler quand sa mre la
souleva pour la prendre dans ses bras, et l'odeur du sein lui donna encore plus envie
de ce lait sucr et chaud qui avait dj coul dans sa gorge. Les sons graves de
la voix de son papa ne l'interrompirent mme pas dans son repas.

Teegoosh fut fier de se dire que cette enfant tait sienne, et que, pour quelques
temps au moins, Melinawahasa serait aussi sienne, et qu'elle le regarderait dsormais
pour toujours comme le pre de son enfant, et qu'il aurait  ce titre une place 
part.

7 jours
-------



Sarah serrait fort le doigt de son papa dans sa petite main, elle aimait cette voix,
elle aimait les sons graves qui arrivaient  ses oreilles, elle aimait cette odeur.
Elle voulait entendre encore ces sons graves si mlodieux  ses oreilles.

- Vous pensez qu'elle m'entend ?

- Regardez son activit crbrale, elle vous entend de toute vidence. Elle semble
mme diffrencier votre voix de la mienne, regardez.

- Me voit-elle ?

Melinawahasa, seule  pouvoir entrer en communication avec le cerveau de sa petite
fille, transmit les images  Teegoosh, qui se reconnut difficilement sur la tche
floue virtuellement mise devant ses yeux. Teegoosh bougea la tte, pour suivre 
la fois les ractions de Sarah et l'volution de la vision de sa fille. Elle tourna
la tte quand il pencha un peu. Il bougea doucement, puis vite. Mlinawahasa parla
et Sarah tourna la tte vers elle, mais elle tait trop loin et ne distinguait pas
sa maman. Teegoosh parla et Sarah retourna la tte un peu vers lui, mais ne le trouva
pas, il tait trop loign de son champ de vision, encore trs troit.

Melinawahasa s'approcha, et ils virent sur la reprsentation en trois dimensions
de l'activit du cerveau de la petite Sarah les zones relatives  l'odorat s'veiller
puis la scrtions de srotonine donnant envie  Sarah d'avoir cette odeur encore
plus prs. Melinawahasa sourit et prit Sarah dans ces bras. Elle regarda Teegoosh
et lui recommanda d'un jour devenir femme pour pouvoir comprendre la joie procure
d'avoir enfant.

Teegoosh regarda Melinawahasa mais ne dit rien, il fut bless par sa remarque, il
fut bless de penser qu'aprs tout il n'tait que pour bien peu dans la naissance
de Sarah, et que peut-tre mme Mlinawahasa ne le considrerait plus autant maintenant
que sa fille tait ne.

- Et bien, que vous arrive-t-il ? Votre proche dpart vous rend-il mlancolique ?

Aprs tout, oui, pourquoi pas, tre mlancolique, se dit-il...

- Sans doute.

- Il ne tient qu' vous, mon cher, de ne pas nous laisser.

- Je ne vous laisse pas.

- Et que fates-vous donc alors ?

Teegoosh leva les yeux vers Melinawahasa, il se dressa, s'loigna de quelques pas.

- Je fais ce qu'il y a de bon pour la Congrgation.

- Si vous le pensez vraiment, alors oui, je vous soutiens, mais faites bien attention
de toujours diffrencier ce que vous pensez tre le bien et ce qu'il faudrait qu'il
soit pour satisfaire votre ambition.

Teegoosh savait que mme sans aucune forme de bracelet, Melinawahasa lisait en lui
comme dans un livre ouvert, il savait qu'il n'avait nul besoin de cacher son ambition,
de cacher son envie de retourner sur ve pour conforter sa position auprs de Yarnavasol,
et indirectement auprs de Symestonon, mme si ce dernier restait un tre inaccessible
et changeant, et surtout que personne ne parviendrait  arriver  sa hauteur pendant
encore des millnaires, et qu'il tenait  son indpendance vis  vis des courants
de penses plus que quiconque.

- Yarnavasol est le plus  mme de succder  Marr 3.

- Yarnavasol est un idiot.

- Je ne suis pas d'accord, il est trs populaire sur ve et les plantes du commerce.

- On peut tre populaire et idiot. Ce n'est qu'un opportuniste dont les valeurs varient
au grs des avis. Un peu comme vous.

Melinawahasa voulait blesser Teegoosh, elle voulait qu'il comprenne qu'on ne btit
pas un empire sur de l'ambition, mais sur des ides.

Teegoosh fut effectivement touch par les paroles de sa bien-aime. Il savait qu'elle
ne le considrait pas, il savait que pour elle il n'tait encore que du vent, mais
en un sens il s'en moquait un peu, car lui pensait au contraire qu'on btissait une
destine sur de l'ambition, car ce qui comptait c'tait l'homme, pas les ides.

- Je vous ai bless, mais j'ai bon espoir que vous changiez, Teegoosh. J'ai bon espoir
que vous soyez prt, un jour,  tout sacrifier pour vos ides.

- Qui d'autre que Yarnavasol peut-il bien apporter le renouveau dans la Congrgation,
qui donc pourrait unir les dernires confdrations ? Yarnavasol n'est pas si impopulaire
chez les fils d'rimagel.

- Et je le regrette. Mais il ne le sera pas longtemps, et quand notre gnrateur
sera de nouveau compltement oprationnel, les avis changeront de nouveau. C'est
maintenant ou jamais le moment de nous faire revenir, mais Marr 3 ne s'y lancera
pas.

- Il est trop peureux.

Melinawahasa lui lana un regard noir de l'avoir coupe.

- Il a l'intelligence de comprendre que de dompter un animal bless est une illusion.
Les risques qu'il se rebelle une fois de nouveau sur pieds sont trop importants.

- L'estimez-vous donc autant que cela ?

- Non, mais il est l'homme qu'il faut  la Congrgation dans ces temps de compromis.
Toutefois je ne pense pas qu'il saura convaincre les confdration indpendantes
restantes de rejoindre la Congrgation, pas plus que ne le sera Yarnavasol.

- Qui alors ?

Melinawahasa regarda Teegoosh dans les yeux, et lui rpondit d'une voix plus douce
:

- Pourquoi pas vous, mon cher ?

Teegoosh en eut un frisson de bonheur. Elle croyait donc en lui ! Puis il eut un
frisson de dsarroi, se servirait-elle de lui dans le seul but de permettre la runification
des fils d'rimagel  leur avantage ?

- Vous vous servez donc de moi ?

- Bien sr, mon homme, vous tes le pre de mon enfant, ne l'oubliez pas.

- Vous servez-vous de moi dans le but de faciliter la runification des fils d'rimagel
?

- Les fils d'rimagel ne sont plus, Teegoosh, nous sommes dsormais les plantes
de glaces, rimagel nous a quitt.

Mlinawahasa fit une pause.

- Je me sers de vous comme vous vous servez de moi, trs cher.

Teegoosh sourit, que pouvait-il donc contre elle ?

Un mois (deux petits siximes)
------------------------------



Sarah avait presqu'oubli ces sons graves, mais quelque chose en elle s'en remmorerait
 jamais. Elle voyait dsormais ce visage, certes de manire encore imparfaite et
flou, mais elle savait la diffrence entre celui-ci et celle de l'autre personne.
Elle prfrait l'autre personne, car souvent cette autre personne tait proche de
ce lait. Pourtant il avait chang, moins sucr qu'il ne l'tait, mais toujours aussi
bon. Sarah sourit quand elle entendit la voix de sa maman, pas ce sourire rflexe,
un vrai sourire, l'envie qu'elle la prenne dans ses bras.

- Vous a-t-elle manqu ?

- Je crois.

- Vous n'en tes mme pas sr ! Et moi, vous ai-je manqu ?

Teegoosh reposa Sarah dans son petit lit et prit la main de Mlinawahasa. Il la regarda
dans les yeux un instant.

- Il n'y a pas un jour o je ne pense pas  vous, vous le savez trs bien.

- Pourtant vous me semblez bien occup.

- Des rumeurs courent sur le dpart probable de Marr 3.

- J'ai entendu ces rumeurs, tout comme celles de la dcouverte possible d'hommes
de l'Au-del.

- Celles-ci sont sans doute fausses, par contre plusieurs personnes d'Adama, proche
des gens du Congrs, m'ont confirm que Marr 3 a t trs prouv par sa confrontation
avec les plantes sans nom, et que les avis le trouvent un peu trop conciliant.

- Ah ! Vos avis ! Que seriez-vous sans eux !

- Ils sont la plus fidle reprsentation de ce que veut la Congrgation, ils sont
la meilleure forme de dmocratie.

- Balivernes ! Laisseriez-vous votre petite Sarah choisir elle-mme ce qui est bon
pour elle ?

- Vous jugez donc que la plupart des gens de la Congrgation ne sont que des enfants
?

- Laisser les gens exprimer leurs avis de manire impulsive, c'est couter leurs
pulsions, leur envie de scurit, de plaisir, leur orgueil. Le pouvoir n'est pas
inn ! Le pouvoir s'apprend.

- Le systme hirarchique des fils d'rimagel n'est pas  mes yeux plus quitable.

- D'une part ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, et ensuite je reste
persuad que le systme mis en avant dans la Congrgation sera la plus belle faon
d'aller vers l'immobilisme.

- Pourtant la Congrgation est loin d'tre sclrose par les avis, nous avons une
progressions suprieure  celle des confdrations priphriques.

- Parce que vos avis ne sont qu'un leurre ! Ne voyez-vous pas que vos jeux de pouvoir
sont tout aussi important que chez nous ! Exactement de la mme manire que nous,
vous avez des personnes qui matrisent le pouvoir et en usent.

- Pourquoi tes-vous contre les avis, alors ?

- Parce qu'ils n'apportent rien de plus, notre systme ne cache pas sous une fausse
dmocratie la notion de pouvoir. Quand un jour nous aurons des avis qui permettent
un partage plus raisonn du pouvoir, je pense que les fils d'rimagel les accepteront.

- Je trouve votre position un peu extrme, je vous pensais plus en faveur de la dmocratie.

- Je n'ai jamais t en faveur de la dmocratie.

Teegoosh fut un peu dsorient par la rponse de Mlinawahasa.

- Je persiste  penser que la plupart des gens se moquent du pouvoir et de leurs
compatriotes, et que les impliquer  tout prix dans les dcisions communes est une
erreur.

- Ceci est la porte ouverte  toutes les drives autoritaires du pass !

- Je n'ai pas dit non plus qu'il fallait donner le pouvoir  n'importe qui.

- Comment choisir ?

- C'est bien le problme. Mais vos avis, tels qu'ils sont actuellement, n'apportent
pas la solution, car le pouvoir dans la Congrgation passe par bien plus de mandres
que les avis seuls.

- Pourtant la gestion du pouvoir dans la Congrgation se passe plutt bien.

- Pas mieux qu'ici.

- Ici rien n'est plus normal, votre quilibre n'est pas encore revenu.

- Oui, nos frres nous manquent toujours...

Mlinawahasa se rapprocha un peu de Teegoosh, et lui passa la mains sur la joue.

- Vous me manquez aussi, Teegoosh.

Teegoosh la prit dans ces bras, Sarah sourit en voyant les deux formes ne faire plus
qu'une, Maroufasse baissa les lumires. Parfois Teegoosh dtestait Mlinawahasa,
dans ses oppositions incessantes, dans sa rticence  admettre ce qu'il disait, dans
ses choix si goste, dans son indpendance injurieuse. Pourtant il l'aimait plus
qu'il n'avait jamais aim aucune femme, plus qu'il ne se le serait jamais permis
avant de la rencontrer. Car il savait qu'elle ne laisserait pas son amour devenir
un batitude monotone, et qu'il devrait sans cesse se battre pour le mriter.

Mlinawahasa n'tait pas trs grande, mais elle dpassait Teegoosh, lui-aussi plutt
petit. Elle demanda  Teegoosh de la serrer fort dans ses bras. Elle se sentait si
seule. Sa petite fille ne lui permettait pas encore d'avoir un retour d'affection.
Elle aimait Teegoosh, pas parce qu'il lui tenait tte, tous les hommes de caractre
tiennent tte, mais parce qu'il tait beaucoup plus attentionn qu'il ne le paraissait,
et parce qu'il le deviendrait sans doute encore plus. Elle savait qu'il tait important
qu'il passt du temps avec sa fille, qu'il apprenne, avant de diriger les hommes,
 dj tre pre.

Ils n'avaient pas fait l'amour depuis presque un sixime. Melinawahasa en avait envie,
pourtant il tait encore un peu tt pour elle, seulement deux petits siximes aprs
l'accouchement. Elle avait utilis un gurisseur pour acclrer la cicatrisation
de son utrus, mais elle n'tait vraiment complte que depuis quelques jours, et
elle avait peur d'avoir mal. Elle savait que Teegoosh tait proccup, trop proccup,
et bien souvent perdu dans ses penses, et pas vraiment l, prs d'elle, dans son
petit coin de chaleur  plus de cent kilomtres (cent quadri pierres) de tout voisin.
Elle aimait l'isolement, se retrouver seule, loin de tout, aller chaque jour marcher
dans le froid environnant, pour observer la nature tourmente par les tempratures
montant rarement au dessus de -12C (descendant rarement en dessous des 40 trimes),
et plus souvent autour de -26C (45 trimes). Mais la situation s'amliorait un peu
depuis la remise en route du gnrateur gravitationnel et l'aide, modre, des artificiels.
Il n'y avait encore que dix ans, il faisait bien 28C de moins (10 trimes de plus).

Mais ils firent nanmoins l'amour. Mlinawahasa aimait la faon dont Teegoosh lui
faisait l'amour, pas tellement qu'elle avait plus de plaisir, mais il tait  la
fois rude et tendre, un peu timide et pourtant plutt dou. Il redoubla de tendresse,
de peur de la blesser, mais Mlinawahasa, si elle ne jouit pas, eut tout de mme
du plaisir et peu de douleur. Teegoosh savait l'couter pour lui faire l'amour comme
elle le dsirait, mais il partait trop vite aprs, dj dans ses penses, dj loin
d'elle.

- Reste avec moi, Teegoosh.

Teegoosh fut surpris qu'elle ne le vouvoie pas. Il comprit qu'elle voulait tre proche
de lui quelques instants, qu'elle ne voulait pas qu'il pense  autre chose qu'elle.
Il comprit aussi que cette femme tait une chance et que chaque instant pass en
sa compagnie  penser  autre chose tait une erreur, une perte, du gchis...

- Je reste, ne vous inquitez pas.

Il se rapprocha d'elle.

- Comment va notre petite Sarah ?

- Trs bien, Maroufasse m'aide beaucoup, j'avoue que l'apport des artificiels est
apprciable, je suis parfois un peu perdue.

- Il faut savoir les contrler, mais leur aide est immense. D'aprs eux il n'est
pas ncessaire de donner un compagnon avant les six mois de Sarah, mais ensuite ce
sera un moyen d'acclrer son veil, sa capacit d'apprentissage, et sa socialisation.

- Ces jouets me font un peu peur, mais c'est indniable que leurs apports sont impressionnants.
J'avais jou il y a quelques annes avec le jeune fils de Gagarou, qui n'a qu'un
peu plus de 3 ans (2 ans d'Adama), il y avait aussi la petite fille de Marlyne, qui
est leve  la mthode plus traditionnelle, qui a pourtant dj presque 5 ans (3
ans d'Adama), et bien j'avais presque une discussion construite avec le petit, alors
que la fille se perdait sans cesse dans ses penses.

- Certains jeunes sont plus dous que d'autres.

- Certes, mais la diffrence m'a tellement frapp que j'ai juger qu'une prcocit
n'tait pas suffisante pour l'expliquer.

- Les parents ont beaucoup  jouer, aussi.

- C'est bien ce qui m'inquite, Teegoosh.

- Je prendrai du temps pour ma fille, et pour vous. Actuellement les choses sont
toutefois un peu complexe, mais j'aurais sans doute plus de temps bientt.

- Ne vous leurrez pas, Teegoosh, vous aurez de moins en moins de temps, si vous ne
savez pas prendre du temps maintenant, vous ne le saurez jamais.

- Voudriez-vous que je reste avec vous tout le temps ?

- Je comprends qu'il soit important, dans cette priode charnire, de garder le pied
dans l'activit politique de ve, mais duquer et comprendre la psychologie de Sarah
doit aussi tre une priorit pour vous. Cela vous apportera beaucoup sur la connaissance
et la comprhension des hommes.

Teegoosh savait que Mlinawahasa avait raison, et il savait aussi qu'il tait trop
press. Il aurait dj voulu que Yarnavasol le prt dans son quipe, mais il n'tait
encore rien, et passer mme deux ans auprs de Mlinawahasa et Sarah ne serait pas
catastrophique pour sa carrire. Il rflchit un peu et se dit qu'il pourrait s'imposer
de passer un sixime sur deux avec elles. Il prfra toutefois ne rien promettre,
sachant trs bien qu'une fois de nouveau dans le feu de l'action, il aurait bien
du mal  le quitter.

Il tait tt mais Mlinawahasa s'endormait doucement. Elle tait trs fatigue. Maroufasse
l'aidait beaucoup, mais elle passait beaucoup de temps auprs de sa petite fille,
et ngligeait un peu de prendre soin d'elle. Elle rva d'rimagel, elle rva de sa
fuite, du noir, de l'ombre, du froid, de la mort. Comme chaque nuit, finalement.

Sarah rva aussi, de couleur, d'odeur, de la voix de son pre. Elle se rveilla dans
la nuit, elle avait mal au ventre. Maroufasse lui fit scrter un peu de morphine
et elle se rendormit. La douleur n'tait que passagre et elle aurait rveill Mlinawahasa
pour bien peu. Maroufasse prenait autant soin de la mre que de la fille, le tout
tait une symbiose, et il ne fallait ngliger aucun des lments. Il se dit aprs
coup qu'il aurait pu rveiller Teegoosh, juste pour lui faire consoler sa fille,
et enregistra dans ces petites cellules artificielles d'agir ainsi  la prochaine
occasion. Occasion qui ne se prsenta qu'au petit matin, quand il rveilla Teegoosh
une minute et quinze secondes seulement (un petit sixime de trente-sixime) avant
qu'il ne prdise le rveil de Sarah.

Teegoosh avait accept de laisser Maroufasse interagir avec lui et se leva promptement
pour tre prs de Sarah quand elle ouvrirait les yeux.

Trois mois (un sixime)
-----------------------



Sarah ouvrit les yeux ds qu'elle entendit la voix de sa mre. Elle savait dsormais
avec certitude que c'tait cette personne toute blanche qui parlait ainsi. Elle pouvait
la voir qui bouger autour d'elle. Elle la suivait souvent du regard, elle aimait
bien la voir bouger. Elle souriait quand elle la prenait dans ses bras, et encore
plus quand elle sentait l'odeur qui annoncer le got dans la bouche, ce got qu'elle
aimait tant. Elle aimait cette voix, elle aimait rester l  couter cette voix lui
parler, dire toutes ces choses, elle aimait le mot 'Sarah', la personne le disait
souvent et elle aimait la faon dont il sonnait  ses oreilles. Elle aimait aussi
le mot 'Teegoosh', elle aimait l'impression acidule que lui donnait la prononciation
de ce mot. Mais par-dessus tout, elle aimait le mot 'maman'.

Mlinawahasa parlait de Teegoosh  sa fille, elle se disait parfois que de parler
de lui compenserait son absence. Il lui manquait, lui, pas uniquement son esprit,
elle pouvait l'appelait presque quand elle voulait, mme si elle se refusait  tre
systmatiquement l'appelante. Mais ils devaient converser au moins une fois tous
les trois jours. Mais c'est lui qui lui manquait, son corps, se sentir dans ses bras,
se sentir prs de lui avec sa fille. Quatre petits siximes qu'il n'tait pas venu,
c'tait long, trop long. Elle ne voulait pas le supplier, pas que l'ide de paratre
faible devant lui la gnt, elle aimait s'y adonner, au contraire, mais elle voulait
qu'il comprt par lui mme son importance, elle voulait qu'il vnt par envie et non
par obligation.

Teegoosh tait encore loin, il tait sur Ora, une des plantes du commerce principale.
Pour la premire fois, il discutait avec Yarnavasol en tte--tte, pour la premire
fois, il fut compltement d'accord avec Mlinawahasa sur cet homme, ce n'tait qu'un
opportuniste qui n'avait aucune conviction. Il eut alors envie de revoir sa douce,
et deux heures et quart seulement aprs sa discussion (trois trente-siximes), il
se prparer  tre tlport sur Fra. Quatre jours plus tard, il garait son glisseur
dans le long tunnel menant  l'entre de la rsidence de sa Belle, cinq cent vingt
mtres plus bas (trois tri-quadri pierres).

Mlinawahasa fut surprise de le voir, mais elle lui en voulait.

- Teegoosh, vous auriez pu me prvenir, je ne vous attendais pas.

Teegoosh fut vex par une telle remarque, alors qu'il s'attendait  un accueil chaleureux.

- Prfrez-vous que je reparte.

- Si votre susceptibilit est suprieure  votre amour, oui, je le prfre.

- J'aurais pens avoir un meilleur accueil.

- Aprs que vous aillez annul deux de vos visites, n'ai-je pas des raisons de vous
en vouloir ?

- Aurai-je envie de vous faire de nouveau des surprises, si je suis accueilli ainsi
?

- Comprenez que j'aurais pu de pas tre l, ou avoir de la visite, il serait fcheux
que vous arriviez dans une telle situation.

- Certes, vous avez raison, je serais plus prudent  l'avenir. Avez-vous de la visite
de prvu dans le prochain sixime ?

- Non, pourquoi donc, me feriez-vous l'honneur de revenir avant ?

- De ne pas partir.

Mlinawahasa ne put s'empcher d'avoir un sourire et le regard qui ptille quand
elle comprit que Teegoosh allait rester trois mois complets (tout un sixime) avec
elle. Elle s'approcha de lui et se laissa prendre dans ses bras.

- Vous allez vraiment rester tout ce temps avec moi ?

- Oui, le sixime entier.

- Merci beaucoup, mon homme, vous me manquiez, vous savez.

- Vous tiez dj beaucoup pour moi, ma chre, mais je crois que je sous-estime encore
votre valeur, j'ai sans doute plus  apprendre  vos cts qu'entour des meilleurs
politiciens d've.

Mlinawahasa embrassa Teegoosh, son homme, et resta un long moment dans ses bras,
avant de le tirer doucement pour aller voir sa fille.

Sarah entendit de nouveau ces sons graves, elle sut qu'il venait de cette nouvelle
personne. Elle le voyait mieux dsormais, elle voyait son regard, elle pouvait le
suivre des yeux. Elle tendit les bras, elle avait envie que cette nouvelle personne
la prt dans ses bras et lui parle encore. Elle pouvait dsormais tourner facilement
la tte et bouger les bras. Teegoosh changea de voix et lui parla doucement, mais
Sarah prfrait les sons graves. Elle poussa un petit cri de dsarroi. Teegoosh rigola
et elle aimat ce rire, elle poussa de nouveau un petit cri identique.

- Elle aime votre rire, mon cher, elle aime le rire de son papa.

- Me comprend-elle, dsormais ?

- Non, pas encore, il faudra encore deux siximes pour qu'elle commence  comprendre
le sens de certains mots.

- Peut-elle tout de mme retenir certains lments de notre conversation ?

- Non, pas encore, la cohrence d'onde de son cerveau est encore imparfaite, et elle
se dsynchronise encore frquemment, empchant une mmorisation rflexe efficace,
mais cela devrait disparatre d'ici  un sixime, et alors sa mmorisation deviendra
trs efficace.

- Rve-t-elle ?

- Pas encore au sens ou nous l'entendons, ses nuits sont peuples d'images, mais
elles ne sont pas encore compltement une forme de classification et de mmorisation.
Ses rves ne sont pas construits, elle ne matrise pas encore suffisamment ses sens
pour que son cerveau puisse construire des situations oniriques pseudo-relles.

Mlinawahasa regarda Teegoosh s'amuser avec Sarah. Sarah semblait heureuse, Mlinawahasa
l'tait aussi, mais elle avait peur que Teegoosh reparte. Elle en avait tellement
peur qu'elle n'osait mme pas lui demander s'il allait vraiment rester quoi qu'il
arrivt. Elle s'tonna de cette crainte, elle s'tonna, elle, qui avait subi tant
d'preuve, de ne pas avoir le courage de demander cette simple chose. Elle en conclut
finalement que c'tait plus un rve qu'une crainte, se laisser l'opportunit de croire
qu'il resterait vraiment un peu plus que quelques jours. Elle sourit en ralisant
qu'elle aimait cet homme, alors qu'elle avait cru ne plus pouvoir aimer. Elle s'approcha
de lui et se colla contre son dos pour le prendre dans ses bras.

- Aviez-vous quelques autres affaires  rgler sur Fra pour vouloir rester si longtemps
?

- Oui.

Mlinawahasa regretta d'avoir pos cette question, elle se dit qu'elle aurait pu
simplement imaginer, se persuader, quelques jours au moins, qu'il n'tait l que
pour elle. Elle ne dit rien.

- J'ai une enfant  duquer et une femme  choyer.

Mlinawahasa sourit et se serra contre lui.

- Je vous aime, Teegoosh.

Teegoosh fut surpris d'une telle parole. Il reposa Sarah et se tourna vers Mlinawahasa.
Il l'embrassa longuement. Il eut envie d'elle et elle de lui. Maroufasse baissa les
lumires et ils s'allongrent sur leur lit. Un cocon pudique les entoura et ils se
retrouvrent avec plaisir.

Mlinawahasa aimait faire l'amour avec Teegoosh, elle tait auparavant trs rserve
et considrait l'acte comme une certaine forme d'irrespect, comme un simple assouvissement
des plaisirs primaires. Mais Teegoosh lui avait appris  en faire un moment d'change,
un moment de parole, un moment de dcouverte du corps de l'autre, des envies de l'autre,
un moment de plaisir partag. Dsormais, elle parlait, elle lui demandait, elle n'avait
plus honte de lui sommer de la pntrer, de la lcher, de lui faire toute ces choses
qu'elle se refusait, voulant  tout prix ne paratre qu'intellecte, alors qu'elle
savait dsormais que c'est dans la symbiose entre le corps et l'esprit que se trouve
le bonheur, et elle avait pass de nombreux jours  fantasmer sur le retour de Teegoosh,
et son envie rflchie dpassait mme son envie physique. Elle avait encore quelques
douleurs  son utrus qui lui gchait un peu le moment, mais elles taient bien moindre
dsormais.

Elle lui parlait dans le creux de l'oreille, si doucement qu'il l'entendait  peine,
comme si cette conversation devait rester inconnu de son inconscient :

- Alors, que me vaut la joie de ta prsence ?

- Moi aussi, je t'aime, Mlina.

- Ne m'aimais-tu donc pas, avant ?

- Je vous aime encore plus, Mlina.

- Que me vaut tant d'honneur ?

- J'ai parl avec Yarnavasol, juste avant de venir.

- Il vous faut l'avoir vu de prs pour me croire ?

- Oui, je dois encore manquer d'exprience.

- Sans nul doute.

- Dites-moi, vous l'avez trouv inconsistant, superficiel, faux-charmeur, hypocrite
?

- Exactement.

Mlinawahasa n'en dit pas plus, elle avait sa victoire et elle savait qu'un vainqueur
doit se taire. Elle embrassa Teegoosh et se rendormit au creux de son paule. Elle
rva, encore et toujours, d'rimagel, rimagel qui lui prenait son fils, encore et
toujours, chaque nuit.

Sarah les rveilla, par Maroufasse interpos, suffisamment tard dans la matine pour
qu'ils eurent le temps de profiter de leur nuit. Ils eurent une journe calme et
tranquille, s'amusant principalement avec Sarah. Mlinawahasa fut heureuse, Teegoosh
aussi.

Teegoosh, deux semaines plus tard (un petit sixime), redevint pensif. Mlinawahasa
le vit et en fut attriste, pensant qu'il allait revenir sur sa promesse de rester
un sixime entier. Elle ne voulait pas qu'il se retint de rester.

- Vous savez, Teegoosh, je ne voudrais pas que vous restiez ici par complaisance.

- O irai-je ?

- N'avez-vous donc pas quelques affaires en cours sur ve ?

- Yarnavasol est un idiot, vous aviez raison, je n'ai rien  faire avec lui, je n'ai
rien  faire avec eux. Mon heure n'est pas venue, il me faut trouver des convictions,
il me faut trouver une flamme, ma douce.

- J'avoue qu'il est plus simple que le feu vous trouve que de trouver sa flamme.

- Elle tait l'ambition, mais je vous crois qu'une ambition pure ne fera rien de
plus de moi qu'un tre fade et superficiel comme Yarnavasol. Il me faut tre plus,
il me faut forger des convictions.

Mlinawahasa eut alors la faiblesse de croire qu'il allait peut-tre rester plus
longtemps, qu'il allait peut-tre rester deux, trois siximes, peut-tre un an, car
il faut du temps pour qu'un homme devienne un homme, mme si le froid de Fra tait
une pouponnire d'hommes plus efficace que les fastes de la Congrgation.

Un an (quatre siximes)
-----------------------



Sarah se rveilla et fit comprendre  son nounours et son tigre, ses deux artificiels
de compagnie, qu'elle voulait rejoindre ses parents. Chacun la sermonna dans une
langue propre qu'ils dormaient encore et qu'ils valaient mieux attendre. Mais Sarah
n'en avait fit, elle voulait aller les voir ! Elle galopait dsormais  quatre pattes
 un point qu'ils devaient souvent la contraindre de rester calme quelques instants
pour se reposer et les couter. Mais les deux petits artificiels, encore presqu'une
fois et demi plus grand qu'elle, taient rarement contre faire quelques btises avec
elle. Une fois proche du cocon, elle se dressa sur ses deux jambes et frappa  le
plat de ses mains pour qu'ils lui ouvrissent. Le cocon s'entrouvrit et elle tendit
les bras pour que son papa l'aide  venir se blottir entre eux. Sarah alors entreprit
de rciter les cinq mots qu'elle connaissait.

- Elle mlange les trois langages qu'elle entends, ne serait-il pas prfrable que
nous utilisions des artificiels qui parlent comme nous ?

- Ne vous en fates pas, Teegoosh, aprs tout c'tait vous le grand dfenseur des
artificiels d'apprentissage.

- Oui, je ne reviens pas dessus, mais je me demande s'il ne vaut mieux pas attendre
qu'elle matrise correctement une langue avant de lui en inculquer plusieurs.

- Au contraire ! Son esprit est capable de prouesse  cet ge, elle mettra peut-tre
un peu plus longtemps  dmler les trois langues, mais elle n'en sortira que plus
dgourdie. N'tait-ce pas votre cas ?

- Si, mais je ne me rappelle pas que mes parents fussent inquiets par un retard d'locution.

- Nous nous inquiterons pour ses un an, qu'en pensez-vous ?

- Oui, vous avez raison.

- Serez-vous encore l ?

- Je prends got  votre rythme de vie, nos petites sorties le matin, nos discussions...
Vous prendre dans mes bras...

- Ne vous leurrez pas trop non plus, ce n'est pas rellement ma vie. J'ai moi aussi
beaucoup d'occupation en temps normal, rappelez-vous nos difficults pour nous voir
auparavant.

- Certes, mais je pense qu'il faut avoir un peu goter  tout pour comprendre les
gens, pour comprendre leur aspiration, pour comprendre qu'il n'est pas ncessaire
de toujours monter plus haut pour tre heureux.

- Heureuse de vous l'entendre dire.

Sarah sentit l'odeur du sein de Mlinawahasa, et comme appris par sa maman, elle
le montra du doigt. Mlinawahasa se rapprocha et se pencha sur le ct, Sarah prit
dlicatement le sein et commena  tter, elle savait que si elle allait trop vite
elle pourrait en tre prive. Elle n'couta plus les mots des grands, et la voix
grave de son papa ne devint qu'un fond sonore, mais elle l'aimait toujours autant.

- Avez-vous des nouvelles de vos amis sur ve ?

- Trs peu, je ne garde le contact presqu'avec Gyras, pour tous les autres je suis
en retrait sans dure dtermine.

- Quelle raison leur avez-vous donn ?

- Que je voulait prendre du recul pour mieux dfinir ce que je voulais faire.

- Avez-vous parl de votre fille  quelqu'un ?

- Non. Pensez-vous que nous devrons la garder cache.

- Cache, non, notre relation, et encore plus notre fille, serait sans doute malvenue
dans la priode difficile qui touche les fils d'rimagel. Ma diplomatie envers la
Congrgation m'a souvent t reproche.

- O Sarah grandira-t-elle ?

- Dans un premier temps ici, bien sr, mais il lui faudra le contact d'autres enfants,
pour dvelopper sa socialisation. J'ai peur toutefois que nous ne devions choisir,
ensuite, entre la Congrgation ou ici, il serait malvenue de la faire transiter entre
les deux.

- Notre relation devra rester secrte ?

- Pourquoi ? Seriez-vous fier  ce point ?

- Vous resterez dans l'histoire, Mlina.

- Bah, vous savez, Teegoosh, c'est souvent le dsespoir qui nous fait marquer notre
poque, et c'est malheureusement la peine qui nous pousse  tout cet hrosme. Vouloir
marquer l'histoire par ambition, c'est s'assurer d'y laisser une trace sombre.

- Ne croyez-vous pas que Kalisse ou mme Moriandre taient motiv par une certaine
forme d'ambition ?

- Une ambition, certes, l'ambition de vouloir faire changer les choses, ou l'ambition
de prouver qu'ils avaient raison, mais je ne crois pas que l'un ou l'autre, ou mme
des personnes encore plus emblmatiques comme Guerroik ou Antara, n'avaient comme
ambition de rester dans l'histoire.

- Oui, Guerroik et Antara avaient sans doute la pression de vouloir librer leur
peuple, mais Moriandre, que voulait-il vraiment ?

- Vous pensez qu'il aurait pu restez sur ve juste pour laisser son nom ?

- Cette histoire de sacrifice me parait un peu trop tarabiscote. Certes, il fut
tout  fait louable de sa part de laisser sa place, mais  ce moment l je ne suis
pas sr qu'il savaient dj que le gnrateur allait lcher. Les chances de survie
tait absolument nulle en estimation, rester aurait t du suicide pur et simple.

- Il aurait alors sans doute dcouvert trop tard que sa seule chance de survie serait
de tenter d'utiliser l'ancienne flotte de colonisation.

- Ou simplement a-t-il eut de la chance qu'elle passe sur un cran radar peu avant
ou aprs que le gnrateur lche, et il n'eut alors d'autre solution que de tenter
le tout pour le tout.

- Devenant un hros qui sauva presqu'un million de personnes, alors qu'il voulait
simplement, peut-tre, devenir l'administrateur privilgi d've.

- Ce qu'il devint, non sans une certaine forme de succs.

- En mettant en place cette volution stimule chre  votre coeur.

- Votre systme ne la renie pas.

- Je ne la renie pas non plus, je pense juste que l'erreur est de vouloir la pousser
 l'extrme, c'est trs diffrent de lutter contre les lments et la nature, ou
de lutter contre ses frres pour ne pas qu'ils nous crasent.

- Je vous avouerais que l'volution d've ces derniers sicles m'inquitent en effet
un peu, beaucoup de gens de pouvoir profitent beaucoup trop de leur position sans
que le systme n'en bnficie en retour.

- Vos avis montreraient-ils leur limite ?

- Je vous crois sur ce point, si les gens ne sont pas impliqus ils s'en moquent.
Ceux qui ont le travail sur ve ont pu s'assurer tellement de reconnaissance qu'ils
deviennent trs puissants, et pas toujours en bien. Il faudrait sans doute trouver
un moyen de rendre les gens plus regardant, plus critiques.

- Obligez-les  travailler.

- Obliger  travailler ? C'est absurde !

- Nous obligeons bien nos enfants  parler,  tre propres, n'est-ce pas aussi absurde,
pourquoi en ont-ils besoin, aujourd'hui ?

- Aprs tout les citoyens de la Congrgation retireraient un certain sens civique
s'ils participaient un peu.

- Tout  fait, nous ne parlons pas ici de tche ingrate ou de labeur, simplement
d'avoir l'obligation d'excuter quelques actions d'intrt commun.

- Pour rendre les gens plus attentif  l'volution de la Congrgation.

- Et de mieux temprer l'utilisation des avis.

- C'est une ide qui va plutt  l'encontre de la tendance du moment. Mme Yarnavasol
n'est pas aussi extrme.

- Cette ide va dans les deux sens, elle est moins extrmes que les positions litiste
de Yarnavasol, tout en supposant qu'il en rsultera une plus grande galit, ce qui
va dans le sens du contrle de Marr 3 et son acolyte Ypnochampo.

Sarah avait termin de tter, elle sentait que l'attention n'tait pas spcifiquement
tourne vers elle, elle s'empressa alors de couper son papa et sa maman de grand
cri pour rtablir l'ordre, elle aimait les avoir tout  elle.

19 mois (un an)
---------------



Sarah adorait marcher. Elle marchait tant qu'elle s'en sentait la force, demandant
mme parfois  un de ces cinq artificiels jouets de l'aider  marcher voire de la
porter. Elle prfrait toutefois son ours et son reptile, qui la suivait depuis qu'elle
avait trois siximes. De plus elle parlait dsormais parfaitement leur langue, tout
comme elle parlait trs bien la langue de son papa et de sa maman. Mais elle avait
encore du mal avec les trois nouvelles langues de son nouveau petit cochon, petit
tigre et petit singe. Sarah avait le droit dsormais,  condition que ces amis l'accompagnassent,
d'aller dans presque tous les couloirs de la grande demeure de sa maman, sauf ceux
qui allait vers le haut, car en haut il y avait le froid, et Sarah n'aimait pas le
froid. Les escaliers taient toutefois encore trs prouvant pour elle, et si elle
aimait bien monter un peu au niveau en dessus pour pouvoir faire des roulades sur
le parterre moelleux, elle n'aimait pas descendre, et depuis quelques temps sa maman
refuser de venir la chercher, alors qu'avant elle pouvait toujours compter sur elle
pour la porter.

Mais aujourd'hui Sarah voulait faire plaisir  sa maman. Sa maman tait triste depuis
quelques jours, Sarah le sentait, et elle tait plus attentionne, elle ne la dfiait
pas incessamment, et rester proche d'elle pour lui faire des clin, ou confectionnait
avec fiert des petits dessins en trois dimensions avec son ardoise magique.

Mlinawahasa accueillit avec le sourire le dessin de sa fille, mme si elle voyait
mal ce que ces carrs de couleurs reprsentait vraiment. Elle l'enregistra tout de
mme, comme tous les autres, pour que Sarah, une fois grande pt regarder avec nostalgie
ses premires oeuvres. Mlinawahasa prit Sarah dans ses bras et lui parla doucement.
Teegoosh tait parti, finalement. Finalement aprs cinq siximes passs  ses cts
il tait reparti. Elle avait espr qu'il resterait plus, elle s'tait habitue 
sa prsence. Peut-tre ne lui avait-elle pas assez dit ? Peut-tre avait-elle t
trop fire pour lui avouer qu'elle voulait qu'il restt, qu'elle le voulait prs
d'elle.

Mlinawahasa reposa Sarah et eut envie d'aller marcher dans le froid. Elle tait
triste et elle aimait marcher dehors dans ces cas l, pour reprendre contact avec
la vie, avec la nature, et se rendre compte, que oui, depuis le dbut, elle savait
qu'elle serait trs seule avec Teegoosh, pas comme avec Marquote, Marquote n'tait
pas plus attentionn ou affectueux que Teegoosh, mais il tait moins ambitieux. Elle
savait que Teegoosh lui en aurait voulu  un moment ou un autre si elle l'avait
retenu, trop retenu. Pourtant, elle le regrettait, un sixime de plus, lui en aurait-il
vraiment tenu rigueur ? Sans doute pas, mais il fallait qu'il partt, c'tait invitable,
alors autant le faire intelligemment, le faire partir plus tt lui donnera sans doute
l'opportunit de revenir plus vite.

Elle ne se consola qu' moiti avec cette ide, Mlinawahasa avait appris  connatre
Teegoosh, elle connaissait les hommes et leur ambitions. Longtemps elle avait cru
Teegoosh un simple prtendant sans classe ni stature, puis elle l'avait cru un de
ses multiples politiciens nourri par la seule ambition, puis elle avait vu l'homme,
cach sous toutes ces facettes, et nourrit d'espoir de le voir surgir. Elle trouvait,
en un sens, qu'il avait chang, ne serait-ce que depuis le moment o il tait arriv
sur Fra il y a cinq siximes. Il avait, elle le souhaitait de tout son coeur, compris
l'utilit du pouvoir, de l'ambition, mais surtout des valeurs auxquelles on se rattachait
et de l'intgrit.

Mlinawahasa savait que Teegoosh tait encore jeune, encore soumis  la pression
norme sur ve,  la pression de la russite,  la pression du pouvoir. Pourtant
elle savait aussi que cette pression tait la cl pour faire sublimer son homme,
mais aussi facilement en bien qu'en mal, et qu'il lui fallait tre attentive pour
qu'il restt dans le droit chemin. Parfois elle se sentait si faible dans ses bras,
devant toute son nergie, parfois elle se sentait si frustre par son inexprience,
par sa prtention  tout comprendre, tout connatre. Que connaissait-il !

Sarah manifesta son envie de bouger, elle n'avait pas trop envie de rester trop longtemps
sur sa maman, elle aurait aim aller voir son papa, mais elle ne le trouvait nulle
part, et elle s'inquitait un peu. Elle dcida alors de partir de nouveau  sa recherche,
dans tout les recoins de la maison. Sarah avait encore un peu du mal  distinguer
les choses de loin, ce qui lui valait de devoir faire de nombreux dtours avant d'avoir
compltement vrifi le contenu d'une pice. Heureusement que son reptile ou son
tigre taient souvent d'accord de la prendre sur leur dos.

Mlinawahasa se dit qu'elle avait dj pass un an sur les trois qu'elle s'tait
donn. Son retour tait encore loin, pourtant cette anne tait passe si vite. Elle
se demanda si elle ne prfrerait pas, finalement, rester dans cette vie tranquille.
Aprs tout elle avait pay son d, elle avait lutt corps et me  la sauvegarde
de ces mondes, elle pouvait bien prtendre  quelques repos. Elle savait pourtant,
que, elle aussi, un jour, elle voudrait retrouv la douce sensation du pouvoir, la
douce sensation d'tre coute, regarde, admire, aime... Elle ne comprenait que
trop bien cette ambition, cette volont, comme le disait Teegoosh, de marquer son
temps, de rentrer dans l'histoire, d'tre un guide pour tout un peuple.

3 ans (2 ans)
-------------



Sarah matrisait dsormais sept langues, et elle aimait converser avec ses animaux
de compagnie de chose et d'autre. Elle leur posait des tas de questions, dont elle
se satisfaisait ou pas de la rponse. Elle tentait aussi parfois de faire parler
certain dans une autre langue que la leur, pour les faire parler entre eux. Elle
tait dsespre qu'ils ne parlassent pas entre eux. Impossible de les faire jouer
ensemble, ou de leur expliquer  tous la mme chose en une seule fois, elle devait
systmatiquement traduire dans toutes ces langues, c'tait trs fastidieux. Elle
savait maintenant courir, sauter, tenir sur un pied, elle aimerait aussi croiser
d'autres enfants. Sa mre lui disait souvent qu'il y avait plein d'autres enfants
identiques  elle, mais elle ne savait pas o, elle n'avait jamais vu que ses compagnons
animaux, sa maman, et son papa. Mais son papa n'tait plus l. Elle l'avait cherch,
pourtant, cherch et cherch encore, mais elle ne l'avait jamais retrouv.

Mlinawahasa regardait avec le sourire sa fille en train d'expliquer les rgles du
jeu  ses artificiels. Certains comprenaient, d'autres pas et faisaient n'importe
quoi. Sarah s'nervait alors, tentait de rexpliquer. Parfois  bout de nerf elle
excluait carrment un de ses animaux du jeu, mais retournait bien vite aprs le chercher
dans son coin, pour se faire pardonner. Mlinawahasa tait trs contente de tout
ses artificiels, ils avaient un comportement trs proche de Sarah, trs proche d'enfants
en bas ge, et Mlinawahasa regrettait moins que sa fille ne ft seule, elle s'tait
inquite, au dbut, que son isolement ne la rende un peu trop associale et solitaire,
mais elle avait au contraire aiguis grce  ses artificiels un sens du partage et
de la ngociation tout  fait convenable.

Mlinawahasa savait aussi que les enfants, malheureusement, ne courraient pas les
rues, et encore moins sur Fra, et qu'il lui faudrait parcourir des quadri pierres
et des quadri pierres pour pouvoir en rencontrer. Ce problme tait d'ailleurs inhrent
 l'humanit toute entire, et mme plus problmatique encore dans la Congrgation,
ou le nombre d'enfant tait encore moindre. Mais les gens taient presqu'ternels,
alors...

Mlinawahasa tait trs satisfaite de sa fille, elle tait  la fois curieuse, trop
mme, dynamique, discrte. Un peu trop discrte mme parfois, elle s'accommodait
de ses amis et n'en voulait pas plus. Mlinawahasa, presque, aurait voulu un nouvel
enfant, un petit frre pour sa Sarah. Elle savait qu'il tait encore un peu tt,
mais son isolement, sa solitude, et Teegoosh qui ne revenait pas l'avait rendu mlancolique.
Un an qu'il n'tait pas revenu, certes, son retour avec toutes ses nouvelles ides,
dont ils avaient parl et reparl pendant les cinq siximes qu'ils avaient passs
ensemble, lui avait permis de rapidement crer un courant de pense sur ve, o il
avait mettait en avant son nouveau point de vue sur la rpartition des pouvoirs et
l'intrt de la participation civique par le travail obligatoire. Il avait mme eut
son premier cho sur Adama. Mlinawahasa tait fire d'avoir aid Teegoosh  se forger
une ligne de conduite. Elle ne retirait aucune jalousie de rester dans l'inconnu
alors que son homme, son homme oui, tait reconnu pour ces ides nouvelles. Pourtant
elle aimerait, tout de mme, qu'il vnt de temps  autre la remercier, voir sa fille,
l'aider, l'aimer. Certes maintes fois ils conversait au tlphone, et il passait
parfois plusieurs trente-siximes en virtuel pour se retrouver, mais il n'tait pas
physiquement l, et si les sensations le lui rappelait, si son corps se souvenait
de lui, elle savait que ce n'tait qu'illusion, et qu'il n'avait pas fait l'effort
de venir, pas prit le temps de perdre un petit-sixime pour passer quelques jours
avec elle. La tlportation de Teegoosh tait un peu plus longue sur Fra, car son
initial se trouvait l, sans quoi il n'aurait pu avoir d'enfant. Teegoosh avait fait
ce sacrifice, il avait fait transporter son initial sur Fra, il y a dix ans, alors
qu'ils ne sortaient pas encore ensemble. Mais Teegoosh savait alors dj qu'il voulait
d'elle. Le voyage avait dure 15 ans (dix annes d'Adama), d've, pour que l'initial
arrive sur Fra. Les deux systmes taient assez proche, ce fut une chance, chance
aussi qu'il fallu  Teegoosh exactement dix ans pour qu'il parvienne, enfin,  sduire
Mlinawahasa. Quand elle repensait  ce voyage, elle se disait qu'elle n'aurait jamais,
elle, prit un tel risque, prit ce risque pour l'homme qu'elle aimait, de quitter
Fra. Mille fois elle aurait prfr mourir ici, de son vrai corps, dans ces terres,
que de partir je ne sais o. C'tait aussi une des raisons pour lesquelles elle avait
accept d'tre avec Teegoosh, pour saluer son sacrifice. Pas qu'elle n'apprciait
pas l'homme, mais elle n'avait sans doute pas cru, au dbut, pouvoir l'aimer autant.
elle pensait ne plus pouvoir rellement aimer un homme, aprs le dpart d'rimagel,
qui lui avait pris son homme, son vrai.

Mlinawahasa s'en voulu d'avoir eu cette pense. Teegoosh tait son homme dsormais,
Martai avait disparu, il n'tait plus et rien ne servait de se lamenter sur le pass.
Elle l'avait cru sauver, elle avait cru l'avoir mis hors de danger, mais non, c'tait
une erreur, un manque de chance, la fatalit... Teegoosh tait son homme et pourtant
elle savait pourquoi elle avait des penses ngatives  son sujet en ce moment. Il
ne venait pas la voir, comme s'il l'avait eue et qu'il n'avait plus  se battre pour
elle. Parfois elle avait envie de le quitter, elle avait envie de le quitter juste
pour lui rappeler qu'elle existait encore, et qu'un sym tous les trois ou quatre
jours ne remplaait pas sa prsence. Elle n'hsitait plus dsormais  lui rappeler
qu'elle voulait le voir ici, elle avait mis sa fiert de ct, mais elle se disait
aussi, qu'aprs tout, s'il ne voulait plus la voir, qu'il en fut ainsi, elle n'allait
pas le supplier et pouvait trs bien vivre sans lui. Elle regrettait un peu pour
sa fille, nanmoins, elle avait peur qu'elle n'oublit son pre...

8 ans (cinq ans)
----------------



Sarah tomba  la renverse quand Petriocho la poussa en se moquant d'elle, la petite
fille qui ne connaissait pas le bracelet. Elle se releva pour lui rentrer dedans,
et en moins de deux il fut lui aussi la tte dans le sable, sous les clats de rire
de ses copains. Ceux-ci s'apprtrent  lui filer une bonne correction, mais un passant
intervint avant, et Sarah se fit sermonner pendant les trois petits de trente-siximes
(un peu plus de vingt minutes), que la personne passa pour la ramener chez elle.
Sarah marchait  ct de lui, tentant vainement de lui faire comprendre que c'tait
elle la victime, mais la personne ne voulait rien savoir, et ne cessait de marmonner
qu'il n'arrivait pas  joindre le responsable de Sarah. Elle finit par lui dire que
son papa ne lui parlerait jamais, et qu'il ferait mieux de la laisser. La personne
s'nerva et cria presque sur Sarah. Elle ne comprenait pas pourquoi ces grands s'vertuaient
 toujours lui crier dessus, et ces autres jeunes  se moquer d'elle. Elle finit
par pleurer, non pas qu'elle n'aimait pas qu'on lui crit dessus, elle finissait
par avoir l'habitude, mais plus qu'elle en avait marre que tous ces jeunes se moquassent
d'elle, que tout ces grands ne la trouvassent pas normale, et que son papa soit si
souvent absent. Elle regretta ses animaux de compagnie, et, dans un mouvement brusque,
elle lcha la main de la personne et partit en courant. Elle tomba parterre en s'immobilisant
quand le passant la paralysa. Elle pleura de plus belle, maudissant l'incomprhension
du monde. Elle voulait juste rentrer chez elle et que son papa la prt dans ses bras,
elle n'en demandait pas plus.

Elle vit la personne revenir vers elle et redoubler d'nergie pour la gronder encore
plus. Elle continuait  pleurer, elle ne savait pas comment s'en sortir, elle voulait
son papa. Heureusement, elle le vit, dans l'abeille qui arrivait ; elle pointa aussitt
le doigt vers lui, et il se posa  deux pas d'elle.

- Vous tes son pre ?

- Oui.

- Teegoosh ! Ah, euh, bonjour, je... Je raccompagnai votre fille.

- Pourquoi, il y a un problme, pourquoi pleure-t-elle ? Pourquoi pleures-tu ?

Sarah se prcipita pour s'accrocher  la jambe de son papa, elle tait sauve. Elle
sentit son odeur qu'elle aimait tant, et n'hsita pas  dnoncer son bourreau.

- Il m'a grond parce que je tentais de me dfendre contre les garons !

- Pourquoi avez-vous f...

- Non, pas du tout, au contraire, c'est elle qui a...

- C'est faux ! Petriocho se moquait encore de moi, il m'a pouss et je suis tomb
alors je l'ai fait tomber aussi !

Teegoosh se pencha vers sa fille, il se moquait aprs tout de ce qu'avait  dire
la personne, c'est sa fille qu'il coutait, et c'est elle, il en tait persuad,
qui avait raison.

- Oui, je l'ai simplement trouve en train de pousser ce pauvre garon, et je voulais
la raccompagner chez elle... C'est donc votre fille, je ne savais pas que vous aviez
une fille ?

- Non ce n'est pas ma fille. Au revoir.

Teegoosh prit Sarah dans ses bras et l'abeille la cala contre lui. Il partit avant
mme que la personne n'ait termin de parler, il ne voulait pas en dire plus, et
il n'aimait pas qu'on le vit avec Sarah. En dix minutes ils arrivrent chez eux,
en haut d'une des plus haute tour de la ville de lumire. Il se posa sur la terrasse
et dposa Sarah. Ces petits artificiels accoururent et l'entourrent en l'assaillant
de question, son petit singe lui monta sur le dos, elle tomba presque  la renverse.

- Merci, Teegoosh.

- De rien Sarah, alors, raconte moi, qu'est-ce que tu as encore fait ?

Sarah aimait la voix de son papa, elle l'appelait toujours Teegoosh, c'tait son
nom. Elle comprenait qu'il prfrt qu'elle l'appelt Teegoosh, aprs tout il l'appelait
bien Sarah. Elle lui expliqua en long, en large et en travers sa journe, les jeunes
qui l'embtent sans arrt, les grands qui n'y comprennent rien, et le fait qu'elle
prfrait tre avec lui.

- Je pourrais rester avec toi tout le temps ? Je n'aime pas les autres, ils sont
mchants, ou ils sont btes.

Teegoosh sourit. Il aimait sa fille, il l'a trouv alerte et pleine de bon sens.
Il tait assez fier de son ducation. Il ne doutait pas cependant que Mlinawahasa
avait jou pour beaucoup dans ce petit temprament. Il regrettait toujours devoir
rester cacher, devoir prtendre qu'elle n'tait pas sa fille. Il tait pourtant heureux,
l, sur ve, avec elle, depuis les quatre petits siximes (2 mois) qu'ils taient
l, la retrouvant chaque fois qu'il rentrait. Depuis un peu plus d'un an il tait
administrateur de la province principale d've, et tout se passait bien. Il mettait
en pratique sa thorie du travail obligatoire, et les rsultats taient encourageants.
Sarah tait encore sur Fra, et durant toute son enfance, jusqu' ses 20 ans (32 ans),
elle devrait y rester. Elle n'tait sur ve que pour trois mois, le temps de faire
un pause d'exotisme. Habituellement Teegoosh utilisait un clone indiffrenci pour
son travail sur ve, lui permettant de presque rentrer tous les soirs sur Fra, pour
voir sa fille. Il lui arrivait mme par moment qu'il et envie que la situation n'volut
pas. Mlinawahasa lui manquait, pourtant, depuis les un an et trois siximes (deux
ans et cinq mois) qu'il s'occupait presque seul de Sarah. Il ne croisait que Mlinawahasa
que de temps en temps, et leur relation tait dsormais platoniques et cordiales,
sans plus. Pourtant il y avait toujours une forme de tendresse entre eux, mais depuis
que Martai tait revenu, plus rien n'tait pareil.

Sa fille avait l'impression d'avoir de moins en moins de mre,  mesure qu'elle grandissait,
et il le regrettait. D'autant qu'il n'avait pas envie d'une autre femme que Mlina.
Mlina tait tout pour lui, dsormais il ne l'aurait sans doute plus jamais... Il
passait beaucoup de temps avec sa fille, presque tout son temps libre, mme s'il
dpensait beaucoup d'nergie pour que son administration se passe bien. Il avait
comprit que l'ambition devait tre un carburant pour le travail et non l'inverse,
et il savait que les paroles de Mlina lui avaient t prcieuses. Alors il s'attelait
 faire son travail du mieux qu'il le pt, en conservant les ides et la ligne de
conduite qu'il s'tait fix. Et il tait satisfait du rsultat. Certes il tait moins
en vogue que l'ambitieux Yarnavasol, mais les gens parlaient de lui avec le succs
de son travail comme exemple, alors que Yarnavasol n'avait fait que du vent qui remue
les autres ambitieux moins dous.

Teegoosh tait mme fier dsormais car Yarnavasol lui-mme tentait de reprendre 
son compte certaines de ses ides. Loin de le sortir de lui, cette technique le confortait
dans sa position, et il n'avait aucune crainte de lui, dsormais, persuad qu'il
passerait  une nouvelle mode quand une autre thorie prendra le dessus. Teegoosh
savait qu'il avait raison, et qu' force de travail il pourrait sans doute devenir
administrateur d've. Mais il n'tait pas press, car il construisait sa ligne politique
tous les jours, comprenant et modifiant ses avis aux vue des rsultats, affinant
toujours un peu plus ses mthodes. Il lui faudrait sans doute encore un peu de temps
avant de vraiment percevoir la politique la plus juste et la plus efficace pour gouverner.
D'autant qu'il savait qu've tait trs particulire, et qu'il faudrait sans doute
mettre beaucoup d'eau dans son vin pour convaincre Ghotam et surtout Adama, plantes
beaucoup plus conservatrices.

Il dcida d'oublier tout a et de se consacrer un peu  sa fille, il la dbarrassa
alors de son petit singe et la prit dans ses bras. Il commenait  avoir un peu de
mal  la porter, elle dpassait dsormais les 8 pierres (24,6 kilogrammes). Teegoosh
n'aurait pas cru autant s'attacher  elle. Il pensait aussi que Mlina aurait voulu
la garder  tout prix, s'occuper d'elle malgr tout, et ce fut l'inverse qui se produit.
Maintenant Teegoosh trouvait en Sarah le calme et le repos pour prendre le recul
ncessaire  son poste. Mais Mlina avait eu raison, Sarah lui avait apport beaucoup,
beaucoup plus que le temps perdu ou l'nergie gche qu'il estimait au dbut, beaucoup
plus que cette ide fausse qu'il vaut mieux s'occuper de problmes globaux que de
sa petite famille. Il tait maintenant persuader qu'on ne peut comprendre vraiment
les gens tant que l'on ne les a pas vu enfant, tant qu'on ne les a pas lever, vu
grandir, vu dans la plus simple expression de leur envie et de leur caprice. Bien
souvent dsormais il savait diffrencier une vritable requte de ses collgues d'un
de leur caprice. Il s'tonnait de s'amuser  chercher qu'est-ce qui, enfant, avait
pu les traumatiser  ce point pour qu'il ait telle ou telle raction.

Sarah s'allongea contre son papa, quand il s'assit sur le grand canap de la salle
principale. Elle aimait son odeur, elle aimait se coller  lui. Elle lui raconta
en dtail, comme chaque fois qu'elle le voyait, tout ce qu'elle avait fait. Elle
lui expliqua qu'elle avait appris avec ses animaux le nom de toutes les plantes
du systme d've, d'Adama et de deux des systmes des plantes du commerce. Elle
lui rcita par coeur toute la liste, mais aussi, pour la plupart, une ide de leur
diamtre et de leur distance  leur toile. Elle rpondit  presque toutes les questions
de son papa sur la diffrence entre les plantes, celle qui taient habites et celles
qui ne l'taient pas, et lui promit de chercher la diffrence entre une plantes
gazeuse et une plante tellurique, ainsi que les date de colonisation de toutes ces
plantes habites.

Il n'tait pas trs tard, Teegoosh avait annul, comme il le faisait de temps en
temps, une runion en fin d'aprs-midi pour passer plus de temps avec sa fille. Il
aimait bien cet appartement, en hauteur. Il comprenait difficilement que les gens
d'Adama continue  se terrer si profondment sous terre. Il savait qu'il tait privilgi
d'tre ici, mais il savait aussi que pratiquement tous les avis de sa province taient
favorable  ce qu'il occupt cet endroit. Il n'avait d'ailleurs pas du tout de remords
 le faire. Il restait persuad que, dans une certaine mesure, le confort matriel
apportait une certaine srnit et une certaine forme de confiance en soi, dans la
mesure o c'tait la volont des gens qu'il y accdt. Il n'avait d'ailleurs toujours
par rellement rsolu ce dilemme en lui, la relation entre l'ambition et le travail.
Le travail obligatoire apportait une premire solution au dsintressement des populations
 la communaut, mais il restait nanmoins des personnes qui, par leur travail, ne
faisaient que nourrir leur ambition et dtourner un peu trop les avis en leur faveur.

Ylraw 2
-------



Orbite
------



Il me faut bien vingt minutes avant de reprendre mes esprits et de mettre un peu
d'ordre dans ma tte. La station, la fuite, le vaisseau, le pote au gant vert, l'explosion,
le vide, Sarah, Adam et ve... J'ai une faim de loup.

Je me redresse doucement, Sarah et -ct de moi, assise dans sa capsule.

- Moy.

- Oto

- On a pionc combien de temps ?

- Deux siximes pile en ce qui te concerne.

- Pourquoi, vous vous tes rveille avant ?

- Tous les petits siximes pour contrler notre trajectoire.

- Tous les petites siximes ! a fait dj douze fois que vous vous tes leve !

- Il faut bien vrifier que tout va bien, je n'avais pas envie de finir crash sur
une gante gazeuse, le vaisseau n'est pas dans sa meilleure forme, je prfrais viter
une erreur de trajectoire de sa part.

- Ah, et... Ou sommes nous ? Les toiles semblent beaucoup plus proche, vous avez
rendu les vitres plus opaques. Elles sont vraiment trs grosses, ces deux toiles
!

- Le systme est trs complexe, il est compos de trois toiles, chacune ayant son
systme plantaire propre, sachant qu'il semble que ceux de la gante rouge et de
la gante bleu rentre en conflit l ou l'influence gravitationnelle des deux toiles
est en quilibre. D'autre part la gante rouge et la gante bleu on aussi un systme
plantaire commun, principalement des supergantes gazeuses ainsi que des nuages
d'astrodes, qui peuvent tre les rsidus de plantes telluriques clates sous
les mares gravitationnelles des deux toiles. Nous avons driv dans un premier
temps vers une de ces gantes gazeuses dont nous nous sommes servi de la force gravitationnelle
pour nous propulser vers le centre du systme de la gante rouge, qui semblait contenir
plus de plante tellurique que la gante bleu. Aprs deux bons supplmentaires, nous
sommes arrivs dans une zone beaucoup plus claire. Le vaisseau a pu recharger ses
rserves et faire des premires estimations des plantes telluriques.

- Alors, qu'est-ce qu'il a trouv de beau ?

- Quelque chose de vraiment extraordinaire, une supergante tellurique, je n'avais
jamais vu une chose pareille. C'est une plante tellurique qui a la masse d'une gante
gazeuse. Bien sr elle est beaucoup plus petite car beaucoup plus dense, mais c'est
tout de mme trs tonnant, d'autant que le systme comporte un nombre impressionnant
de gantes gazeuses qui auraient d rendre trs difficile la cration d'une telle
plante.

- Quelle taille fait-elle ?

- Pas loin de vingt-cinq bi-quadri, en rayon.

Whaou ! a fait de l'ordre de trente-trois mille kilomtres de rayon, cinq fois la
taille de la Terre, c'est norme !

- C'est gigantesque !

- Oui mais le plus extraordinaire, c'est qu'elle possde douze grosses lunes, dont
cinq taient vraisemblablement des plantes qu'elle a captures lors de la collision
des trois systmes. Quatre de ses lunes ont un rayon suprieur  trois bi quadri.

Ce qui fait quatre mille kilomtres, la taille de Mars.

- Pour terminer sur le systme, il semblerait a posteriori que le choix de la gante
rouge soit judicieux, car si la gante bleue possde aussi plusieurs plantes telluriques
en orbite compatible avec l'apparition de la vie, celles-ci sont beaucoup trop jeunes
pour que nous puissions esprer y trouver un environnement stable. En ce qui concerne
la supergante rouge, c'est un peu l'oppos, son systme se meurt, et s'il est lui
aussi considrablement fourni, les plantes telluriques dignes d'intrt ont sans
doute dj t happes par l'toile ou sont en passe de le devenir.

- Et il y a des plantes qui appartiennent au trois systmes  la fois ?

- Sans doute, mais elles seraient dans ce cas trs loignes du centre et sans doute
compltement en dea de tout seuil d'ensoleillement permettant une atmosphre viable.
D'autre part il est  noter que les plantes priphriques subissent des perturbations
gravitationnelle trs importantes, par exemple les deux gantes gazeuses ici et l...

Sarah me montre sur la carte holographique o elle dtaillait les diffrentes plantes.

- ... sont tellement perturbes qu'elles "changent" d'toiles de temps en temps,
passant de la gante bleue  la gante rouge, et si l'ordinateur calcule encore correctement,
ce phnomne semble aussi se produire pour ces trois gantes gazeuses l et l, et
dans une moindre mesure pour les nuages d'astrodes qui marque la frontires des
diffrentes rgions d'influence.

- Et certaines plantes semblent avoir une atmosphre viable ? Elle dort toujours,
navila ?

- Oui, oui, elle est un peu excite, je prfre ne la rveiller qu'au dernier moment.
En plus je ne sais pas trop si sa capsule a des problmes, mais son activit biologique
n'est pas trs stable, j'ai peur qu'elle ne se rveille d'elle mme. Si sa capsule
tombe en panne, nous sommes fichus. Pourtant tout a l'air en ordre, je ne sais pas
si...

- Et pour les plantes viables ?

- Oui, euh, et bien quoi qu'il en soit il semble que six plantes comportent une
atmosphre compatible avec l'apparition de la vie, et deux en auraient une proche
d'une composition compatible avec l'homme, l'une d'elle est en orbite loigne de
la supergante tellurique, l'autre orbite plus prs de la gante rouge. Actuellement
nous sommes en orbite trs loigne de la supergante tellurique, suffisamment loin
pour ne pas ncessiter beaucoup d'nergie si nous devons repartir.

- Repartir ? Est-ce que le vaisseau aurait maintenant assez d'nergie pour repartir
vers la Congrgation.

- Je ne crois pas. Enfin techniquement il pourrait sans doute, mais j'ai peur que
ce serait sans nous. La zone de confinement o nous nous trouvons a aussi subit des
dgts, et j'ai peur qu'une forte acclration ne l'endommage irrversiblement. Un
autre espoir serait de tenter de rparer notre metteur pour envoyer nos bracelet
et permettre notre clonage dans la Congrgation. Je ne crois pas trop  un voyage
retour, il prendrait des millnaires et les chances que le vaisseau tombe en rade
sont trop importantes...

C'est marrant comme dsormais leur ternit n'est plus vraiment li  une conscience.
Nous cloner dans la congrgation reste une mort pour nous, mme avec toute notre
mmoire... J'avoue que j'ai un peu du mal  accepter l'ide. Pourtant je suis dj
mort, une fois, peut-tre deux...

- Mais... Euh... Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il faut absolument que nous
tentions de rparer cet metteur, c'est notre seule chance ?

- J'ai bien peur que nous n'ayons pas de chance du tout, je ne sais pas comment rparer
cet metteur, je ne suis mme pas sre qu'il soit cass. Nous ne recevons rien, d'aprs
le vaisseau l'emetteur n'a t que faiblement touch, il devrait fonctionner, mais
j'ai l'impression que le rcepteur est cass.

- Et donc, on fait quoi alors ? On se laisse mourir ? On tente quand mme de lancer
le vaisseau dans la direction de la Congrgation, mme si a peut nous prendre des
millnaires ? On tente d'mettre un truc au cas o ?

- Le vaisseau est cens mettre en permanence des messages de dtresse avec nos coordonnes,
mais si notre rcepteur ne fonctionne pas, nous n'avons aucun moyen de savoir si
le message a t reu ou non...

Je suis compltement perdu, j'ai l'impression qu'on est coinc dans cette petite
capsule pour l'ternit. Heureusement que je ne suis pas trop claustrophobe. Le pire
c'est de se dire que la moindre ouverture nous serait fatale, aucun chappatoire,
pas d'air pur au dehors, pas de cloison  dtruire, juste cette petite bulle au milieu
de rien...

- On peut peut-tre tenter de se poser sur une de ces plantes  l'atmosphre accueillante,
peut-tre que nous trouverons de quoi rparer le vaisseau, ou au moins de quoi manger,
ou attendre, ou je sais pas...

- Vivre une vie de sauvage en attendant de se faire dvorer par une bte froce,
je me demande si je ne prfre pas rester endormie ici pour l'ternit... Et puis
si certaines plantes rpondent aux critres d'habitabilit humaine, rien ne dit
que le climat ou les ventuelles formes de vie  la surface seraient favorables.
Nous n'avons pas de quoi nous dfendre, juste nos bracelets, s'ils fonctionnent encore.

- Mais on ne va tout de mme pas rester l  attendre que les choses se passent ?

- Tu as une meilleure ide ?

- Ben, on pourrait choisir la plante la plus accueillante et aller voir ?

- Ah oui, et j'espre que tu te rends compte que dj il faut arriver  se poser,
ce qui ce sera pas une mince affaire avec ce vaisseau, et qu'en plus aucune chance
une fois  la surface de pouvoir repartir avec.

- Et ben, quoi ? On va crever dans cette capsule ? Si c'est a je prfre encore
me crash  la surface d'une belle petite plante.

- C'est ridicule !

Sarah me regarde mchamment, elle est furieuse. Je ne comprends pas pourquoi elle
s'nerve de cette faon, je ne fais que donner mon avis.

- Pas la peine de s'nerver, je dis juste que ce que je pense, et puis on devrait
rveiller navila pour prendre cette dcision, elle nous concerne tous les trois.

Sarah crie presque en rponse :

- Non !

- Comment a non ? Ben, on va pas dcider sans elle, c'est quand mme pas trs sympa
de la laisser hors du dbat, et puis  trois se sera plus simple pour voter.

Sarah me regarde avec des yeux plein de colre :

- Hors de question qu'on la rveille, et c'est moi qui dirige ce vaisseau !

- OK, et qu'est-ce qu'on fait, alors ?

- On attend que le vaisseau rcupre le maximum de ses capacits, et on voit ce qu'on
peut faire.

- a prendra combien de temps ?

Elle ne rpond pas. Je rpte :

- a prendra combien de temps ?

Elle s'nerve, je ne comprends vraiment pas pourquoi :

- Deux secondes, je cherche !

Je reste silencieux un instant, elle rpond finalement :

- Je pense qu'en un petit sixime nous aurons une vision plus complte de ce qui
est envisageable de faire.

Un petit sixime, a va encore, mais je la sens tellement nerve que je ne prfre
mme pas commenter.

- Nous nous recouchons, alors ?

- Oui.

Je m'allonge dans mon tube, il se referme. J'aurais bien tent de la convaincre d'aller
atterrir sur l'une de ces plantes, mais je n'y connais rien en vaisseau pas plus
qu'en atterrissage et encore moins en interrogation de l'ordinateur de bord pour
trouver la plus accueillante... Sarah ne me donne mme pas cinq minutes d'veil et
je m'endors presqu'immdiatement...

C'est un mal au crane terrible qui me rveille, je suffoque ! Je manque d'air ! Je
tape sur le tube, toujours ferm. Rien, je tape plus fort, tente de crier. J'acclre
ma respiration, pourtant j'ai toujours autant l'impression de manquer d'oxygne.

Finalement le tube s'ouvre, Sarah et navila sont debout, elles se crient dessus.
Il y a un vacarme terrible, le vaisseau semble tourner dans tous les sens, nous sommes
secou et je tente de m'accrocher tant bien que mal.

- Qu'est-ce qu'il se passe !

- Retourne dans ton tube ! Retourne dans ton tube !

Sarah me pousse, navila retourne aussi dans le sien, je ne fais pas plus d'histoires
et me cale  l'intrieur, il se referme. Le vacarme s'amplifie, nous sommes secous
de toute part. Nous avons sans doute percuter quelque chose,  moins que le vaisseau
n'ait perdu sa trajectoire et n'ait t attir par une des lunes.

Tout tremble de plus en plus, le vacarme s'amplifie, j'ai bien peur que nous ne soyons
effectivement entrs dans l'atmosphre d'une des lunes. Nous allons nous craser
! Mince ! C'est trop bte ! Je me cogne de tous les cts, je tente de me retenir
aux parois, mais rien n'y fait, le vaisseau est secou beaucoup trop violemment.
J'ai l'impression qu'il va se disloqu ! Le bruit augmente encore ! Un sifflement
assourdissant me donne l'impression que mes tympans vont exploser. Les parois du
tube deviennent brlantes. Je hurle, tout ne fait que s'amplifier, a semble durer
des heures ! Est-ce la mort ? Est-ce qu'on revit pour l'ternit nos derniers instants
?

Le choc ! Une pression extraordinaire m'crase !

Thomas
------



Promenade des Anglais
---------------------



Carole ne put s'empcher de briser le silence aprs que la vieille dame ait termin
son histoire :

- Mais, Seth ne vous connaissait pas ? Comment vous a-t-elle trouv ?

- tienne lui avait parl de moi, je pense que c'est la raison pour laquelle elle
est venue nous unir.

- Mais ensuite ? Qu'est devenue Seth ? Avez-vous eu des nouvelles, gard le contact
?

- tienne lui crivit de temps en temps,  une adresse rue Mouffetard, elle rpondit
jusque dans les annes 30, puis il n'eut plus de nouvelle. J'crivis simplement une
dernire lettre, en 1997, aprs la mort d'tienne.

Soudain Thomas se redressa :

- Mais oui ! Je l'ai lue !

Carole regarda Thomas sans rellement le prendre au srieux.

- Comment a tu l'as lue ?

- Oui, quand Stphane a suivi Mathieu Tournalet, dans Paris, celui-ci est all 
une petite maison dans le cinquime. Il m'a recommand ensuite d'y aller jeter un
oeil. Et c'est l que j'ai trouv des tas de lettres, et justement une des dernires
non ouverte parlait d'une personne morte  l'ge de 99 ans, la lettre venait de Nice,
c'tait sans doute la votre, Madame. 

La vieille dame ne dit rien. Carole rflchit un instant.

- Mais alors, a voudrait dire qu'il y a bien un lien entre la Seth qui a rencontr
tienne, Mathieu Tournalet et notre Seth  nous ?

Elisabeth rpte calmement, le sourire au coin des lvres :

- Je vous ai dj dit que je pensais que c'tait la mme.

Thomas refusa de croire  une telle hypothse, tellement qu'il trouva une explication
:

- Mais c'est impossible, Seth aurait eu alors presque le mme ge que vous, alors
qu'elle n'avait que 30 ans, ou 35 au plus. Non c'est plutt que Mathieu recherchait
des informations sur Seth, et qu'il s'est lui-aussi tromp en trouvant la trace de
celle que vous avez connu, mais qui n'a sans doute rien  voir avec celle qui nous
intresse.

Carole fit la moue :

- Oui, en tout a cette explication semble plus crdible que de penser que tu sois
sorti avec une personne de presque cent ans qui en paraissait trente...

Ils restrent tous trois silencieux quelques instants. Il restait encore quelques
biscuits, mais Thomas n'avait vraiment plus faim, le repas avait t succulent autant
qu'abondant. Il se donna encore dix secondes, et si personne ne parlait, il en prendrait
un. Mais il ne compta que jusqu' huit, Carole prit la parole :

- Vous ne voyez toutefois aucun lien entre vous et ce Monsieur Mathieu Tournalet,
ou Fabrice Montglomris ?

Thomas la regarda avec des yeux mchants, Carole le vit et ne comprit pas ce qu'elle
avait fait de mal.

- Non, pas du tout. Peut-tre que ce Monsieur Tournalet eut affaire  tienne, mais
il ne m'en a jamais parl. Je pourrai toutefois regarder dans ses affaires, mais
a me parat toutefois bien improbable, rare furent les choses que nous ne partagemes
pas tienne et moi.

Thomas se pencha pour prendre un biscuit et rpondit :

- Le lien c'est Seth.

Carole fut agace par sa remarque, parfois elle ne le supporter plus.

- Bien sr que le lien c'est Seth, mais si Mathieu Tournalet n'a jamais eu affaire
 Madame, et qu'elle n'a pas vu Seth depuis 1919, comment Fabrice Montglomris a-t-il
fait le lien ? Et mme, si Seth tait la matresse de Mathieu, Pourquoi s'intresser
 lisabeth ?

Thomas trouva Carole stupide, pour une fois :

- Ben, Fabrice voulait savoir dans quoi trempait son cousin, il a t suspect du
meurtre de Seth, Fabrice veut savoir qui est Seth. Peut-tre mme que Mathieu avait
simplement ramen votre adresse le soir o il est all rue Mouffetard...

Carole se rprimanda de l'avoir contest uniquement par nervement.

- Oui tu as raison, Fabrice n'a peut-tre pas beaucoup plus d'information. Ils nous
a juste donn l'adresse, aprs tout. Il ne sait peut-tre pas ce qu'il veut trouver.

Carole descella un signe de fatigue d'lisabeth et se dit qu'il vaudrait mieux qu'ils
partissent.

- Bien, nous n'allons pas vous dranger plus longtemps, nous avons dj largement
abuser de votre temps.

lisabeth fit mine d'tre plus alerte, mme si sa sieste habituelle lui manquait
un peu :

- Je vous en prie, vous ne me drangez pas, loin de l. Mais comprenez-moi, avec
l'ge je perds un peu de mes bonnes manires, je laisse parfois les inviter s'occuper
de la conversation.

Carole fut gne :

- Je suis confuse, j'avoue que je ne sais trop que penser de cette histoire.

Thomas se demanda combien de fois elles allaient se renvoyer la balle. Il se redressa
sur son sige :

- Bon, on n'y va ?

lisabeth sourit :

- Finalement ce sont encore peut-tre les hommes qui dcident, aujourd'hui, leur
manque de sensibilit restera sans doute une nigme.

Thomas ne sut trop comment il devait prendre la remarque, il se leva en esprant
que Carole ft de mme.

Carole soupira intrieurement, elle sourit  lisabeth et se leva  son tour.

- Nous vous remercions de tout coeur pour votre temps, tout comme le succulent dner.
Peut-tre puis-je vous laisser notre numro de tlphone, si vous trouviez des informations
sur le lien ventuel entre ce Mathieu et tienne, ou Seth ?

lisabeth resta assise, elle sortit un petit appareil et appuya sur son unique bouton
:

- Oui, pardonnez-moi de ne pas vous raccompagner, mile prendra votre numro.

mile apparut dans la seconde et couta Thomas donner son numro de tlphone, ensuite,
quelques salutations supplmentaires plus tard, il raccompagna Carole et Thomas jusqu'
l'entre, et attendit qu'ils s'loignassent pour refermer la lourde porte.

Carole resta silencieuse un instant, ils marchaient en direction du parking. Elle
proposa :

- Si nous tentions de repasser  la premire adresse ?

- Oui, pourquoi pas, nous ne sommes pas press, on pourrait aussi aller faire un
tour sur la plage, non ?

- Aprs, oui.

- Tu te rappelles le nom de la rue o elle achte ses biscuits ?

- Non, mais ils taient vraiment dlicieux.

- C'est un nom en 'a', mince, j'aurais d lui redemander.

- Aprs tout ce que tu as mang ! Tu penses encore  la bouffe ! Tu vas mal finir
!

- Bah, avec tout le sport que je fais !

- Tu n'en fait pas tant que a, ces derniers temps.

"Ce n'est pas l'envie qui m'en manque", pensa Thomas en regardant la poitrine de
Carole. Mais il ne dit rien. Carole vit son regard et s'imagina ce qu'il avait pens.
Elle le trouva puril mais d'un autre ct elle ne dirait pas non  quelques galipettes.
Elle se resaisit en se promettant de ne jamais faire quoi que ce soit avec Thomas,
et qu'il valait mieux mille fois rester seule que de s'embarquer dans une histoire
complexe avec un mec pareil. Elle dcida de changer de conversation :

- Cette histoire est vraiment bizarre, elle a vraiment l'air de penser que la Seth
qu'elle a connue est la mme personne que la Seth que tu connais.

- C'est impossible.

- Impossible, impossible, avant l'invention du train les gens pensaient que l'on
devenait fou si on dpasser une certaine vitesse.

- Les gens pensaient aussi que la Terre tait plate, mais c'est pas pareil.

- Pourquoi c'est pas pareil ?

- Parce que ce n'est pas un truc qu'on invente ou qu'on dcouvre d'un coup. S'il
y avait des gens qui restent jeunes, on s'en serait aperu avant, une personne qui
ne vieillit pas, a se remarque.

- Si c'est une personne comme Seth, sans famille, sans histoire, qui passe deux annes
d'un cts, trois de l'autre, puis qui disparat, comme savoir ? Peut-tre qu'elle
n'est pas morte, aprs tout.

- J'ai vu son corps !

- Et aprs, elle fait peut-tre a  chaque fois, peut-tre qu'elle fait croire qu'elle
est morte, puis elle rapparat ailleurs, chez quelqu'un d'autre.

- C'est impossible, elle tait morte !

- Impossible, impossible ! Tu ne fais que nier ! Il y a bien une explication ! Comment
expliques-tu qu'lisabeth ait reconnu Seth sur la photo, que personne ne sache rien
sur le pass de Seth.

- Elle s'est sans doute tromp, elle n'a vue Seth qu'une seule fois, aprs tout,
quand elle est revenue avec Thomas  Nice, elle peut trs bien la confondre. On pourrait
lui rapporter une meilleure photo, mais mme, c'est un truc qui s'est pass il y
a plus de quatre-vingts ans, comment veux-tu qu'elle s'en rappelle correctement !

Carole acquiesa sur le fait qu'lisabeth avait pu se tromper, effectivement elle
n'avait jamais vraiment connu Seth, hormis de ce qu'tienne lui en avait dit. Mais
elle trouvait tout de mme cette histoire trop trange pour ne pas cacher quelque
chose d'hors du commun.

- Et comment expliques-tu qu'Ylraw soit mort et que tu l'ais crois ? C'est tout
de mme tonnant, que lui aussi, comme par hasard, il revive.

- Il n'est sans doute pas vraiment mort, c'tait une astuce, un truc pour le faire
disparatre. Et puis peut-tre que je me suis tromp, peut-tre que ce n'tait pas
lui, peut-tre qu'il n'avait aucun lien avec...

"Seth...", Thomas frissonna, son attirance vers Seth, cette sensation quand il a
vu Ylraw... Mon Dieu, c'est impossible... a ne peut pas tre a, a ne peut pas
tre vrai... Carole se demanda ce qui l'avait coup :

- Avec quoi ? Tu te rappelles de quelque chose ?

Thomas voulut effacer cette pense de son esprit, il voulut oublier tout a, il voulut
retourner au Soleil, c'est tout ce qui l'importait. Ils taient arrivs devant la
premire adresse, mais la porte tait toujours ferme.

- Non, rien... Bon, on va faire un petit tour sur la plage ?

Carole avait plus envie de ne pas perdre de temps.

- Tu ne prfres pas qu'on rentre, les documents de Fabrice doivent tre arrivs,
maintenant.

- Il fait tellement beau, ce serait bte de ne pas faire juste un tour, non ?

Carole en avait envie, mme si elle tait aussi impatiente d'en dcouvrir plus sur
cette histoire :

- Bon, OK, a me laissera le temps de prendre mes notes, je n'ai pas voulu trop crire
devant lisabeth, et puis j'tais tellement passionne par son histoire.

- Oui, l'histoire d'tienne est vraiment bizarre, cette histoire de guerre, c'est
dingue.

- Surtout d'imaginer que cette Seth a vraiment particip aux mutineries, et le fait
qu'tienne ensuite soit all  Paris. C'est des trucs commea qui me font penser
que ce n'est pas banal, il y a trop de choses pas normale pour que ce soient juste
des concidences.

Thomas et Carole se dirigrent vers la plage, demandant  un passant le chemin le
plus court vers la promenade des Anglais. Il y avait un peu de vent mais il faisait
trs beau, et mme chaud. Thomas ne put rsister  s'acheter une glace, et Carole
insista pour qu'ils s'arrtent un moment, de faon  ce qu'elle puisse prendre des
notes. Ils s'assirent sur l'un des nombreux bancs en face de la plage,  deux pas
d'un groupe de jeune qui s'exerait aux rollers en sautant avec un petit tremplin
une barre dj au moins aussi haute que Carole.

- Tu as vu a, les gamins n'ont pas dix ans et ils sont dj capable de faire des
trucs dingues !

- Oui, bah, ils font a toute la journe, rien d'tonnant, avec un peu d'entranement
on devient vite balaize, d'autant qu'ils sont jeunes, ils apprennent vite.

- Oui, c'est d'autant plus dommage que cela ne leur servira probablement  rien,
et qu'ils seront peut-tre nuls  l'cole pour finir dans un mtier minable, alors
qu'ils sont capables de prouesses.

- C'est clair, mais on a pas vraiment besoin de millions de champions de roller.

- C'est sr, mais ce que je veux dire c'est que si l'cole fournissait  ces gamins
de quoi s'clater, ils pourraient se donner  fond et faire des choses gantes plutt
qu' tre considrer comme des cancres et des minables.

Thomas s'tait allong sur le banc, il tait si bien sous le soleil.

- Qui te dit qu'ils sont des cancres ou des minables ?

- Oui, j'en sais rien, mais c'est plus l'image que donne l'cole aujourd'hui, soit
tu rentres dans le moule, soit tu n'es qu'un bon  rien. Alors que je suis persuade
que la plupart des gamins pourraienttre extrmement dou si on prenait le temps
de comprendre ce qui les motive et ce dans quoi ils excellent.

Carole resta pensive un instant...

- Tu tais bon, en cours, toi ?

- Moyen, disons que je me dbrouillais pour passer dans la classe suprieure.

- Passer dans la classe suprieure, c'est tout ce qui importe, en effet, comme si
nous tions tous identiques dans le gentil troupeau qui doit suivre la voie toute
trace...

- Tu tais bonne, toi ?

- Oui, j'tais bonne, trs bonne mme, j'tais toujours premire, sauf en prpa,
mais je me dbrouillais quand mme. J'ai boss, boss, boss en esprant que a me
mnerait quelque part, et finalement je fais un mtier que j'aurais pu commencer
 16 ans. J'ai pass huit ans  apprendre des trucs dont je me souviens  peine pour
arriver dans un monde qui ne me convient pas avec des mtiers inhumains qui ne me
plaisent pas  n'entendre que des trucs bidons sur la russite et le bien et le mal
et ma mre qui n'arrte pas de me dire que je perds mon temps...

- Le monde est compliqu, c'est pas vident de trouver sa place.

- Il est mal foutu, oui, on se rejette tous la faute, c'est la faute aux politiciens,
c'est la faute aux immigrs, c'est la faute  la Chine, c'est la faute aux tat-Unis,
aux riches, aux pauvres... En fait personne ne matrise rien et se contente de prendre
sa part du gteau quand il le peut, et tant pis pour les autres...

Thomas soupira, Carole soupira. Elle vit un beau jeune-homme torse nu passer, qui
lui donna envie, et elle se dit qu'elle ferait mieux d'crire ses notes avant des
les oublier, plutt que de penser  des choses pareilles. Il ne fallut pas longtemps
 Thomas pour s'endormir, il tait si bien, l. La sensation de chaleur et de soleil
lui faisait tout oublier, oublier cette histoire, Carole, ses envies, ses questions.
Il n'avait plus envie que d'une chose, rester l pour toujours, il se moquait du
reste.

Carole passa plus d'une heure  transcrire l'histoire d'tienne, et une autre  regarder
les jeunes faire leur figure, ou  inscrire questions sur questions sur ses notes,
ou encore tenter de mettre en place une thorie ou une autre. Puis elle finit par
en avoir marre d'entendre Thomas ronflouner, elle se leva pour faire quelques pas,
aller voir d'un peu plus prs la mer, avec les baigneurs, encore bien nombreux sous
un si beau soleil. Elle revint vers le banc et poussa Thomas du pied.

- Allez, debout !

Thomas s'tait profondment endormi, il ronchonna.

- Allez ! a fait au moins deux heures que tu dors, debout !

- Deux heures ! Tu dconnes, a fait dix minutes qu'on est l !

- Dix minutes ! Et puis quoi encore, regarde l'heure, il est presque quatre heures
!

Thomas regarda sa montre en plissant les yeux pour ne pas tre bloui.

- Quatre heures ! Non ? Mince, oui.

- C'est vraiment le monde  l'envers, c'est toi le dtective et c'est moi qui fait
tout ! Bon j'ai rflchi, et je pense que tu as raison.

- Ah, bien. Tu vois, j'ai bien fait de dormir.

- Non, j'ai tent de trouver une explication logique, et une explication pas logique.
Le problme de la pas logique, c'est qu'il n'y a pas de limites, je peux dire que
Seth est immortelle, mais aussi que Ylraw l'est, ou mme que Seth et Ylraw sont la
mme personne... Alors que c'est plus intelligent, je pense, de se baser sur une
hypothse crdible et de tenter de la valider.

- C'est ce que j'ai toujours dit.

- Ce qui me gne dans ce cas, c'est qu'alors le rcit d'lisabeth ne nous sert 
rien, c'est une fausse piste, pourtant Mathieu Tournalet est all dans la maison
de la Seth dont elle a parl, puisque tu as vu toi mme la lettre qu'elle a crite.
Si on considre que ces deux Seth sont diffrentes, alors Mathieu Tournalet et Fabrice
se trompe sur la Seth qu'ils ont trouv, et je trouve a bizarre.

- Il suffit que Mathieu se soit tromp, ensuite moi, Fabrice, puis nous, nous n'avons
fait que suivre.

- C'est vrai, mais est-ce que a veut dire que c'est une fausse piste ? Et alors,
qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, si on laisse tomber cette Seth ?

- J'en sais rien. Qu'est-ce qu'on cherche, aprs tout ?

Carole se demanda si Thomas serait prs  laisser tomber.

- Tu ne cherches rien, toi ? Tu serais prs  oublier cette histoire, rentrer  Paris
et reprendre ta petite vie ?

- J'aimerais bien oublier cette histoire. Quant  ma petite vie, elle sera sans doute
bien diffrente, maintenant que Seth n'est plus l. Mais je ne sais pas trop si j'ai
envie de savoir... Aprs tout pour moi tout est assez clair. Mathieu tait l'amant
de Seth, Stphane n'a pas support qu'il use de son influence pour se sortir de cette
histoire, et Fabrice veut juste ne pas avoir de doute sur la fortune qu'il rcupre.

- Tu crois vraiment que ton copain l'a tu ? Tu penses qu'il tait capable de faire
a ? Il tait policier, quand mme, il savait se matriser, non ?

- a me surprend beaucoup de la part de Stphane, mais qui l'aurait fait, sinon ?
Dguiser le meurtre de Mathieu Tournalet par Stphane, c'est quand mme un peu gros,
et pour qu'elle raison ?

- Pas si gros que a. Qui te paye, en ce moment ?

- Fabrice ? Tu penses que c'est Fabrice ?

- Qui est le bnficiaire dans l'histoire, si ce n'est lui ?

- Mais comment aurait-il pu savoir que Stphane allait venir ?

- Il ne le savait sans doute pas, il a simplement saut sur l'occasion. Stphane
tait l, les choses ont mal tourn, et Fabrice en a profit.

- Mais le majordome, il a t tmoin.

- Tmoin, tmoin, Fabrice t'as bien fil cinq mille euros cash sans discuter et un
week-end de rve sur la cte, a ne doit pas tre trop cher, un majordome.

- Mais pourquoi faire appel  moi, c'est risqu, quand mme.

- C'est risqu mais c'est aussi un moyen super efficace de ne pas attirer les doutes
sur lui. Il te graisse la patte, se charge de bonne intention, crache un pourcentage
infime de la fortune qu'il a ramass, et en plus il t'loigne de Paris pour aller
 l'autre bout de la France chercher un fantme, c'est plutt malin comme technique.

Thomas restait allong au soleil, profitant de sa chaleur rconfortante. La thorie
de Carole tait assez sduisante, mme si un peu trop rocambolesque.

- Malin, oui, mais aprs, tu veux tenter de prouver que c'est lui qui a tu Mathieu
? a n'a pas vraiment de rapport avec Seth.

Carole soupira, elle se tourna vers la mer, puis revint s'asseoir prs de Thomas.

- Je sais, a n'a pas de rapport mais en mme temps tout a un rapport. Toi, Seth,
Stphane, Mathieu, Fabrice, lisabeth. Toute cette histoire est tellement formidable,
j'ai vraiment envie de savoir, de dcouvrir si c'est juste un amoncellement de concidences,
ou s'il y a un lien, un liant. Si cet Ylraw ne serait pas le lien...

Carole se tut un instant. Thomas esprait qu'elle dcide de faire un peu une pause
et de prendre du bon temps. Elle lui demanda finalement.

- Tu ne pourrais pas tenter d'en savoir un peu plus sur lui, sur Ylraw, tenter au
moins d'lucider sa mort mystrieuse ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Ben je sais pas, demander  tes collgues, vous devez bien avoir des relations
entre vos services, non ? Savoir les causes exactes de sa mort, tenter de remuer
un peu, et de voir si quelqu'un ragit.

- Oui, je pourrai demander, mais le plus simple est encore de lui demander  lui.

- Il faudrait qu'on le retrouve pour a. Quoi qu'on pourrait retourner voir ses parents,
ce n'est pas trs loin, d'ici, non ?

- Je ne me rend pas compte, mais a ne doit pas tre trs trs loin, non.

- Bon, tu te bouges, on rentre ?

- Tu veux pas rester encore un peu ? On est bien  discuter, l, non ?

- Tu ne fais que dormir !

- Pfff... Je dors tellement mal la nuit, pour une fois que je me repose un peu.

- Tu fais toujours des cauchemars ?

- Oui.

- Toutes les nuits ?

- Oui.

- Mon pauvre...

Carole se retourna et regarda la mer, Thomas constata une fois de plus son bien tre
sous les rayons chaud du soleil. Il avait trop chaud mais il tait si bien, il aurait
presque voulu avoir encore plus chaud. Il ne sentait plus du tout sa brlure, au
contraire, il sentait comme une impression de calme, de douceur. Carole pensa quelques
minutes  sa vie,  ce qu'elle faisait l, ce qu'elle voulait. Elle se sentit seule.
Elle se sentit fatigue. Trouver le fin mot de cet histoire, mais aprs ? L'crire
? Oui, l'crire, le raconter, le dire  tous. Voulait-elle le succs, tre clbre
? Sans doute, elle aimerait avoir un peu plus de temps de parole pour les remettre
 leur place, pour leur rappeler que leur monde n'est pas le vrai monde, mais qui
l'coutera ? Ylraw, elle aimerait le rencontrer. Plus encore que pour comprendre,
elle voudrait le rencontrer car, pour le peu qu'elle avait pu lire de lui, il pensait
comme elle. Mais tait-ce vraiment sa vie ? Elle se voulait crivain, pas dtective.
C'tait plus un jeu pour elle, ce ne devait sans doute pas l'tre pour Thomas, il
avait perdu sa bien-aime et dcouvert qu'elle le trompait sans doute, qu'il ne savait
rien d'elle, et qu'elle ctoyait sans doute des gens peu recommandables.

Elle se tourna vers lui, il avait l'air de s'tre rendormi sur le banc. Elle se demandait
vraiment parfois comment il avait fait pour devenir policier, il avait l'air tellement
fainant et peu alerte. Peu tre que cette preuve l'avait vraiment affect, aprs
tout. Il y avait des gens qui perdaient tout leur moyens si leur quilibre tait
rompu. Mais que cherchait-il, lui ? Il n'avait pas l'air de chercher grand chose,
voulait-il simplement profiter de ces quelques jours ici, de cette aubaine ? Pourquoi
l'avait-il invite s'il se moquait de l'enqute ? Avait-il juste envie de coucher
avec elle ? tait-il amoureux d'elle ? Voulait-il oublier Seth dans ses bras ? Pouvait-on
oublier Seth ?

Et elle, que voulait-elle ? Ne cherchait-elle pas un homme, aussi ? Depuis quand
n'avait-elle pas fait l'amour ? Depuis combien de nuit n'avait-elle pas rver qu'un
bel inconnu la surprenait dans son lit pour lui faire passer une envole torride
? Ah salet d'hormones ! Pourquoi aurait-on encore besoin de a ! Qu'importait en
2003 que nous eussions des enfants ou pas ? La vie ne pouvait-elle comprendre que
c'tait l'intellect et la raison dont dpendait la survie de l'homme, plus le sexe
et la reproduction ! Elle se trouva bien faible. Elle eut envie d'crire, elle eut
envie d'crire une scne d'amour, de sexe, une scne ou elle pourrait exulter ses
fantasmes, et retrouver sa raison.

Elle secoua la tte pour oublier toutes ses penses, elle retourna vers Thomas et
le secoua vivement. Il ronchonna, elle continua jusqu' ce qu'il ouvrt les yeux.

- Allez, debout, on y va !

- Encore cinq minutes !

- Non, non, non, pas encore cinq minutes, on se lve, allez !

Thomas se remit en position assise et bailla longuement. Il regarda sa montre et
leva les sourcils, cinq heures moins le quart, bonne sieste, il tait fier de lui,
voil longtemps qu'il n'avait pas aussi bien dormi. Et il avait bien envie de rester
encore un peu au soleil.

- On marche un peu le long de la plage ?

- T'exagres ! Tu viens de pioncer pendant presque trois heures et tu veux encore
glander !

- On a pas tant de chose  faire que a ! Et puis il fait si beau...

- Non ! On rentre, j'en ai marre, coute, tu iras te balader  Cannes si tu veux,
moi j'ai envie d'avancer un peu, j'ai envie de voir ces documents, on est toujours
autant dans le flou !

Thomas eut presqu'envie de faire un caprice pour rester tant que le soleil tait
l, mais il savait que ce n'tait pas raisonnable et que s'il passait pour un flemmard
fini il n'aurait jamais aucune chance avec Carole. Il se leva alors, s'tira, et
ils repartirent en direction de la voiture, en repassant par l'adresse indique o
ils n'avaient pour l'instant encore trouv personne, mais ils n'eurent pas plus de
chance.

Thomas se sentit mal  l'aise de quitter la plage. Il se demanda s'il n'avait pas
trop dormi. Dans la voiture il ne dit rien, et Carole ne sut trop que raconter. Thomas
n'avait alors qu'une envie, retourner s'allonger sur la terrasse de l'htel. Se pouvait-il
qu'il soit si fatigu ? Pourtant il n'avait pas vraiment sommeil. Serait-il malade
? Pourtant il n'avait pas vraiment froid. Il avait juste comme un malaise, comme
l'envie irrsistible de ne pas bouger, de s'allonger et d'attendre. Peut-tre juste
un peu de flemme, aprs tout, il fallait qu'il se bouget un peu !

Ils arrivrent  l'htel tranquillement, aprs presque une heure trente d'embouteillage,
ou ils passrent en revue l'ensemble des CD du chargeur de la TT.  l'htel, un voiturier
rcupra la TT et ils montrent directement dans leur suite, en esprant trouver
les documents promis par Fabrice. Mais non, rien, pas de courrier, pas plus dans
leur suite qu' l'accueil. Carole en fut trs due :

- Tu crois qu'il se moque de nous ?

- Il nous paye quand mme une suite  je ne sais pas combien dans un htel cinq toiles,
la location d'une TT et cinq mille euros en cash, j'appelle pas a vraiment se moquer
des gens...

- Oui mais s'il est vraiment trs riche, a ne reprsente rien pour lui. Si a se
trouve cette suite lui est rserve en permanence, a ne lui revient peut-tre pas
plus cher, peut-tre que la TT est aussi sa voiture, et puis cinq mille euros ne
sont peut-tre pas cher pay pour avoir certaines informations.

- Quelles informations ? Qu'une vieille a connu une nana qui s'appelait Seth il y
a 80 ans...

- Il ne savait peut-tre pas ce que nous allions trouv, ou peut-tre qu'il voulait
vraiment t'loigner de Paris, mais pourquoi ?

- Il n'y a plus d'affaire ! C'est inutile, je n'aurai pas cherch sur lui, si j'tais
rest  Paris, je ne savais mme pas qu'il existait.

- Comment pouvait-il le savoir ? Son cousin a mis ton collgue en prison, il pouvait
se mfier. Quand on est criminel on est aussi parano. S'il a vraiment orchestr le
meurtre de son cousin il doit avoir trs peur qu'on le dcouvre, et s'il a vraiment
hrit d'une fortune colossale, un week-end cinq toiles et cinq mille euros ne sont
pas trop cher pay pour a.

- Oui c'est vrai... Et dans ce cas c'est normal que nous n'ayons rien trouv d'intressant
 Nice, c'est juste qu'il voulait qu'on aille voir ailleurs, il a juste eu la chance
de retrouver la trace de la vieille qui aurait connu une Seth, et nous a attir avec
a. Si a se trouve l'autre adresse tait vraiment bidon.

- a se tient. Le problme c'est qu'on est tellement dans le flou que tout se tient.
Peut-tre que Fabrice est de bonne foie, aprs tout, comment savoir ? Si on conserve
l'ide de ne pas trop partir dans des dlires en permanence, alors on devrait plutt
considrer qu'il ne nous mne pas en bateau et tre franc avec lui.

- On pourrait peut-tre juste lui dire que nous n'avons absolument rien trouv 
Nice et voir s'il insiste. S'il ne nous demande pas d'y retourner c'est qu'il s'en
moque.

- Oui c'est une bonne ide, au pire on pourra toujours lui dire que nous n'y sommes
all que demain. Mais s'il veut vraiment nous loigner, c'est que nous perdons notre...

Carole fut interrompue par la sonnerie du tlphone. Thomas rpondit. C'tait Fabrice,
il le lui fit comprendre. Il demanda des nouvelles de la visite  Nice. Thomas bafouilla
qu'il n'avait rien trouv d'intressant. Fabrice insista, Thomas dit finalement qu'il
avait juste vu une vieille dame qui radotait. Carole frona les sourcils et lui fila
une tape sur l'paule en mettant son doigt devant la bouche pour lui dire de se taire.
Fabrice voulut en savoir plus. Thomas rsista et dit simplement que la vieille dame
ne savait plus ce qu'elle disait et qu'elle semblait croire avoir connu une Seth
dans les annes vingt, qu'elle tait sans doute snile ou qu'elle se trompait. Fabrice
posa de nombreuses questions, Thomas se contenta de rpondre qu'il pensait que c'tait
une erreur et qu'il n'avait pas cherch plus loin, que ce n'tait sans doute pas
la Seth qui les intressait. Fabrice s'nerva un petit peu, qu'il ne fallait ngliger
aucune piste, et que c'tait peut-tre une personne de la famille de Seth, et qu'il
tait prfrable de ne pas liminer d'hypothse avant d'avoir vraiment tous les lments
en main. Il recommanda  Thomas de retourner voir la vieille dame. Thomas acquiesa
et lui demanda pour les documents. Fabrice parut surpris qu'ils ne les aient toujours
pas reu. Il maudit la poste et se dit qu'il aurait mieux fait d'utiliser un transporteur,
puis souhaita bonne chance  Thomas et raccrocha sans attendre.

Thomas avait mis le haut-parleur de faon  ce que Carole puisse entendre. Celle-ci
resta silencieuse aprs que Thomas eut raccroch. Il alla au bar se servir un coca,
elle se contenta d'un Perrier, elle aimait bien cette eau gazeuse un peu piquante.
Ils s'assirent tous deux dans les confortables fauteuils, puis analysrent finalement
la conversation. Carole ne dmordit pas de son hypothse principale.

- Peut-tre qu'il insiste simplement parce qu'il n'a que a comme piste et qu'il
veut que nous restions encore ici.

- Pourtant il m'a pos beaucoup de question, a avait vraiment l'air de l'intresser.

- Oui mais comment savoir, il peut trs bien jouer la comdie, en fait qu'il pose
des questions, a ne veut rien dire. Nous ne sommes pas plus avanc, et pour ses
documents, nous sommes obligs d'attendre un jour de plus... C'est vraiment du temps
perdu.

- Pas compltement perdu, on va pouvoir faire encore un superbe repas, on pourrait
mme prendre la voiture et aller manger quelque part.

- Il est encore un peu tt, il n'est que 19 heures, et puis le repas de midi tait
dj bien bon.

- On pourrait aller faire un peu de shopping en ville, non ? On a cinq mille euros
qu'on a presque pas touch.

- Bof, je serais plutt d'avis de nous coucher tt, et de demain matin partir pour
tenter de trouver Ylraw.

- Tenter de trouver Ylraw ?

- Ben oui, nous ne sommes pas trs loin, non ? Et en plus on a une voiture.

- Oui, on est pas trs loin de chez ses parents, mais ce n'est pas sr qu'il y soit,
et s'il se cache vraiment ils ne nous diront rien, comment veux-tu le trouver ?

Carole soupira. Elle avait envie d'avancer, mais elle ne savait pas trop comment.
Elle ne voulait pas rester l, elle voulait partir de cet endroit, elle voulait se
sentir libre, elle se sentait enferme, prisonnire de Fabrice Montglomris. Elle
aurait voulu sortir de l'immeuble partir... Elle rflchit un instant puis se dit,
que, finalement, elle n'tait pas tellement retenue qu'elle en avait l'impression,
elle pouvait quitter Thomas, Cannes, repartir chez elle. Pourtant elle ne se sentait
pas trs bien, la fatigue peut-tre ? Le fait de rester inactive, le fait d'avoir
cette amre impression de perdre du temps, de ne pas tre productive... Elle dtestait
cette impression, elle avait peur de mourir dans ces moments, elle avait peur de
mourir avant d'avoir fait tout ce qu'elle voulait faire, mme si elle ne savait pas
trs bien ce qu'elle voulait faire... Mais elle voulait que le monde ait chang,
mme un tout petit peu, avant qu'elle ne parte. L'criture pourrait peut-tre aider
un peu le monde  changer, si elle arrivait  exprimer tout ce mal qu'elle voulait
en dire, qu'elle voulait dire de la socit, de la consommation, de l'gosme...
L'histoire d'Ylraw tait, elle l'esprait, ce qui lui permettrait de faire passer
son message, d'avoir  la fois l'histoire qui faisait rver et l'opportunit de dballer
tout ce qu'elle avait sur le coeur, ce jeune qui ne supportait plus ce monde, et
qui partait, on ne savait trop o, pour finir en Australie, puis revenir. Cette fille
qui le suivait, qui le suivait depuis toujours, tait-ce l'amour qui la poussait
 le suivre. Oui ! Sans doute, que pourrait bien pousser une femme  suivre un homme
depuis toujours ?  L'amour, bien sr. Carole voulait y croire, voulait croire  cette
histoire incroyable, car c'tait ce qu'elle voulait dire, c'tait ce qu'elle voulait
faire comprendre aux gens, l'absurdit du monde, et la beaut de l'amour...

Thomas restait, lui-aussi, silencieux. Sa brlure lui faisait mal. Chaque fois qu'il
la croyait disparue, vaincue, chaque fois elle revenait, elle revenait de plus belle,
plus forte, plus insidieuse. Il l'a sentait pntrer en lui, il la sentait chercher
son me. Il la sentait s'emparer de lui. Il tenta d'en faire abstraction, mais elle
tait tellement prsente. Il pensait  Seth... Seth, mon Dieu ! O tais-tu ? tais-tu
vraiment immortelle ? Allais-tu rellement revenir ? Quelle absurdit, il aurait
voulu que Carole ne dt jamais une chose pareille, il savait dsormais qu'il allait
y croire, qu'il allait croire qu'elle pouvait revenir, qu'elle allait revenir. Et
il avait peur.

Cette pense l'effraya tellement qu'il se releva, presque comme s'il avait vu son
fantme.

- Tu crois qu'ils ont un accs internet ?

Carole sortit de ses pense et le regarda, elle n'avait mme pas fait attention qu'il
s'tait relev.

- Sans doute, mais il faut srement avoir un portable pour s'y brancher. Pourquoi
? Je regarderais bien mes mails, c'est vrai.

- Pour un itinraire pour aller chez Ylraw. Je ne suis pas sr de trouver, d'ici.

- C'est vers Gap, non ? Un fois l-bas tu sauras te retrouver ? Ce ne doit pas tre
trop dur d'aller jusqu' Gap d'ici. Et puis on pourra toujours acheter une carte,
on a cinq mille euros, aprs tout.

Thomas eut presqu'envie de la rectifier, "j'ai cinq mille euros", mais il se retient.

- Oui c'est vrai...

- J'irai quand mme bien voir mes mails.

- On peut demander s'ils ont un accs, sinon il doit bien y avoir un cybercaf en
ville.

- Je suis pour aller en ville, on peut peut-tre y aller  pied, j'ai envie de marcher.

Carole se leva en disant sa dernire phrase et se dirigea vers la porte de la suite.
Thomas la suivit sans hsitation, il avait aussi besoin d'air, il avait l'impression
d'touffer. Ils demandrent  l'accueil, qui leur confirma la prsence d'accs rseau
dans les chambres, et chercha pour eux un accs proche de l'htel. L'adresse en main,
ils partirent d'un pas rapide vers le cybercaf. Carole avait besoin de bouger, Thomas
aussi. Carole eut presqu'envie de faire un petit footing, elle courrait de temps
en temps, trop rarement, mais elle avait besoin de se dfouler, sans qu'elle ne comprenne
trop pourquoi. Mais le cybercaf n'tait pas trs loin, et elle garda sa frustration
de mouvements.

Elle commanda une eau gazeuse, Thomas un coca, et ils s'installrent cte  cte
dans un recoin de la salle. Carole alla voir ses mails, Thomas lui se rendit compte
qu'il ne savait pas trop ce qu'il pouvait faire. Il regarda d'abord les sites de
jeux vidos, puis les sites de matriel informatique, les sites d'appareils photos
numriques, puis les sites d'ordinateurs portables. Carole regarda son cran  ce
moment l, aprs avoir regard tous ses mails sans en avoir un seul d'intressant
:

- Eh ! On pourrait s'acheter un portable, avec cinq mille euros, pour prendre des
notes, ou pour l'htel ?

Thomas se dit qu'effectivement, il pourrait se trouver un petit ordinateur ultra-portable.
Mais il se dit aussi que s'ils s'en achetait un, Carole en voudrait aussi srement
un, et qu'alors il risquait de ne plus rester grand chose des cinq mille euros.

- Mouais... On en a pas vraiment besoin, si ? On peut venir au cyber caf, c'est
pas si loin de l'htel.

Carole fut surprise de sa remarque. Elle aurait cru qu'il serait emball par l'ide
d'avoir une opportunit d'acheter un truc pareil. Elle se demanda ce qui pouvait
bien le retenir, mais elle ne trouva pas. Et elle tait plutt d'accord que c'tait
peut-tre un peu gcher que de dpenser deux mille euros pour s'acheter un ordinateur
pour deux jours. Quoi que Thomas aurait pu en avoir l'utilit par la suite. Elle
se retourna vers son cran et se demanda ce qu'elle pourrait bien chercher sur google.

Machinalement elle tapa Ylraw, et retrouve son site. Elle l'avait dj parcouru des
dizaines de fois, cherchant dans les coins de nouveaux lments, tentant de trouver
des rpertoires cachs. Elle avait mme pass un temps fou  regarder le code source
HTML de chaque page, au cas ou certaines parties seraient caches.

Thomas la regarda un instant, puis il se dit qu'il pourrait tenter d'appeler un collgue
pour avoir plus d'information sur cette mystrieuse rapparition d'Ylraw. Il rechignait
 le faire de peur qu'on ne lui reprocht de continuer d'enquter sur cette affaire,
quoi qu'il avait tout sauf envie d'enquter sur cette affaire. Il aurait voulu l'oublier,
recommencer une autre vie. C'tait aussi un peu pour cette raison qu'il tait l,
lucider pour de bon ces mystres et pouvoir passer  autre chose. Carole tait belle,
aprs tout, ils ne s'entendaient pas si mal, il pourrait bien mettre un peu d'eau
dans son vin pour elle, acheter un peu moins de marques, faire un peu plus d'efforts
pour l'environnement.

Aprs tout Ylraw n'avait pas de lien officiel avec l'enqute, et il avait dj appel
plusieurs fois son collgue aux Renseignements quand il avait un doute sur quelqu'un.
Il se leva et fit mine d'aller aux toilettes. Il tait plus de 19 heures mais il
esprait bien trouver Xavier encore au travail. Il s'y trouvait en effet, Thomas
lui demanda deux ou trois nouvelles puis, sans laisser transparatre son stress,
lui dit qu'il aimerait avoir quelques informations supplmentaires sur Ylraw. Xavier
ne pt lui en dire plus que la premire fois. Il lui expliqua qu'il avait cherch
un peu plus d'information, quand aprs leur premire conversation il avait trouv
trange que si peu de renseignements fussent indiqus sur la nature de la mort d'Ylraw,
mais que sa mort restait compltement mystrieuse. Thomas lui demanda tout de mme
s'il tait possible que la mort d'Ylraw ft dguise pour une raison ou pour une
autre, mais Xavier l'assura que c'tait impossible, qu'il y avait bien eu constatation
de la mort clinique par quelqu'un de chez eux, et que si une mesure de protection
avait tait mise en place pour protger cette personne, l'information serait indique
dans le dossier. Franois Aulleri tait bien mort, il n'y avait pas de doute l-dessus.
Thomas ne posa pas plus de questions, il avait peur d'en dire trop et que Xavier
ne se doutt de quelque chose, mme s'il tait persuad qu'il se doutait dj de
quelque chose. Ce simple coup de fil avait fait presque suer Thomas, tellement il
en avait le ventre nou. Il se dit que mme s'il n'avait pas vraiment eut d'information
nouvelle, cette confirmation qu'il y avait bien quelque chose d'incomprhensible
dans le retour d'Ylraw suffirait  enchanter Carole.

Il revint s'asseoir  ct d'elle, elle relisait une n-ime fois le texte d'Ylraw.

- J'ai appel mon collgue aux renseignements.

Carole cessa toute de suite de lire et se tourna vers Thomas, avide d'une nouvelle
information. Carole devint toute excite, son rythme cardiaque s'acclra

- Il ne m'a rien dit de spcial, mais il m'a assur que si Ylraw avait une forme
de protection, ce serait indiqu. Il m'a aussi dit que la mort clinique avait t
bien constate par quelqu'un de chez nous.

- Qu'est-ce que a veut dire ? Qu'il est vraiment mort ?

- Oui, pour nous a ne fait pas de doute, il est bien mort.

- Mais comment as-tu pu le voir, alors ?

- Je ne sais pas, mais il y a sans doute quelque chose de louche l-dessous.

Carole resta silencieuse un instant. Ylraw tait bien mort !

- Mais alors, es-tu bien sr que c'est lui que tu as vu, est-ce que tu es sr que
tu ne peux pas te tromper ?

- Je me suis peut-tre plant, si, mais il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau.
C'est vrai que j'ai un doute, maintenant, mais c'est quand mme bizarre, une personne
qui lui ressemble normment justement sur sa tombe, c'est trop trange pour que
ce soit une concidence.

- Ou au contraire peut-tre logique. C'est peut-tre un cousin, un demi-frre, ou
un frre cach, qui sait ? C'est possible, non ?

- Oui, de toute faon tout est plus possible que le fait qu'il ait ressuscit.

- Comment pourrait-on savoir ? On peut vrifier ce genre de choses ?

- C'est difficile de savoir, c'est peut-tre un demi-frre, oui, aprs tout. Il faudrait
interroger ses parents, pour savoir,  condition qu'ils acceptent de dire la vrit.
Peut-tre en les interrogeant chacun seul, ils seraient prs  avouer.

- Si c'est un demi-frre, il y a plus de chance que ce soit un enfant du pre que
de la mre, non ?

- Oui c'est vrai, c'est plus dur pour la mre de cacher la naissance d'un enfant.
Il faudrait interroger son pre, si jamais on a la chance de retrouver Ylraw, ou
la personne qui lui ressemble, on peut aussi tenter de faire des prlvements, c'est
ce qu'il y a de plus sr.

- Vrifier l'ADN ?

- Oui. En plus a pourra aussi nous renseigner pour savoir si c'est un fils illgitime.

- Tu l'as touch ?

- Qui ?

- Ylraw, enfin le jeune dans le cimetire, tu lui a serr la main, tu n'aurais pas
un moyen de trouver des cellules de lui ?

- Non je ne l'ai pas touch. On peut tenter de retrouver des cheveux par contre,
mme si depuis le temps, c'est pas gagn, il a d pleuvoir, et puis il doit y avoir
un paquet de cheveux diffrents.

- Bah, les cimetires ce n'est pas tant frquent que a.

- Il n'est pas mort depuis si longtemps...

- C'est vrai.

Carole reste silencieuse un moment, rflchissant  l'implication d'une relle mort
de Ylraw.

- Il nous faudrait vraiment avoir le coeur net. Il faudrait retrouver cet Ylraw que
tu as vu et alors, nous saurons si une explication logique existe ou pas. Mais comment
le retrouver ?

- C'est assez dur de retrouver quelqu'un juste avec sa photo, sauf s'il a dj un
casier, sinon, c'est pratiquement impossible. Peut-tre interroger de nouveaux les
parents d'Ylraw pour savoir s'ils connaissent un cousin qui ressemble  Ylraw ou
pas.

- Ce n'est pas sr qu'ils rpondent, parce que si Ylraw est vraiment revenu, et qu'ils
veulent le protger, on ne pourra pas leur faire confiance.

- Qu'est-ce qu'on peut faire, alors ?

- On pourrait passer quelques jours dans son village, en restant discret, et en esprant
le croiser. De toutes faon o peut-il aller ?

- Il peut aller n'importe o !

- Pas n'importe o s'il ne veut pas qu'on le reconnaisse.

- Dans ce cas il ne restera pas dans son village, tout le monde doit le connatre,
c'est trop risqu.

- C'est vrai... Mais s'il est vraiment parti on ne le retrouvera jamais comme a,
il nous faut une piste ou un indice.

- Oui, mais je vois pas trop comment on pourrait en trouver, si on ne peut pas interroger
ses parents.

- On peut tenter de les interroger quand mme on peut tenter de voir leur ractions,
cela pourrait nous donner des indices pour savoir s'il est vraiment revenu ou pas.
Je pense qu'on doit pouvoir trouver des questions qui nous permettraient de les tester.

- C'est pas vident, et puis s'ils ne disent rien. En plus peut-tre qu'ils ne savent
rien, et on pourrait mal interprter ce qu'ils disent.

- Oui mais bon, c'est dj un moyen. Je ne vois pas trop ce qu'on peut faire d'autre.

- C'est vrai... Il faudrait peut-tre retrouver ses amis, s'il est revenu il ira
peut-tre les voir ?

- Oui, c'est une bonne ide, ceux avec qui il est all  l'le de R, mais c'est
un peu pareil, si jamais ils savent qu'ils est revenu mais qu'il se cache, ils ne
diront rien.

- Il faudra bien qu'il soit quelque part ! Il faudra bien qu'il mange ! S'il se cache,
c'est forcment chez quelqu'un.

- Pas forcment, ses parents peuvent trs bien lui fournir de l'argent pour qu'il
reste cach dans un bled paum au fin fond de la France.

- Il faudrait suivre le courrier et les virements de sa famille.

- Oui, on peut faire a ?

- Pas sans autorisation. C'est plus facile pour les coups de fils.

- Et les mails ?

- Non, c'est trs dur, il peut avoir une adresse n'importe o.

- Vous n'avez pas accs aux archives des fournisseurs internet ?

- Si, c'est vrai...

- Il faudrait voir pour ses anciens comptes internet, s'ils ont boug depuis sa mort,
et aussi pour les comptes de ses parents, ou de son frre, de ses potes, chercher
les mails qui partent ou arrivent de personnes qu'il connait.

- On peut faire a facilement ?

- Pas vraiment, il faut une autorisation pour que le fournisseur d'accs donne accs
aux donnes. On peut voir si parmi les gens que je connais certains ont un accs
direct, mais  force a risque de se voir.

- Mais qu'est-ce que tu risques ?

- Bah, pfff, a dpend... Pas grand chose si Ylraw n'est personne, s'il a des relations
je pourrai me faire virer.

- Genre s'il a des potes de la mme veine que Mathieu Tournalet.

- Ouais... Si a se trouve ils taient tous ensemble, Seth, Mathieu, Ylraw...

- Et peut-tre mme Fabrice.

- Yep...

- Bon... En tous cas on peut dj allez chez lui demain. Au pire on interrogera les
parents, et on pourra dj voir ce qu'il en est.

- S'il est vraiment revenu ils vont se mfier en me voyant.

- Hum... Peut-tre que je pourrai les voir toute seule, je pourrai me faire passer
pour une de ses copines. Une de ses anciennes copines, aprs tout, les parents ne
savent pas tout de sa vie... Je pourrai faire croire que j'avais rencontr Ylraw
sur l'le de R, et que nous avions eu une aventure, que j'tais tomb follement
amoureuse de lui, puis qu'il avait disparu, et que je n'avais russi  retrouver
sa trace que rcemment, pour m'apercevoir qu'il tait mort !

- Mouais, c'est pas mal, si a se trouve les parents compatiront et ils te mettront
en relation avec lui.

- Ou au moins ils tenteront de lui faire savoir que je suis pass. En fait ce qu'il
faudrait c'est que nous les coutions juste aprs... a ne serait pas possible de
les avoir sur coute juste une heure ou deux aprs mon passage ?

- Une heure ou dix jours c'est pareil, c'est la mise en place qui n'est pas vidente.
Une fois que quelqu'un a t sur coute, c'est assez simple de redemander.

- Peut-tre comme sa mort a t trs mystrieuse ils les ont dj cout ?

- Je ne suis pas sr que les parents avaient quelque chose  y faire, il est mort
en Australie, quand mme.

- a ne cote rien de demander. Tu peux peut-tre juste passer un coup de fil aux
flics du coin. Pendant ce temps je peux faire l'itinraire pour demain.

Thomas se releva, sans grande conviction, il m'aimait pas enfreindre les interdictions.
Il savait que ce n'tait mme pas rprhensible, juste demander  des collgues si
une ligne avait t sur coute, il l'avait dj fait, et ce n'tait mme pas interdit.
Et puis Ylraw tait mort de manire trange, aprs tout il tait policier, il ne
faisait pas quelque chose contre la Police ou l'tat, il enquter sur une histoire
trs trange, pouvant expliquer la mort d'un ressortissant Franais  l'tranger,
voire une conspiration  grande chelle ou des personnes se faisaient passer pour
mortes... Fort de ces arguments, il retourna dans les toilettes et appela le SRPJ
de Versailles pour avoir le numro de Gap.

Il retourna rapidement voir Carole aprs son coup de fil de plus d'une demi-heure.
Carole, le voyant press, eut les yeux qui brillrent.

- Alors ?

- Tu as les plans ?

- Non. Enfin il n'y a pas d'imprimante, alors j'ai juste marqu sur mon bloc note
les principales tapes, mais il n'y a pas trente-six route de toute faon, regarde,
c'est assez simple, il suffit de prendre la N85 et de la suivre, elle part de Cannes
et elle passe par Gap, c'est direct.

- Il n'y a pas d'autoroute ?

- Non, enfin il y en a une si on va  Aix, mais regarde a fait quand mme un gros
dtour. Et puis il n'y a qu'un peu plus de deux cents kilomtres par la N85, il ne
nous faudra qu'un peu plus de trois heures je pense.

- On sort, j'ai pas mal de trucs  te dire.

Carole sentit que Thomas avait appris des choses par son coup de fil, elle s'empressa
de fermer sa session et de rcuprer ses affaires, puis ils sortirent et repartirent
vers l'htel.

- Alors ?

- Les parents d'Ylraw taient dj sur coute, ainsi que son frre, ses deux grand-mres,
et plusieurs membres de sa famille ainsi que des amis dans les environs de Gap.

- Wouhaou !

- Tu l'as dit. Apparemment ils sont sur coute depuis presqu'un an.

- Ils sont toujours sur coute ?

- Oui

- C'est dingue, toute la famille ?

- Oui, mais je n'ai pas eu tous les dtails. La personne qui s'occupe du cas n'tait
pas l. a va que je connaissais le gars qui m'a rpondu, c'est le mme que celui
avec qui j'tais en contact au dbut de l'enqute. Demain on pourra passer sur place
pour avoir plus d'info.

- Mais il ne t'a rien dit d'autre ?

- J'ai tent d'en savoir plus, mais le gars semblait dire qu'il y avait quelque chose
de bizarre. Ils ont eu un ordre de les mettre tous sur coute, un ordre de Paris,
d'une personne importante, mais ils n'en savent presque pas plus. Ils doivent simplement
retransmettre tout ce qu'il se passe. D'aprs le gars il ne se passe pas grand chose,
et ils n'ont jamais trouv rien de trs intressant  leur yeux, mais Paris a continu
 insister pour avoir l'intgralit des coutes.

- On peut avoir accs  ces coutes ?

- Oui, demain on pourra voir.

- Peut-tre, comme ils ne savent pas ce qu'ils cherchent, ils n'ont pas fait attention,
mais peut-tre que Ylraw, Seth, Mathieu Tournalet ou d'autre personnes ont pris contact.

- Oui c'est possible, suite au dcs d'Ylraw il y a eu normment de contact, mais
comme ils ne savaient pas distingu ce qui avaient de l'importance des autres, ils
se sont content de tout faire parvenir  Paris.

- Quand tu dis Paris, c'est qui ?

- Le ministre de l'Intrieur.

- Et ils n'ont jamais su ce qu'ils devaient chercher ?

- Non.

- Ils les ont suivi ?

- Pass un temps ils avaient des observateurs autour de la maison des parents d'Ylraw,
et ils ont suivi sont frre aussi, mais dsormais ils ne le font plus.

- Et ils avaient dcouvert des choses ?

- Il n'en savait rien. Le problme c'est qu'ils ne savaient pas pourquoi ils devaient
le faire, alors ils n'avaient pas trop d'ide des contacts importants. Mais normalement
on pourra regarder tout a demain.

Carole tait toute excite :

- C'est cool ! On va peut-tre enfin dcouvrir des trucs, c'est trop cool !

L'espace d'un instant, elle eut presqu'envie de prendre Thomas dans ses bras, mais
elle se retint. Ne serait-ce que d'envisager enfin pouvoir progresser dans leur petite
enqute la rendait euphorique. Ils arrivrent  l'htel, et dcidrent d'aller directement
au restaurant pour dner.

Carole tait enchante  l'ide de partir  la recherche d'Ylraw le lendemain, et
Thomas tait enchant d'enchanter Carole. Tout cet enchantement leur fit prendre
un bon apro et un somptueux repas draisonnablement arros.

Erreur
------



L'erreur fut sans doute le digestif, ou Carole perdit pour de bon le sens des ralits.
Thomas le sentit, et il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour la convaincre de
remonter dans la suite.

Thomas dut l'aider, elle s'accrocha tant bien que mal  ses paules. Arrivs dans
la suite, ils se laissrent tomber dans le canap. Thomas la trouva extrmement lourde,
il se dit que l'alcool devait sans doute trop affecter ses capacits de jugement.
Il se demanda s'il ne ferait pas mieux d'aller se coucher. Aprs tout, Carole tait
beaucoup trop saoule et il serait malvenu qu'il abuse d'elle dans cette situation.

Elle tait en pleine forme ! Elle parlait, parlait, parlait. Elle parlait d'Ylraw,
de l'enqute, qu'ils allaient dcouvrir des choses extraordinaires, l'lixir de la
jeunesse, de la vie ternelle, et bien plus encore.

Elle avait chaud, si chaud ! Elle retira sa veste. Thomas devina sa poitrine sous
son tee-shirt blanc et il tenta de se persuader d'aller se coucher. Ce n'tait pas
sain, ce n'tait pas bien, il voulait coucher avec elle, mais pas comme a, pas juste
l, alors qu'il ne savait mme pas trop o il en tait, qu'il n'tait mme pas capable
de juger correctement la situation.

Il tait beau, si beau, il avait l'air fort. Mais pourquoi avait-elle rsister jusqu'alors,
mais pourquoi n'avait-elle pas couch avec lui ds le premier jour ?

Pourquoi venait-elle sur lui, pourquoi elle ne le laissait pas ? Elle n'avait jamais
voulu de lui, pourquoi maintenant, c'tait l'alcool, c'tait sr, c'tait a, c'tait
l'alcool. Non ? a pouvait tre autre chose ?

Il avait des pectoraux, ouhaou ! Ils taient tout durs ! Mon Dieu mais comment avait-il
mis sa veste, c'tait tellement dur  l'enlever !

Mon Dieu elle tentait de le dshabiller, mais qu'allait-il faire, qu'allait-il devenir,
comment rsister, comment fuir ?

Oh et puis mince, il n'avait qu' se dshabiller tout seul, aprs tout. Il lui suffisait
d'enlever elle tout ses vtements, il ne pourrait pas tenir trs longtemps. Elle
avait de si jolies fesses, comment pourrait-il les snober ?

Oh elle tait belle, elle tait si belle. Elle tait debout, elle enlevait ses habits...
Oh elle tombait sur lui, elle ne tenait pas debout, elle avait trop bu, elle avait
beaucoup trop bu, mais pourquoi elle avait bu autant, et pourquoi il n'arrivait pas
 enlever sa veste !

Elle avait trop bu, oui, non, non pas tant que a, elle comprenait encore bien la
situation, elle n'tait pas trs complique la situation, elle tait juste l, elle
voulait enlever son pantalon, et lui voulait enlever sa veste, c'tait pas compliqu
comme situation, qu'y avait-il de compliqu ?

Mais pourquoi sa veste tait si lourde ! C'tait impossible quand mme, a ne devait
pas tre la sienne, c'tait quelqu'un qu'il lui avait mis, la sienne tait moins
lourde.

Elle l'embrassait, oui, c'tait une bonne ide, l'embrasser, rigoler, le mettre en
confiance, oui, lui montrer ses seins, ils taient beaux, trs beaux, comment pouvait-il
rsister ?

Ses seins, oh comment ne pas les toucher.

Il avait les mains si chaudes, oui, c'tait bon, elle avait eu raison de vouloir
faire l'amour avec lui, il avait les mains chaudes.

Tant pis pour la veste, aprs tout, la veste, quelle importance, et puis ce n'tait
sans doute pas la sienne, alors il pouvait bien la garder, a lui ferait une veste
en plus, mme si elle tait lourde.

Mais qu'est-ce qu'il attendait pour se dshabiller et la dshabiller, c'tait quand
mme pas sorcier !

Trop serrer dans ce pantalon, il fallait se lever pour l'enlever, oh dj dfaire
la ceinture, oui, la ceinture, c'tait facile a, la ceinture.

Oui son sexe, oui vite vite, avant qu'il ne partt, vite, venir le prendre dans sa
bouche, oui, vite.

Elle le suait ! Oui a faisait si longtemps, mais comment pouvait-elle le faire
alors qu'il avait cette veste si lourde, il fallait bien qu'il la retire !

Tirer, tirer ! Tirer son pantalon pour l'empcher qu'il le remt ! Il n'allait tout
de mme pas partir, et puis s'il ne voulait pas se dshabiller, aprs tout, elle
pouvait trs bien le faire elle mme.

Maintenant il ne pouvait plus se lever, il avait son pantalon  mi-cuisse, comment
faire, il tait coinc, surtout qu'avec cette veste, il ne pourrait jamais se lever,
il allait devoir lui faire l'amour, il n'avait pas le choix.

Oh ! Son sexe tait si gros ! Elle avait presque du mal  le prendre dans sa bouche,
c'tait vraiment une bonne ide de faire l'amour, oui, une trs bonne ide, mais
pourquoi ne l'avait-elle pas fait plus tt ?

Mais ! Elle l'avait ligot ou quoi ? Il n'arrivait plus  bouger les bras, sans doute
c'tait elle qui lui avait mis cette veste pour le bloquer.

Enlever son pantalon, ce n'tait quand mme pas bien compliquer, il suffisait de
se rouler par terre, dfaire les boutons, et puis pousser le pantalon avec la culotte
en mme temps. C'tait coinc, mais pourquoi son pantalon tait-il si serr ! Elle
avait grossi, c'est le repas, elle n'aurait pas d autant manger, elle avait grossi,
il ne fallait pas trop qu'il le voit sinon peut-tre qu'il n'allait plus avoir envie.

Mais o tait-elle, elle tait partie ? C'tait bizarre, elle tait l il y avait
deux minutes, elle tait aller quoi ? Un prservatif, oui sans doute, un prservatif,
elle tait all chercher un prservatif.

Mais c'tait pas possible d'avoir autant grossi, c'tait quand mme pas si compliqu
d'enlever son pantalon. ! Ah elle tournait de rage pour le pousser avec ses pieds,
ses jambes. Enfin ! Enfin ! Vite, il fallait retourner prendre son sexe dans sa bouche,
au cas o il n'eut plus envie.

Ah la revoil ! Oh oui elle le suait encore, c'tait bon, c'tait si bon, c'tait
bien.

Son sexe tait vraiment gros, c'tait vraiment une bonne ide de lui faire l'amour,
mais pourquoi ne l'avait-elle pas fait plus tt ?

Bah tant pis pour cette veste, aprs tout, elle le suait quand mme, a ne devait
pas la gner. Par contre il aimerait bien enlever compltement son pantalon, a serait
quand mme plus pratique. Il fallait la repousser un peu.

Oh non ! Il la repoussait ! Il n'aimait pas ! Mon Dieu elle ne faisait pas bien les
fellations, elle le savait, elle avait toujours peur de faire mal, mon Dieu, vite,
ne pas le laisser partir !

Mais, elle ne voulait pas lui laisser enlever son pantalon, mais comment allait-il
faire, il ne pourrait rien faire dans cette position. Dj ! Elle tait dj sur
lui !

Oh c'tait bon ! Depuis tout ce temps, oh oui ! C'tait si bon, sentir un sexe entrer
en elle ! Et puis il tait si gros, c'tait vraiment une bonne ide !

Peut-tre qu'elle voulait tour faire, peut-tre qu'elle ne voulait pas qu'il bouget
? Mais quand mme c'tait bizarre. Comment avait-elle pu lui mettre cette veste sans
qu'il s'en aperoive ?

Oh oui ! Elle gmissait, oui, elle gmissait, c'tait bon, c'tait bon, mais ce n'tait
pas trs pratique comme position, ses genoux tait un peu trop relev avec le dossier
du canap, il aurait fallu qu'il se laisst un peu glisser. Peut-tre qu'elle pourrait
le tirer un peu sans qu'il n'et le temps de partir ?

Ah, elle semblait vouloir lui enlever son pantalon, c'tait une bonne ide, peut-tre
qu'ensuite elle lui enlverait sa veste, a serait bien pratique.

Voil, comme a l, a serait plus simple, elle pourrait plus facilement se mettre
sur lui, mais vite, vite, il ne fallait pas le laisser partir, alors vite revenir
sur lui et enfoncer son sexe, vite.

Oh non, elle avait juste descendu le pantalon jusqu'au cheville, comment allait-il
faire ? Il n'tait pas assez souple, et puis avec cette veste il n'arriverait jamais
 atteindre ses chevilles.

Bouger, bouger, oui, c'tait bien, c'tait bien... Mais pourquoi ne lui touchait-il
pas ses seins ? Il ne les aimaient pas ? Peut-tre avait-il remarqu qu'elle avait
beaucoup grossi pendant le repas.

Elle allait trop vite, elle allait trop vite ! Comment pouvait-il suivre si elle
allait si vite. Et puis avec cette veste, il tait coinc, il ne pourrait jamais
la tenir correctement.

Il s'endormait ! Non, ce n'tait pas possible, pourquoi est-ce qu'il ne bougeait
pas ? Il n'aimait pas ? Il fallait trouver autre chose, une autre position, il fallait
trouver ce qu'il aimait.

Ah, elle bougeait, elle allait peut-tre l'aider  enlever sa veste, ou au moins
son pantalon. Non ! Elle se tournait juste ! Mais c'tait quand mme pas possible
pourquoi ne lui enlevait-elle pas son pantalon ?

Mais pourquoi n'arrtait-il pas de parler de sa veste et de son pantalon ! Quand
mme, elle tait l, mince ! C'tait quand mme plus important ?

Bon, comment faire pour enlever cette veste, quand mme, il tait policier, il allait
bien trouver, et puis si elle tait vraiment trop lourde, il pourrait peut-tre la
dcouper en lui tirant dessus avec son arme.

Il fallait le faire jouir, oui ! C'tait la solution, une fois qu'il aurait joui
une fois, il ne partirait plus.

Elle allait beaucoup trop vite, elle allait beaucoup trop vite, il n'arriverait jamais
 tenir si elle allait si vite, surtout que a veste devait le rendre plus faible.

C'tait quand mme pas mal, c'tait quand mme vrai qu'avoir un mec avec une grosse
c'tait bien, c'tait bien. Quoique Gaen lui faisait bien l'amour, aussi, il faisait
plutt bien l'amour. Oui mais Thomas il ne bougeait pas, il ne bougeait pas !

Il allait jour ! Il allait jour, elle allait beaucoup trop vite !

Ah, il semblait aimer, c'tait pas trop tt ! Continuer, il fallait continuer !

Non, non, non ! Il n'allait quand mme pas jour avec sa veste ! Quand mme ! Arg
! Voil, enfin, il avait russi  sortir un bras !

Oh non pourquoi la repoussait-il ! Non ! Non ! L'attirer vers elle oui, l'attirer
sur le ct, sur elle, vite, l'enlacer pour reprendre son sexe en son sein, vite
!

Ah ! Oui, comme a ! C'tait bien mieux, allong sur elle, il pouvait enfin se dbarrasser
de cette veste ! Enfin, victoire ! Il s'tait librer ! Il ne rester plus qu' enlever
son pantalon, et il pourrait vraiment lui faire l'amour, vraiment lui montrer de
quoi il tait capable.

Non ! Non ! Non ! Il ne fallait pas qu'il parte, le tirer, le garder en soi, crier
! Lui dire d'aller plus vite ! Plus vite !

Elle criait trop fort, bien trop fort, elle allait le rendre sourd, mon Dieu, vite,
comment faire ! Et avec son pantalon, il ne pourrait jamais partir ! Il fallait en
finir, c'tait la seule solution, il fallait en finir !

Oui ! Oui ! Oui ! C'tait bon, bon ! C'tait bon ! Bon ! Bon ! Quand il allait vite
comme a, oui en plus c'tait vraiment une bonne ide, il avait un si gros sexe,
elle le sentait si bien de toute sa longueur, c'tait si bon ! Il fallait qu'il continut,
elle allait jour, c'tait si bon !

Il fallait qu'elle jout, comme a elle arrterait de crier et il pourrait enlever
son pantalon en paix, il ne deviendrait pas sourd et il pourrait aller se coucher
tranquillement.

Crier ! Crier ! Plus elle criait plus il allait vite ! Il aimait qu'elle crit, oui
! C'tait a ! C'taita le truc !

Mais qu'elle se taise ! Mais qu'elle se taise ! Il fallait en finir ! C'tait bon,
oh oui c'tait bon, oui ! Oui ! a venait !

Elle jouissait ! Oui ! C'tait bon ! Oui ! Quelle bonne ide ! Quelle bonne ide
!

Il jouissait ! Oui ! C'tait bon ! Oui ! Il allait pouvoir enlever son pantalon !
Oui !

Carole le serra dans ses bras, pour plus le sentir. Thomas se laissa faire, il ne
rsistait que rarement  s'endormir aprs avoir fait l'amour, et ce jour-ci ne fit
pas l'exception, il tomba presqu'immdiatement dans un profond sommeil. Mais Carole
ne fit gure mieux, et cinq minutes plus tard ils dormaient tout deux, Carole sous
Thomas, elle avait encore ses chaussettes, et Thomas, sur elle, avait toujours son
tee-shirt, son pantalon aux chevilles et ses chaussures.

Sa brlure, sa brlure le rveilla, il avait chaud, tellement chaud, il tait tellement
fatigu. Elle le rongeait, il la sentait, il avait tellement chaud. Il retira tant
bien que mal son tee-shirt, ne parvint  n'enlever qu'une seule manche, puis se rallongea
presque aussitt, heureux de pouvoir se serrer contre Seth, sa Seth, elle tait 
lui, comme elle avait toujours t, quel cauchemar qu'elle lui ft croire qu'elle
tait morte, il l'embrassa sur la joue et se rendormit.

Mal
---



Ils taient rentrs dans la chambre  minuit 42, ils avaient joui  1 heure 19. Ce
fut d'un long gmissement que se rveilla Carole  8 heures 23, la main sur le front,
un mal au crne terrible. Il lui fallut bien cinq minutes pour vraiment ouvrir les
yeux et commencer  rflchir  o elle se trouvait et ce qu'il s'tait pass.

- Aaarh !

Elle cria de dgot quand elle eut cette image de sexe norme qui lui revint  l'esprit.
Elle se tourna et vit Thomas, coll contre elle, puis elle la vit. Elle la vit et
resta muette, elle eut la nause, elle vomit, elle se tira du plus vite qu'elle put,
elle poussa Thomas, il pesait une tonne ! Elle glissa et tomba par terre, elle eut
d'autre soubresaut de vomissement, elle se vomit dessus, se retrouva au sol dans
son vomi. Sa tte lui tournait, elle avait un mal au crne terrible, mais a n'importait
gure.

Elle voyait son flanc, l, Thomas avait  moiti enlev son tee-shirt, il tait encore
avec son pantalons aux chevilles, c'tait ridicule, mais elle s'en moquait, elle
la voyait elle. Elle voyait cette gangrne qui lui avait presque prit tout son ct,
elle voyait cette tche sombre et norme qui arrivait jusque dans son dos ! Elle
tenta de se relever, mais sa tte lui tourna et elle tomba au sol, elle marcha alors
tant bien que mal  quatre pattes jusqu' la salle de bain.

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourvu qu'elle n'eut pas fait l'amour, pourvu qu'elle eut vraiment
trop bu et qu'elle n'eut pas fait l'amour !

Peine perdue ! Elle avait du sperme qui coulait encore de son vagin ! Non ! Non !
Cette ide la dgota encore plus, elle vomit de nouveau. En plus c'tait la plus
mauvaise priode possible ! Elle avait eu ses rgles il y a deux semaines et elle
ne prenait plus la pilule depuis qu'elle avait quitt Gaen !

- Quelle conne ! Quelle conne ! Quelle conne !

Mon Dieu et si elle attrapait son mal ! Mon Dieu si elle chopait cette saloperie
qui lui bouffait le ventre ! Elle pleura, supplia, elle vomit encore. Elle s'en voulait
tellement ! Mais pourquoi avait-elle autant bu, mais pourquoi ! Pourquoi avait-elle
fait l'amour avec lui ! Et lui pourquoi avait-il accept !

- Je dois partir ! Je dois partir !

C'tait un cauchemar, comment allait-elle s'en sortir, comment allait-elle se dbrouiller
! Elle rentra dans le jacuzzi et se rina avec l'eau la plus chaude qu'elle put soutenir,
elle tenta de retirer de son vagin le plus de sperme qu'elle pouvait. Elle continuait
 pleurer, elle avait toujours envie de vomir et toujours aussi mal  la tte. Comment
allait-elle partir ? Prendre le train ? Mon Dieu mais il lui faudrait trouver la
gare, et sans doute qu'il n'y aurait pas de train immdiatement, et si Thomas venait
la rattraper ? Non, elle prendrait la voiture, tant pis, elle l'abandonnerait plus
loin, il lui fallait avant toute chose partir le plus vite possible ! Il lui faudrait
aussi trouver une pharmacie, c'tait mme le plus urgent, une pharmacie ! Combien
de temps avait-elle pour esprer qu'une pilule du lendemain ft effet ? Elle n'en
savait rien, elle n'en avait jamais prise, elle avait toujours t tellement prudente
auparavant ! Mais quelle idiote ! Peut-tre qu'il fallait moins de douze heures ?
Mon Dieu, quelle heure tait-il ?

Elle ressortit nue de la salle de bain, rcupra rapidement ses habits qui tranait
autour du canap. Elle ne put s'empcher de regarder de nouveau cette tche sur le
flanc de Thomas, elle eut de nouveau envie de vomir et de pleurer. tait-il mort
? tait-il lui aussi de la race de Seth ? Pouvait-il l'avoir contamin ? Serait-ce
un vampire ? Un monstre qui transmet ses gnes malfique ?

Oh mon Dieu, partir, vite ! Elle se dirigea dans sa chambre s'habilla rapidement,
rcupra toute ses affaires et sortit le plus rapidement possible sans regarder derrire
elle.

Comment rcuprer la voiture ? Avec tous ses bagages peut-tre refuseront-ils de
la lui donner ? Il tait presque neuf heures du matin. Elle s'arrangea donc pour
laisser ses affaires discrtement dans un coin, et prit un air dcontract pour aller
demander qu'on avance la voiture  l'accueil. La personne ne fit aucune encombre,
et indiqua  Carole que la voiture serait devant l'immeuble dans une minute.

Elle rcupra son sac et se dirigea rapidement devant l'htel, le voiturier ne sembla
pas plus troubl que cela qu'elle eut son sac, elle ne prit pas la peine de le mettre
dans le coffre, elle le posa  ct d'elle et partit sur le champ. La capote de la
voiture n'tait pas mise, aucune importance, elle se sentit tout de mme un peu mieux
quand elle vit l'htel s'loigner derrire elle.

Une pharmacie, vite, c'tait maintenant la priorit. Quelle idiote ! Elle aurait
d demander  l'accueil de l'htel ! Tant pis, elle tourna un peu dans les rue, mais
la peur de rester coinc la stressa, et elle dcida de partir au plus vite, elle
trouverait bien une pharmacie un peu plus loin. Elle eut tout de mme peur, s'il
ne fallait que six heures ? Six heures ce n'tait vraiment pas beaucoup et la pilule
ne s'appellerait sans doute pas pilule du lendemain s'il fallait la prendre dans
les six heures. Elle eut tout de mme un doute et finit par demander  un passant
la pharmacie la plus proche. Elle dut interroger trois personne avant d'avoir une
indication, elle se gara immdiatement en double file et courut deux rues plus loin
ds qu'elle eut son renseignement.

Elle fut rassurer d'apprendre que la pilule tait d'autant plus efficace qu'elle
tait prise tt, mais qu'elle pouvait tre utiliser jusqu' quarante-huit heures
aprs la situation  risque. Elle couta attentivement les recommandations de la
pharmacienne, acheta en mme temps une boisson nergtique en guise d'eau et prit
les deux pilules aussitt arrive dans la voiture. Elle regretta encore sa prcipitation
et lut attentivement la notice, un peu tard mais la pharmacienne lui avait bien tout
expliquer, et elle se sentit dj un peu moins catastrophe.

Son esprit se focalisa alors sur cette tche, sur ce mal, sur cette gangrne, elle
pleura de nouveau et chercha rapidement les panneaux indiquant l'autoroute pour fuir
au plus vite. Elle avait l'impression que son vagin la brler, elle avait une douleur
 l'intrieur, elle avait tellement peur d'attraper ce mal. Mon Dieu mais qui tait
Thomas ? Un monstre ? tait-il  la botte de Seth pour trouver de nouvelles victimes
? Allait-elle se transformer ?

Elle rejoint l'autoroute et prit la direction de Marseille. Elle roula un peu vite
au dbut, puis des panneaux indiquant la prsence de radars lui firent lever le pieds.

Il lui fallut bien une heure avant de commencer  rflchir, et ne pas se ressasser
toujours les mmes images. Elle approchait de Marseille, elle s'arrta  une aire
d'autoroute pour mettre un peu les choses au clair dans sa tte.

OK, elle avait fait l'amour avec Thomas, et aprs ? Elle avait bu, lui aussi sans
doute, et ils avaient fait l'amour, ce n'tait pas la premire fois qu'elle faisait
une btise aprs avoir bu, des choses pareilles luitaient dj arriv plusieurs
fois pendant son cole de commerce, aprs les soires bien arroses. Elle n'tait
certes jamais alls aussi loin, mais il n'y avait rien de catastrophique. Certes
elle n'avait pas pris de prcaution, certes elle ne prenait pas la pilule et se serait
bien la croix et la bannire si elle tombait enceinte, mais elle pourrait toujours
arrter la grossesse, mme si l'ide la drangeait un peu, mais elle avait pris la
pilule du lendemain, et si les chances de russite n'taient que de sept sur dix,
il serait quand mme bien malencontreux que la seule fois qu'elle ft l'amour depuis
plusieurs mois elle tombt enceinte.

Elle se persuada de mettre cette possibilit de ct, et de considrer que son seul
tord fut d'avoir bu et d'avoir cder  Thomas. Et puis aprs tout elle avait dj
envisag l'hypothse auparavant, et si, certes, elle s'tait promise de ne pas coucher
avec lui, c'tait plus pour ne pas entamer une relation durable avec lui que par
refus de l'acte en lui-mme.

Mais ce qui la traumatisait par dessus tout, c'tait cette tche. Qu'est-ce que c'tait,
tait-ce une maladie ? Aprs tout ce n'tait peut-tre qu'une tche de naissance,
et il n'y avait pas de raison de pter les plombs de la sorte. Elle sortit de la
voiture et fit quelques pas. Elle ne parvenait pas  se persuader que tout n'tait
qu'anodin. Elle n'avait qu'une envie, c'tait de reprendre la voiture et de partir
le plus loin possible, et faire en sorte de ne plus jamais revoir Thomas, de ne jamais
se laisser approcher par lui, par elle... Cette tche l'obsdait, elle l'obsdait
d'autant plus qu'elle sentait encore cette douleur en elle.

Elle se dit qu'elle n'laborerait rien de constructif pour l'instant, et qu'elle
ferait mieux de repartir. Elle se demanda si elle avait bien fait de partir avec
la voiture, qu'allait-elle en faire ? Elle ne pouvait pas la garder, il lui faudrait
bien la rendre, mais o ? Elle pourrait peut-tre la laisser  un loueur sur Marseille,
et repartir en train. Elle aurait mieux fait de prendre le train directement, elle
n'aurait pas eu  se soucier de cette question. Elle se dit qu'elle pourrait simplement
tlphoner  l'htel et dire que la voiture tait tombe en panne au bord de la route,
et qu'ils pourraient venir la rcuprer, oula laisser dans un garage ou une station-service.
Son portable ! Non ! Elle avait oubli sur la commode de sa chambre ! Trop bte,
elle s'tait dit pourtant dans la salle de bain qu'elle ne devait pas l'oublier !

Quelle conne ! Si elle rflchissait un peu avant de faire les choses, partir avec
une telle prcipitation, quel intrt ! Le mal tait fait de toute faon ! Qu'aurait-il
pu lui arriver de plus, Thomas n'allait pas se transformer en loup-garou et la dvorer
! C'tait d'ailleurs peut-tre encore pire d'tre partie, ne pas s'expliquer, ne
pas trouver une excuse, prtext une maladie de sa mre, ou un rendez-vous important.
Thomas allait sans doute vouloir savoir, vouloir la revoir, que faire ? La simple
ide de retourner dans cet htel lui donnait la nause, Thomas, le vomis, le sperme,
et par-dessus tout cette tche ! Non, elle ne pourrait pas retourner l-bas, elle
ne pourrait pas. Pas aujoud'hui, en tout cas, pas avant qu'elle ne ft sre de ne
pas tre enceinte, et de ne pas avoir ce mal.

Elle convint alors de rouler jusqu' Toulouse, et l-bas, elle serait suffisamment
loin et l'esprit apais pour trouver comment laisser la voiture et prendre le train
jusqu' l'le de R. La voiture tait assez agrable  conduire, elle aurait bien
relever la capote, il ne faisait pas si chaud  cent trente sur l'autoroute, mais
elle ne voulait pas galrer  tenter de la relever.

Elle dut faire le plein deux fois, et arriva sur toulouse beaucoup plus tard qu'elle
ne le pensait, il tait dj 15 heures passes. Elle usa de ses charmes pour garer
la TT sur une station service et convaincre le personnel de service d'accepter les
cls en lui expliquant que quelqu'un allait passer rcuprer la voiture. Une fois
 la gare, elle prit le premier train  destination de Bordeaux, il y en avait un
presque toutes les demi-heures, et elle arriva  Bordeaux vers 18 heures, et  21
heures passes elle tait  la Rochelle, o elle rcupra sa voiture pour rentrer
chez elle.

Une fois chez elle, elle ferma ses fentres, s'enferma dans sa chambre et se coucha,
puise.

Ylraw
-----



Sas
---



J'ouvre les yeux de nouveau, rveill par la faible temprature. Je dois sortir d'ici,
ou je vais mourir de froid. Difficilement je parviens  m'agenouiller. Je reste plusieurs
minutes ainsi, puis je tente de me relever. Je n'y arrive pas, ma jambe me fait dfaut
et je roule au sol.

J'attends encore plusieurs minutes, je suis encore trs engourdi. je bouge doucement
mes pieds, puis mes jambes, pour tenter de rechauffer mon corps. Je me roule sur
le ventre et rampe jusqu'aux abords d'une table entourre de chaises. Je m'aide de
l'une d'elle et me retrouve finalement assis appuy contre la table. Je prends un
peu plus le temps de regarder autour de moi. La faible lumire me laisse entrevoir
une grande salle circulaire, avec des ordinateurs au fonds, ainsi que les tubes dont
celui dont je suis sorti. Il y a peut-tre des gens dans les autres, mais je n'aurai
pas la force d'aller voir.

Dix minutes passent, peut-tre plus. Je me dis que si d'autres persones sont enfermes
dans ces tubes, je ne peux pas les laisser l. Je parviens  me mettre debout en
me tenant  la table. Je bouge mes jambes pour me rchauffer. Je secoue les paules.
Je fais quelques pas, j'ai du mal mais je tiens debout. Je prends alors une chaise,
que je trane jusqu' un tube, puis je la soulve et donne un grand coup contre le
tube. La chaise rebondi et tombe. Je tombe aussi, dsquilibr.

Le tube n'a pas bronch. Je me relve et donne de nouveau un grand coup, toujours
rien. Deux coups supplmentaires sans aucun rsultat m'incitent  laisser tomber.

J'ai toujours aussi froid. Je cherche dans ma mmoire qu'est-ce qui a bien pu m'amener
ici, mais je n'y dcouvre que du noir. Rien ne me revient. Je sors finalement de
cette pice. Le couloir est noir et froid, sans signe de vie. Je retourne dans la
grande pice, je m'approche des ordinateurs. J'ai su faire marcher des choses pareilles
dans le pass, j'en ai le sentiment. Mais maintenant je suis dmuni.

Je reste encore quelques minutes pensif, cherchant vainement une trace du pass.
Mon corps commence  s'habituer au froid, mme s'il reste encore douloureux. Je me
demande combien de temps je suis rest dans ce tube, peut-tre des mois, des annes,
peut-tre que le monde a changer de face depuis mon enfermement, peut-tre que je
ne pourrais jamais sortir et que je vais simplement mourir de faim...

Je fais un tour plus mticuleux de la pice, mais rien ne me donne d'indication.
Aucune inscription, aucune trace qui puisse me donner une piste. Mais la lumire
est trop faible, je ne distingue que trs partiellement les dtails. Il me semble
voir des tches noires sur le sol, comme des tches de sang. Je me baisse pour en
sentir l'odeur, mais rien ne m'indique si c'est bien du sang ou non.

Je sautille sur place pour me rchauffer un peu, et je me donne du courage avant
de sortir une nouvelle fois de la pice. Je reste quelques minutes dans le noir,
esprant que mes yeux puissent y distinguer quelques choses, mais malheureusement
la faible luminosit manant de la grande pice ne me permet pas de distinguer quoi
que ce soit.

J'ai un peu peur, j'avoue, dans le noir, sans savoir o je suis ni ce que je peux
trouver. Toutefois il n'y a aucun bruit, et voil sans doute plusieurs heures que
je suis sorti du tube, et je commence  avoir faim et soif. Les parois sont froide
comme la glace, j'en ai un frisson dans le dos rien qu' les toucher. Il fait vraiment
trs froid. J'avance doucement dans le couloir, et rentre dans la premire pice
que je trouve. J'en suis les parois, pour tenter d'y trouver quelques indices, peut-tre
un interrupteur. Mais rien. La pice est plus petite que celle o je suis arrive,
et je ne fait que me cogner  une table et des chaises mtalliques.

Aucune fentres, pas la moindre source de lumire, je suis dans le noir complet.
Je sors et avance dans l'autre direction. Je trouve une nouvelle pice, mais le constat
est identique, elle est quasiment vide. Je commence  me dire que je suis dans des
sortes de caves abandonnes,  moins qu'un feu nuclaire ait ravag la terre, et
que l'hiver lui succdant  glacer le monde, des particules de poussires masquant
depuis des mois ou des annes la lumire du Soleil...

Ah quelle plaie de ne se rappeler de rien ! J'en viens mme  jurer tout haut, frustr
de ne rien comprendre. Qu'est-ce qu'il s'est pass, bon sang !

Je m'appuie contre une paroi un instant, me prenant la tte entre les mains comme
pour tenter d'en sortir quelque chose, mais je ne me souviens de rien, pas plus de
mon nom que de mon pass...

Quoi qu'il en soit il me faut sortir d'ici, je ne sais pas ce qu'il peut y avoir
dehors, mais si je dois mourir autant tenter de comprendre un peu plus. Je quitte
la pice ou je suis, et avance encore un peu, je trouve une nouvelle pice, en fait
le tour rapidement jusqu' me blesser au pied en tapant dans un objet tranchant.
Je retiens un cri de douleur et un juron.

Je me concentre quelques minutes pour surmonter la douleur, puis j'tudie avec plus
d'attention ma dcouverte. De prime abord je trouve une sorte de tas de couverture.
J'en rcupre dj deux que je me passe sur le dos avant de cherche plus en avant.
Je reste tremblotant cinq bonnes minutes puis je continue mon dpilement  l'aveuglette.
En dessous les couvertures se trouve des habits, des chemises. J'en enfile deux.
Je trouve aussi des shorts, et finalement une paire de jeans et quelques caleons.
J'enfile ce que je trouve le plus  ma taille. Les jeans sont presque  ma taille.
Je trouve aussi des tee-shirts. J'vite de slectionn un qui m'a l'air dchir et
couvert d'un liquide sch, peut-tre du sang, encore. Finalement je trouve de quoi
m'habiller de la tte au pied. Je complte le tout en dnichant aprs deux trois
essais pour carter des sandales bien trop grandes une paire de chaussures  ma taille.

Je prends quelques minutes pour me rchauffer sous mon nouvel accoutrement, qui se
compose d'un caleon, une paire de jeans, des chaussures, je n'ai pas trouv de chaussettes,
un tee-shirt immense, trois chemises, et deux des couvertures initiales. Je trouve
dans les poches de mon jeans un portefeuille, un carnet, deux mouchoirs, des cls
et des pices de monnaies. Avant de retourner dans la pice principale et tenter
d'observer mes trouvailles sous la faible luminosit, je repasse en revue l'ensemble
de la pile, trouve un autre petit carnet et quelques babioles. Finalement sous la
pile je dcouvre le responsable de ma blessure initiale, un tas d'pe et de long
couteau. Je prends une des pes et une dague et je retourne, dornavant un peu plus
quip, dans la pice principale.

Je dpose mon butin sur la table. Les pices de monnaie sont des dollars australien.
Serai-je en Australie ? Cette premire supposition est confirme par les diverses
adresses inscrites sur le carnet que je trouve dans la poche arrire des jeans. Le
portefeuille quant  lui ne contient aucun papier d'identit, je ne saurai donc pas
si ces affaires m'ont appartenu ou non. J'y trouve quelques cartes de visites. La
plupart des adresses se trouvent  Melbourne, laissant supposer que c'est la ville
ou je me trouve. Cette ville est en Australie. Je sais o se trouve l'Australie,
mais je ne sais pas o se trouve mon pays. Mais je sais que ce n'est pas l'Australie.

Les deux autres petits bouts de papiers griffonns ne m'apprennent rien de plus,
simplement deux numros de tlphone. Je sais ce qu'est un tlphone. Je sais que
petit j'ai dmont des tlphones. Mon pre travaillait dans un endroit rempli de
tlphones...

J'ai toujours froid malgr les cinq ou six couches de vtements, et dsormais arm
j'ai beaucoup moins de ressentiments  me lancer  l'aventure. Ne pouvant rien dduire
d'autre de mon carnet, je rempoche tous mes indices et ressort, la dague dans une
main et l'pe dans l'autre. Ne sachant si partir  gauche ou  droite, je me dcide
pour la droite, c'est dans cette direction que j'avais trouv les habits, c'est peut-tre
par l que se trouve la sortie, dans l'espoir qu'il y en ait encore bien une.

J'avance lentement, l'pe pointe en avant, la dague frlant la paroi. Le noir est
complet, le froid toujours aussi prsent. Je tente de m'numrer ce que je sais,
et ce que je ne sais pas. Je ne connais pas mon nom, mon ge... je ne sais mme pas
vraiment  quoi je ressemble. J'ai l'image d'une femme, ma mre, peut-tre, ou ma
femme. Elle est trs belle. Je perois une colre en moi, une tension, une envie
de vengeance, mais je ne sais pas de quoi ou de qui.

Je marche longtemps, trs longtemps, beaucoup plus longtemps que mes maigres souvenirs
ne peuvent m'occuper. Je dois gravir plusieurs escaliers, traverser de nombreuses
portes. Je n'ai pas la notion du temps qui passe, mais je dois marcher peut-tre
deux heures, ou le double. Je suis bloqu une premire fois par une lourde porte.
Mais avec de l'obstination je parviens  l'ouvrir. Une deuxime puis une troisime
m'arrtent encore sans doute une vingtaine de minutes chacune.

Jusqu' ce que j'arrive  celle-ci. La porte prcdente avait tout l'air d'un sas,
une lourde porte ronde avec un volant rouill pour l'ouvrir. Les deux qui avaient
prcdes taient elle trs lourdes, rouilles et difficiles  ouvrir, mais celle-ci
n'a aucune prise. La faim et la soif commence  me tirailler avec insistance, et
je ne me fais pas  l'ide de devoir faire demi-tour.

J'ai mal  la tte. Le froid sans doute me donne la migraine. Je m'assois contre
la paroi un instant, aprs avoir tap sans doute plus d'une demi-heure contre cette
satane ouverture. C'est plus un sas qu'une porte. Une porte blinde peut-tre, condamnant
l'accs  ces couloirs. J'y casserai mme la lame de ma dague, en tentant d'en forcer
l'ouverture par effet de levier dans le mince interstice.

Mais rien, pas moyen d'ouvrir. Finalement rsign je reviens sur mes pas en cherchant
d'autres issues. Il me faut repasser les trois portes, et marcher plus d'une demi-heure,
avant de trouver la premire pice. Mais elle est vide. J'inspecte par la suite quelques
salles, puis, sans le moindre signe d'autre ouverture, repars plus rapidement de
l'avant. Je repre plusieurs intersections qui m'avaient chappes prcdemment,
mais de peur de me perdre compltement, je tente dans un premier temps de revenir
vers mon lieu d'arrive. Il me faudra une bonne heure sans doute, et je commence
 fatiguer quand la faible lumire s'chappant de la pice circulaire me fait pousser
un soupir de soulagement..

Soulagement tout relatif car ceci n'est pas pour autant une garantie de sortie. J'en
profite pour remplacer ma dague casse contre une nouvelle. Il me faudra ensuite
sans doute plus de deux heures avant d'tre de nouveau bloqu, non pas devant une
porte, mais cette fois-ci devant un mur en bton. Je suis enferm ! Je me laisse
gliss le long de la paroi, dcourag.

Je m'assoupis un instant, mais le froid me rveille, et je me dis qu'attendre est
la pire des choses, car je dois faire le tout pour le tout tant qu'il me reste de
l'nergie. Je tente alors de dfoncer le mur, mais rien n'y fait, c'est du solide.
Il me faut sans doute retourner de l'autre ct, qui doit tre la seul issue de cet
endroit. Je ne perds pas plus de temps et me remets en route, au passage je rcupre
les deux pes et la dague restantes, dans l'espoir de pouvoir les utiliser pour
ouvrir le sas.

Je commence  fatiguer, j'ai  la fois chaud et froid avec tous mes habits, pour
peu que je bouge ou que je m'arrte. Je dois faire une pause  un moment, ma blessure
au pied me fait souffrir  la longue. Je finis par arriver de nouveau en face du
sas, c'est d'autant plus frustrant que dans le noir complet je ne peux mme pas me
rendre compte de l'allure qu'il a, ni mme d'ventuelles indications sur la manire
la plus adquate pour l'ouvrir. Je passe de nouveau un long moment  tter mticuleusement
le mur.

Je tape avec le manche d'une pe, mais je n'entends qu'un bruit sourd, la paroi
doit tre trs paisse. Je commence  me dire que je vais mourir enferm ici. Mon
mal de tte s'amplifie, tout comme ma fatigue. Rester constamment dans le noir me
mine. Je m'endors dans un coin recroquevill sous mes deux ponchos. J'arrive pendant
quelques temps  retrouver une temprature un peu plus clmente. Je ne saurai dire
combien de temps je dors, peut-tre plusieurs heures. Je me rveille dans le mme
noir et le mme silence.

Pendant des heures, je tape sur ce sas, esprant peut-tre l'avoir  la longue. J'y
casse une autre pe ainsi qu'une dague. Mon mal de tte est revenu. Je dois sortir.
Je ne veux pas mourir dans le noir et le froid, non, je ne veux pas a.

Je frappe avec mes poings, mes pieds, je me lance, je pousse, mais tout ne fait que
m'puiser toujours un peu plus. Du temps passe, des heures, j'quilibre mon temps
entre des acharnements sur ce sas et de courtes priodes de sommeil dans un coin.
Mon mal de tte ne fait que s'amplifier, et j'ai dsormais une douleur persistante
 la main droite, sans doute me suis-je fait une fracture en frappant contre le mtal.

Je crie, je crie ma rage, frappant encore ce satan sas. Je n'ai pas envie de mourir
ici, Sas ! Tu m'entends ! Je n'ai pas envie de mourir ici !

Des heures passent. Je dors encore, je n'ai mme plus le courage de retourner en
arrire. Rien ne change, il fait toujours aussi froid, et toujours aussi noir. Voil
sans doute plus d'une journe que je suis en face de ce satane sas, et peut-tre
deux jours que je me suis rveill dans ce tube. Je meurs de faim et de soif, mon
ventre me tiraille et ma gorge est douloureusement sche. Je ne sais plus dsormais
si ma migraine s'amplifie encore ou si elle a dornavant dpass tous mes seuils
maximum de douleur.

Je ne perds pas courage pour autant, je continue  m'acharner sur ce maudit sas.
Sans crainte de l'obscurit, je prends dsormais mon lan sur plusieurs mtres pour
m'lancer contre lui. Si seulement j'avais un bton ou de quoi frapper.

Je sombre petit  petit dans une somnolence dangereuse. Je perds la notion du temps,
ne sachant plus les heures ou les jours qui passent. Une seule chose obnubile mon
esprit, sortir, craser, fracasser, dtruire ce fichu sas pour quitter cet endroit.
Je me moque de ce que je trouverai derrire, tout ce qui m'importe, tout ce qui occupe
mon esprit, c'est la volont de voir ce sas ventr.

Mes vtements ne me protgent plus suffisamment du froid, et je tremble et grelotte
en permanence. La seule chose qui me fait tenir, c'est de frapper contre cette porte
en mtal.

Voil sans doute plusieurs jours que je suis l, trois, quatre peut-tre. Je ne matrise
plus mon corps, il me brle, ma tte est comme dans un tau, mes poings ne sont que
deux boules de nerfs  vif  taper contre l'acier. Je suis mort de fatigue, de faim
et par dessus tout de soif, mais mon corps trouve encore la force de se lancer contre
le sas. Encore et encore. J'ai mme le sentiment trange que mon nergie augmente
avec les heures qui passent. Que je frappe de plus en plus fort  mesure que mon
esprit s'teint.

Peut-tre encore un jour s'coule, je n'en peux plus, je ne dors plus, je ne me rends
pas vraiment compte de ce qui se passe, je commence  voir, sans doute des hallucinations.
Je vois ce satan sas, je le vois devant moi comme un ennemi. Je vois mes mains en
sang, je vois les parois qui m'touffent. Je ne sais plus vraiment ce que je fais,
et je ne prends conscience que de temps en temps, aprs un choc violent contre le
sas, ou quand je m'entends crier. Ma voix rsonne dans les tnbres, une voix forte
et grave, une voix comme si j'tais dj mort.

Je n'ai plus la notion du temps et je ne sais plus du tout combien d'heures ou de
jours s'coulent. Je me rappelle voir le sas de la porte prcdente. Je me rappelle
m'acharner dessus, le tirer, le frapper. Je me rappelle parvenir  le dmonter, ou
l'arracher. Je me rappelle le traner au sol jusqu' l'autre sas, le soulever et
l'envoyer contre celui-ci. Je me rappelle le prendre et l'envoyer comme une vulgaire
feuille. Je me rappelle prendre le sas par le volant mtallique et le projeter encore
et encore, toujours plus fort. Je me rappelle prendre monlan et le propulser jusqu'
voir le sas se plier. Je me rappelle de l'eau, de l'eau couler par le sas. Je me
rappelle voir la porte en mtal qui me servait de projectile plie, vrille. Je me
rappelle l'eau couler de plus en plus, jaillir. Je me rappelle parvenir  agripper
le bord du sas et terminer de l'ouvrir. Je me rappelle me glisser sous la pression
et me tirer d'autre ct. Je me rappelle le poids de l'eau, le manque d'air, mes
yeux qui brle, mon corps qui brle. Je me rappelle cette lumire bleute, puis je
me rappelle me propulser vers la surface, nager et nager encore.

Australie
---------



Je reprends conscience quand ma tte sort de l'eau et qu'une immense inspiration
rempli mes poumons d'air frais. Je suis au milieu d'une sorte de port. Je me dirige
tant bien que mal vers l'endroit que je juge le plus adquat pour me tirer hors de
l'eau. Une sorte d'chelle mtallique me permet de me glisser sur la terre ferme,
je m'allonge, puis, et m'endors, ou m'vanouit, aussitt.

Je me fais rveiller par un passant qui venait prendre l'air frais du matin. Il me
rveille et me demande si a va. Il ne parle pas ma langue mais je comprends ce qu'il
me dit. Je connais cette langue, je lui rponds que j'ai soif et faim. J'ai toujours
une migraine terrible. Il s'loigne en me disant de rester l. Je fais de gros efforts
pour me mettre  genoux. Mes habits sont encore tremps. J'ai toujours une migraine
terrible. Je m'assoupis vaguement et je suis de nouveau rveill par ce mme passant
qui me temps une bouteille d'eau et un sandwich. Je le remercie vivement. Je bois
sans attendre. Lui me fait la morale, qu'il ne faut pas boire d'alcool  ce point,
que si je ne vais pas bien il y a des centres d'accueils, que tout n'est pas perdu,
que je devrais reprendre mon courage  deux mains et tenter de remonter la pente.
J'hsite  lui raconter mon histoire, puis je me ravise en estimant qu'il ne comprendrait
pas et me prendrait pour fou.

Il me laisse, une fois la bouteille bue et le sandwich aval, et que je sens un soupon
d'nergie revenir en moi, je m'assois sur un banc et retire mes vtements pour les
essorer et tenter de les faire un peu scher au vent. Il fait frais mais rien de
comparable  la temprature qu'il y avait dans les couloirs. Je grelotte. Mon mal
de tte ne passe pas, j'ai toujours autant soif, et le sandwich m'a ouvert l'apptit
tout en me causant un dsagrable mal au ventre, sans doute parce que je n'ai rien
mang depuis plusieurs jours. Le Soleil est dsormais lev, et je me trouve un petit
coin de Soleil pour me rchauffer et faire scher mes vtements.

Je suis choqu par toutes les blessures sur mon corps. J'ai notamment une norme
cicatrice sur le ventre, et en passant la main dans mon dos je dduis que quelque
chose ma travers de part en part, peut-tre bien l'une des pes qui tranait dans
les sous-sols... Ce qui semblerait cohrent avec le tee-shirt dchir que j'avais
trouv, c'tait sans doute la marque du coup d'pe. Les tches sur le sol taient
alors peut-tre bien mon propre sang. J'ai d'autres marques, sur le poignet, sur
les jambes, les bras... Je me demande bien qu'elle vie j'avais. tais-je un criminel,
un terroriste ? Qu'est-ce que je faisais dans ce tube ? Est-ce que j'tais mort ?...

En plus de toutes ces questions, j'en profite aussi pur sortir les papiers de mes
poches et les faire un temps soit peu scher. Le carnet  tenu le choc, une partie
des critures ont t laves par l'eau de mer, mais il reste suffisamment d'adresses
lisibles pour m'occuper. Les billets de banque sont encore en bon tat, et je compte
avec joie plus de cinq mille dollars australien. Je ne sais pas si c'est beaucoup,
mais j'ai tout de mme le vague sentiment que cela reprsente de quoi tenir bon quelques
jours.

Je me laisse somnoler quelques instants au Soleil, c'est si bon... Que vais-je faire
? Il n'est peut-tre pas prudent de me rendre dans un hpital ou la police, si je
suis vraiment un criminel, je ne suis pas persuad qu'ils croiront avec ferveur 
mon amnsie. Avec un peu de chance, je me trouve dans cette ville indique sur presque
toutes les adresses du carnet, Melbourne ; il y aura bien une personne  l'une d'elles
qui saura me dire qui j'tais, qui je suis.

Je reste plusieurs heures au Soleil. Je tente de me convaincre que je ne dois pas
rester l, que je perds peut-tre un temps prcieux, mais je suis encore tellement
fatigu. Je me paye deux mars et une autre bouteille d'eau  un distributeur avec
la monnaie que j'avais dans ma poche. Une partie de mes habits commenant  tre
sec, je les renfile, y compris les jeans mme si ceux-ci sont encore tremps, mais
je ne fais pas trs prsentable autrement, et puis j'ai peur que des policiers ne
me fassent dguerpir s'ils me trouvent presque nu sur un banc. Je rcupre l'argent
et je laisse les deux ponchos et deux chemises, en esprant que personne n'ait l'ide
saugrenue de les voler.

Je me rends au premier magasin, avec une jolie vendeuse, que je trouve, et je lui
demande s'il elle pourrait m'indiquer o trouvait les adresses sur mon petit carnet.

- Mais ? Ce sont des adresses  Melbourne !

- Oui, euh, de toute vidence...

- Vous savez que vous tes  Sydney ici ?

- Ah, oui, mais, hum, c'est loin d'ici !

Le fait qu'elle clate de rire me fit me sentir plus que ridicule, mais elle est
adorable et m'explique que Melbourne est  presque six cent miles de Sydney. Je ne
sais pas trop combien fait un miles, mais je lui demande tout de mme le meilleur
moyen de me rendre  Melbourne.

- L'avion,  moins que vous ayez deux jours devant vous.

Je ne sais dj pas combien de temps j'ai derrire moi, alors devant...

-  propos, quel date sommes-nous ?

- Nous somme le 26 juillet.

- Ah, merci... Et, hum, de quelle anne ?

Elle clata de rire, puis me dit que je ne devais pas trop rester l o son patron
aller me mettre dehors. De toute vidence elle ne me prit pas au srieux.

- Je ne sais vraiment pas en quelle anne nous sommes, vraiment, vous ne voudriez
pas me le dire, s'il vous plait, je m'en vais aussitt aprs.

Elle rit encore, m'accusant de me moquer d'elle, mais je finis par le savoir, nous
sommes en 2003.

2003, la dernire date inscrite sur mon carnet est le 20 dcembre 2002. Juillet 2003
me laisse un trou de sept mois. Serais-je rest enferm sept mois durant dans ce
tube ? Je retourne pensif vers mon banc. J'acclre quand je vois deux personnes
en train de regarder avec envie mes habits schant. Je les somme de ne pas y toucher,
ils s'loignent en rlant.

Ah ! J'ai toujours ce fichu mal  la tte, et j'ai encore un peu froid. Je renfile
toutes mes paisseurs mme si elles ne sont pas compltement sches. Je me rendors
mme un moment sous le Soleil, c'est si bon... Sydney, Australie. Je ne sais mme
pas si je pourrais situer l'Australie sur une carte, pourtant je sais que je suis
sur la Terre, mais je ne vois pas vraiment les dtails. Je sens mon pays quelque
part au Nord, prs de la mer, je vois des montagnes, je vois la neige, le Soleil,
le ciel d'un bleu pur et le froid. Le froid, j'ai l'impression que j'ai eu froid
toute ma vie.

Je pourrais trouver un poste de police, dire que j'ai perdu la mmoire, ils m'aideraient
sans doute, mais toutes mes blessures m'effraient. Qui tais-je ? Et puis je ne suis
pas dans un si mauvais tat, et j'ai de l'argent. Si je peux m'acheter un mars avec
un de mes dollars, je dois pouvoir subsister quelques jours avec cinq mille d'entre
eux. Il me faut aller  Melbourne. En avion dit-elle, six cent miles, deux jours
si je ne prends pas l'avion. L'avion est sans doute plus cher, et je ne suis pas
 deux jours prs.

Je me lve finalement, bien dcid  trouver de quoi aller  Melbourne, je marche
quelques instant pour m'loigner du port et arriver en ville. Il me faudra deux heures
et trois big-macs pour trouver un bus au dpart de Sydney pour Melbourne. Ayant manquer
le dpart de 9 heures 30, j'attendrai patiemment celui de 16 heures qui arrive 
Melbourne le lendemain matin  6 heures 35, moins que les deux jours annoncs. Le
tout pour la modique somme de 65 dollars, une bonne affaire  mes yeux.

Je relativise mon jugement quand je dcouvre que le vol Sydney-Melbourne n'est qu'
un peu plus de cent dollars, pas tellement plus cher que le bus. Aprs tout la majeure
partie des gens doivent utiliser l'avion, le bus en devenant moins concurrentiel.
Je n'aurai pas  cherche o dormir pour cette nuit, voil dj une satisfaction,
mme si j'ai la dsagrable sensation de me sentir sale et une forte envie de douche.

Je mets donc  profit mes quarante dollars, mme un peu plus, conomiss en choississant
le bus pour louer une chambre d'htel pendant deux heures l'aprs midi, et acheter
quelques vtements neufs, des sous-vtements, une nouvelle paire de jeans et deux
teeshirts. Je complte mes achats par un sac pour garder avec moi mes anciens habits,
peut-tre porteurs d'indices de mon tumultueux pass.

Le voyage sera long mais mme si mon envie de discuter est forte, je resterai seul
 somnoler ou regarder le paysage, de peur d'veiller des soupons en me confiant
 quelqu'un.

Melbourne, Dimanche 27 juillet. J'y suis dj sans doute venu. Mais quand ? Pour
combien de temps, qu'y ai-je fait ? 6 heures 45, le jour n'est pas encore lever,
mais mes multiples couches me protgent du froid du matin.

J'ai faim, j'ai l'impression d'avoir perptuellement faim. J'ai beau manger trois
normes hamburgers dans le premier caf ouvert que je trouve, j'ai toujours aussi
faim. Sans doute mon sommeil prolong a-t-il exhaust, ou drgl, mes sensations.

Melbourne se rveille, les gens s'agitent dans un monde que je connais pas, que je
ne connais plus. Je n'ai mme plus l'impatience de dcouvrir d'o je viens. J'ai
une sensation trange, mlant plnitude, colre, peur du pass, peur du prsent.
Je ne sais pas ce que j'tais, ce monde que je ne connais mme pas me rvolte, sans
que je sache pourquoi, et tout  la fois je me sens libre, indpendant, et fort.
Je ne sais pas comment je suis sorti de ses souterrains, mais ce n'tait sans doute
pas normal, pas logique... Qui suis-je ? Le fruit d'une exprience ? J'ai le souvenir
de super-hros aux capacits dmesures, en serai-je un ? Ne serai-je que dans un
rve, en ralit toujours enferm dans mon tube ?

Qu'importe, aprs tout, si je rve...

Je n'arrive mme pas  savoir si j'tais quelqu'un de sociable, gentil, caractriel
ou mme sympathique. Mais je ne crois pas que j'aimais ce monde...

Ma premire tape est de dnicher un plan de Melbourne, pour pouvoir situer les diffrentes
adresses prsentes sur mon carnet et viter d'inutiles aller-retours. L'opration
n'est pas trs complexe et trois quart d'heure plus tard et l'achat d'une montre
bon march je suis sur un banc pour noter sur ma carte l'emplacement des diffrentes
adresses.

L'adresse la plus proche est celle d'un cybercaf, auquel je me rends mais je me
contente de rentrer et faire un tour au cas o quelqu'un me reconnaisse. Ce n'est
pas le cas et dix minutes plus tard je marche en direction de ma deuxime tape,
un bar. Peut-tre n'tais-je pas coiff ainsi il y a six mois, pourtant mes cheveux
n'ont pas l'air longs de six mois seulement, ils devaient l'tre auparavant. Mais
il semblerait aprs rflexion que ceux-ci n'aient pas pouss pendant mon sommeil,
car ma barbe ne date pas de plus de quelques jours. Mais avec mes ponchos et mon
sac bon march je dois vraiment passer pour un pauvre type. Sans doute un tour chez
un coiffeur ne me ferait pas de mal.

Je demande au barman ainsi qu'aux serveurs s'ils me connaissent, mais si l'un semble
avoir une vague impression, c'est largement insuffisant pour me donner un indice.
Je consomme un chocolat pour leur permettre de se rafrachir la mmoire, mais je
n'en saurai pas plus.

Une boulangerie, j'ai peur que ce ne soit que l'adresse o j'achetais mes baguettes.
J'arrive  m'imaginer le got du pain et  savoir que j'aimais a. Mais c'est un
nouvel chec, les deux vendeuses, qui font face  une queue tonnante, sans doute
le pain est-il bon, ce qui expliquerait que je l'achetais ici, ne me reconnaissent
pas du tout. Je prends tout de mme le temps de faire la queue pour acheter un pain
complet au levain qui me ravit.

Je le mange en passant aux deux adresses suivantes, une lingerie et une adresse de
particulier ou il n'y a malheureusement personne, David Crook. Ce nom pas plus que
le reste ne m'inspire quoi que ce soit, et je me pose un instant pour prparer la
suite des oprations. J'avoue que je commence  dsesprer un peu de trouver quelques
indices. Les autres adresses sont plus excentres, et je devrais choisir de me rendre
dans la banlieu Est ou Nord.

Mon coeur balance entre Naoma et Matthias, l'un comme l'autre me laissant de glace
je choisis finalement Matthias, principalement parce qu'une ligne de tramway dessert
une gare proche de l'adresse.

Adresse qui se rvle tre un nouveau bar. Je m'adresse au barman pour demander s'il
connat un certain Matthias White, il me rpond que non et me demande si je veux
consommer, et que dans le cas contraire je ne devrais pas rester dans son bar. Je
lui commande un Coca glac pour ne pas le frustrer, et cinq minutes plus tard une
armoire  glace vient me demander pourquoi je recherche Matthias White. J'hsite
un instant au vue du personnage puis me dis que je n'ai finalement pas grand chose
 perdre. Je lui explique simplement que j'ai perdu la mmoire et que j'ai retrouv
dans ma poche l'adresse de cet endroit avec le nom de Matthias.

L'armoire  glace ne me croit pas, et devient passablement nerveuse quand j'insiste
que c'est la vrai raison. N'arrivant pas  en savoir plus de moi, il s'loigne en
m'envoyant patre. Comme l'envie de sympathiser avec lui reste malgr tout modeste
en moi, je termine mon Coca et sort, avec l'espoir que Naoma sera un peu plus facile
 contacter que ce mystrieux Matthias.

Bien sr l'armoire me suit quand je sors, et je me rend compte que j'ai peut-tre
un compte en souffrance avec ce Matthias White, j'aurai dcidment mieux fait de
laisser parler mes hormones... Je n'attends pas de me retrouver dans un coin sombre
avant de retourner le voir pour lui expliquer qu'il ferait mieux de m'oublier, car
je suis vraiment amnsique et dans l'impossibilit de lui dire quoi que ce soit de
plus.

Il ne me croit toujours pas, mais je ne sais pas pourquoi, je me sens l'me d'un
sprinteur, et, sans vouloir inhaler une seconde de plus sa mauvaise haleine, je serre
le point, lui file un bon coup de genou dans quelques parties sensibles et prends
mes jambes  mon cou. Comme prvu l'armoire n'a pas de talent de coureur particulier,
et je le sme rapidement. Je continue  courir un bon quart d'heure en suivant la
ligne de tramway au cas o le monsieur aurait l'ide de toujours trotiner  mes fesses.
Quand une station rentre en concordance avec un tramway approchant, je repars avec
en direction du centre ville, en esprant que cet incident ne me posera pas plus
de soucis.

Je me demande quand mme ce qui me mettait autant en confiance dans le fait que j'tais
dou en course  pied. J'en avais le vague sentiment mais c'est sans doute quelque
peu propice  ennuies que de baser ses dcisions sur de vagues sentiments...

Je me remets de mes motions par un bon sandwich, j'ai une faim de loup, toujours.
Je ne peux rsister  en engloutir deux supplmentaire, puis je me dirige ensuite
 pied, ayant la flemme de cherche une ligne de bus, vers l'adresse de la belle Naoma
; belle ou tout du moins l'esprais-je. Il est midi 40.

Naoma
-----



Dimanche, me dis-je avant de sonner  l'interphone, elle sera peut-tre l... Comment
vais-je me prsenter ? Je ne connais pas mon nom, rien sur le carnet ne m'avais donner
d'indice, sauf peut-tre ce mot de passe associ  un identifiant, Ylraw. Ylraw,
peut-tre, pourquoi pas... Je sonne. Une personne rpond :

- Oui ?

- Je cherche Naoma.

- Oui, c'est bien moi.

- Je... Pour tre franc je ne sais pas trop comment me prsenter, j'ai perdu la mmoire
et j'ai retrouver votre adresse dans un petit carnet et...

Elle me coupe :

- Attendez, attendez, j'arrive !

Cinq minutes plus tard elle apparat de l'autre ct de la porte vitre. Elle semble
ptrifie. Puis elle ouvre la porte doucement et vient vers moi :

- Franck ? Franck, c'est toi ?

Je lui souris :

- Je ne sais pas, je ne sais pas comment je m'appelle, je ne m'en souviens pas.

Elle me saute dans les bras et fond en larme :

- Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Franck ! Franck ! Franck ! Mon Dieu, mais ?! Mais
comment est-ce possible, mais d'o viens-tu ? Mais comment ?

- Je peux vous raconter ce dont je me rappelle, j'tais enferm dans un tube, a
devait faire un petit bout de temps, puis j'ai russi  sortir et...

- Dans un tube, mais oui mais, on tait sorti, j'tais sortie, toi aussi, mais, ils
t'ont retrouv, ils...

Elle pleure de plus en plus.

- Ils t'ont...

Elle regarde subitement autour, comme apeure.

- Viens, monte, viens, on parlera l-haut.

Elle continue  pleurer... Si je n'tais autant stress j'en sourirais sans doute.
Elle me connait ! Enfin ! Je vais sans doute avoir des indices ! Je ne me mfie pas,
je devrais peut-tre, mais elle n'a pas l'air bien mchante. Nous montons avec l'ascenseur
jusque dans son petit appartement. Il n'y a personne d'autre. Aussitt rentre elle
se blottit dans mes bras. Je suis un peu surpris, puis je l'enlace aussi de mes bras.
Que pourrai-je faire d'autre ?

Elle se recule pour aller chercher un mouchoir, ses larmes se sont un peu sches,
elle me regarde, elle hausse les paules, elle est quand mme jolie...

- Bon... Alors ?

Elle sourit, elle rigole, elle revient dans mes bras, elle sautille sur place.

- Franck, Franck, Franck, Franck ! Oh mon Dieu c'est fou ! Comment c'est possible,
mais comment tu as fait ?

- Tu sais je ne comprends pas. Je ne me rappelle de rien.

- Tu ne te rappelles de rien, c'est  dire, c'est quoi la dernire chose dont tu
te rappelles ?

- De rien, je ne me rappelle absolument rien, je ne sais mme pas mon nom, je ne
sais mme pas d'o je viens, o j'habite, qui tu es, pourquoi je suis l...

- De rien ! Mon Dieu, tu ne mme pas qui je suis ?

- Je n'en ai absolument aucune ide. Tout ce qui me restait quand j'ai russi  sortir
du tube, c'est un tas d'habits dans lequel j'ai trouv ce carnet, o tait crit
ton adresse, ainsi que certaines autres, dont celle d'un certain Matthias White.

- Mon Dieu ne va surtout pas le voir, c'est un bandit !

- Trop tard, j'ai tent d'y passer ce matin, mais je ne l'ai pas trouv.

- Oh ! Tu as parl  des gens, tu as dit qui tu tais ?

- J'ai parl  des gens, mais comme je ne sais pas qui je suis, j'ai pas pu dire
grand chose sur moi.

- Ce gars est l'une des personnes  cause de laquelle tu t'es retrouv dans ce bazar,
et si tu es mort c'est un peu  cause de...

- Je suis mort ?

- Mon Dieu ! Oui, Franck. Je ne devrais pas t'appeler Franck. Franck n'est pas ton
vrai nom. Tu t'appelles Franois Aulleri.

- Et Ylraw ?

- C'est ton surnom, pourquoi, c'tait dans le carnet ?

- Oui. Tu dis que je suis mort ? Comment a mort ?

- C'est... Tu es... Tu es mort, vraiment, j'ai vu ton corps, je suis alle  ton
enterrement, en France, j'ai vu tes parents, ton frre, Deborah...

- Je viens de France ? Pourtant nous sommes en Australie ?

- Oui, oui nous sommes en Australie, la France c'est de l'autre ct de la plante,
c'est trs loin...

- Quand j'tais dans le tube  un moment je pensais que j'tais mort, je n'arrivais
plus  bouger. Je ne sais pas combien de temps je suis rest, mais finalement j'ai
russi  sortir. Est-ce qu'on m'aurait ramen de France ici ? Pour me soigner ? Est-ce
qu'on sait faire a ? Est-ce qu'on sait rendre la vie aux morts ?

- Non, non ! En tous cas pas six mois plus tard ! Non ce n'est pas possible, je ne
sais pas, je ne comprends pas... Tu n'as vu personne d'autre ?

Nous nous sommes assis dans son canap, elle tient ma main.

- Non personne, je n'ai crois personne, j'tais dans ce tube, puis dans le noir,
dans des couloirs, toujours des couloirs, finalement j'ai trouv une issue, un sas,
et, j'ai russi  sortir, j'tais sous l'eau.

- Sous l'eau ? Qu'est-ce que c'est que ces histoires ? Oui nous tions tous dans
les tubes, puis je me suis rveille, il faisait froid, trs froid, puis j'ai voulu
sortir... Et... Et...

Elle recommence  pleurer.

- J'avais tellement froid, je les ai vu pourtant, je les ai vu aller vers vous, et...
Mais j'avais trop froid...

Elle s'approche de moi et se blottit dans mes bras, elle pleure  chaudes larmes...

- Je suis dsol, il faisait trop froid, je ne pensais  rien d'autre, je...

Ce qui s'est pass  d la traumatiser pour qu'elle soit autant bouleverse...

- Je suis l, Naoma. Je suis l, regarde moi.

Elle lve ses yeux pleins de larmes vers moi.

- Quoi qu'il se soit pass, je suis l, devant toi.

Elle se recule.

- Je ne sais pas, Franck, je ne sais pas si c'est toi, tu ne te rappelles de rien,
et puis tu es mort. J'ai tellement pleur, tellement, depuis ce jour... Je t'ai tellement
pleur... Je t'aime tellement...

- On pourra parler de a un peu aprs, est-ce que tu peux me parler d'autre chose,
de ce que tu sais de moi, peut-tre que a me permettra d'avoir des souvenirs, de
me rappeler de certaines choses ?

- Oui, oui, je pourrais te raconter... En fait a ne fait pas si longtemps qu'on
se connat, enfin, tu es arriv  Melbourne, c'tait en novembre, je ne me rappelle
plus trop la date...

Elle rflchit un instant, puis s'crit :

- Ah ! Mais attends ! Je vais te faire lire ce que tu as crit !

- Ce que j'ai crit ?

Elle se lve et va dans une pice  ct, avant de revenir avec un feuillet.

- Oui ! Tu crivais tout ce que tu faisais ! Quand nous avons disparu de chez Martin,
il a retrouv ton texte, et il a conserv !

- Martin ?

- Lis ! Tu verras, tu marquais tout, finalement c'tait une bonne ide. Je me suis
mme remise au Franais pour te relire ! Je l'ai presque tout traduit en anglais.
D'ailleurs il y a des passages o je ne comprends pas trs bien ce que tu as voulu
dire, il doit manquer des mots, ou alors c'taient des expression que je ne comprends
pas. Moi aussi je le relis souvent, j'ai d le lire au moins une fois par semaine
depuis que tu es mort...

Elle reste silencieuse un moment en me tendant les feuilles, ses grands yeux se remplissent
de nouveaux de larmes.

- C'est la version franaise, tu arrives  lire ? Tu veux la version anglaise ?

- Je lis les premires lignes, et je m'aperois que je comprends.

- Non, je comprends ce qui est crit. C'est long !

- Oui ! Et ce n'est que le dbut ! Il y a encore cinq autres liasse comme celle l
! Tu crivais tout ! Mais c'tait plutt une bonne ide, a va te servir aujourd'hui
!

Je commence  lire, ds le dbut il est question de Melbourne, j'ai peur qu'il ne
me manque des lments pour comprendre. Ah non, ensuite je recommence plus tt. l'le
de R ? Je me demande bien o a se trouve...

- Tu sais o se trouve l'le de R ?

- C'est en France, l d'o tu viens, mais je ne sais pas o exactement.

Je continue  lire, mme si beaucoup d'lment m'chappe. Je ne sais pas ce qu'est
Mandrake, qui sont Guillaume, Pixel, Amaury... Naoma tente de me rpondre quand elle
en sait un peu plus, mais souvent je reste dans le flou, Ylraw ne lui racontait pas
trop sa vie d'avant, juste le minimum... Elle me demande si elle peut venir s'allonger
contre moi, j'accepte. Elle semble trs attach  moi, j'ai un peu peur de lui demander
quel type de relation nous avions, mais elle semble trs lie. Elle s'endort presque
pendant que je redcouvre cette histoire de bracelet mystrieux, cette pierre, puis
Paris, Washington... Je dois la rveiller pour lui demander la suite. Elle se lve,
me sourit, elle m'embrasse sur la joue.

- Je suis tellement heureuse que tu sois revenu ! Je ne sais pas comment c'est possible,
mais aprs tout je m'en moque, tu es dj mort trois fois, alors pour moi tu reviendras
toujours. J'avais toujours espr que tu reviendrais, de la Lune o je ne sais o...

- De l Lune !

- Je te raconterai, quand tu auras fini de lire, tu verras, cette histoire est folle
!

Elle revient quelques minutes plus tard avec une grosse pile de livrets.

- Voil ta lecture !... Tu as faim ? Tu veux que je prpare  manger ? Je n'ai pas
encore manger.

- Moi j'ai mang un peu, mais j'ai encore trs faim, j'ai toujours trs faim d'ailleurs,
je mangeais beaucoup, avant ?

- Avant ? Oh non ! Tu ne mangeais presque rien... Enfin, tu mangeais beaucoup de
pain, quand mme...

- Oui, j'aime toujours le pain... Je veux bien que tu me fasses  manger... Tu ne
travailles pas ? Tu fais quoi ?

- Si je travaille,  la boulangerie de Martin, toujours, et je donne aussi des cours
du soir, en plus de ceux que je prends. D'ailleurs il faudrait que je prpare ceux
de la semaine prochaine, et j'ai un devoir  rendre, mais on verra plus tard, je
n'ai pas envie de penser  a maintenant.

- Tu fais des tudes ?

- Oui, je suis tudiante en histoire conomique.

Je ne lui en demande pas plus, trop impatient de me replong dans mes lectures...
Je n'aime pas trop mon style, je le trouve plutt maladroit, je ne devais pas tre
trs fort en littrature. a manque un peu de description, quand mme, j'avoue que
je ne me reprsente pas souvent les lieux dont je parle. En tout cas aucun souvenir
ne semble me revenir...

Je continue  lire pendant que Naoma prpare  manger ; elle vient de temps en temps
me faire un bisou ou se blottir dans mes bras. Je suis un peu gn, je ne sais pas
trop comment ragir. Je n'ose pas lui demander si nous tions ensemble auparavant.
J'arrte de lire pour manger l'immense salade qu'elle a prpar.

- Ce pain est dlicieux !

Naoma sourit.

- C'est presque ton pain.

- Comment a ?

- C'est toi qui a appris  Martin  faire du pain comme a. C'est du pain de la boulangerie.

- Je savais faire du pain ?

- Oui. Enfin au dbut c'tait pas top, mais vers la fin tu te dbrouillais bien.
Martin aussi a un peu galr au dbut, mais tu lui avais donn de bons conseils,
maintenant son pain a un vrai succs.

- Oui j'ai vu qu'il y avait du monde qui faisait la queue quand je suis pass  la
boulangerie.

- Tu y es pass ?

- Oui, enfin je suis pass  une boulangerie dont il y avait l'adresse sur le calepin,
j'imagine que c'est celle-l.

- Sans doute, et tu n'as pas vu Martin ?

- Non, enfin j'en sais rien, en tous les cas personne ne semble m'avoir reconnu.

- Oui, pourtant c'est dimanche, il tait peut-tre aller faire une course entre deux
tournes.

- Mais ? Comment a se fait que je savais faire du pain, c'tait pas mon mtier pourtant
?

- Non, non, tu travaillais dans l'informatique, mais tu avais appris  faire du pain,
je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs.

 plusieurs reprises Naoma se lve et vient derrire moi pour me prendre dans ses
bras. Je suis toujours un peu gn. Qu'est-ce que je peux bien faire ? La prendre
dans mes bras, l'embrasser ? Elle est jolie, mais...

- Je suis mort trois fois ?

Elle me laisse et va se rasseoir. Elle se ressert de la salade, elle est vraiment
mignonne. Ce pain est dlicieux, je n'en reviens pas que ce soit moi qui ait appris
au boulanger  faire un pain pareil... Cette vie est trange... Je suis l, assis
dans une jolie petite cuisine, en face d'une charmante jeune fille, et j'apprends
que je suis mort trois fois et que j'tais un informaticien boulanger...

- Oui, trois fois, tu es morts trois fois... Je ne comprends d'ailleurs pas, je ne
comprends pas vraiment comment c'est possible... Et Erik, tu l'as vu ?

- Erik ?

- Un grand noir, il tait avec nous. Mais d'ailleurs je ne comprends pas comment
tu as pu sortir de ses tubes. a voudrait dire qu'ils t'ont ramen de France pour
te soigner ? Mais alors ils doivent savoir... Quelqu'un t'a suivi ?

- Je t'avouerais que je n'en sais rien. Peut-tre, je n'ai pas fait attention. Enfin
je ne crois pas... Je n'ai pas eu l'impression, et puis j'aurais quand mme remarqu,
dans le car, et puis dans les bus... En plus j'ai couru ce matin.

- Tu cours tout le temps !

- Je cours ?

- Oui, tu aimes bien a, quand tu travaillais  la boulangerie tu rentrais souvent
chez toi en courant. Tu courrais tout le temps d'ailleurs... Finalement ce n'est
pas trop tonnant ce qu'il t'arrive, tu cours tout le temps...

- Je me suis demand ce matin si j'tais fort en course ou pas, mais j'ai couru assez
facilement, je n'tais pas essouffl.

Naoma me regarde en souriant.

- Qu'est-ce que tu manges ! Moi qui comptais me faire une salade pour ce soir aussi
! Et tu as presque mang tout le pain !

- Dsol, mais depuis que je me suis rveill j'ai toujours faim...

- Tu veux que je te fasse des ptes ?

- Hum, non t'embtes pas...

J'hsite...

- N'hsite pas, tu sais a me fait plaisir.

- Et puis si, s'il te plait, a serait gentil.

- J'aime toujours autant ton sourire.

- Quand est-ce que tu m'as vu pour la dernire fois ?

- Pour la dernire fois ? Je t'ai vu  ton enterrement, mais... Sinon avant c'tait
sur la Lune, oui... Dans la cellule.

- Sur la Lune ? Mais, on a des villes l haut ? Il y a des gens sur la Lune ?

- Il semblerait... En fait je n'en ai pas trop parl depuis que je suis revenue.
J'tais toute seule, j'avais peur, j'ai prfr me faire oublier. Quand ils t'ont
tu toi et Erik... Je... J'ai cru qu'ils allaient venir m'liminer moi-aussi... Et
puis non, je n'ai pas eu d'histoire... Maintenant je me sens un peu mieux... Mais
pendant des mois j'avais peur, tout le temps, j'avais peur qu'on me suive dans la
rue... Pendant trois mois je suis retourn habiter chez mes parents, et puis depuis
le mois d'avril, je vais un peu mieux, j'ai moins peur, j'ai repris une vie un peu
plus normale...

- Mais qui sont ces gens, ce "ils", c'est qui ? Qu'est-ce que j'ai fait, pourquoi
m'ont-ils tu ? Et ses tubes ?

- J'en sais rien, Franck... J'en sais rien... Je crois que j'avais trop peur pour
avoir envie de savoir, alors j'ai tout gard pour moi, je n'ai pas cherch  en savoir
plus... Maintenant que tu es revenu...

Elle me regarde en souriant, se lve et viens se remettre derrire moi. Elle m'enlace
et m'embrasse sur la joue.

- Maintenant que tu es revenu, les soucis vont recommencer... Mais avec toi ce n'est
pas la mme chose.

- Tu sais je ne suis pas sr que je pourrai vraiment faire quelque chose maintenant.
Je ne me rappelle de rien, je ne comprends pas grand chose  cette histoire.

- Tu ne comprenais pas grand chose non plus avant, tout reste un grand mystre, mais
tel que je te connais tu ne dormiras pas tranquille avant d'avoir dcouvert une explication
 tout a.

- Peut-tre... Tu crois que je ne devrais pas, que je devrais retourner chez moi
et rester bien tranquille. Tu crois que les gens qui me recherchaient sont toujours
aprs moi ?

- J'en sais rien... Mais je pense que se serait bien que tu restes un peu discret
quelques temps.

- Tu crois que je devrais retourner chez moi ?

- Tu veux dire, en France ? Chez tes parents ?

- Je ne sais pas, je ne sais pas o je vivais avant,  Paris, c'est a, c'est en
France ?

- Oui,  Paris, en France, c'est dans ce que tu as lu. Je pense que a serait bien
que tu retournes voir tes parents, toute ta famille et tes amis taient trs triste
quand tu es mort. Deborah aussi.

- Deborah ?

- Je... C'est une fille que tu as rencontr aux tats-Unis. Elle t'a aid...

- Et mes parents ? J'ai des frres et soeurs ?

- Oui tu as un frre. Mais peut-tre que tu devrais attendre un peu avant de rentrer,
attendre d'tre sr de savoir ce qu'ils veulent.

- Mais tu crois que c'est eux qui m'ont fait revenir ?

- Je ne vois pas qui a pourrait tre d'autre, comment tu serais arriv dans ces
tubes sinon ? Tu crois que a pourrait tre quelqu'un d'autre ? Tu crois que a pourrait
tre cette nana qui t'tais venu en aide qui t'a permis de revenir ?

- Qui est cette nana ?

- Il faut que tu finisses de lire ce que tu as crit, aprs on pourra rflchir.
Et puis je ne sais pas comment tu peux retourner en France, tu n'as plus de papier,
et puis tu es mort, a va tout de suite tre louche. Il te faudrait des faux-papiers,
mais la dernire fois dj a n'a pas t une trs bonne ide...

- La dernire fois ?

Naoma se lve et me sert des ptes.

- Mange, et aprs finis de lire, a ne sert  rien qu'on discute tant que tu ne sais
pas toute l'histoire.

- Elle sont bonnes tes ptes !

- De toute faon tu trouves tout bon  partir du moment o c'est  base de bl, alors
je n'ai aucun mrite... Tu me racontes comment tu es arriv jusqu'ici ? Attends,
je vais le marquer sur mon ordinateur, comme a on pourra continuer l'histoire !

Naoma dbarrasse sa place puis va chercher son ordinateur portable et tape  mesure
que je lui raconte. Ma sortie du tube, Sydney, comment je me retrouve, le petit carnet,
les adresse, puis Melbourne. Je me ressert deux fois des ptes, je termine son plat.

- Mais tu manges ! C'est dingue, comment tu fais pour avaler tout a !

- Je ne sais pas, et le pire c'est que je pourrais encore en manger autant.

- C'est dingue ! Enfin mange pas trop d'un coup non plus, a risquerait de te faire
mal... En fait tu t'es assez rapidement retrouv ici, il ne t'a fallu qu'un jour.

- Oui mais bon, d'un autre ct c'est tout ce que j'avais. Si je n'avais pas trouv
ce petit carnet, je ne sais pas trop ce que j'aurais fait.

- C'est ta manie de toujours tout crire qui t'a ramen ici... Je retire tout ce
que j'ai pu te dire  ce sujet.

- Tu sais je ne m'en souviens pas.

- Mme ! Je suis bien contente que tu sois venue me voir en premier, mme si tu ne
l'as pas vraiment fait exprs... Oh mon Dieu ! Dj trois heures de l'aprs midi
!

- Tu avais quelque chose  faire ?

- Je devais voir une copine, mais je vais annuler.

- Si tu veux tu peux aller la voir je vais continuer  lire tranquillement.

- Non, non, je prfre rester avec toi.

- Comme tu veux.

Naoma reste pensive.

- Qu'est-ce qui te turlupine ?

- a m'inquite cette histoire. Toi de retour, j'ai du mal  imaginer qu'ils vont
te laisser tranquille. Je me dis que je ne devrais pas changer mes habitudes.

- Je ne peux pas trop te rpondre. Il ne m'a pas sembl tre suivi, mais je n'en
mettrai pas ma main  couper. Et puis tu peux toujours ne pas te sentir trs bien.

- Oui tu as raison, en plus c'est vrai ce matin j'avais un peu mal  la tte.

Naoma va appeler son amie. Je retourne dans le salon pour continuer  lire mes aventures.
Je reste bouche be devant tout ce priple, le Texas, Deborah, le Mexique, Sydney...
Cette histoire de dsert est dmentielle ! Et puis ces cadavres calcins ! Naoma
vient s'allonger sur moi et s'endort, je continue  lire toute l'aprs midi. Nous
faisons une pose vers 17 heures, pour manger un bout et boire un verre, mais je reprends
bien rapidement mes lectures, pour finalement terminer,  21 heures, la lecture de
mes histoires, mon histoire. Naoma s'tait lever un peu avant pour nous prparer
deux hamburgers, que je complterai de nouveau par une bonne plate de ptes.

- Cette histoire est quand mme dingue !

- Oui ! Et ce n'est pas fini ! Je vais te raconter la suite. Ton histoire finit chez
Martin, avec Erik et moi, on l'attendait, c'est a ?

- Oui.

- Le bruit que nous avons entendu en bas, ce n'tait pas Martin, c'taient six gars,
norme, gant, habills en pancho qui sont venus nous capturer. J'tais ptrifie
; toi et Erik vous tiez tous les deux blesss, vous n'avez rien pu faire. Ils nous
ont emmen, sans que l'on ne puisse dire quoi que se soit. On a prit un petit bus
pour nous mener  un aroport, pas le principal de Melbourne, un plus petit, ils
voulaient rester discrets. Ils ne disaient pas un mot, c'tait terrible. Tu as mme
voulu en savoir plus  un moment, mais regarde ce qu'ils m'ont fait.

Naoma me tend son bras, recouvert d'un grosse balafre.

- Ils t'ont coup !?

- Oui, avec un de leur couteau. Ah oui ils avaient tous des pes ou des couteaux.
C'est bizarre d'ailleurs, ils n'avaient pas de pistolets.

- Je suis dsol, enfin je ne m'en rappelle pas.

- Pas grave, tu voulais tenter un truc, tu ne pouvais pas savoir qu'ils taient tars.
Enfin on a pris un avion jusqu' Sydney, toujours un petit aroport, pas le grand
de Sydney. C'est dans l'aroport que tu t'es fait tu pour la premire fois. Tu as
voulu t'chapper. Je n'ai pas tout vu le dbut, mais tu as russi  prendre un de
leurs pes, mais ils taient beaucoup plus fort que toi, et, oh, mon Dieu, quand
j'y repense.

Naoma fond de nouveau en larme.

- L'un d'eux t'a compltement transperc le ventre avec son pe. Elle est carrment
ressorti de l'autre ct, oh, c'tait affreux ! Tout le monde criait, il y avait
mme des policiers, mais il y avait tellement de monde, ils n'ont pas pu tirer. Un
des gars t'a pris sur son paule et on est parti en courant. Mon aussi ils m'ont
port, et Erik je crois. Erik ne pouvait pas trop marcher, il avait reu une balle
dans la jambe.

- Oui, celle qu'on lui avait enlev chez Martin.

- Oui. Ensuite on a pris un camion, j'tais comme folle, je me dbattais ! Tu ne
parlais plus, tu avais perdu conscience, je voulais t'aider ! Je criais, je hurlais,
mais je bougeais tellement qu'ils ont fini par m'endormir avec un produit. J'aurais
d tre plus maligne, je sais pas, trouver un moyen, je n'avais aucune chance en
me dbattant contre eux. Aprs je ne me rappelle pas. Comme j'tais endormi. Erik
nous a dit qu'ils nous avaient men dans des couloirs et des couloirs jusqu' arriver
dans des tubes, j'imagine que c'taient les mme que l o tu t'es rveill, mais
en fait je n'en suis pas sr. Erik tait un peu dans les vapes, et puis nous n'avons
pas tellement eu le temps d'en parler...

- Et donc aprs tu t'es rveill une semaine plus tard dans ces tubes ?

- Non ! Non ! Non ! Pas du tout. Je me suis rveill, oui, je pensais que j'tais
au mme endroit. Il y avait des gens de partout. Des hommes, j'tais toute nue, c'tait
une vritable cohue. Je me suis faite escorter jusque dans une cellule. Il faisait
trs froid. J'avais trs peut, j'tais toute seule. Finalement Erik est arriv, lui
aussi tait tout nu, et puis toi. Nous tions enferm derrire une norme grille
dans une cellule sans fentre, juste avec une petite lumire. Ils nous ont donn
des combinaisons, des trucs en un seul tenant, assez fin mais pourtant plutt lourd.
Et il y avait une couche culotte intgr, l'intrieur tait couvert de petites bulles,
c'tait trs bizarre, je n'avais jamais mis un truc pareil.

- Mais c'tait o ?

- Attends, tu vas voir. Donc on tait tous les trois. Et puis d'un coup il y eu un
grand raffut et une foule est arrive. Il n'y avait toujours que des hommes. Ils
ont ouvert la grille et ils se sont rangs pour le laisser passer. Un gant bleu,
au moins deux mtre cinquante (huit pieds), peut tre trois mtres (dix pieds). Je
ne sais pas s'il tait humain ou pas, si c'tait un robot. J'ai eu tellement peur,
j'ai eu peur d'tre morte, d'tre au paradis, ou d'tre devant Dieu. C'tait incroyable,
il avait une sorte de lumire tout autour de lui. Il n'a rien dit, mais j'tais 
genou, j'avais tellement peur qu'il me punisse, qu'il me juge, je sais pas trop,
j'tais hypnotis, tout le monde tait hypnotis devant lui.

- Mais... Il avait une forme, il avait une tte ?

- Non. Il tait tout lisse. Il n'avait pas de visage, pas d'oreille. Juste, presque,
une tte toute ronde, enfin ovale plutt. Un peu comme sur les mannequins avec une
tte simplifie. Il avait quand mme un peu un soupon de visage, mais trs lger.
Et en fait je ne sais pas trop, j'tais tellement hypnotise, paralyse, que je ne
rappelle pas trs bien... Et puis... Et puis tu as cri. Tu as cri en te tenant
la tte entre tes mains, tu t'es roul au sol. Je ne pouvais pas boug, j'tais vraiment
paralyse. Ensuite le gant bleu est parti, et Erik a tent d'en profiter pour s'vader.
Mais il a chou, il n'a pu aller qu'au bout du couloir, ensuite c'tait sans issu.

Naoma se lve et revient derrire moi. Elle pleure de nouveau.

- Aprs a a t dur. Tu ne parlais plus, tu ne bougeais plus. Tu refusais de manger.
Ils nous donnaient des galettes, c'tait plutt bon. Je tentais de t'en faire manger,
mais tu restais inerte. Le gant bleu avait d te griller le cerveau, ou un truc
pareil. Erik s'en moquait, il faisait ses pompes. Il m'a mme frapp ! Il disait
que j'tais folle, alors que je voulais juste t'aider ! Aprs ils sont venu te chercher.
Tu tais mort je crois, tu n'avais rien mang et rien bu depuis deux ou trois jours.
C'tait terrible. Je pensais qu'ils allaient pouvoir venir te chercher et te mettre
dans les tubes, pour te soigner de nouveau. Aprs tout tu tais dj mort avant,
avec le coup d'pe. Mais ils sont venus te mettre dans cette caisse, c'tait affreux,
j'tais folle ! Encore une fois Erik en a profit, nous nous sommes chapps, je
l'ai suivi, je ne sais pas trop pourquoi, j'aurais pas voulu te quitter, mais dans
l'action, j'ai couru avec lui. Nous nous sommes enferms dans une petite salle, puis
nous avons russi  trouver une issu. En fait nous tions dans une sorte de mine,
et il y avait eu un effondrement aprs la petite salle. Nous avons russi a ouvrir
une porte qui tait condamne, puis ensuite nous sommes descendu le long de l'boulement.
Il faisait tellement froid ! Mme avec la combinaison il faisait si froid ! J'ai
perdu conscience dans la descente. Il manquait d'air aussi, j'avais beaucoup de mal
 respirer.

- Une mine ? Mais c'tait sous Sydney ?

- On ne savait pas ! Quand je me suis rveill, j'tais avec Erik et un autre, Bakorel.
Bakorel tait sympa, c'tait un jeune qui vivait un peu  l'cart, cach. Nous pensions
avec Erik tre sous Sydney, oui, dans un grand complexe minier, ou un truc comme
a. Bakorel ne parlait pas notre langue, d'ailleurs aucun des hommes ne parlaient
notre langue, ils parlaient tous sans doute la mme langue que tu avais trouv dans
les cahiers, celle de l'organisation. Bakorel pensait qu'on venait d'une autre plante
! Je l'aimais bien, il tait trs fort, vraiment trs fort. Enfin je veux dire qu'il
avait une mmoire faramineuse, il arrivait  retenir tout ce que je lui disais, l'alphabet,
les chiffres, les verbes que lui avait appris Erik. On lui a expliqu qu'on voulait
sortir, mais il ne voulait pas. Il disait que c'tait trop dangereux. On a tent
de partir tout seul Erik et moi, et puis finalement il a d avoir de la peine et
il est venu nous aider. Mais pour sortir de son coin, c'tait vraiment impossible
 trouver. Il ouvrir une norme porte, marcher dans le noir, rcuprer une chelle
 un certain endroit du plafond, puis se glisser dans des tuyaux jusqu' une sorte
de bouchon, de bloc qui faisait office de porte. En fait Bakorel avait fait sa maison
dans un endroit condamn, sans doute aprs l'boulement qu'on avait vu. Et pour sortir
il fallait passer par les conduites, pousse ce bouchon, et passer par dessous. C'tait
pas si simple que a parce qu'en dessous la conduite il y avait une immense forge,
plusieurs dizaine de mtres en contrebas...

- Une forge ?

- Oui une forge, une immense salle avec des centaines de personnes qui travaillaient
 faire fondre des immense bac de mtal. Il faisait une chaleur terrible, et il nous
fallait nous pendre dans le vide pour passer d'un ct du bouchon  l'autre. En fait
la conduite tait troue, tu vois, et il suffisait de mettre le bouchon au milieu
du trou pour pouvoir passer d'un ct  l'autre.

Naoma me fait un petit dessin pour m'expliquer.

- En fait nous nous trouvions dans une sorte d'usine gante, il y avait toutes sortes
de salle o les hommes travaillaient, ils fabriquaient des avions, des armes, de
la nourriture, je ne me rappelle mme plus trop. Mais ce jour l nous ne sommes pas
parti, Bakorel nous a laiss pour aller chercher  manger, et nous avons d rentrer
tous seuls Erik et moi. Ce n'est que le lendemain, ou le jour d'aprs, que nous avons
entrepris notre petite expdition pour remonter  la surface. Nous tions vraiment
trs profond, il nous a fallu deux jours pour remonter. Et puis une fois proche de
la surface, nos ennuis n'ont fait qu'augmenter. Nous avons finalement t repr
par les hommes, et nous avons d courir dans les couloirs et nous cacher dans des
petites salles pour leur chapper. Ils y avaient d'normes hangars, remplie d'avions.
Bakorel pensait que nous tions venus avec l'un de ses vaisseaux. Erik et moi on
ne comprenait rien, on comprenait pas qu'est-ce que c'tait que tout ce complexe,
tous ces avions futuristes, tous ces hommes. On croyait encore qu'on tait dans le
sous-sol de sydney, jusqu' ce que je vois l'extrieur.

- Mais vous tiez o ? Sur la Lune, c'est a ?

- Je ne sais pas trop. Je suis tomb sur une baie vitre qui donnait sur l'extrieur,
et j'ai vu qu'on tait plus sous terre, on tait dans une sorte d'immense base, et
dehors je voyais un paysage dsertique, tout gris, le ciel noir, on voyait les toiles,
et on voyait surtout une plante dans le ciel qui ressemblait  la Terre. Et il y
avait aussi des tas de vaisseaux spatiaux, comme ceux que nous avions vus dans les
hangars, qui allaient et venaient. Les hommes taient en scaphandre... C'tait incroyable,
j'ai encore peine  y croire. Pourtant je ne crois pas qu'on ai de base comme a
sur la Lune, mais je ne sais pas o a pourrait bien tre, en plus la base tait
gigantesque. J'ai regard la Lune depuis, j'ai cherch des photos, mais on voit rien.
Alors je ne sais pas, peut-tre qu'il y a une protection, un truc qui nous empche
de voir, mais je ne comprends pas comment tous ces hommes peuvent habiter sur la
Lune. En plus Bakorel nous a dit qu'ils taient des dizaines de milliers !

- Mais on a dj t sur la Lune, non ?

- Oui, oui, on a dj t sur la Lune, il y a mme longtemps, en 1969, mais ce qu'il
y a c'est que Bakorel disait que cette base existait depuis plus longtemps que a,
je ne sais mme plus combien, il faudrait que je retrouve mes notes. Tu fais bien
d'crire, on oublie si vite... Bref, ensuite on s'est finalement fait repr, et
il a fallut qu'on utilise des armes pour s'en sortir. Moi je me suis faite touche,
et puis j'ai perdu connaissance, et quand je me suis rveille c'tait dans le sous-sol
de Sydney.

- Au mme endroit que moi.

- Oui, je pense. Moi je suis sortie du tube en premier, et j'ai russi  sortir,
mais vous deux, toi et Erik, vous tes sortis trop tard, et ils vous on sans doute
tu avant que vous ne vous rveilliez. Ensuite ils ont fait croire que ton corps
avait t retrouv dans les rue de sydney, ils ont dit que des voyous t'avaient tu
de plusieurs balles. Mais ces salauds, c'est eux qui t'ont tu !

- Mais cette organisation, c'est un peu la police non ? En tout cas ils ont des relations
?

- On ne sait pas trop, apparemment oui, ils ont des relations de partout, et ils
semblent tous connects les uns avec les autres.

- Et donc a s'tait quand ?

- Le 3 janvier. Nous nous sommes fait enlev le 22 dcembre 2002, et on a retrouv
ton corps le 3 janvier 2003. Moi je suis sortie le matin du 2 janvier. Je suis reste
 l'hpital seulement quelques heures, j'avais tellement peur qu'ils viennent me
tuer, je suis tout de suite partie. Je me suis trouv quelques habits, et je suis
reste autour du palais du gouvernement pendant deux jours. La police m'a retrouv,
j'ai invent une histoire, que je m'tais faites enleve, que j'tais perdue. Mais
ils ne m'ont pas trouv par hasard, ils m'ont interrog sur toi. Ils m'ont appris
que tu tais mort, et puis, ils m'ont permis de rentrer avec toi en France, c'est
moi qui ai ramen ton corps  tes parents... Mais, c'tait dur parce qu'ils ne parlent
pas anglais, et moi je ne parle pas bien Franais... Mais... J'ai russi  contacter
Deborah, elle est venue en France elle-aussi. Nous avons beaucoup parl, et nous
avons dcid de ne rien dire, de ne rien dire parce que... Je crois qu'on avait peur,
surtout, on ne savait pas quoi faire, et on se disait que si tes parents ne savaient
rien, ils ne leur feraient sans doute pas de mal. Cette organisation avait l'air
tellement puissante, on ne savait vraiment pas qu'est-ce qu'on pouvait faire. Mais
c'tait dur pour tes parents, et je ne savait pas trop comment les consoler. J'ai
vu ton frre aussi, j'ai pu parler un peu avec lui, mais je ne lui ai pas racont
l'histoire. J'ai aussi rencontr tes collgues de Mandrake. J'ai tout racont  Deborah,
par contre, parce que je ne pouvais pas tout garder pour moi toute seule, et puis
elle connaissait dj le dbut de l'histoire. Je ne suis reste que quelques jours
en France, je suis rentr vers le 10 janvier. Deborah est retourne au Texas. On
s'est un peu crit, et puis moins. J'avais aussi peur qu'ils ne lisent mon courrier.
J'ai tent de faire croire que je ne savais rien, que je t'avais juste rencontr
 Melbourne, mais que je ne connaissais pas tout ce qui t'tais arriv.

- Ils t'ont suivi ?

- Je crois, mais je ne suis pas sre. Je ne sais pas trop. Mais j'tais trs prudente.

- Tu n'as parl avec personne d'autre que Deborah ?

- Avec Martin, enfin plus exactement il a retrouv ton rcit sur son ordinateur quand
il est rentr, juste aprs qu'on se soit fait enlev, donc il a pu connatre l'histoire.
Ensuite je lui ai racont pour la Lune, mais c'est tout.

- C'est quand mme incroyable... Comment j'ai pu me retrouver de nouveau dans ces
tubes ?

- Aucune ide, peut-tre qu'ils voulaient t'interroger de nouveau, ou peut-tre comme
tu tais mort cette fois ci la gurison a pris beaucoup plus de temps. Pourtant ton
corps  bien t ramen en France, je l'ai vu  ton enterrement.

- C'tait peut-tre un faux.

- Tu veux dire une copie ? Oui, peut-tre, je n'ai pas vraiment vrifi. Mais c'est
vrai qu'ils auraient pu garder le vrai ici dans un tube et envoy un mannequin ou
je ne sais pas quoi  la place. Aprs ce que j'ai vu sur la Lune, je veux bien croire
n'importe quoi.

- Mais si vous vous tes retrouvs sur la Lune, c'est grce  ces tubes ? Vous n'avez
pas pris d'avion, de vaisseau ?

- Je ne sais pas mais je pense que c'est grce aux tubes, oui, je pense qu'ils permettent
d'aller  diffrents endroits.

- Peut-tre qu'ils ont d'autres tubes en France, et qu'ils m'ont fait revenir ici.
Ou peut-tre que je n'tais pas vraiment mort, peut-tre que j'ai continu  courir
en France, et qu'ils m'ont finalement rattrap, et que cette fois-ci ils m'ont effac
la mmoire pour que je ne puisse plus les embter.

- C'tait plus simple de te tuer directement, mais peut-tre qu'ils n'y arrivent
pas, oui, peut-tre que tu es immortel ou je ne sais pas quoi. Erik ne semble pas
tre revenu, c'est peut-tre toi qui est spcial. De toute faon c'est aprs toi
qu'ils en veulent depuis le dbut.

Cette histoire est incroyable. C'est tellement frustrant de ne se rappeler de rien
! Toutes ces aventures folles !

- Et qu'est-ce que je peux bien faire maintenant ?

- Qu'est-ce que tu peux bien faire ? Rester tranquille ici avec moi ?

Elle sourit et me fait lever pour se blottir dans mes bras.

- Tu sais je t'ai tellement pleur, j'ai un peu le droit de te garder pour moi maintenant.

- Nous... Nous tions ensemble auparavant, je veux dire... Est-ce qu'on sortait ensemble
?

Elle me regarde dans les yeux, et m'embrasse dans le coup.

- Plus ou moins, on a pas vraiment eu le temps, mais oui, en un sens on tait ensemble.

Elle continue  m'embrasser, je la laisse faire... Je ne sais pas si j'ai envie d'elle.
Je ne sais mme pas de quoi j'ai vraiment envie. Nous nous embrassons franchement,
elle me caresse. Elle me dit qu'elle m'aime, qu'elle m'aime tant... Que je lui ai
manqu, tellement manqu. Elle m'attire doucement avec elle, vers sa chambre. Je
reste docile, je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi faire... Je l'embrasse,
puis je me recule et je m'assois sur le lit. Je la regarde.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne veux pas de moi ?

- Je ne sais pas ce que je veux, Naoma, je ne sais pas qui je suis. Tes baisers ne
m'ont rien rappeler... Pour moi c'est comme embrasser une inconnue. Je n'ai pas de
sentiments, je n'ai pas de sensation. Je peux te faire l'amour, oui, quoique je crois
que je ne sais mme plus comment on fait...

Elle sourit, et s'assoit  ct de moi.

- Ce n'est pas trs compliqu, tu sais. Mais je comprends que tu sois perdu, et ce
n'est pas trs gentil de ma part de t'embter comme a. Mais tu m'a tellement manqu.

Elle me pousse pour que je m'allonge, et elle se colle tout contre moi.

- Mon Franck ! Si tu savais le nombre de nuits o j'ai rv que tu revenais...

Je suis puis, et rapidement, allong, Naoma contre moi, mes yeux se ferme et je
commence  somnoler. Je m'endors, Naoma aussi. Un peu plus tard elle me rveille
pour que nous nous mettions dans le lit. Je garde mon caleon et mon tee-shirt et
je me glisse sous la couette. Naoma enfile une chemise de nuit, je ne peux m'empcher
de jeter un oeil  son corps quand elle se dshabille, elle est trs belle. Elle
vient se blottir contre moi. Je m'endors aussitt. Pendant la nuit Naoma me rveillera
en me caressant, en se frottant  moi pour transmettre son excitation, elle me susurrera
qu'elle a envie de moi, mais je ferai mine de ne rien entendre, et je me rendormirai
bien vite. Je rverai de mes aventures, et de cette pierre, de ce bracelet.

Je me rveille tard, avec encore l'image de la pierre dans la tte.

- Alors, on fait la grasse mat !

Naoma se jette sur moi alors que j'ai  peine ouvert les yeux. Elle m'embrasse sur
la bouche sans que je ne puisse rien faire.

- Comment a va ?

- Bien... J'ai l'impression d'avoir normment dormi...

- C'est le cas, on a pas d se coucher aprs 10 heures du soir, et il est 8 heures
et demi du matin. Je vais partir, il faut que je sois  9 heures  la boulangerie.
Je ne vais rien dire  Martin, je ne vais rien dire  personne. Je vais revenir vers
2 heures de l'aprs-midi. Il vaut sans doute mieux que tu restes ici. Tu peux te
faire  manger, je te ramnerai du pain de la boulangerie, je dirai  Martin que
je vais une soire, comme a je pourrai en prendre plein sans qu'il ne se doute de
rien.

- Tu sais o est cette pierre dont je parle dans mes histoires, j'en ai rv.

- Ta pierre ! Mon Dieu non ! Je ne sais pas. Tu l'avais chez Martin, mais aprs,
tu l'as sans doute perdu dans la bataille  l'aroport de Sydney, ou quand nous sommes
alls dans les tubes, tu n'as rien trouv en te rveillant l-bas ?

- Non... Enfin j'ai peut-tre mis la main dessus, mais je n'ai pas fait attention,
surtout que a a l'air d'tre juste une pierre ordinaire.

- Oui, c'tait juste un galet, mais tu en avais surtout besoin pour le bracelet,
aprs je crois que tu l'as gard juste un peu par superstition.

- Et les bracelets, tu en as un !

- Mon Dieu non ! Je ne sais pas qui en a, le tien tu l'avais lanc dans la mer !
Tu avais crit que les gens de Sydney en avait, mais je n'en ai jamais vu ! Je dois
y aller. Je te fais un bisou et je dis  tout  l'heure, tu ne bouges pas, d'accord
?

- OK, je reste l, de toute faon je ne sais pas trop o je pourrais aller.

- Mouais, tu dis toujours a et aprs on te retrouve dans une autre galaxie ! Si
tu veux m'appeler tu peux utiliser le tlphone, voil mon numro, mais il vaut peut-tre
mieux que tu appelles la boulangerie, a passera plus inaperu.

- OK, OK. Non mais je vais rester bien sage ici, je t'attendrai.

Elle me fait un dernier baiser puis s'en va, je me laisse retomber sur le lit. Pfff
! Quel merdier ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Est-ce que je vais devoir
rester cach ? Est-ce que Naoma est digne de confiance ? Je devrais peut-tre tenter
de contacter Deborah, ou mon frre. Je n'ai mme pas demand  Naoma quel ge il
avait, ni le mien, d'ailleurs, quel ge est-ce que j'ai ? C'est affreux de ne rien
se rappeler. Je ne sais plus rien, je ne sais mme pas si cette organisation me poursuit
 tord ou  raison. Qu'ai-je pu faire avant ? Est-ce que je suis un terroriste, un
criminel, un agent secret ? Est-ce que je suis vraiment mort trois fois ? Comment
pourrai-je faire pour retrouver la mmoire ? Il existe peut-tre des remdes, des
moyens. Peut-tre que rentrer chez moi, chez mes parents, de me retrouver dans l'environnement
de mon enfance, peut-tre que a m'aiderait. Mais comment rentrer en France, il faut
prendre l'avion, je n'ai pas un sous. Peut-tre que Naoma pourra m'aider. Mais est-ce
qu'il me faut des papiers ? Est-ce que je peux aller en France comme a ? C'est rageant
de ne se rappeler de rien, je ne sais mme plus comment tourne le monde. Nous sommes
en 2003, dimanche 27 juillet 2003.

Je finis par me lever, trs nerv de ne pas parvenir  ne retrouver ne serait-ce
qu'un semblant de souvenir. J'allume la tl et je me prpare une norme plate de
ptes pour djeuner, j'ai toujours autant faim. Mon mal  la tte va un peu mieux,
mais ce n'est pas encore compltement pass. Je me sens telle une boule de nerfs,
j'ai envie de bouger, de sauter sur place. J'ai cette tension en moi, si je m'coutais
je frapperai les murs. Je ne sais pas si c'est de ne pas savoir que faire qui m'nerve
autant. Je mange toute les ptes que j'ai prpar puis je passe une grande partie
de la matine  relire mon rcit, en regardant la tl. Les informations parle d'une
guerre en Irak, une carte m'indique o se trouve l'Irak, et de plusieurs soldats
amricain tus. Il est aussi question d'un tremblement de terre au Japon, et d'une
attaque au mortier d'un glise, au Libria. Quand je vois tous ces morts je me demande
s'il n'est pas mieux, finalement, que j'ai oubli ce monde... Je dcouvre la France,
Paris, avec la cinquime victoire du tour de France par Lance Armstrong, mais ces
images ne me disent rien.

Vers 13 heures je me rendors de nouveau, jusqu' ce que Naoma n'arrive. Elle me rapporte
autant de pain au levain qu'elle a pu emporter. J'en mange un directement sans mme
attendre que le repas ne soit prt. Je lui raconte ma trpidante matine, et je lui
fais part de mon envie de retourner en France.

- Ce n'est pas trs prudent, ce serait mieux que tu attendes un peu, rien ne presse
tu sais.

Je ne pourrais pas rester ici  attendre, j'ai besoin de bouger, il faut que je trouve
un moyen, il faut que je rentre chez moi. En plus j'ai l'impression que Naoma veut
juste que je reste pour elle, juste parce qu'elle veut tre avec moi.

- Je ne suis pas sr que je pourrais rester ici  rien faire.

Naoma se retourne et vient vers moi. Elle me prend par les mains.

- Je sais, Franck, je sais que tu ne peux pas rester en place, mais il nous faut
trouver un moyen sr.... Mais...

Elle hausse les paules.

- Mais un moyens de quoi ? Je ne sais mme pas ce que je peux faire pour toi. Tu
pourrais rester ici, tu sais, tu pourrais rester avec moi.

- Et aprs ?

- Et aprs rien ! On a bien le droit  un peu de calme, non ? J'ai bien le droit
de t'avoir un peu, de rester un peu trs de toi.

Elle vient se blottir dans mes bras.

- J'ai peur, Franck, j'ai peur qu'ils ne te prennent encore. J'aimerais tant que
tu restes l. J'ai encore peine  croire que c'est bien toi.

- Ce n'est pas vraiment moi.

- Ne dis pas a. Tu vas retrouver la mmoire, c'est sans doute parce que tu es rest
pendant trs longtemps dans le tube, mais a reviendra sans doute.

- Rien n'est moins sr, si je suis vraiment mort pendant plus de six mois, ce ne
serait pas tonnant que j'ai des squelles.

Naoma reste silencieuse un instant, elle pleure.

- Je ne sais pas... Peut-tre... Tu sais moi aussi je suis un peu perdue... Je ne
sais pas... Je voudrais t'aider mais je ne sais pas vraiment que faire. C'est si
soudain, je te croyais perdu, tout d'un coup tout recommence... Je crois que mme
si je suis trs heureuse et que je ne changerai a pour rien au monde, j'ai un peu
peur.

- Je ne me sens pas trs bien.

Naoma se recule, elle me regarde, inquite.

- Comment a ?

- Je ne sais pas, j'ai mal  la tte depuis que je suis arriv, a ne passe pas,
et j'ai comme un tension, j'ai envie de bouger de me dfouler. Il faut que je sorte,
que prenne l'air.

- Tu veux qu'on aille faire un footing ? Moi aussi a me fera du bien de courir un
peu.

- Oui, je veux bien, c'est une bonne ide.

- Tu veux que je finisse le repas et qu'on mage avant, ou tu veux y aller tout de
suite ?

- Non, on peut manger, je ne suis pas dans un tat critique, c'est juste que je sens
un besoin de bouger, et que peut-tre que c'est pour a que je veux repartir tout
de suite. Est-ce que j'ai besoin de papiers pour retourner en France ? Combien a
cote pour retourner l-bas ?

- C'est assez cher mais le prix du billet n'est pas le plus gros problme. Il te
faudra un passeport, et a franchement je ne sais pas comment on pourrait faire.

- Oui, surtout que la dernire fois que j'ai tent de faire des faux-papiers, a
ne s'est pas super bien pass.

- Oui, Matthias White doit t'en vouloir  mort, d'ailleurs c'est mme...

- Mme ?

Naoma s'approche de moi et se glisse dans mes bras.

- Je suis dsole, Franck... En fait je me rends compte que ce n'est pas trs bien
pour toi de rester ici... En plus si ce matin les gens que tu as vu t'ont reconnu,
ils vont te chercher. C'est peut-tre mieux que tu partes, oui. Ici je ne serais
pas tranquille si je te laissais sortir, j'aurais toujours peur qu'ils tentent de
t'attraper. En plus le quartier n'est mme pas sr puisque la dernire fois dj
deux types t'avaient trouv quand tu venais chez moi... Il vaut peut-tre mieux que
tu ne sortes pas, aprs tout...

- Il ne faut peut-tre pas exagrer, c'est loin d'tre sr que le gars de ce matin
m'ait reconnu. Cela dit vu comme il m'a cherch, s'il connait Matthias il lui a srement
fait par de ma visite.

- Oui, en fait je suis idiote. Je pensais que tu tais en scurit ici, mais ce n'est
pas vrai. Mais je ne sais pas non plus comment te permettre de rentrer en France,
je n'ai aucune ide de comment faire des faux-papiers.

- Mais est-ce qu'il font automatiquement des recherches,  l'aroport ?

- Comment a ?

- Quand tu montres tes papiers, est-ce qu'ils vrifient systmatiquement qui tu es,
si tu es un criminel, un bandit ?

- Je ne sais pas, je pense qu'ils doivent avoir une base de donnes, mais je ne suis
pas sre qu'ils vrifient pour tout le monde. Mais il te faut quand mme des papiers
!

- Peut-tre que je pourrais utiliser mes vrais papiers, plutt que de faire faire
des faux, faire refaire des vrais, c'est possible, non ?

- C'est risqu... L par contre ils risquent de faire des recherches. Par contre
si on retrouvait d'anciens papiers...

- On pourrait peut-tre demander  mon frre, j'ai sans doute d'anciens papiers en
France, non ? Je n'avais pas de papiers quand ils m'ont retrouv ?

- Non, tu avais perdu tous tes papiers dans l'explosion quand tu tais prisonniers
dans les sous-sols de Sydney... Mais tu as peut-tre un vieux passeport en France,
oui, peut-tre que a suffit, surtout que tu veux retourner en France, c'est pas
comme si tu voulais venir en Australie.

- Mais ils risquent de me faire des problmes en France, non ?

- Peut-tre, mais une fois l-bas se sera plus simple pour toi d'expliquer qu'on
t'a vol ton passeport, ou quelque chose comme a.

- Il faudrait que je contacte ma famille, alors, pour qu'ils me renvoient un ancien
passeport.

- C'est peut-tre risqu de les appeler, peut-tre juste leur crire.

- Ou juste demander  mon frre, quel ge a-t-il, au fait ? Et moi, j'ai quel ge
?

- Tu  27 ans, ton frre est plus jeune que toi, mais je ne sais pas de combien,
trois, peut-tre quatre ans. Il doit avoir dans les 23 ou 24 ans.

- Tu crois que je pourrais lui demander ?

- J'en sais rien, j'ai un peu parler avec lui, mais pas trop, j'ai surtout parl
avec Deborah quand j'tais en France.

- Et Deborah ! Elle pourrait m'aider, non ? Elle pourrait aller en France et ramener
le passeport ?

- C'est sr que a pourrait viter de mettre quelqu'un d'autre au courant, mais elle
doit tre surveiller, elle-aussi.

- On pourrait peut-tre lui crire une carte postale avec un message cach ?

Ylraw 2
-------



Amlar
-----



Je me rveille dans un long gmissement, j'ai un terrible mal  la tte.

- Oh, j'ai mal partout...

Je suis encore dans mon tube, il est ouvert, de la lumire de l'extrieur passe par
une brche sur le haut du caisson, le vaisseau a d en prendre un sacr coup ! Je
peux respirer, mme si je suis un peu essouffl. Je me redresse doucement, j'ai des
courbatures de partout. Je dormirais bien encore un peu. Enavila est Sarah ne sont
plus l ! Mince !

Je m'extirpe de ce satane tube,  moiti ouvert. Le sas vers le cockpit et ouvert,
mais je ne pense pas que je pourrais sortir par l, c'est compltement dfonc de
l'autre ct.

- Oh ! Oh ! Vous tes o ?

Pas de rponse. Je jette un oeil de l'autre ct du sas, tout l'avant du vaisseau
est cras, il y a un peu de lumire qui me parvient d'un ct, je pourrai essay
de me glisser. Je reviens dans le caisson, la brche n'est pas suffisante pour que
je puisse pass, en plus je risquerais d'tre embroch sur les bout de mtal dchiquet,
ce serai pas top comme fin, surtout si on vient de sortir indemne d'un crash.

Si elles sont arrives  sortir je vais bien y parvenir aussi. Je me glisse dans
le cockpit et tente de me faufiler dans le petit passage que j'ai repr. Aucune
chance, c'est bien trop troit, je ne passerai jamais. Mme si elles sont peut-tre
plus fines que moi, j'ai du mal  croire qu'elles aient pu passer par l.

- Eh oh ! Vous tes l ? Comment tes vous sorties ?

C'est pas possible ! Je tente de passer par d'autre endroit, mais sans succs, tout
est compltement broy et compress. Je reste pensif un instant dans le caisson,
il y a peut-tre une porte ou un sas qui s'ouvre. Je tente d'ouvrir le vaisseau avec
mon bracelet, mais rien.

- Vaisseau, merde, ouvre toi ! Tu vas pas me laisser crever l dedans !

Aucune rponse.

- Saloperie de vaisseau !

Je commence vaguement  avoir un peu de claustrophobie, coinc l-dedans. Je ne sais
mme pas ce qu'il y a  l'extrieur. Si a se trouve elle se sont barres, ou elles
se sont faites bouffer par je ne sais quelle bestiole. Je tente de regarder par la
brche du caisson, mais je ne vois qu'un petit bout de ciel bleu ; ce qui est dj
tout de mme un point positif.

J'essaie de pousser les parois, mais impossible, c'est du solide. Ce n'est sans doute
pas pour rien si je suis toujours en vie, c'est que ce fichu caisson doit tre fait
avec un machin super dur.

Bon qu'est-ce qu'elles foutent, elle sont o l ?

- Eh oh ! Les filles !

Je crie pendant bien dix minutes, puis aprs une nouvelle tentative rat de sortie
par le cockpit, je me rallonge dans mon tube pour rflchir un peu. Impossible de
me rendormir, rien que l'ide d'tre bloqu l-dedans m'insupporte. Je tente de me
calmer, je me concentre sur ma respiration, respire par le bas du ventre, diminue
mon rythme cardiaque. Aprs tout attendons un petit moment, elles sont peut-tre
aller faire un tour, comme je n'tais pas rveill, elles m'ont laiss ici.

J'arrive finalement  m'endormir, et ce sont leurs voix qui me rveille.

- On dirait qu'il dort toujours, tu crois qu'il a t bless ?

- Non je ne pense pas, son tube le donnait en bonne...

Je les interpelle :

- Ah ! Vous tes revenues ! Comment sort-on de ce truc ?

- Ah ! Tu es rveill ! Sarah va t'ouvrir, c'est elle qui a le passe-partout.

- Pourquoi je n'ai pas pu ouvrir le vaisseau ?

- Elle a bloqu l'accs, elle pensait qu'on allait tout faire foirer alors elle ne
s'est autoris l'ouverture qu' elle seule. Ce qui est compltement stupide, parce
que si elle tait morte pendant le crash, et bien on serait rest coinc comme des
con dans le vaisseau.

 l'arrire du caisson une trappe s'ouvre, je parviens  m'y glisser, il n'y a tout
de mme pas beaucoup de place. Je doit me faufiler pour sortir sous la carcasse du
vaisseau. Il est quand mme assez gros. Je doit ramper pour sortir dehors, je reste
bouche be devant le paysage.

- Whaou !

Le vaisseau s'est cras en pleine fort, il a laiss une norme trane d'arbres
dtruits et de terre soulev sur au moins deux cents mtres. Je dois monter le petit
monticule de terre pour retrouver navila et Sarah. Nous sommes au beau milieu des
montagnes. Les arbres sont tout orange. Il y a des sortes d'oiseaux qui volent, mais
ce ne sont pas des oiseaux, en tout cas je n'ai jamais vu des trucs pareils. Le ciel
est superbe, bleu violet avec des reflets rouges  l'horizon, c'est la gante rouge
qui nous claire, mais on voit aussi la gante bleue, toute petite  l'horizon. Le
ciel est rempli de lunes, il y en a au moins quatre, et surtout, le plus impressionnant,
le croissant de la supergante tellurique qui dpasse, immense, rougetre,  l'horizon.

- C'est dingue hein ?

navila est assise sur un grosse pierre dterre par notre crasement. Elle ne semble
pas d'une grande forme. Sarah et appuye contre le vaisseau.

- Qu'est ce qu'il s'est pass ?

- a ne se voit pas ? On a trouv le coin sympa on s'est dit que ce serait dommage
de pas venir faire une ballade, mais on ne reste pas on reprend le vaisseau et on
se casse, t'avais qu' pas pioncer.

- Toujours aussi charmante. Sarah, pourquoi on s'est crash.

- Demande  navila ?

- Je ne pouvais pas rester une seconde de plus dans ce foutu caisson avec toi, c'est
la seule solution que j'ai trouve ?

- Sarah ?

Sarah ne rpond toujours pas, navila s'nerve :

- J'ai pt les plombs, OK ? Je ne sais pas pourquoi. Quelque chose m'a rendu folle
 l'ide de venir ici, j'ai voulu prendre le contrle du vaisseau  Sarah, on s'est
battues, mais quand j'ai finalement pris le contrle j'ai foir et le vaisseau est
tomb sur cette fichu lune.

- Elle tait compltement histrique, elle criait qu'elle voulait partir, qu'elle
ne voulait pas rester l. J'ai tent de la raisonner, aprs tout moi non plus je
ne voulais pas rester l, mais elle ne m'coutait pas, elle a voulu  tout prix prendre
le contrle, j'ai tent de le lui empcher, mais elle tait tellement enrage, je
n'ai rien pu faire. Aprs bien sr, vu l'tat du vaisseau et ses qualits de pilotes,
il n'a pas fallu longtemps avant que le vaisseau ne tombe.

- a va OK, je ne voulais pas qu'on s'crase, j'ai foir, OK, mais c'est pas ma faute,
quelque chose me rendait folle.

Je la regarde, perplexe.

- Mouais, il y a beaucoup de chose qui te rende folle, tu ferais mieux d'apprendre
un peu  te contrler.

- Toi ta gueule, encore une remarque et je te dfonce le crne, pauvre naze, tu sais
mme pas de quoi tu parles.

Je ne la cherche pas plus, je me retourne vers Sarah.

- On peut respirer, c'est dj pas mal.

- Oui, mais a on le savait dj depuis le vaisseau. Par contre j'avais peur pour
le climat, mais il fait bon, un peu frais mais a va. Le plus embtant c'est la flore
et la faune, les plantes ne sont pas 'chlorophylliennes'.

Je ne connaissais pas le terme 'chlorophyllienne' dans la langue d'Adama, mais une
courte explication de Sarah me permet de comprendre. C'est incroyable, c'est donc
l'origine de cette couleur orange !

- Mais alors, est-ce qu'on va trouver de quoi manger ?

- J'en sais rien, les capteurs du vaisseau sont hors service, en plus source d'nergie
est endommage, et je voudrais conserver au moins un tube en tat si vous avons besoin
de soin. Donc je ne sais pas si ces plantes, ou mmes les animaux, sont comestibles.

- Est-ce qu'on a des armes, des trucs qui peuvent nous servir pour nous dfendre
ou pour chasser ?

- Pas vraiment. On a les bracelets, si les animaux on un systme nerveux qui ressemble
au notre a pourra marcher, sinon il y avait des combinaisons dans le cockpit, mais
j'ai peur qu'elles ne soient fichues. D'ailleurs tu n'as pas le tien, va le prendre,
c'est plus sr.

- Il est o, dans le tube ? Mais on n'tait pas cens avoir aucun bracelet sur la
station ?

Ce n'est pas vraiment un vrai bracelet, il ne peut communiquer qu'avec le vaisseau,
le vaisseau lui n'est pas li vers l'extrieur, sinon on aurait pu envoyer un message
beaucoup plus rapidement.

Je retourne me faufiler dans le caisson, pour retrouver mon bracelet, puis reviens
vers Sarah.

- Tout  l'heure, vous tiez alles faire un tour ?

- Oui, tu dormais, et tu ne craignais rien dans le vaisseau, on a avanc un peu avec
navila.

- navila s'en mle.

- Tu parles, on n'a pas du faire plus de deux cent mtres, c'est une trouillarde.

- Tu pouvais continuer toute seule !

- C'est a, pour que je me paume, on tu trouves qu'on est pas dj assez dans la
merde, mais on aurait au moins pu essayer de trouver de l'eau.

- Il n'y a pas d'eau ? L'herbe semble humide, pourtant ?

navila me rpond.

- Il doit y avoir une rivire, un peu plus loin, mais elle a eut les jetons.

Sarah s'nerve.

- C'est bon OK, t'a fini ? Je prfre qu'on y aille tous les trois, et puis il commenait
 y avoir de la pente, j'avais peur qu'on ne puisse pas revenir.

- Tu parles, chochotte !

- Tais-toi !

Sarah hurle presque. Elle a l'air d'tre  bout. Je vais vers elle, je tente de la
prendre dans mes bras. Elle me repousse.

- Ne me touche pas !

Et ben, a va tre fun encore, je crois que je prfrai tre avec Naoma et Erik plutt
que ces deux folles.

- C'est bon je vais pas te bouffer.

navila sourit :

- a pourrait tre une solution  court terme, pourtant.

- Tais-toi un peu, tu vois pas qu'elle est  bout.

- C'esta, fais lui un clin, c'est sr que a va vachement nous avancer. Tu veux
pas te la taper sur un rocher, non plus ?

- Putain mais t'es vraiment qu'une conne, merde ! a t'arrive de comprendre les gens
?

- Tu me traites encore une fois de conne je t'explose.

Je prfre l'ignorer. Je m'loigne de Sarah qui ne veut pas que je la rconforte
et qui boude dans son coin, et je vais m'asseoir sur une pierre, comme navila.

- Vous avez vu des animaux ?

navila redevient un peu plus srieuse.

Il y a pas mal d'insectes dans la fort, des sortes de fourmis, les oiseaux que tu
as vu. On n'a pas vu d'autre bestioles plus grosses. Mais elles ont sans doute t
effrayes s'il y en avait.

- Des fruits ?

- Non, pas de fruits, mais il y avait des sortes de plantes avec des bulbes, peut-tre
une sorte de fruit.

Elle reste silencieuse, je rflchis, elle reprend.

- Mais on doit se trouver assez haut. Il fait plutt froid et l'air est assez peu
dense.

- C'est difficile  dire, peut-tre que la plante est trop petite pour avoir une
atmosphre plus dense.

- Mouais, on semble quand mme avoir atterri au beau milieu des montagnes.

- a me rappelle quand on est arriv sur Stycchia, au beau milieu du cratre, en
pleine fort, comme ici.

- Mouais, sauf que vous n'tiez pas vraiment perdus.

- On ne pouvait pas le savoir, on a d chasser et se dbrouiller, a ne sera pas
trs diffrent de maintenant.

- C'est surtout parce que vous n'tes pas dou, il vous suffisait d'utiliser les
bracelets pour avoir de quoi boire et manger dans la station.

- Comment aurait-on pu le savoir ?

- Pas besoin d'tre trs malin pour utiliser un bracelet. Enfin bref. Qu'est-ce qu'on
fait alors, puisque tu sais comment te dbrouiller sans rien ?

- Le plus important est de trouver une source d'eau potable. Ensuite de quoi manger,
et de quoi nous dfendre.

- Mouais... Elle s'est calme, on peu aller chercher cette rivire ?

Sarah ne rpond pas.

- Vous avez essay de monter sur le vaisseau pour voir si on voit quelque chose ?

- Non, enfin j'ai essay de monter sur le cockpit, mais ensuite pour arriver l-haut
c'est pas pratique avec le stabilisateur qui a explos. Peut-tre que si tu m'aides
je pourrais arriver  passer par dessus.

En disant cela navila est dj monte juste que sur le cockpit, elle est vachement
agile. Il me faut quelques minutes pour la rejoindre, elle me tend la main pour m'aider,
j'accepte avec plaisir.

- Il faudrait que tu me pousses ou que j'arrive  m'accrocher  la tle, l. Mais
avec tous ces bouts de ferrailles qui dpassent j'ai un peu peur de m'ventrer.

Sur le haut du vaisseau le cockpit en s'crasant  repousser toute la structure et
 dchiquet le truc qui se trouvait sur le dessus, il devait y avoir un truc sous
pression  l'intrieur et en explosant des lamelles de fer tranchantes ont fait un
barrage empchant d'aller plus en avant.

- C'est vrai que ce n'est pas trs pratique. On pourrait peut-tre essay de faire
une chelle pour passer par derrire.

- Ou alors il faudrait une corde, mais je ne crois pas qu'il y en ait dans le vaisseau.
C'est vraiment bte parce que du haut de la gouverne arrire je suis sre qu'on dpasse
les arbres.

- Allons voir cette rivire, on verra si on trouve en chemin une liane ou de quoi
nous aider.

navila acquiesce et nous redescendons vers Sarah. Elle ne dit rien et nous repartons
sous les arbres. Ces arbres qui n'en sont pas vraiment. Ils n'ont pas vraiment d'corce,
plutt une sorte de peau, un peu molle, noire. On dirait presque de la roche. Ils
ont des branches mais leur feuille ressemble un peu  des plumes. C'est trs trange,
on dirait presque des animaux. Pas grand chose pousse sous les sous-bois, surtout
ces sortes de plantes  bulbes dont avait parl navila. Elles ne m'inspirent pas
vraiment confiance, je n'ai pas tellement envie d'y goter.

navila est plus tmraire que moi, elle en arrache un et parvient  l'ouvrir avec
une pierre. Il ressemble  un gros oignon, c'est jaune clair  l'intrieur, et le
coeur est noir. L'odeur n'est pas gniale, un mlange entre de l'eau croupi et une
vague impression de sucr. Elle lve les yeux au ciel un instant :

- Hum, il y a peut-tre des composs comestibles.

- Comment tu le sais ?

C'est Sarah qui me rpond.

- Le bracelet est capable d'interprter de manire plus fine que le cerveau les odeurs.

Elle touche avec son doigt, le gant de la combinaison ayant sans doute lui aussi
un analyseur de composition.

- Par contre il y a normment de soufre.

- Tu crois que c'est comestible ?

- Je vais goter.

Elle touche avec sa langue, mais ferme les yeux et fait la moue en signe de dgot.

- C'est dgueulasse !

Elle passe sa langue  l'intrieur du col de sa combinaison pour la nettoyer et retirer
le got.

- C'est vachement fort. C'est amer, a pique, a brle mme, aucune chance de pouvoir
manger un truc pareil. Il y a pas mal de nitrates en plus du soufre, trs peu d'eau.
C'est astringent !

Bien sr je ne connaissais pas le terme astringent dans la langue d'Adama. Ce terme
se dit de quelque chose qui assche et fait se contracter les tissus. Sur la langue
l'impression est d'avoir quelque chose qui aspire la salive, un peu comme les dattes
fraches.

Nous laissons tomber les bulbes et continuons en direction du bruit d'eau coulante.
Nous arrivons rapidement en haut d'une pente assez raide, mais la prsence de ses
sortes d'arbres nous facilite la descente. Il n'y en a pratiquement qu'une seule
sorte. C'est un peu repoussant cette peau corce un peu molle. Elle est froide, on
a l'impression de toucher un cadavre. D'ailleurs ces arbres sont un peu souple, ils
se plient quand on s'appuie dessus. Mais ils doivent secrter une substance protectrice,
car nous sommes averti par la combinaison qu'il vaut mieux ne pas trop s'y frotter.

Nous arrivons finalement auprs de la rivire, qui est plus un torrent. L'eau est
claire, ce qui nous rassure, il y a juste au fond des sortes d'algues oranges. navila
trempe le doigt dans l'eau, nous attendons son verdict.

- Chier, c'est limite, beaucoup trop riche en soufre. On ne peut pas la boire telle
quelle, ou alors en trs petite quantit seulement.

- a fait quoi le soufre sur l'organisme ? On a a besoin non ? Les acides amins
soufrs, c'est ncessaire ?

- Le vaisseau pourra nous en dire plus, mais sous cette forme l le soufre peut-tre
dangereux, il a des effets ngatif sur la vascularisation et les fonctions crbrales.
Mais il vaut mieux boire un peu de cette eau que de se laisser mourir, de toute faon.
Il n'y a pas de mthode simple pour liminer le soufre je crois.

- Comment tu sais tout a ?

- On a des stages de survie sur les plantes rebelles. J'ai aussi pas mal appris
sur Terre.

- Tu es reste longtemps sur Terre ?

Elle reste silencieuse un instant.

- Un certain temps...

Je n'insiste pas, au risque de me faire encore remballer.

- Mais qu'est-ce qu'on va faire ?

Sarah s'est assise sur une grosse pierre, elle regarde tristement le petit torrent.
Elle lve les yeux vers moi.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? On pourra jamais rparer le vaisseau... On va rester
l ?

- Bah, c'est peut-tre bien, si a se trouve on va fonder une famille puis une tribu,
je serai le patriarche de tout ce petit monde et dans dix mille ans nos descendant
seront assez volu pour rparere le vaisseau et enfin quitter ce foutu endroit.

Sarah reste impassible, je tire un sourire d'navila :

- Pour a il faudrait deux choses, la plus simple c'est que tu arrives avec ton clone
strile  fertiliser nos clones striles. La seconde, beaucoup plus complexe, que
tu arrives  nous convaincre.

Elle me fait rire. Sarah, elle, est au bord des larmes.

- Allez, Sarah, on va pas dsesprer tout de suite, on vient juste d'arriver, on
va peut-tre trouver une civilisation, je sais pas, et puis peut-tre que le vaisseau
a suffisamment mis de message d'alerte et qu'on va venir nous chercher.

navila n'est pas trs optimiste :

- J'y compterai pas trop, j'ai peur qu'on ne finisse ici. Mais j'ai pas l'intention
de me laisser mourir.

- Moi non plus.

Sarah ne rpond pas. Je change de sujet.

- Bon je vais essayer de boire une gorge.

- Je t'en prie.

Je me penche vers la rivire, l'eau n'a pas d'odeur particulire. Je prends un peu
d'eau au creux de mes deux mains et bois un gorge :

- Pouah ! C'est super amer !

Finalement navila goutte aussi.

- a a un peu le mme got que le bulbe de tout  l'heure, il doit y avoir un compos
qui donne ce got. Le bracelet ne rle pas trop, on pourra peut-tre la boire.

- On pourrait tenter de la laisser dcanter.

- Oui c'est une bonne ide, mais il nous faudrait des rcipients.

- Peut-tre qu'on peut trouver de quoi en faire avec les restes du vaisseau ?

- Sans doute, mais on pourrait avancer encore un peu.

- Oui, on pourrait tenter de remonter le torrent, comme a on ne se perdrait pas,
et peut-tre qu'en hauteur le point de vue nous rvlera des trucs.

- T'es pas si con quand tu t'y mets.

- a doit tre le manque d'oxygne.

Elle regrette dj le compliment.

- Mais ne prends pas a bien, il faudrait quand mme que tu sois dans le vide pour
avoir un minimum d'intrt.

- Pourquoi tu ne m'aimes pas ?

- J'en sais rien, c'est dans mes gnes. Tu dois avoir un capital gntique tellement
merdique que tout mon corps te repousse.

Je me tourne vers Sarah alors que nous commenons  avancer en amont du torrent.

- Mouais.

Elle se lve et nous rejoint sans conviction. Nous avanons difficilement le long
de la pente escarpe et trs dense en lierres et buissons sur laquelle s'coule le
petit torrent. Sans vraiment faire attention, on aurait presque l'impression de se
trouver dans une fort de la Terre, par un bel automne.

- On pourrait aussi tenter de rcuprer l'eau de pluie.

- Respire !

navila me fait sourire. Elle sourit elle aussi.

Il y a plusieurs types d'insectes sur le sol. Ils ne sont pas trs diffrents des
ntres. Ils sont assez petits, mais ressemblent un peu  des fourmis. Il n'y a pas
vraiment de feuilles mortes, par contre, je pense que ces arbres ne doivent pas perdre
leur sorte de fils orangers qui doivent faire la photosynthse. Il y a beaucoup d'arbres
morts, par contre, ainsi que des sortes de buisson ou de lierre. Pourtant trangement
le sous-bois n'est pas si encombr, ce qui est trange pour une fort sans doute
non entretenue. La rflexion d'navila confirme mes penses :

- C'est trop clean pour tre naturel, c'est sr qu'on ne sait pas vraiment ce que
naturel veut dire sur cette plante, mais il y a quand mme beaucoup d'arbres morts
ou casss ; il y a aussi pas mal de buisson ou de lierre pitiner.  mon avis cette
fort est parcourue par des grosses bestioles.

- Je trouvais aussi que le sous-bois tait trop propre pour tre non frquent.

Sarah reprend finalement la conversation :

- Pourtant la monte du torrent tait beaucoup plus dense. Et on dirait que certaines
plantes sont broutes. Regardez, c'est un peu comme si c'tait mch.

Sarah nous montre les pousses d'un jeune arbres. Effectivement le bout est comme
machouill. a me fout un peu les jetons :

- C'est peut-tre pas trs sr de nous loigner comme a du vaisseau, il nous faudrait
peut-tre trouver de quoi nous dfendre un minimum.

navila est plus tmraire :

- Pour l'instant on a vu que des fourmis et des sortes d'oiseaux. Et puis ces bestioles
on plutt l'air herbivores si elles bouffent des plantes.

Sarah n'est pas plus rassure :

- Je suis assez d'accord avec Ylraw, on devrait peut-tre retourner au vaisseau.

- Et bien allez-y, je vous raconterai !

Je relativise :

- Pour l'instant on n'est quand mme pas trs loin du vaisseau, et on a les bracelets,
on peut avancer encore un peu.

La pente devient plus douce ou plus raide suivant les moments. Nous avanons encore
une vingtaine de minutes avant d'arriver en vue d'une sorte de clairire. Nous n'avons
toujours aucun point de vue, les arbres masquent trop notre champ de vision. Nous
devinons parfois les pentes de l'autre versant de la valle, mais il semble lui aussi
recouverts d'une paisse fort orange.

- a sent pas gnial.

navila a raison, une odeur trs dsagrable semble provenir de la clairire. Nous
nous arrtons un instant.

"Il y a du bruit on dirait, nous contacte Sarah par la pense."

Nous commenons  parler entre nous via le bracelet.

"Il y a une activit, rpond navila, oui, mais elle est assez faible."

Nous avanons doucement, aux aguets.

"Ce n'est pas vraiment une clairire, dis-je, regardez, les arbres ont l'air couchs."

"Oui, confirme navila, il a d se passer quelques chose ici.

"Des corps d'animaux morts ! s'crie Sarah."

"Arg ! crie-je, Oui ! Il y eu un carnage ici !"

Nous restons immobiles  quelques distance de la clairire, maintenant que nous voyons
ce qu'il s'y trouve. Sans doute un combat s'est droul ici, il y a des restes d'animaux
morts, leurs squelettes disloqus parpills sur toute la surface de la clairire,
o les arbres sont aussi tous casss et tomb au sol.

"C'est incroyable, s'tonne Sarah, il faut que ce soit un truc venu du ciel pour
avoir cras comme a tous les arbres."

"Vraisemblablement c'tait pour manger, fais-je remarquer, les corps ne sont pas
entiers pour la plupart."

Nous nous approchons encore un peu.

"Il y a une activit dans la clairire, nous avertit navila, j'ai des ondes crbrales
 proximit"

"a doit tre de petits charognards, rassure Sarah, les signaux sont faibles et disperss."

Je leur demande :

"Est-ce que vous en voyez ?"

"Non, rpond navila, mme le sonar du bracelet ne me donne pas grand chose."

Nous avanons en silence, communiquant uniquement par sym. La clairire est bien
le reste d'une bataille aillant sans doute oppos un troupeau de ces btes  une
ou plusieurs chose venues du ciel.

"Tout semble sec, constate navila, a a d se produire il y a peut-tre un quinze
jours (un petit sixime)."

"Regardez les arbres morts, pointe Sarah, on dirait qu'ils ne sont pas fait de bois,
a ressemble  un truc lastique."

"Peut-tre devrait-on en ramasser une peu pour faire du feu ? suggr-je."

"Pas la peine, reprend navila, il y en a bien assez d'autres autour du vaisseau."

"Pas con, lui concd-je".

Nous sommes maintenant tous les trois  dcouvert dans la clairire. Nous regardons,
perplexes, les squelettes tranges des btes qui se sont faites dvores. Ce ne sont
pas vraiment des os, plutt des sorte de plaques un peu lastique. a ressemble 
des arrtes de poissons, mais plus larges. Le squelette forme une sorte d'toile
 six branches, une pour la queue, une pour la ttes, et quatre pour les pattes.
Ces six branches sont relies entres elles par des sortes de filaments ou d'arrtes
plus ou moins souples, suivant les branches.

C'est une alerte du bracelet puis le cri de Sarah qui me sort de mes penses.

- Arg !

Une sorte de gros lzard  deux queues s'est jet sur Sarah.

- Ils nous attaquent !

navila crie quand soudain une nue de bestioles identiques  celle ayant attaqu
Sarah s'lvent de l'autre ct de la clairire. Nous nous replions vers la fort.
Plusieurs de ces bestioles retombes inanimes autour de moi.

"Utilisez votre bracelet, nous recommande navila, ils ont des impulsions lectriques
nerveuses !"

Rapidement j'ouvre mon bracelet et active la protection, nous ralentissons et nous
tournons tous les trois vers la clairire. Quand ces sortes de lzards volants s'approchent
trop de nous, ils tombent au sol, secous par des petits spasmes. Je leur demande
si elles ont t blesses, Enavila n'a rien, Sarah a t surprise par le premier
lzard :

- Il a commenc  attaquer ma combinaison, ils ont de sacr dents.

- Ils n'ont pas vraiment des dents, c'est une sorte de double bec avec des dents
dessines sur le bec interne.

- Ils continuent  nous attaquer, on ferait mieux de partir.

- Ylraw a raison, en plus ceux que nous immobilisons continuent  bouger un peu,
nos bracelets ne sont pas compltement oprationnels sur eux.

navila n'est pas d'accord.

- Restons encore un peu le temps de caler les bracelets, justement, ce ne doit tre
qu'une question de rglages.

Ces lzard doivent mesurer dans les vingt ou trente centimtres, ils sont forms
de deux corps qui se rejoignent au niveau de la tte. Quand on regarde plus prcisment
on retrouve la mme structure en toile que sur les btes mortes de la clairire,
sauf que chez eux la queue  quasiment disparu, et les deux pattes arrires sont
devenues deux queues qui soutiennent une membrane fine et lastique qui leur permets
de voler. Ils ont deux pattes  l'avant sur laquelle est attache la membrane. Entre
leur deux queues arrires se trouve aussi une membrane qui doit leur servir  augmenter
leur portance. Ils ont une petite tte avec de tout petit yeux, on dirait qu'ils
respirent par un trou unique en dessus du crne, un peu comme les baleines.  la
place du nez ils ont comme des branchies, ou un ensemble de fente qui semblent vibrer,
je ne sais pas trop ce que c'est. Sarah commence  reculer un peu :

- Je commence  avoir mal  la tte, on devrait partir.

- Oui, je n'arrive  pas synchroniser mieux, de toute faon, on dirait qu'ils ont
aussi un mode d'impulsion non lectrique.

navila laisse tomber et nous reculons doucement en suivant le torrent, les lzards
continuent  nous voler autour, ils sautent d'arbre en arbre autour de nous, et tombe
au sol quand ils s'aventurent trop prs de l'influence des bracelets. je commence
moi-aussi  avoir mal  la tte, il n'est jamais trs facile de prolonger le mode
de dfense de bracelet, car celui-ci ne peut s'empcher d'avoir aussi une influence
sur nous, mais quand nous sommes attaqus de toutes parts comme maintenant, il est
difficile pour le bracelet de ne pas perturber notre propre systme nerveux.

Nous nous retournons pour avancer plus vite vers le vaisseau et tenter de les semer,
mais ces sales bestioles s'accrochent. Finalement nous courons aussi vite que nous
pouvons vers le vaisseau. Une fois  proximit Sarah ractive l'artificiel du vaisseau
qui nous offre alors sa protection. Je me demande si le vaisseau peut recharger ses
batteries :

- Il lui reste beaucoup d'nergie, au vaisseau ?

Sarah me rpond :

- Oui pas mal, enfin pour tout ce qui est protection lectromagntique et mode passif,
sa fonction de rgnration est dtruite, par contre, ou pratiquement, il pourra
peut-tre rparer le caisson, mais pas plus. Tous ses metteurs longues portes sont
dtruits, et c'est un modle trop ancien pour qu'il puisse en crer de nouveaux.

navila s'appuie contre lui et le tapote de la main.

- Il ne nous servira pas  plus qu' nous protger de la pluie et des bestioles.

- Il peut se dplacer ?

- Si tu le portes.

- On ne peut pas emporter sa batterie ou un truc comme a ?

Sarah reste silencieuse un instant puis me rpond :

- Non, son gnrateur est directement inclus dans la carcasse, impossible de le rcuprer.
Il lui reste un mode de propulsion oprationnel, mais il consommerait trop rapidement
l'nergie qu'il lui reste, au pire on pourrait le bouger de quelques centaines de
mtres (quelques tri-pierres), peut-tre quelques kilomtres (quelques quadri-pierres),
mais pas beaucoup plus.

- Est-ce qu'il avait fait une cartographie de la plante ?

- Sans doute, mais le crash  dtruit la mmoire volatile, il ne nous reste que l'intelligence
de base.

navila coupe court  notre discussion :

- On ne pourra rien faire de ce tas de ferraille, il nous faut bouger d'ici si on
veut pouvoir s'en sortir.

- Ces sales lzards continuent  nous tourner autour.

- On peut peut-tre essayer d'en manger un.

- Je commence srieusement  avoir faim. Sarah, tu peux dire au vaisseau de ramener
un lzard par ici et de le faire griller ?

Sarah reste silencieuse un instant, finalement un lzard vient s'craser lamentablement
contre la carcasse du vaisseau. Sarah le rcupre et le pose sur un restant d'aile,
elle nous fait signe de nous reculer :

- Je ne sais pas trop si le vaisseau est encore capable d'avoir des faisceaux trs
directionnels.

navila regarde le lzard pos sur l'aile d'un peu plus prs :

- Pour l'instant il ne nous a pas encore grill en repoussant les lzards.

- Recule-toi, navila, c'est un peu plus puissant pour faire chauffer, d'ailleurs
on ferait mieux d'aller sous le vaisseau.

Nous nous glissons avec Sarah sous le vaisseau, en descendant du talus vers la tranche
cre lors du crash. Deux minutes plus tard nous remontons voir le rsultat. Le lzard
crpite encore un peu.

- Il est un peu trop cuit.

navila arrache un bout d'une des queues. Elle sent. Je m'approche pour sentir aussi,
elle se recule :

- T'approche pas trop de moi, s'il te plait.

- a va, je vais pas te le bouffer !

- a ne me fait pas spcialement plaisir de devoir me contrler pour ne pas te buter,
alors ne me rends pas la tche plus difficile.

- Putain mais qu'est-ce que je t'ai fait !

- Ta gueule.

- Pfff.

C'est n'importe, quoi, elle est compltement parano. Sarah ne dit rien et nous regarde
loin, je prends un bout de l'autre queue et je le goutte dans trop faire de chichi.
a n'a pas un got trs fort, a ressemble  un mlange entre du poisson et du poulet.
C'est plus lastique, un peu plus fort, a pique un peu.

Sarah se rapproche :

- Alors ?

navila a aussi got :

- C'est mangeable, pas trs bon, mais mangeable.

- T'as dj mang des animaux ?

navila me regarde froidement, comme si je la prenais pour une idiote. Je me tourne
vers Sarah :

- Tu en as dj mang, toi ?

- Oui, sur Terre.

Sarah s'approche et prends un petit bout du lzard, elle le gote.

- On ne devrait peut-tre pas tous en manger, pour voir les effets.

- Tu fais comme tu veux moi j'ai la dalle. Sarah, tu en ramnes d'autres ?

Aprs quelques secondes, plusieurs bestioles viennent s'craser  proximit ; navila
en fait un tas sur l'aile. a me parat un peu prcipit comme repas.

- On ne devrait pas les nettoyer ? Au moins les passer par l'eau, et si c'est comme
les crapauds ou certains poissons il y a peut-tre des parties non comestibles.

- Ylraw a raison navila, on devrait tenter de faire un peu plus attention, si on
s'empoisonne on ne pourra sans doute pas se soigner.

- Et les tubes ? Ils marchent plus ?

- a consomme beaucoup trop d'nergie ! Il vaut mieux tre conomes dans qu'on ne
sait pas combien de temps on va rester.

- Vous restez le temps que vous voulez, moi je mange et je me barre.

Qu'est-ce qu'elle veut encore faire !

- Commenta tu te barres ?

- Je me barre. J'ai pas envie de crever ici bouffer par des lzards  deux queues,
OK, alors je vais remonter la rivire, et puis tenter de trouver un moyen de me barrer
de cette plante de merde.

- Mais comment tu vas t'y prendre ? Tu vas fabriquer un vaisseau avec des bouts de
bois ?

- Me prends pas la tte, j'en sais rien, mais j'ai pas l'intention de vous supporter
 toujours avoir les jetons de faire quoi que ce soit.

Sarah s'nerve :

-C'est pas une raison pour faire n'importe quoi, tant qu'on n'a pas d'vidences d'une
forme de vie intelligence, notre plus grande chance c'est de tirer quelque chose
du vaisseau.

- Tirer quoi ? Il est compltement dfonc et tu n'y connais rien, alors autant chercher
une autre solution. Vous faites comme vous voulez, je m'en tapes. Ramne-moi plus
de lzard, je vais me faire une rserve et puis je pars.

- C'est n'importe quoi ! Tu vas bouffer des trucs dont on ne sais mme pas s'ils
ne vont pas nous rendre malade, et tu vas partir  l'aventure au milieu de la fort.
D'autant qu'il y a l'air d'y avoir des animaux dangereux qui rodent. T'es presse
de quoi, de mourir ?

navila ramasse les nouveaux lzards apportes par le vaisseau.

- Presse de ne plus voir vos sales tronches surtout. Surtout de lui.

Elle me dsigne par un petit mouvement de la tte. Je ne comprends pas pourquoi elle
m'en veut autant. Je m'entretiens avec Sarah.

"Qu'est-ce qu'on fait, Sarah ?"

"Ce n'est pas trs sr de nous sparer, mais partir aussi vite ?"

"D'un autre ct c'est vrai qu'il nous faudrait trouver rapidement de quoi nous en
sortir, au plus on attend au plus les rserves nergtiques du vaisseau ou des bracelets
s'puisent. Comment de temps peuvent-elles tenir ?

"L'nergie n'est pas un problme, les bracelets peuvent tenir des milliers d'annes,
et le vaisseau, si nous ne nous en servons pas plus que pour cuire quelques animaux,
plusieurs dizaines ou centaines d'annes.

Leur source nergtique m'tonnera toujours, je m'entretiendrais bien avec Sarah
pour savoir comme est stocke leur nergie, mais j'aurais pu m'y intresser avant...

"On va avec elle alors ?"

"On peut la suivre un moment, et rebrousser chemin si jamais a tourne mal."

navila nous regardent :

- C'est fini vos cachoteries ! Vous avez peur de quoi ? Vous pouvez me le dire en
face !

Je lui rponds :

- On vient avec toi.

- Hors de question, je ne veux pas m'encombrer de deux boulets.

- Bordel c'est dbile ! Et s'il t'arrive quelque chose, c'est mieux qu'on soit 
trois !

- Il m'arrivera sans doute beaucoup plus d'emmerdes avec vous que sans vous, alors
me prenez pas la tte.

- On s'en fout on va te suivre.

- Putain mais vous pouvez pas me laisser vivre ! J'ai jamais voulu tre avec vous
moi, merde !

- Eh ! Oh ! Dans la station c'est toi qui m'a demand de t'aider  prendre le vaisseau,
alors je suis dsol mais tu l'a quand mme un peu cherch.

- Tu fais chier ! Restez  votre vaisseau merde ! Si je trouve quelque chose je viendrai
vous le dire, en plus avec les bracelets on peut causer.

- Ils portent loin sans relais les bracelets ?

Sarah rpond :

- Le vaisseau sert de relais, les bracelets sont lis au vaisseau. Entre eux les
bracelets ne sont joignables que tant qu'on est en visu. Ils peuvent toutefois porter
 plusieurs centaines de kilomtres, mais tant que le caisson du vaisseau est intact,
on peut passer par lui pour les sym, et on ne craint plus aucun obstacle.

- a utilise des particules lies, comme les tlporteurs ?

- Oui.

- Et est-ce que les bracelets servent de sauvegarde ?

- Non, ils sont trop basiques, ils enregistrent tes souvenirs, mais ils n'ont pas
de sauvegarde complte. Si jamais l'un de nous meurt, on ne pourra pas le ranimer
rien qu'avec un bracelet et un tube, il faut un matriel plus lourd, en plus le vaisseau
n'a aucun clone en rserve.

- Donc si on meurt c'est fichu, on n'a plus qu' esprer qu'ils nous regnrent dans
la Congrgation, et tout ce que nous aurons fait ici sera perdu.

- Oui.

navila s'nerve :

- Qu'est-ce que a peut foutre ? De toute faon la Congrgation s'est faite dfonce
alors on n'est pas plus mal ici. Si vous voulez venir avec moi vous vous bougez votre
cul et vous faite pas chier.

- Il n'y a pas des combis de rab dans le vaisseau ? Ou de quoi pouvoir faire un sac
pour porter des trucs ?

- Si mais je pense qu'il vaut mieux qu'on les garde pour quand celles-ci seront foutues.
D'ailleurs se serait mieux qu'on ne les remplissent pas.

navila demande :

- Le vaisseau n'a pas de videur ? Il n'a pas de gnrateur de bouffe, d'ailleurs
?

- Non tout est cass. Peut-tre que le videur marche  l'intrieur des tubes. On
pourrait aussi utiliser le fluide nourrissant qui rempli les tubes, mais je ne crois
pas qu'ils soit comestible tel quel, il nous faudrait le transformer.

- Et directement se mettre dans un tube de temps en temps ?

- C'est faisable, mais a consomme beaucoup d'nergie. Les communications, le champ
de protection ou de faire griller quelques lzards a va, utiliser un tube c'est
trs gourmand.

Je me mle de la discussion.

- Mais le vaisseau n'a pas des super rserves d'nergie ?

- Bon je regarde.

Sarah reste silencieuse un instant.

- Il a de quoi nous maintenir en attente pendant quinze ans (environ 10 ans d'Adama).
Toutefois ce sont les cycles d'endormissement-veil qui cotent beaucoup d'nergie.
Il pourrait faire environ cinq cents cycles en tout.

- Si on ne mange qu'un jour sur deux ou sur trois, a pourrait nous permettre de
tenir un an tous les trois.

navila s'excite de nouveau :

- On s'en fout de toute faon je n'ai pas l'intention de rester l et on peut pas
trimballer ce foutu caisson avec nous, alors autant qu'on se bouge tout de suite.
Si on trouve rien d'ici quelques jours on reviendra ici pour se recharger, mais on
va pas rester ici un an  bouffer des lzards et attendre que a se passe !

- Je suis plutt de l'avis d'navila.

- J'en ai rien  foutre que tu sois de mon avis, moi je me casse.

navila rcupre une des branches casses par le crash et l'utilise pour enfiler
les lzards dessus. Je me trouve moi aussi une branche et fais pareil ; ce serait
quand mme plus pratique si nous avions un sac. Il faudrait qu'on utilise ces lianes
qu'on a vu dans la fort pour faire des cordes.

Sarah n'est pas compltement d'accord avec nous :

- Je suis d'accord qu'il nous faut bouger, mais a ne sert  rien de se prcipiter.

navila se redresse vers elle :

- Et qu'est-ce que tu veux faire ? On peut rien faire en attendant !

Je parle de mes cordes :

- On pourrait tenter de faire des cordes ou des sacs avec les lianes dans la fort.

Sarah continue :

- On pourrait aussi attendre la nuit, on ne sait mme pas la dure du jour, et en
plus la plupart des btes sauvages doivent sortir de nuit.

- Qu'est-ce que t'en sait ! Et si le jour il dure six jours, on va attendre ? Merde
mais bordel en plus je ne vous demande rien, pourquoi est-ce que j'essaie de vous
convaincre, je m'en tape. Moi je me casse, vous faites votre vie, je m'en cogne.

navila s'loigne alors du vaisseau, avec sa brochette de lzards. Je finis de faire
la mienne et je la suis, en appelant Sarah au passage.

- Viens, Sarah, on va faire un petit tour, on reviendra au vaisseau s'il commence
 faire nuit ou si quelque chose ne va pas.

Sarah me suit  contre coeur.

"Tu sais qu'elle est barge, me dit Sarah, c'est quand mme sa faute si on s'est crash
sur cette fichu lune."

"Ce n'est peut-tre pas de sa faute, dis-je, peut-tre que le vaisseau  eu un problme,
a t percut par un astrode..."

"Non, non, non, me reprend Sarah, c'est elle qui a compltement foir."

navila se retourne vers nous.

- Si vous voulez venir avec moi vous la jouez franc-jeu, OK ? Alors arrtez vos sym
de merde.

Comment elle fait ?

- Comment tu peux savoir qu'on fait des sym ?

- Je le sens.

Sarah est aussi curieuse :

- Qu'est-ce que tu sens ?

- Je sens vos sales ondes !

- Mais comment, avec ton bracelet ?

Je demande  Sarah :

- Le bracelet peut sentir les sym des autres ?

- Quand on passe par les particules lies, non, uniquement quand on passe par onde,
mais ce n'est pas le cas en ce moment. navila, alors, comment tu sens ?

- Oh vous faites chier, j'en sais rien, je le devine, faut pas tre un gnie pour
s'apercevoir que quand vous restez silencieux comme a vous tes srement en train
de causer.

- Tu peux savoir ce qu'on dit ?

- Bien sr que non.

Elle ment !

- Tu mens !

Elle s'arrte et se retourne.

- Oh vous me brouter ! Tu arrtes de m'emmerder ! a fait chier c'est connerie de
franchise et de merde. Moi au moins je ne vous fait pas des messes basses, alors
au prochain commentaire je me casse toute seule et vous allez vous faire voir. Et
si vous avez des trucs  dire, dtes le tout haut !

Elle se retourne pour repartir, puis retourne la tte vers nous.

- Oh et puis merde, faites ce que vous voulez, je m'en tape.

- C'est quand mme bizarre que tu sois toujours nerve comme a,  mon avis tu as
un problme hormonal.

Elle s'arrte et se tourne vers moi, mais ne peut retenir un sourire.

- T'es vraiment qu'un con.

- Allez avance, j'arrte de t'embter.

Elle va pour dire quelque chose, puis se rtracte et reprends la route. Nous arrivons
de nouveau dans la fort, il y a encore quelques lzards qui nous suivent, mais la
plupart ont t immobiliss par le vaisseau. Nous remontons de nouveau le torrent,
mais nous faisons un grand dtour pour viter la clairire. Il fait un peu plus froid,
le ciel s'est couvert et la gante rouge est caches par les nuage, il ne reste que
la gante bleue  l'horizon dont la lumire traverse de temps en temps au milieu
des feuillages. Feuillages n'est pas vraiment exact, car ce ne sont pas vraiment
des feuilles, plutt des sortes de filaments. Je parviens avec difficult  couper
un bout de liane. Ce lierre est vraiment trs solidement accroch aux arbres. J'ai
russi  trouver une pierre suffisamment coupante pour rcuprer environ trois mtres
de liane. Sarah porte mes lzards, et tout en marchant je tente de sparer les trois
filaments qui compose ma liane et tente d'en faire un panier, ou un sac.

Le climat s'est un peu dtendu et nous nous arrtons souvent pour regarder un nouvel
insecte, une nouvelle plante ou un petit point de vue en haut d'une grosse pierre.
Nous avons mont ou moins deux cents ou trois cents mtres de dnivel, nous voyons
la trace du crash de temps en temps en contre-bas. Il y a plus de vent, mais le jour
n'a toujours pas l'air de dclin, la gante rouge a boug dans le ciel, cependant.
D'aprs Sarah le jour doit durer entre deux et trois jours d'Adama.

La fort ne change gure, toujours ces mmes arbres. Aprs trois bonnes heures de
marches, nous faisons une pause pour manger les lzards. Nous commenons  avoir
vraiment faim, les lzards ne forment pas un repas trs copieux. Cela nous permet
dj de ne plus avoir  les porter. Nous buvons un peu d'eau dans le torrent, mme
si elle a toujours ce got prononc pas trs agrable. Aprs notre pause repas, nous
avanons encore deux bonnes heures, mais nous sommes rapidement puiss. La gravit
sur cette plante semble au moins aussi lev que sur Adama. Et si nos clones sont
normalement suffisamment muscls pour la supporter, c'est sans compter sur la faible
quantit d'oxygne qui nous essouffle.

Il fait toujours aussi jour, et nous n'avons parcouru que la moiti de la pente avant
de pouvoir atteindre les zones moins boises d'o nous esprons avoir un meilleur
point de vue. Encore une bonne demi-heure et je commence  avoir la tte qui tourne
et mal au ventre. Je m'arrte un moment sur une pierre. Sarah et surtout navila
ne font pas de manire pour faire aussi une pause.

- J'ai la tte qui tourne, vous croyez que c'est le manque d'oxygne ?

Sarah me demande de me pousser un peu pour lui laisser une place sur la pierre :

- a ne doit pas aider, mais je ne suis pas sr que ce soit la cause. J'ai aussi
mal  la tte, et je commence  avoir mal au ventre, je me demande si cette eau ou
ces lzards sont vraiment comestibles.

- Oui moi-aussi je commence  avoir mal au ventre. Et toi navila ?

- Un peu, mais rien de grave, j'imagine qu'il nous faudra quelques jours pour nous
habitue  cette nourriture.

Le fait de m'arrter n'a fait qu'empirer mon mal  la tte et mon mal au ventre.

- On devrait peut-tre rentrer. Si on commence  aller pas bien, c'est plus sr qu'on
retourne vers le vaisseau.

navila, bien sr, n'est pas vraiment de cet avis :

- On ne va pas s'arrter maintenant ! Encore deux ou trois heures et on sera hors
de cette fichue fort !

Elle a du courage. Moi dj juste rentrer a m'tonne un peu, alors rajouter cinq
ou six heures de plus... Sarah ne dit rien mais elle n'a pas l'air beaucoup plus
enchante.

- Vaz-y, avance, on va rester l un peu avec Sarah, si a va mieux on te suivra,
sinon on se retrouvera ici quand tu reviendras.

- Mouais... Bon j'y vais alors.

Elle part en trottinant, elle est vraiment incroyable. Je respire de grande bouffe
d'air pour essayer de faire un peu passer mon mal au ventre, mais rien n'y fait.
Sarah me demande :

- Tu crois que c'est les lzards ?

- Sans doute, c'est les lzards ou l'eau, a peut tre autre chose ?

- Je ne sais pas. Peut-tre le manque d'oxygne, ou un compos de l'atmosphre, ou
mme ces sortes d'arbres, peut-tre rejettent-ils une substance toxique pour nous.

- C'est vrai que c'est difficile  savoir, mais on ne va pas faire long feu si on
ne peut pas trouver de quoi boire ou manger.

- De toute faon je ne vois pas ce qu'on peut faire ici. Il n'y a pas de technologie
sur cette plante, le vaisseau aurait capter des ondes.

- Peut-tre que ses dtecteurs taient nazes ?

- C'est vrai. Mais comment savoir, il va falloir qu'on parcoure combien de kilomtres
(quadri-pierres) pour trouver quelque chose ?

- Qu'est-ce que tu veux faire d'autre, te laisser mourir ?

- J'en sais rien... En plus on ne sait rien de ce qu'il se passe dans la Congrgation...

- Tu sais qui nous a attaqu ?

Sarah reste silencieuse un instant.

- Non... Je ne vois pas...

- Vraiment ?

- Oui, je ne mens pas, tu le vois bien.

- Ne t'nerves pas... Et puis sur Adama tu as menti sans que personne n'y voit rien.

Elle ne dit rien.

- Depuis quand fais-tu partie de l'exprience Terre ?

- Depuis que j'ai 33 ans (20 ans d'Adama), c'est  dire environ 2070 ans (1270 ans
d'Adama).

- Tu as du voir un paquet de truc... Pourquoi est-ce que tu m'as aid, sur Terre
?

Elle ne dit rien.

- Tu ne veux pas rpondre ?

- Parce que je voulais dnicher les personnes qui truquent l'exprience.

- Ce sont des hommes de l'Au-del ?

- Oui.

- Tu as russi  en avoir ?

- Non.

- Toutes les personnes de l'organisation que j'ai rencontr sont des hommes de l'Au-del
?

- Oui.

- Et les hommes qui m'ont attaqu au Mexique et  Sydney, les gros balaizes, c'tait
aussi des gars de l'Organisation ?

- Je ne sais pas. Je ne sais pas qui taient ces hommes. Sans doute des hommes de
main.

- Je ne suis pas sr,  Sydney les policiers, qui taient srement de l'organisation,
se sont pris  partie avec le gars qui m'avait attaqu.

- C'tait peut-tre un autre courant, ou peut-tre ne sont-ils pas d'accord entre
eux.

- Mouais... O est la Terre par rapport  Adama ?

- Loin, trs loin. La Terre est aux limites de la Congrgation.

- Qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant ?

- Pour la Terre ?

- Oui, si l'exprience est arrte, comment a va se passer, tout d'un coup tous
les habitants de la Terre vont devenir membres de la Congrgation ?

- C'est souvent un peu plus complexe que a. Il faudra sans doute des annes et des
annes avant que tout le monde se mette d'accord sur la procdure  suivre. De toute
faon avec l'attaque de la Congrgation ce n'est plus vraiment d'actualit, et en
plus il est a compter qu'on n'en saura jamais rien.

- Tu penses qu'on va rester ici ?

Elle s'nerve un peu.

- Et tu crois qu'on va partir comment ? a fait mme pas un jour qu'on est l, on
s'est dj fait attaquer, et on est malade comme des cochons.

L'expression de Sarah me fait sourire.

- a te fait marrer !

- Chez nous on dit plutt 'malade comme des chiens'.

- Oui je sais.

Je change de langue, je lui parle en Franais.

- Tu parles franais. Ah oui c'est vrai  Sydney tu m'avais parl franais !

- Oui je l'avais appris pour toi, d'ailleurs.

- Ton accent est superbe.

a fait tellement de bien de parler franais ! Tout d'un coup j'ai l'impression de
sortir de prison ! De me retrouver dans la nature de ma jeunesse ! Sarah sourit.

- Tu es belle quand tu souris.

Elle me regarde, gne :

- Merci.

Elle ne dit plus rien, j'ai envie de l'embrasser. Ah Pnople, o es-tu donc ? J'espre
qu'il ne t'est rien arriv. Et Deborah, ma Deborah, que fais-tu, toi, encore l-bas,
sur Terre, alors que je suis l si loin... Combien de temps que je ne t'ai vu ? Depuis
novembre 2002, j'ai compt 376 jours, 377 maintenant, sans doute, nous sommes dsormais
en dcembre 2003, peut-tre mme en 2004... Plus d'un an, plus d'un an que je cavale,
de par le monde et l'Univers ! Tout ce dont j'avais jamais rver ! Me trouver sur
d'autres plantes ! C'est dingue, dingue, dingue ! Je crois que j'ai toujours du
mal  y croire, assis sur ma pierre  ct d'une nana qui a plus de deux mille ans,
mais qui ferait bander un aveugle, perdu sur la lune d'une plante grosse comme cent
fois la Terre dans un systme  trois toiles au fin fond de la galaxie... Si je
suis encore dans la Voie Lacte, ce qui n'a rien de sr... Mon Dieu, une autre galaxie
! Il y a de la vie ailleurs, il y a des lzards  deux queues ! Rien que a devrait
me contenter, rien que a devrait me suffire pour avoir une mort heureuse... Pourtant
je veux toujours en savoir plus... Mais qu'est-ce que je veux savoir, dsormais ?
A priori l'organisation est constitue d'hommes de l'Au-del, qui ont trouv refuge
sur Terre aprs le Libre Choix, il y a mille quatre cents ans. Finalement, les questions
qu'il me reste, j'ai moyens d'en trouver rponse, c'estnavila la cl du mystre,
pourquoi m'a-t-elle donn ce bracelet ? Pourquoi m'en veut-elle autant, pourquoi
a-t-elle voulu me tuer ? Pourquoi est-ce que je la retrouve sans cesse sur ma route
? Elle aussi a rencontr le bleu-man... Est-ce vraiment un hasard, si je me retrouve
ici, perdu, avec elle ? Se pourrait-il que tout a ft arranger ? Qu'elle soit de
mche avec le mec en bleu ?

Si c'est bien le cas rien n'est alors perdu. Mais serait-elle aussi manipul ? Joue-t-elle
la comdie ? Sarah pourrait-elle tre dans le coup aussi ? Aprs tout c'est elle
qui m'a tir d'affaire sur Terre, mais n'tait-ce pas dans le but prcis de me faire
capturer ? C'est elle qui pilotait le vaisseau quand nous avons subitement t tlports
ici. Que croire, la fonction des bracelets permettant de savoir qui ment serait bien
utile, mais que croire, quand navila semble pouvoir la contourner, et que Sarah
tait dans le coup avec Goriodon et les artificiels...

Sarah n'a pas l'air d'aller trs bien. Elle a la tte entre les mains, les coudes
appuys sur les genoux. Je ne vais pas super bien non plus, mon mal au ventre, s'il
n'a pas empir, reste persistant.

- a va ?

- Pas trop...

- Tu veux qu'on commence  rentrer au vaisseau ? Le plus vite arriv le plus vite
on pourra se soigner.

- Se soigner comment ? On ne va pas passer dans les tubes pour si peu. De toute faon
si on ne peut pas manger, on va mourir, alors...

- C'est encore un peu tt pour baisser les bras, et puis nous n'avons goter qu'
ces lzards  deux queues, il y a peut-tre d'autres espces plus comestibles.

- Pfff... Manger ces animaux,  quel point en sommes-nous rendu...

- Depuis quand est-ce interdit dans la Congrgation ?

- Des millnaires, peut-tre huit mille ou dix mille ans (cinq ou six mille annes
d'Adama).

- a fait un bail. Mais sur Terre tu en mang de toute faon, ce n'est pas si catastrophique
que a, et puis avons-nous le choix ?

- Bien sr, sachant que nous allons sans doute tre clons dans la Congrgation dans
cent soixante ans (cent annes d'Adama), nous devrions plutt nous laisser mourir
et ne pas continuer cette alternative abjecte.

- Alternative abjecte ! Je ne suis pas mon clone, il vont peut-tre me cloner dans
cent soixante ans, mais ce ne sera pas vraiment moi ! Moi ici peut-tre que je vais
mourir, mais je ne veux pas me laisser faire, et entre moi et les lzards, j'ai fait
mon choix depuis bien longtemps...

Sarah ne dit rien.

- Pourquoi moi, Sarah ? Pourquoi navila m'a donn le bracelet ? Pourquoi tu m'as
aid ? Pourquoi il m'arrive tout a ?

- Je ne sais pas.

- Tu n'es pas compltement sincre.

- Je... Je ne sais pas pourquoi navila t'a donn le bracelet. Mais  partir de l
a ne pouvait tre que toi, c'est de toi dont je me suis servi pour dcouvrir qui
se... Pour essayer de faire sortir ces gens de l'Organisation, comme tu dis.

- Et la disparition de Naoma ?

- Incomprhensible. Je n'ai pas eu toutes les infos, mais apparemment sa disparition
reste inexplique. C'est le premier cas d'un tel problme de puis des millnaires.

- Tu ne sais vraiment pas qui a pu attaquer la Congrgation, alors ?

Sarah s'nerve.

- Non ! Non je ne le sais pas, tu ne me crois pas ? Non, j'en sais rien moi de tout
a... Je... Et puis mince.

Bestioles
---------



Nous sommes coups par un sym d'navila :

"Courrez au vaisseau ! nous syme navila, courrez ! Je me suis fait attaquer par
des bestioles, ces saloperies non pas d'onde mentale, courrez !"

navila nous donne accs  sa vision, elle est en train de se battre contre un troupeau
de btes de la taille d'un lopard. Elle n'a qu'un bton pour djouer leur attaque,
les manches de sa combinaison sont en lambeaux, elle semble blesse  de multiples
endroits, ses avant-bras sont en sang.

"Bougez-vous bordel ! nous crie-t-elle avec son bracelet, je me dirige droit vers
le vaisseau, je ne vais pas faire de dtour, je ne tiendrai pas, courrez !"

Nous rflchissons quelques secondes avec Sarah, attendre pour l'aider ?

"Non ! nous coupe-t-elle, surtout pas ! Ils vont nous dchiqueter, rentrez ! Vous
serez peut-tre sauf, je ne sais pas si j'y parviendrai de toute faon, ne vous occupez
pas de moi !"

Le bracelet donne navila  cinq kilomtres (cinq quadri-pierres), le vaisseau est
 prs de huit kilomtres. Cinq kilomtres ! Elle a d courir ! Nous avons fait huit
kilomtres en quelque chose comme 5 heures, et elle n'a pas d partir il y a plus
de deux heures.

Sarah  du mal  courir, je l'aide un peu, j'ai aussi encore trs mal au ventre et
 la tte. J'ai toujours mes lianes, mais elles me ralentissent plus qu'autre chose.
navila se rapproche de nous  grande vitesse, dix minutes plus tard, alors que nous
n'avons parcouru qu'un kilomtre, navila n'est plus qu' quatre de nous.

Je presse Sarah, mais elle tombe souvent.

- J'ai la tte qui tourne trop, si on continue  cette vitesse je vais tomber dans
les pommes.

- Respire plus vite ! Allez relve toi, vite ! navila arrive sur nous.

Je la prends par le bras et la tire, mais elle n'avance pas ! Nous sommes toujours
dsesprment lent par rapport navila. J'ai moi aussi la tte qui tourne de plus
en plus, j'ai du mal  comprendre tout ce que me dit Sarah. Je la tire sans mnagement.
Nous avons perdu la piste par laquelle nous sommes venu, et nous perdons du temps
dans les buissons et les branches. Je laisse tomber mes lianes, tant pis, mais elles
s'accrochaient sans cesse.

- Allez ! Sarah !

J'ai presqu'envie de la laisser tellement elle va doucement ! navila n'est plus
qu' deux kilomtres et nous sommes encore  quatre kilomtres du vaisseau !

Sarah glisse et tombe dans une pente raide, je me jette derrire elle pour tenter
de la rattraper, mais elle glisse et roule jusqu'en bas. Cela aurait pu nous faire
gagner du temps si elle ne s'tait pas blesse en tombant. Elle s'est ouvert la main
sur une pierre ou une branche qui dpassait. Je ne lui laisse pas le temps de regarder
sa blessure, elle se plaint mais je continue  la tirer.

Du bruit ! Nous entendons les grognements et les sifflements atroces des btes qui
ont attaqu navila, elle n'est plus qu' quelques centaines de mtres alors que
le vaisseau est  plus d'un kilomtre et demi.

Le vacarme est norme ! On dirait que ces bestioles labourent tout sur leur passage,
on entend des arbres tomber. navila crie, elle jure  n'en plus finir. Je n'ai pas
le temps de voir venir,  peine eus-je l'ide de me trouver un bton pour me dfendre,
deux btes on dj saut sur Sarah ! Mon Dieu, elle sont immondes ! On dirait qu'elles
sont  moiti brles ! Il en arrive de partout ! Sarah est au sol, elle hurle. Les
btes sont en train d'ssayer de lui manger le flanc !

Je prends la premire pierre que je trouve et la lance sur une bte. Elle hurle,
se retourne vers moi et me saute dessus. Elle me jette au sol. Je me protge avec
mon bras, qu'elle attrape avec son bec muni de dents. La combinaison tient bon, je
lui donne plusieurs coups de poings et tente de la faire passer par dessus moi. Elle
griffe avec ses pattes. Je parviens  la renverser, je me relve et lui donne un
coup de pieds de toutes mes forces dans la tte. Je fais de mme avec la bte sur
Sarah. J'aide Sarah  se relever, je lui hurle de courir le plus vite possible vers
le vaisseau.

Ce n'tait qu'un avant-got ! J'aperois navila au prise avec des dizaines de ses
sales bestioles qui arrive ! Mais comment fait-elle ! Mais je n'ai pas le temps de
rflchir, je me fais attaquer par derrire par une des btes que j'ai frapp. L'autre
est partie aux trousses de Sarah, elle lui a saut dessus, Sarah est au sol.

"Va prs de Sarah, me commande navila, je vous rejoins, nous allons nous regrouper,
tente de te trouver un bton ou quelque chose !"

Facile  dire, j'ai l'autre bestiole qui m'a bondi dessus ! Je crois qu'une de ses
griffes a perc ma combinaison au niveau du ventre, j'ai une forte douleur  ce niveau
l. Je finis par lui attraper une patte et la lancer contre un arbre. Je cours vers
Sarah, attrape une patte arrire de la bte qui lui attaquait le dos et je la projette
de toutes mes force contre une grosse pierre.

Mais le troupeau enrag arrive  ce moment l, quatre ou cinq btes me tombent dessus
simultanment. Je frappe comme je peux, tente de les projeter, mais je fatigue vite.
navila arrive, elle dploie une force phnomnale ! Elle est en sang de la tte
aux pieds.

- Relve Sarah ! Vite !

- Je fais ce que je peux !

Je suis  bout de force, ma vision se trouble dangereusement. Sarah semble avoir
perdu connaissance. J'arrive  parvenir jusqu' elle, impossible de la rveiller,
d'autant que des dizaines de btes me saute dessus tour  tour. Plusieurs sont sur
Sarah dsormais ! Bordel ! Ces saloperies sont en train de la bouffer !

navila est encore plus froce que les btes, elle hurle en les projetant avec une
force en laquelle j'ai du mal  croire, je tente de faire comme elle mais je suis
beaucoup trop fatigue. Voyant que j'ai du mal, elle me jette son bton. C'est impossible
! Je ne tiendrais pas ! navila trane Sarah et repoussant tant bien que mal les
attaques des btes. Je suis dsormais prs d'elle et je tente de l'aider du mieux
que je peux avec mon bton, mais c'est surtout moi que j'essaie, vainement, de dfendre.

Nous avanons un peu, tant bien que mal, le vaisseau ne doit plus se trouver qu'
quelques centaines de mtres. Mais je n'en peux plus, je tombe au sol. Les btes
me sautent dessus de toute part. Je ne parviens pas  me relever. Une des btes finit
par mordre le bton  et me le retirer des mains. C'est foutu ! Merde... Sarah avait
peut-tre raison, autant mourir...

Je me bats tant bien que mal encore quelques minutes, mais la douleur est trop intense,
ces saloperies sont en train de me bouffer, bordel, quelle vie de merde...

Attente
-------



Rveil difficile...

Je suis dans un tube, encore. Je me rendors.

Arg, ma tte ! O suis-je, encore ?

Soudain le bruit d'un choc me fait frissonner. J'interroge mon bracelet, c'est toujours
le mme que celui du vaisseau. De toute faon o pourrais-je tre ailleurs que dans
un des tubes du vaisseau ? Remarque il se passe tellement de trucs bizarres.

J'ouvre mon tube ; je me relve doucement, je suis bien dans le vaisseau, je suis
nu dans mon tube, je n'ai pratiquement plus de blessure, juste bon nombres de cicatrices
supplmentaires qui s'ajoutent  celle que j'ai dj. navila est l, assise dans
un coin.

- Salut.

Elle tourne la tte vers moi, ne rpond pas au dbut, puis finalement me lance un
"salut" nonchalant.

Un nouveau grand bruit se fait entendre.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Les bestioles, elles s'archarnent depuis que je vous ai ramen ici.

- J'ai perdu connaissance, dsol, je... Merci.

- Ya pas de quoi.

- Mais, tu es bless, tu n'es pas pass dans un tube ?

- Je ne pouvais pas. Seule Sarah peut activer la rgnration, j'ai russi  la mettre
en place pour elle et toi, mais pas pour moi.

- Prends mon tube, peut-tre que je pourrais l'activer.

- Non tu ne pourras pas.

- Pourquoi ? Si toi tu y es arriver, regarde, tu es meurtrie de partout, tu ne peux
pas rester comme a.

- Laisse, OK ? C'est bon, a va mieux maintenant, j'ai un peu dormi, a va. J'ai
juste faim.

- Combien de temps suis-je rest dans le tube ?

- Deux jours d'Adama.

- a fait deux jours que tu attends, et les bestioles saute tourne autour du vaisseau
depuis deux jours ?

- Oui, et il ne fait toujours pas nuit.

Hum, deux jours de tube, il a bien d s'couler un jour entre le crash, avant. Ce
qui me ferait un total d'environ 379 jours.

- Sarah, comment va-t-elle ?

- Je pense qu'il lui faudra encore un jour ou deux pour se remettre, elle tait plus
amoch que toi.

- Tu as essay de griller une bestiole dehors ?

- Non, je n'ai pas le contrle du vaisseau, mais je ne sais pas si t'a remarqu,
elles sont dj grilles.

- Oui elles ont une texture assez bizarre. Comment a se fait que les bracelets sont
inefficaces, elles n'ont pas de systme nerveux ?

- Si, mais il ne ragit pas, on dirait qu'elles ont un systme parallle qui contrle
leurs mouvements, qui ne fonctionne pas par impulsions lectriques.

La pauvre, sa combinaison est compltement dchires, il ne lui reste gure qu'un
court short et de quoi lui faire avoir un minimum de pudeur.

- Tu ne veux vraiment pas venir dans mon tube, tu fais vraiment piti.

- Je t'emmerde.

- Dsol, je ne voulais pas te blesser, dans ma langue cette expression n'est pas
ngative.

Sur ce elle me rponds en franais.

- Je sais.

- Tu parles franais ?

- Bien sr...

- Tu veux ma combinaison, alors, la tienne est dans un sale tat. Quoi que je n'ai
pas vu la mienne.

- C'est pas mieux, tient, enfile l... Tu...

Elle me regarde un instant.

- Tu as beaucoup de cicatrices.

Sa voix ! C'est la premire fois que j'entends un ton amical ! C'est magnifique.

- Oui ces sales bestioles m'ont bien amoches.

- Mme avant, quand je t'ai mis dans le tube, tu en avais dj beaucoup.

- Oui, tu sais a fait plus d'un an que je cours dans tout l'univers, qu'on me tire
dessus, que des bestioles m'attaquent, que je me fait frapper, attaquer, craser
au sol, sans que je sache pourquoi, alors a marque... Encore plus psychologiquement
que physiquement, d'ailleurs...

- Tu sais trs bien pourquoi.

Elle reprends sont ton dsagrable. Je rponds sans mme vouloir la contredire, je
ne me rponds qu' moi-mme, de toute faon elle va encore m'envoyer patre.

- Non je ne le sais pas...

Nous restons silencieux un instant, j'enfile ma combinaison. Les bestioles sautent
toujours contre le vaisseau. Deux jours qu'elles s'acharnent ! Il ne doit vraiment
rien avoir  bouffer dans le coin... Je m'appuie contre la paroi du caisson,  l'oppos
d'navila, comme pour en tre le plus loin possible. Elle est vraiment belle. Elle
me rappelle quelqu'un, mais qui, a remonte  si longtemps.

- Tu peux arrter de me regarder, s'il te plait ?

- Dsol. Tu me rappelles quelqu'un, tu es all sur Terre avant de me donner le bracelet
?

Elle ne rpond pas.

- Qu'est-ce que a peut faire que tu me le dises ? De toute faon on est coinc sur
cette foutu lune, qu'est-ce que tu veux que je fasse, que j'utilise un bracelet magique
pour appeler le gant bleu et lui dire o tu es cache ? Qu'au dbut tu te sois trompe,
OK, mais maintenant, aprs tout a, comment tu peux encore croire que je suis le
dernier des salauds qui a dtruit tous tes rves et je ne sais pas quoi encore. Et
puis si vraiment tu me hassais, pourquoi m'as-tu sauv, aujourd'hui, pourquoi tu
ne m'a pas laiss me faire bouffer par ces saloperies de lopards  bec crams ?

- J'aurais pu, et ne me le fait pas regretter. C'est moi qui dciderait quand je
me vengerai de toi, moi seule.

- Pfff, foutaise de merde, t'es pitoyable dans ton enttement,  quoi a nous avance
?

- Et  quoi a t'avance que je te raconte ma vie ?

- Ben, je sais pas,  briser un peu la glace, aprs si a se trouve je pourrai te
payer un verre.

Elle sourit.

- Pfff, t'es vraiment qu'un pauvre con.

- Tu parles quand mme sacrment bien le franais, c'est votre apprentissage automatique
qui fait a ? Sarah aussi parle le franais d'ailleurs, on devrait toujours parler
en franais, a serait cool.

Elle ne dit rien.

- Comment tu as fait pour nous ramener ici ?

- Je vous ai tir.

- Mais comment tu as russi  nous tirer avec ces sales bestioles qui continuaient
 t'attaquer.

Elle s'nerve.

- J'en sais rien, je vous ai tirer, j'ai frapp ces sales btes, j'ai russi  faire
vite, c'est tout.

- Et comment tu as ouvert le vaisseau, si seule Sarah peut le contrler.

- J'en sais rien, je l'ai ouvert, c'est tout, et si tu continues  poser des questions
je t'envoie dehors.

- OK... De quoi est-ce que tu veux qu'on parle ?

- De rien, je ne veux plus entendre ta sale voix.

C'est pas possible d'avoir un si mauvais caractre ! Elle est vraiment incroyable.
Comment a-t-elle pu nous ramener ici ? Et la faon dont elle se battait contre ces
btes ! S'il y a quelqu'un de pas normal ici, c'est elle. Elle aurait vu ce mec en
bleu, aussi ? Peut-tre qu'il lui a fait subir le mec truc qu' moi, ce truc sur
le cerveau. Peut-tre qu'elle a survcu, elle. Qui peut-il bien tre. Dans la station
elle disait qu'il allait venir tout dtruire. Peut-tre que c'est elle, la tratre,
aprs tout, peut-tre que c'est grce  elle qu'il a pu attaquer la Congrgation.
Mais qu'est-ce que j'ai  faire dans cette histoire ? Elle m'a donn le bracelet,
et le bracelet a tent de me tuer, ou tout du moins il m'a fait tellement dprim
que j'ai failli me tuer moi-mme. Ensuite les bracelets  Washington et  Sydney
on aussi tenter de me griller le cerveau, mais j'ai pu m'en tirer. Et cette pierre,
comment ai-je pu la trouver par hasard ?

- C'est toi qui m'a donn la pierre ?

- Qu'elle pierre ?

- Aprs que je me suis noy, sur l'le de R, la pierre qui permet de rsister au
bracelet, qui permet de rsister au gant bleu, aussi, j'imagine. Tu a utilis cette
pierre ? C'est grce  elle que tu as rsist  l'attaque du gant bleu sur ton cerveau
?

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Tu fais chier !

- C'est toi qui fait chier, occupe toi de ce qui te regarde.

C'est quand mme frustrant de l'avoir l, sachant qu'elle a sans doute beaucoup de
rponses, et qu'elle refuse simplement de parler pour je ne sais qu'elle raison.

- C'est quoi les plantes rebelle.

- Un lieu o tu ferais mieux de ne pas aller si tu tiens  ta vie.

- Je ne tiens pas  ma vie, c'est toi qui y tiens, c'est toi qui m'a sauv.

- Ta gueule.

- Putain mais a t'avance  quoi de m'envoyer chier sans arrt, qu'est-ce que tu
vas y gagner ? C'est compltement dbile ce comportement. Tout a parce que tu ne
veux pas admettre que tu t'es plant, tout a parce que tu ne veux pas comprendre
que je ne suis pas celui que tu cherches.

- Tu l'es, tu caches bien ton jeu, c'est tout.

- N'importe quoi, j'ai failli me faire bouffer par ces sales btes, si j'tais vraiment
super mchant, dj ces btes elles n'auraient pas voulu de moi, et puis j'aurai
t sauv par un monstre immonde, pas par la plus belle fille que j'ai jamais vue.

Elle ne dit rien, me regarde silencieusement, puis elle tourne la tte.

- Ta gueule de macaque me suffit pour croire que t'es qu'un salopard.

- a ne serait pas toi, plutt, la tratre, navila ? a ne serait pas toi qui aurait
rancarder le gant bleu ? Moi le gant bleu il m'a but, mais toi, si tu l'as rencontr,
si tu savais qu'il allait attaquer, c'est pas toi plutt la petite salope dans l'histoire
?

Je n'ai pas le temps de ragir quand elle bondit et me saute dessus. Elle m'attrape
 la gorge.

- Ta gueule ! Tu vas la fermer !

- Non, je ne vais pas la fermer, moi je n'ai rien  me repro...

Putain elle serre fort la garce.

- ... me reprocher...

Elle serre encore un peu puis me repousse et se recule.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, tu ne sais rien, alors tais-toi.

Je la laisse retourner dans son coin.

- T'as vraiment un problme. Tes parents te battaient ou quoi ?

Elle me jette un regard noir et ne rponds pas.

- Mais on va rester l jusqu' quand, on va crever de faim l-dedans !

- Tu veux sortir ? Te gne pas, moi je ne mets pas les pieds dehors avec ces bestioles,
j'en ai trop bav.

Inlassablement ces sales bte sautent sur le caisson, donnent des coups de bec dedans,
rien ne semble les arrter. Vivement que Sarah se rveille, peut-tre qu'avec le
vaisseau elle pourra les repousser.

Que faire, attendre... Mais attendre quoi ? Que Sarah se rveille, a peut prendre
des jours... Je n'ai pas trs faim, le tube a d me donner de l'nergie. Et navila
? elle n'a pas manger depuis qu'elle nous a ramen, deux jours ! En plus elle a t
vraiment salement blesse, ses avant-bras et ses jambes sont recouverts d'ecchymose
et de crotes. Elle me fait de la peine, mais bon, si elle s'entte...

Du temps passe, je m'endors plus ou mois, deux ou trois heures doivent s'couler,
navila est toujours dans son coin, moi toujours dans le mien. Finalement, contre
toute attente, c'est elle qui brise le silence :

- Il y a des hommes sur cette plante.

- Comment le sais-tu ?

- Je ne sais pas, je le sens, je crois.

- Tu le sens ? Tu les sens ?

- Oui, je... C'est un peu comme quand vous faites de sym entre vous, je sens quelque
chose. L c'est pareil, je sens comme des gens qui parlent entre eux.

- Ils sont loins ?

- Je ne sais pas.

- C'est rcents ses sensations, le sentais-tu aussi avant ?

- Oui, un peu, mais je n'y ai jamais vraiment fait attention.

Je ne sais pas trop quoi dire, je ne voudrais pas l'nerver, pour une fois qu'elle
semble un peu plus loquace. Elle continue :

- Mais...

J'attends.

- Pff, non rien, c'est dbile.

- Dis toujours.

Elle soupire, elle me regarde puis regarde la paroi, un bestiole tape tellement fort
contre le caisson qu'il bouge un peu. Les sifflements de ses saloperies me font frissonner.

- Il y a autre chose... C'est pour a que j'ai pt les plombs dans le vaisseau...
Il y a quelque chose de pas normal ici.

- Tu as dj ressenti a, avant ?

Elle se tourne vers moi subitement.

- Salaud !

Elle se lve et s'approche de moi, je me protge avec mes bras, au cas o elle tente
encore de m'trangler.

- Salaud, c'est toi qui nous a fait venir ici, c'est a !

- Mais qu'est-ce que tu racontes, tu ptes encore un plomb ou quoi !

- Connard !

Elle se jette sur moi, je la repousse et me relve, elle me ressaute dessus, je trbuche
sur un des tubes et tombe.

- Mais oui ! Bien sr ! Suis-je bte ! Pourquoi n'y ai-je pas pens plus tt, c'est
vident !

Je me relve avant qu'elle ne soit sur moi.

- Je ne vois pas ce qui est vident...

- Espce de petite merde, en fait tu nous as ramen tranquillement chez toi pour
m'avoir ! C'est chez toi ici, pas vrai ?

- T'es dbile ! C'est pas du tout chez moi ! Mais qu'est-ce que tu ra...

- Encul !

Elle se prcipite vers moi, elle tente de me frapper ! J'vite son coup et je rponds
direct, je la frappe en plein visage et elle part  la renverse.

- Faut se calmer, merde !

Elle trbuche sur un tube et tombe. Elle reste au sol, elle a l'air puise. Je m'approche
d'elle.

- a va ? Je ne t'ai pas vrai trop mal ?

Elle se relve en moins de deux et me saute dessus et tente de nouveau de m'trangler
:

- Putain de salaud, pourquoi tu nous as amen ici, POURQUOI !

Je suis oblig de la frapper de nouveau pour me dgager, elle est compltement barge
!

- Mais a va pas dans ta tte bordel ! Tu pers les pdales ! J'ai rien fait moi,
quand est-ce que tu vas comprendre a, que depuis le dbut ne n'ai ABSOLUMENT rien
fait, je ne fais que subir ! Et j'y comprends rien !

- Je vais te crever !

Elle se lance vers moi et me frappe dans le ventre, j'en ai le souffle couper et
me plie sous la douleur. Elle ne s'arrte pas l et me frappe au visage, je riposte
et lui dcoche un coup de genoux dans la jambe, puis la pousse en arrire avec mon
pied. Elle tombe sur un tube, je me remets de son coup de point. Elle se relve.

- Tu joues bien ton jeu, petit salaud, franchement j'ai bien failli me faire avoir.
Heureusement t'es un peu bte.

- navila, mais merde,  quoi a t'avance ? JE NE COMPRENDS RIEN ! J'ai rien fait
putain !

Elle a un peu de mal  tenir debout, mais a ne l'empche pas de revenir  la charge,
elle tente un coup de pied, elle perd l'quilibre mais elle me projette tout de mme
sur le ct.

- Tiens a me rappelle le coup de pied que tu m'avais fil dans le coin de la rue,
le jour o je t'avais couru aprs.

Je me relve plus vite qu'elle et je la pousse sans mnagement contre une paroi.
Elle est bloque  genou, je la tiens en tranglement, appuyant de tout mon poids
sur elle, ma tte, replie, poussant contre son dos, de faon  ce qu'elle ne puisse
pas l'atteindre.

- Tu fatigues, tu ferais bien de te reposer un peu, plutt que de t'exciter comme
a.

Elle a du mal  respirer, je ne voudrais pas l'trangler compltement non plus, je
relche un peu ma prise. Elle souffle difficilement.

- Je te hais ! Pourquoi tu me fais a, pourquoi tu m'amnes ici !

- Je ne t'ai pas amen ici, navila !

- Tu veux juste t'assurer que je vais bien crever ici, c'est a ?

- Je ne veux pas que tu meures, navila.

- Alors pourquoi tu es tomb dans les pommes pendant l'attaque des btes, pourquoi
tu les as fait venir ?

- Je ne les ai pas du tout fait venir ! Comment aurai-je fait une chose pareille
! Mais pour qui me prends-tu, un Dieu ?

- Pourquoi...

- Pourquoi quoi ? Je suis prt  rpondre  toutes tes questions.

- Tu n'es pas sincre...

Sa voix devient plus faible, j'ai peur de trop la serrer, je me retire d'un coup.

- Oh et puis merde !

Elle se relve d'un coup et me saute dessus, je la laisse presque faire, parant juste
un peu ses coups.

- Allez, frappe-moi, acharne-toi, a va vachement t'avancer ! De toute faon tu n'es
pas logique ! Tu me sauves de ces bestioles et maintenant tu voudrais me tuer ! La
vrit c'est que t'es paume, autant que moi, tu comprends pas ce qu'il t'arrive
et t'as tellement les boules de te...

- Ta gueule !

Je ne pare pas un puissant coup de poing qui me rend presque KO, elle a toujours
autant d'nergie !

- La vrit c'est que tu as tellement peur de te tromper que tu ne prfres faire
aucun choix ! Bordel, QU'EST-CE QUE JE T'AI FAIT !

- T'es un salaud, un salaud...

- Dis moi UNE SEULE CHOSE de mal que je t'ai faite, allez, vas-y ! Dis moi une seule
chose de mal que je t'ai faite qui n'tait pas en rponse d'une de tes attaques !

Elle est devenue beaucoup moins agressive depuis que je suis passif, tentant simplement
d'viter ses coups. Elle reste silencieuse.

- Et si c'tait lui, qui te trompait, hein ? Si c'tait lui ? Aprs tout c'est lui
qui t'as envoy ici, c'est pas moi, c'est lui !

- Tu mens ! Tu mens ! Tu me bouffes ! Tu me ronges ! C'est affreux, c'est affreux...
J'ai tellement mal...

Elle s'arrte finalement de tourner et se laisse glisser contre la paroi, elle est
 bout.

Elle m'a bien frapp la garce, elle m'a fait mal !

Si seulement elle m'en disait un peu plus ! Si seulement elle m'expliquait pourquoi
elle m'en voulait rellement, peut-tre qu'on pourrait rflchir ensemble... Elle
est de nouveau calme, affal dans son coin. Remarque, a fait passer le temps...
Je devrais peut-tre continuer  la provoquer, peut-tre qu'elle finirait par dire
ce qu'elle sait.

De multiples heures passent, navila s'est assoupie, j'ai aussi fait un petit somme.
La faim et surtout la soif rendent cette attente trs difficile. Je me demande comment
navila peut bien tenir, depuis plus de deux jours qu'elle attend ici sans rien boire
ni manger. Il semble que les bestioles se sont un peu calm, on les entends toujours
tourn autour du vaisseau, mais leur vhmence est moindre. Le jour commence  dcliner,
enfin...

Si seulement nous avions un rcipient, je pourrais peut-tre tenter d'aller  la
rivire et ramener de l'eau.

Encore quelques heures, je n'en peux plus coinc dans ce caisson ! Il va falloir
que je sorte ! Le jour semble bien toucher  sa fin, peut-tre que ces btes ne tranent
pas la nuit, ce serait une aubaine. J'aimerais ouvrir le caisson pour sortir, mais,
je ne sais pas comment faire. Mon bracelet ne me donne pas du tout accs au vaisseau,
je ne sais pas comment a fait navila. Je vais doucement vers elle, elle dort profondment.
Je la secoue un peu, il ne faudrait pas qu'elle perde connaissance. Elle gmit :

- Soif...

- Oui, je vais tenter d'aller cherche de l'eau, mais il faudrait que tu m'ouvres
le caisson.

- Soif...

Je la secoue un peu plus.

- navila, les btes sont parties, il faudrait que tu ouvres le caisson, je pourrais
aller te cherche de l'eau.

- Je pourrais pas... Il faut rveiller Sarah. J'en peu plus...

- Comment fait-on ? Comment est-ce que je peux ouvrir son tube ?

navila reste silencieuse un instant :

- Je n'y arrive pas, c'est trop dur, il faut attendre...

Elle commence vraiment  tre mal en point. Qu'est-ce que je peux bien faire, comment
ouvrir ce foutu caisson, comment a-t-elle pu s'y prendre ? Je ne trouve vraiment
rien dans le bracelet qui me permette d'accder au vaisseau, tous les accs sont
interdits. Pourtant ce maudit vaisseau devrait bien se rendre compte que je suis
la seule personne valide qui reste ! Je ne vais quand mme pas mourir de soif enferm
ici !

Quelques heures plus tard, mon bracelet commence  srieusement beeper sur ma dshydratation
avance. navila est de nouveau dans les vapes. Je me suis un peu nerv contre la
porte du caisson, sans succs, j'ai retent de me glisser par l'avant, comme le premier
jour, mais rien  faire, j'ai trop peur de rester coinc ou de m'empaler sur un bout
de ferraille qui dpasse.

- Il pourrait pleuvoir, merde ! a nous ferait un peu d'eau !

Il fait maintenant compltement nuit. Je n'entends plus signe des btes, elles ont
du partir. C'est stressant d'tre coinc l-dedans !

Erik me manque. C'est trange. Il me manque presqu'autant que Pnople. Je ne l'ai
presque pas quitt depuis mon dpart de Melbourne, depuis mon dpart de la Terre.
Je crois que je me suis vraiment attach  lui, peut-tre encore plus qu' Naoma,
ou mme Pnople. Je serais prs  le prendre dans mes bras,  le serrer contre moi.
C'est sans doute une forme d'amour, une forme d'attachement, voire mme de dpendance,
qui dpasse un peu le cadre purement basique de l'attirance sexuelle. C'est peut-tre
ce type d'amour qui conduit, parfois,  l'homosexualit, quand, finalement, ce n'est
plus tellement le sexe qui compte, mais l'amour.

Difficile de savoir ce qui me manque le plus, la Terre, Deborah, Erik, Pnople,
Naoma, ma famille, mes amis, Mandrake... Je suis tellement perdu...

Je somnole, je dors un peu, peut-tre beaucoup, mon bracelet est affol, je n'y prte
mme plus attention. Plusieurs heures passent, toujours aucun signe de Sarah ou d'navila.
Je vais mourir ici ? C'est trop bte, pas maintenant, pas si loin, pas sans savoir,
pas sans tre retourn sur la Terre, une fois, au moins...

Camp
----



Jour 380
--------



Une heure, il me faut une heure avant d'avoir des ides  peu prs construites, avant
que cette douleur affreuse, immense, insoutenable ne s'envole comme par enchantement.

J'ai beaucoup de mal  bouger, comme si j'tais extrmement engourdi, il me faut
plusieurs minutes pour reprendre mes esprits, me situer, me rappeler. Tout est assez
flou dans mon esprit, la Terre, Stycchia, Adama, le Congrs, l'attaque, le crash...
a m'a l'air tellement vieux, combien de temps ai-je dormi ?

Il fait toujours nuit, je suis toujours assoiff et affam. Sarah est toujours dans
son tube, navila est allonge  ct de moi. Elle a donc boug, serait-ce elle qui
m'a rveill avec cette douleur ? Qui d'autre l'aurait pu ? Le vaisseau ? Sarah est
toujours endormie, elle ne semble pas tre sortie de son tube. Mon bracelet m'indique
que nous sommes depuis 6 jours dans ce systme, ce qui ferait 382 jours aprs mon
dpart de la Terre. Je ne sais d'ailleurs pas vraiment si ce dcompte vaut encore
la peine d'tre tenu. La plupart des jours que j'ai compt n'taient pas les mmes
que sur la Terre, et je n'avais pas rintgr dans mon bracelet un correctif avec
les jours plus courts de Stycchia et ceux plus longs d'Adama. Dans le vaisseau Sarah
m'a dit que nous tions sur Terre en juillet 2003, fin juillet cela donnerait dans
les 180 jours depuis le 22 dcembre, nous sommes rests deux siximes dans le vaisseau,
soit 194 jours, 6 jours ici, soit 380 au total. Je cale mon bracelet sur  peu prs
24 heures terrestres par jour et programme un calendrier automatique. Nous sommes
donc en janvier 2004.

Une fois cette mise au point faite, je me lve difficilement, je suis  bout de force,
et je n'ai gure plus de courage que d'allonger correctement navila en m'assurant
qu'elle et toujours en vie, et regarder si Sarah respire toujours. Je me rappuie
contre une paroi, il semble que toutes forces m'aient quitt, j'ai bien peur de ne
devoir mourir ici...

Janvier 2004, j'ai eu 27 ans, 28 dans six mois... Bah !  Qu'est-ce que a peut bien
dire dsormais ! Je suis sans doute considr mort l-bas depuis longtemps...

Je suis mort l-bas mais je n'ai pas envie de mourir ici... Sarah, navila, rveillez-vous
!

Je me trane difficilement jusqu' navila. Je la secoue.

- navila ! navila !

Rien...

- navila...

Je me blottis finalement contre elle, j'ai froid, j'ai peur, je ne sais pas trop
ce que j'ai, peut-tre que j'aurai envie qu'elle se rveille et qu'elle me prenne
dans ses bras.

Je dors une dizaine d'heures. C'est Sarah qui me rveille ; elle m'aide  me tirer
dans le tube, elle tire aussi navila. Je me rendors sous les soins attentionns
du vaisseau, sans me poser gure plus de questions.

Jour 381
--------



Je me rveille dix heures plus tard. Sarah est assise contre une paroi, navila dort.
Elle me salue :

- Moy.

- Oto. Qu'est-ce qu'il se passe ici bon sang !

- Je ne comprends pas beaucoup plus. Quand je me suis rveille vous tiez tous deux
trs mal en point, je vous ai tir dans les tubes.

- Comment se fait-il que tu sois reste si longtemps dans ton tube ?

Elle reste silencieuse un instant.

- J'tais trs mal en point. Et le vaisseau n'est plus trs en forme non plus.

trange, son indice de confiance n'est pas top.

- Tu me caches quelque chose.

- Oui, je... Ce n'est pas important pour le moment.

- Soit, est-ce que les btes sont revenues ?

- Je suis sortie, il fait nuit, elles sont toutes tales autour du vaisseau, elles
sont pratiquement mortes.

- C'est le vaisseau qui les a tues ?

- Non. Et elles ne sont pas vraiment mortes, elles sont agonisantes, mais pas mortes.
Je ne me suis pas attarde dehors.

- Il faut absolument que nous puissions nous aussi commander les tubes et le vaisseau,
j'ai bien cru que j'allais mourir en attendant que tu te rveilles.

- C'est impossible, tout est bloqu, l'artificiel du vaisseau est en mode dgrad
et est incapable de rajouter le support de nouvelles ondes mentales, il faudra faire
avec.

- Comment va navila ?

- Bien. Elle tait dans un sale tat mais elle rcupre vite.

- Quand va-t-elle se rveiller ?

- Dans quelques petits siximes je pense, un trente-sixime peut-tre.

Je me lve et tente de faire quelques pas pour me dgourdir les jambes. Il fait toujours
nuit.

- Le jour semble trs long sur cette plante.

- Oui, il dure un peu plus de 7 jours d'Adama.

- Ce qui fait 9 jours de la Terre.

- Oui.

- Quel est le ratio exacte entre une heure de la Terre et un trente-sixime d'Adama
? Et entre une pierre et un mtre ?

- Une de tes heures correspond  1,345 trente-siximes, un mtre  1,225 pierres.

- Et dans l'autre sens ?

- Un trente-sixime correspond  44 min et 37 secondes de chez toi, une pierre 
81,6 centimtres.

Un jour d'Adama fait donc 26 heures 46 min et 2 secondes.

- Je peux sortir ?

- Si tu veux, je viens avec toi.

Sarah ouvre le caisson et je m'avance doucement, mais Sarah me pousse en me disant
que le vaisseau ne dtecte aucune activit  proximit. Il fait encore nuit noire,
le ciel est magnifique, il y a au moins quatre ou cinq lunes qui tranent, et on
distingue un tnu croissant de la plante principale, qui semble vraiment norme.
Cette plante m'intrigue :

- C'est quand mme trange que cette plante tellurique ait autant de lunes.

- Oui, mais je pense qu'elle ne devait pas en avoir initialement, c'est sans doute
quand les trois systmes se sont rencontrs que les perturbations ont permis  cette
plante de rcuprer toutes ses lunes, elles devaient auparavant tre des plantes
 part entire. Cette plante est assez loin du soleil du systme, et il n'y a entre
les deux qu'une seule petite plante, pas plus grosse que la lune sur laquelle nous
sommes.

- Oui c'est ce que tu avais dit dans le vaisseau.

Je m'loigne un peu du vaisseau, mon bracelet me donne une vision nocturne amliore.
Il y a des btes de partout, parpilles autour du vaisseau, comme mortes. Je m'approche
de l'une d'elle, elle respire encore. Je la pousse avec un bton, pas de raction.
Elles sont vraiment dans un sale tat.

- On dirait qu'elles sont bouffes par un truc, comme si elle avait la gangrne.

- C'est le cas, elles ont une sorte de maladie qui les ronge.

- Mais elles taient dj comme a quand elles nous ont attaqu, pourquoi subitement
elles ne peuvent plus bouger ?

- Je ne sais pas. Dans l'historique du vaisseau celui-ci ne semble pas tre intervenu,
en plus il tait sans effet sur leur systme nerveux. Je ne sais pas ce qu'il s'est
pass. Elles se sont peut-tre attaques entre elle, ou quelque chose, un lment,
un gaz, les a paralys.

- Hum, c'est tout de mme trs trange. Pourquoi toute d'un coup ? Il y a un truc
bizarre... On peut les manger ?

- Il ne vaut mieux pas, elles ont cette sorte de maladie. Il vaudrait mieux retrouver
des lzards, ils semblent comestibles.

- Il nous faudrait aller chercher de l'eau, aussi. mais on a pas de rcipient. Peut-tre
qu'on pourrait trouver dans les dcombres du vaisseau quelque chose qui puisse nous
permettre de transporter de l'eau.

- Il y a bien des tles froisses, mais je ne suis pas sre qu'on parviennent  les
dtacher.

Je fais le tour du vaisseau,  la recherche d'un bout de ferraille qui pourrait servir
de vase ou de seau. Je dniche finalement une sorte de cne, assez lourd, mais creux,
pouvant peut-tre contenir deux ou trois litres d'eau. Je ne sais pas o se trouve
Sarah, je lui envoie un sym.

"Sarah j'ai un truc qui peut contenir de l'eau, tu viens avec moi  la rivire ?"

"Viens m'aider, le vaisseau a une caisse de survie."

Je vais vers Sarah. Mon cne est super lourd, a pse au moins dix kilos, ce n'est
pas trs pratique. Sarah est  l'arrire du vaisseau, elle tente d'ouvrir une trappe
en-dessus de la sortie du caisson, dans le fuselage de la queue.

- Qu'est-ce que c'est.

- C'est peut-tre une caisse de secours, mais le vaisseau refuse de me donner l'accs,
on dirait qu'il a perdu le contrle de cette partie, la liaison entre l'arrire et
l'avant doit tre rompue.

- Et on ne peut pas l'ouvrir manuellement ?

- En forant, si, peut-tre, mais le plus simple serait de rtablir la liaison.

- Comment faire ?

- Il faudrait lui donner de quoi se regnrer.

- Le vaisseau peut se rparer tout seul ?

- En partie, oui.

- Il faut lui donner quoi ?

- Il a dj crer des racines, elles devraient lui permettre de rechercher des matires
premires dans le sol, mais il ne trouve pas grand chose, le principal problme c'est
qu'il est en piteux tat et j'ai peur qu'il fasse n'importe quoi.

- Mais il y aurait quoi dans cette caisse ?

- Je ne sais pas, je me suis juste rappel que certains vaisseau avait une sorte
de kit de survie en cas de crash.

- Si on ne peut pas l'ouvrir c'est vachement utile, pourquoi il ne se libre pas
automatiquement ?

C'est le cas normalement, mais le vaisseau tait dj trs endommag avant le crash,
c'est sans doute la raison pour laquelle la caisse est reste bloque.

- Et il y a quoi dedans,  bouffer ?

- Peut-tre, ou des outils, peut-tre des barres polymorphes.

- Ah ! Des trucs comme nous avions sur Stycchia dans le labo, a serait bien pratique
!

- Il faudrait ouvrir cette trappe, mais je ne sais vraiment pas comment faire.

- Peut-tre  coup de pierre, il n'y a pas de poigne ? D'ouverture manuelle ?

- L'ouverture manuelle c'est via l'artificiel, mais il ne rpond pas.

Ce n'est pas vraiment ce que j'appelle ouverture manuelle, mais bon... Je rcupre
une grosse caillasse et l'envoi de toute mes forces contre la trappe. Mais tout ce
que je rcolte c'est d'tre paralys et de tomber par terre.

- Mince, le vaisseau croit qu'on l'attaque, et en plus je ne peut pas dsactiv la
protection. Je vais te librer.

Je peux de nouveau me relever. Je ne comprends pas trs bien.

- Mais comment sait-il que je l'attaque s'il ne peut pas communiquer avec la queue
?

- Je ne sais pas, il est dtraqu de toute faon, je crois que c'est fichu pour cette
caisse. Allons chercher de l'eau.

Nous nous loignons, pas trs rassurs, en direction de la rivire. Il y a de nombreux
bruits d'animaux. trangement il semble y avoir plus de vie la nuit que le jour.
Nous ne nous attardons pas  la rivire, et aprs avoir bu chacun, nous retournons
rapidement au vaisseau. Quand nous arrivons, navila dort toujours. Nous dcidons
alors de faire un tour pour essayer de capturer certains animaux. Avec le bracelet
c'est assez simple, et nous ramenons diverses bestioles plus tranges les unes que
les autres. Une fois grilles par le vaisseau, nous les mangeons avec apptit. Ce
n'est pas trs bon, mais au moins elles nous remplissent le ventre. navila se rveille
pendant notre festin. Sarah lui ouvre la porte et elle nous rejoints sur l'aile de
l'appareil.

- Quoi de neuf ? Qu'est-ce qu'il est arriv aux bestioles ?

Nous lui racontons que nous les avons trouv ainsi, nous lui parlons aussi de la
caisse, de notre vire  la rivire, dont elle boit l'eau dans le cne pos contre
la carlingue. Elle mange plusieurs petites btes que nous avons attrap, elle semble
avoir une faim de loup !

- Vous avez trouv autre chose ? Vous avez encore de ses trucs  manger ? On peut
manger les autres ?

navila pointe du doigt les btes  moiti mortes qui nous ont attaqu.

- Il ne vaut mieux pas, elles semblent avoir une sorte de maladie. Mais on peut aller
chasser d'autres petites btes, avec le bracelet ces faciles.

Je pense  un truc.

- Et ? Tu ne pourrais pas tenter d'ouvrir la caisse de survie, avec tes pouvoir peut-tre
que tu y parviendrais ?

- Je n'ai pas de pouvoir bordel, me prends pas la tte avec a.

- Mouais... Tu ne veux quand mme pas tenter de l'ouvrir ?

- O est-elle ?

Nous descendons de l'aile et allons tous les trois derrire le vaisseau, Enavila
jette un oeil  la trappe, elle a la mme ide que moi, lancer une pierre, et le
rsultat est identique, elle se retrouve les fesses par terre. Je lui tends la main
une fois que Sarah lui a rendu l'usage de ses membres, mais elle refuse mon aide.

- Je suis assez grande pour me lever. J'ai faim, allons chasser d'autres btes.

- Aprs tout ce que tu as dj mang !

- Il vaut mieux chasser maintenant que c'est facile et faire des rserve, si nous
nous faisons de nouveau attaquer et que nous devons rester coincer dans le caisson.

- C'est vrai, mais nous n'allons quand mme pas rester l toute notre vie, il va
bien falloir qu'on parte d'ici.

Nous repartons vers la fort, Sarah est devant nous.

- Le vaisseau est naze, on ne pourra rien en faire...

- On ne pourrait pas utiliser juste une partie, pour faire une voiture ou un vhicule
?

- Il faut voir avec Sarah, c'est elle qui le commande. Mais il nous faut un truc
qui vole, impossible de se dplacer dans la foret sinon.

- Est-ce que tu as vu quelque chose avant de te faire attaquer, en montant dans la
montagne ?

- J'ai entrevu la valle, rien de spcial, mais on devrait sans doute descendre,
on aura peut-tre plus de chance.

- Tu crois que ces sales btes nichent en hauteur, tu ne crois pas qu'on peut en
trouver plus bas aussi ?

- J'en sais rien, mais quand elles m'ont attaque elle venait du haut, il me semble
qu'elles taient sur les crtes.

- J'ai l'impression qu'on est fichu. Ds qu'on va s'loigner du vaisseau on va se
faire bouffer en moins de deux. Si nous nous faisons attaquer dans la valle par
un troupeau de btes, nous ne nous en sortirons pas.

- a ne nous avance pas de rester ici.

- On pourrait peut-tre tenter de rparer le vaisseau, ou attendre. Sarah a dit qu'il
avait commenc  faire des racines, il parviendra peut-tre  voler de nouveau ?
Ou peut-tre nous donner des armes, de quoi nous dfendre.

- J'ai pas envie de traner l.

- Si c'est pour se faire bouffer au bout de deux jours, a vaut peut-tre la peine
d'attendre un peu, de toute faon c'est plutt mal barr pour qu'on se casse d'ici
rapidement.

- Connard.

- Tu fais chier, tu crois encore que c'est moi qui t'ai amene ici ?

- Oui.

- Pauvre conne.

Elle m'nerve. Je sens que de jouer  Robinson avec elle et Sarah va tre moins fun
qu'avec Erik et Noama sur Stycchia. J'avance et je rejoins Sarah. Il ne nous faut
gure de temps pour attraper une bonne rserve d'animaux. De retour au vaisseau,
navila en mange une bonne partie ; quant  moi un ou deux me suffisent pour tre
repus.

- Sarah, tu penses que le vaisseau peut arriver  se rparer suffisamment pour voler
?

- Comme je t'ai dis ce n'est pas gagn. Si l'artificiel tait en tant, je pense
que oui, mais il a t considrablement endommag, et je ne suis pas sr qu'il parvienne
 se regnrer correctement.

- Mais on ne pourrait pas l'aider ?

navila se met de la partie :

- Tu veux faire quoi, creuser une mine avec tes petits doigts ?

- Je t'emmerde, je cherche une solution.

- La solution c'est de se barrer d'ici et de trouver les habitants de cette plante.

Sarah est curieuse :

- Les habitants ? Comment savez-vous qu'il y a des habitants.

navila a beau faire des trucs tranges, je doute un peu de sa super perception :

- navila les "sent".

- Va te faire foutre, je suis sr qu'il y a des hommes sur cette lune.

Sarah ne fait pas attention  nos chamailleries :

- Tu es sre comment ?

- Je suis sre, c'est tout.

- Je vois.

navila se lve et descend de l'aile.

- J'en sais rien pourquoi j'en suis sre, je le sens, il me semble, peut-tre, oh
et puis merde, faites ce que vous voulez, je n'ai pas besoin de vous. Je vais descendre
la rivire.

Je tente de la raisonner :

- On n'est pas press  ce point, bordel, on peut attendre quelques jours pour voir
comment va le vaisseau, et si on peut rcuprer le contenu de cette caisse, puis
on partira, de toute faon je suis d'accord, on ne va pas rester ici ternellement.

Sarah me soutient :

- Ylraw a raison, il ne faudra pas plus d'un demi-sixime pour tre fixer sur le
vaisseau, en attendant on peut peut-tre fabriquer des armes.

navila se tourne vers moi, et demande presque gentiment :

- Tu nous apprends  faire des cordes et des lances ?

- On peut essayer, mais j'ai peur que ces arbres ne s'y prtent pas trop, il faut
voir si les fibres de leur sortes de feuilles sont solides. On peut dj rcuprer
les pierres qui tranent et en aiguiser quelques unes.

Sarah se lve sur l'aile.

- Il faudrait peut-tre aussi dgager toutes ces btes, je ne suis pas trs tranquille
en les voyant tout autour de nous. Elles peuvent peut-tre encore se rveiller.

- Elles ont l'air sacrment mal en point,  mon avis elles vont toutes crever dans
pas longtemps. Je ne sais pas trop ce qu'elles ont eu, mais c'est efficace.

navila a dj commenc a faire un tas de pierre  ct du vaisseau. Rapidement elle
en trouvent quelques unes un peu tranchantes et tente de couper les arbres tombs
lors de notre crash.

- On pourrait tenter de dplacer un peu tous ces arbres pour en faire des barrires,
ils nous bloquent pas mal le passage en ce moment, j'en ai baver pour vous ramener
au vaisseau la dernire fois.

- Oui, c'est une bonne ide, on va dj pousser ce qui est poussable.

Sarah prend la relve d'navila et continue de ramasser des pierres, et navila et
moi commenons  dblayer un peu le terrain. Mais ces arbres sont trs lourds, sans
trononneuse c'est vraiment la galre. Quoi qu'il en soit nous passons plusieurs
heures  cette tche, et, aprs un tour  la rivire pour boire, nous contemplons
le travail accompli de l'aile du vaisseau. Nous avons  peu prs nettoyer l'environnement
immdiat du vaisseau, sur quatre ou cinq mtres, l o le crash a provoqu le plus
de dgts et o les arbres taient compltement fracasss. Le vaisseau  d s'craser
 une sacr vitesse quand mme pour tout exploser sur un si grand rayon ! Dsormais
nous ne ferons plus grand chose sans outils. Nous avons mis de ct tous les btons
de taille correcte qui peuvent servir de manches pour des haches ou des lances. Aprs
un deuxime repas, navila commence  tailler des pierres, et nous je tente avec
Sarah de tresser nos premire cordes.

Je ne sais pas trop si tout a va nous servir, mais au moins a nous occupe et nous
vite de nous engueuler, ce qui est dj pas si mal. Finalement les feuilles allonges
de ces arbres se tressent bien, et les cordes ont l'air solides. Aprs plusieurs
heures, satisfait de notre premire sorte de hache, qui ne coupe pas trs bien, mais
qui pourra au moins en assommer quelques uns, nous allons une nouvelle fois fter
cela en allant boire un coup  la rivire.

Quand nous arrivons de nouveau dans la clairire du vaisseau, les premires lueur
du jour pointent  l'horizon. Nous dcidons que c'est le bon moment pour un somme.
Nous mangeons un ou deux lzards grills, puis nous plaons notre rserve dans l'un
des tubes, de faon  les conserver. Les tubes peuvent faire office de frigo, plus
ou moins. Nous nous endormons tous les trois, puis, quand les toiles commencent
 disparatre du ciel.

Jour 382
--------



Un grand fracas nous rveille, quelques heures plus tard. Nous nous levons rapidement.
Sarah contrle les environs du vaisseau en dialoguant avec l'artificiel :

- Ce sont les btes, elles se sont rveilles, elles sont recommencs  nous attaquer.

- Mais ? Les mmes ?

- On dirait, mais je ne suis pas trs sre.

navila trouve tout de suite une explication :

- Le jour ! C'est le jour ! Quand il fait nuit elles sont en lthargie, et avec le
jour elle reprenne vie !

- Possible, a correspond. C'est trange, pourtant il n'y a pas de diffrence importante
de temprature, ou je sais pas, quel facteur pourrait jouer ?

- La lumire, sans doute, leur maladie leur bouzille peut-tre leur systme nerveux
quand il n'y a pas de lumire.

Sarah met un doute :

- Je ne pense pas, elles n'ont pratiquement aucune onde mentale, ce doit tre autre
chose.

navila ne se laisse pas faire :

- Disons qu'elles n'ont aucune onde mentale que nous dtectons, elles ont peut-tre
un systme nerveux plus complexe, pas bas sur des impulsions lectriques, ou peut-tre
que cette maladie est une sorte de parasite, je ne sais pas...

- Ce n'est peut-tre pas une maladie, peut-tre qu'elle sont comme a naturellement.

- Peut-tre, aprs tout, nous ne connaissons rien de ce mon....

Nous nous taisons tous, il y a comme un grsillement, les btes ne sautent plus.

Le bourdonnement s'amplifie, nous ne nous entendons bientt plus parler.

"Sarah, dis-je, qu'est-ce qu'il se passe !"

"Il faut sortir, avertit Sarah, il faut sortir, il y a un truc qui nous tombe dessus"

"Qu'est-ce que c'est ! demande navila"

Par la fente du toi, nous apercevons  peine comme des clairs, comme un nuage, comme
une norme chose qui descend sur nous.

"Qu'est-ce qu'on fait ? dis-je, on sort ?"

"On est sans doute plus en scurit ici, fait remarquer Sarah."

"Moi je ne reste..."  juste le temps de commencer navila, qui n'a pas le temps
de terminer son sym ; nous sentons le vaisseau se soulever du sol, un vacarme infernal
nous empche mme de comprendre les sym, je m'accroche comme je peux  un tube alors
que le vaisseau est sans doute projeter au sol par cette chose.

"Sarah ! crie navila, ouvre ! Ouvre ! Ouvre !

Le vaisseau est soudain parcouru d'clairs, le bruit est infernal, je ne sais mme
pas si ce sont mes cris que j'entends.

Sarah saigne au visage, elle a d se cogner. Un instant le vaisseau reste au sol
et la chose semble s'loigner.

"Maintenant ! avertis-je, maintenant ! Dehors !

Le caissons s'ouvre mais avant que nous n'ayons eu le temps de nous frayer un passage
 l'extrieur nous sommes de nouveau soulever et jeter dans les airs. J'ai cru voir
une griffe norme qui agrippait le vaisseau.

Je me blesse moi aussi dans la chute, j'ai l'impression que les arcs lectriques
sont en train de me cramer, nous allons cuire dans ce chaudron !

Le vaisseau tombe dans les arbres, qui amortisse sa chute, mais je ne pense plus
aux autres, mon seul objectif est de sortir, le plus rapidement possible. Je me glisse
vers l'extrieur, tombe, m'accroche comme je peux aux branches souples. navila et
Sarah tombent juste aprs moi.

Dragon lectrique
-----------------



Un Dragon ! C'est une dragon ! Enfin, un truc norme qui vole et qui balance des
clairs. Il rugit  nous rendre sourd. Son corps est parcouru d'tincelle, d'arcs
lectriques. Il plonge de nouveau vers le vaisseau. Aprs quelques secondes, hbts
devant le spectacle, nous fuyons dans la fort, descendant la pente  toute vitesse.

"Les bestioles ! nous syme navila, elles rapliquent !"

Mince, je les avais oublier celles l.

"On est fichu, rpond Sarah, qu'est-ce qu'on va faire !"

"On peut tenter de monter  un arbre !", je propose.

"Il nous faut trouver de l'ombre, suggre navila, il nous faut nous rfugier dans
une grotte, elle craigne le noir !"

"T'es gentille, lui dis-je, on va la creuser la grotte !"

Nous courons toujours dans la pente, je tombe plusieurs fois, Sarah aussi, seule
navila semble bien se dbrouiller, mais elle nous attend. Les btes nous suivent,
elles ne doivent tre qu' quelques centaines de mtres, nous les entendons dvaster
la fort derrire nous.

C'est interminable, je m'puise. La peur me fait courir, mais j'ai le souffle court.
Ma tte me fait mal, j'espre que les chocs dans le caisson ne m'ont pas fler le
crne. Nous courons, courons, courons.  plusieurs reprises nous dvalons une pente
raide, esprant qu'elle pourra les arrter, mais elles ne seront sur nous dans quelques
secondes, nous sommes finis.

La fort change un petit peu, les petits arbres oranges laissent petits  petits
place  d'autres, plus gros.

"C'est plus sombre, nous lance navila, peut-tre qu'elles ne s'aventureront pas
ici, acclrons !"

Acclrer ! Sarah perd dj du terrain, moi aussi. La fort est moins dense, les
grands arbres masque le soleil et il y a moins d'arbustes au sol, la pente est toujours
forte mais elle diminue petit  petit. Il est plus facile de courir maintenant, mais
j'imagine qu'il en est de mme pour nos poursuivants.

"On va se faire bouffer bordel ! dsesprai-je, Elles s'en branlent de la fort sombre,
elles sont toujours derrire !"

"Non ! objecta navila, Elles courent moins vite ! C'est vous qui ralentissez ! Ne
perdez pas courage ! Courrez !

navila, auparavant devant, revient un peu en arrire, et attrape Sarah par la main
pour la tirer.

Je tente de contrler mieux ma respiration pour tenir encore un peu, mais j'ai un
point de ct terrible, et je me suis bless en tombant, je saigne du front, j'ai
du sang qui coule dans les yeux.

"J'en peux plus, envoyai-je, je vais arrter de courir, je vais les combattre, je
n'arrive plus  courir !"

"Non ! me dit navila, Tu n'as aucune chance, cours ! Cours encore un peu !"

Une falaise ! De l'eau ! Je saute !

Mon Dieu faites qu'il y ait assez d'eau ! Il faut que j'arrte de causer  Dieu,
moi, les mauvaises habitudes ne vont pas repren...

Ah ! Oui !

Nous sommes subitement arrivs prs d'une petite falaise surplombant une rivire
plus grosse, elle ne devait faire que six ou sept mtres de haut, peut-tre dix,
et nous avons saut tous les trois. L'eau n'tait pas si profonde, mais elle a suffit
pour amortir la chute.

"Non ! syme navila, Elles sautent aprs nous !"

Les btes nous imitent, et rapidement elles tombes tout autour de nous. Une me tombe
dessus et manque de m'assommer. Je reste un moment sous l'eau, puis remonte. Je suis
puis, j'ai du mal  me maintenir  la surface. Heureusement les btes ne savent
pas trop comment nager, la plupart sont au fond de l'eau.

Nous avanons comme nous pouvons, Sarah semble dans les vapes, navila la trane.
Impossible de sortir de l'eau pour l'instant, les parois sont trop abruptes. J'en
ai marre !

Les btes semblent avoir abandonn, nous nageons un peu moins vite. navila tire
quand mme le train devant avec Sarah, je me demande bien o elle puise autant d'nergie
! Nous nageons au moins vingt minutes, puis le courant semble augmenter.

"Il nous faut sortir, nous envoie navila, le courant augmente, il va y avoir des
rapides ou des chutes d'eau".

"L-bas sur la droite le ct semble accessible, fais-je remarquer, maintenons-nous
vers ce bord".

Nous nous rapprochons du bord droit, et presqu'en nous laissant flotter, nous nous
agrippons aux arbustes sur le bord, une sorte de perce dans la paroi, recouverte
d'un tissu de mousse orange. Une fois sortie de l'eau, nous nous talons sur le
sol, je n'en peux plus.

- Les btes ! crie navila, Elles ressortent de l'eau, elles ne sont pas mortes,
elles ne nous ont pas lches !

Je me redresse, Sarah est toujours vanouie, navila en envoi une premire au tapis.
Je tire Sarah.

"Laisse Sarah, me crie navila, c'est foutu, sauve ta peau".

"Mais on ne peut pas la laisser, lui dis-je, ils vont la massacrer !"

"Laisse-l ! crie-t-elle encore, Cours !"

Une bte me tombe dessus, elles ressortent petit  petit de l'eau, il me faudrait
un bton ou quelque chose. Le petit rebord donne sur une sorte d'alle naturelle,
sans doute un ancien cours d'eau.

- Oops ! Merde !

Je tombe nez  nez avec un norme truc, une bestiole  quatre pattes bizarrement
foutus. Il rugit en me voyant et se prcipite. Je fais demi-tour et cours dans l'autre
sens. navila est au prise avec plusieurs bte, elle tente de protger Sarah.

"navila ! dis-je, On a un problme".

- Oh ! Merde !

Elle crie quand l'norme lzard arrive. Mais elle a l'ide de lui jeter une des bestioles
dessus. Celui-ci la dpce en moins de deux. Rapidement une partie des btes dlaissent
navila et saute sur le nouvel invit.

"Aide moi, demande navila, on va tenter d'escalader les parois !"

J'aide navila  tirer Sarah tout en repoussant tant bien que mal les btes qui nous
sautent encore dessus.

"Monte le premier, ordonne-t-elle, aide-moi  tirer Sarah de la-haut !"

J'escalade du plus vite que je peux. navila se bat comme un tigre. Une fois sur
un premier rebord, je fais signe  navila qui porte un peu Sarah. J'arrive  lui
attraper la main, elle est lourde ! Je la tire malgr tout sur le rebord, navila,
aprs deux ou trois coups de pieds bien plac, m'y rejoint.

Toutes les btes s'en prennent dornavant au lzard gant. Il est tout orange, un
peu comme la mousse. Il est trs gros, il doit faire dans les cinq ou six mtres
de long.

- Il ne faut pas que nous restions ici, les bestioles ou ce lzard orange pourront
nous atteindre une fois qu'ils auront fini entre eux, montons encore.

Vingt minutes plus tard, nous contemplons la suite de la bataille en surplombant
la scne de cinq ou six mtres. Une vingtaine de bestioles sont sortie de l'eau,
il devait y en avoir presque une centaines au dbut, dans le bois. Sept ou huit sont
dj mortes, crases par le lzard orange ; mais il a du mal avec les dernires,
il en a quatre sur son dos, qui tente de lui dchirer son paisse peau. Difficile
de savoir l'issue du combat. Sarah me revient  l'esprit, elle est allonge. Je vrifie
son tat, elle  l'air juste assomm, son rythme cardiaque et sa respiration sont
normaux.

- Peut-tre qu'on devrait partir, le gros n'arrivera srement pas  monter ici, mais
si les petits gagnent, ils viendront sur nous ensuite.

navila est toujours debout  observer le combat.

- Je ne pense pas qu'il gagne, le gros en a encore tu quatre, il n'en reste plus
que neuf et aucun ne sont sortie de l'eau depuis un moment ; c'est tout ce qu'il
reste. Et mme, trois ou quatre, j'en fais mon affaire.

- Mouais, ces saloperies sont hargneuses, et nous sommes puiss.

Elle m'impressionne, je ne sais pas si elle fait a pour se donner du courage o
si elle est pragmatique.

- Comment va Sarah ?

- Elle a l'air juste assomme.

- Rveille-la, elle t'en dira plus.

navila s'est assise sur le rebord pour contempler l'issu du combat. Je suis extnu.
Je remue doucement Sarah.

- Il faudrait peut-tre de l'eau.

- T'inquite encore deux petits et le gros aura dcortiquer ce qu'il reste des bestioles,
et nous pourront peut-tre descendre chercher de l'eau.

Je jette un oeil au combat, il ne reste plus que trois bestioles qui s'acharnent
encore sur le gros. Il est gravement atteint tout de mme il commence  avoir du
mal  bouger et saigne abondamment, mais je ne pense pas que les deux btes parviendront
 en venir  bout.

- Si a se trouve on pourra mme bouffer du gros calibre dans pas longtemps.

- Tu crois qu'il vont russir  le tuer.

- Eux, non, mais il est salement touch, et on pourra peut-tre l'achever. On devrait
prparer des pierres.

Enavila se lve et commence  faire un petit tas de pierre.

- T'es folle, tout ce qu'on russira  faire c'est l'nerver, et si a se trouve
il est plus agile qu'on ne le pense et il peut monter ici.

- Il est presque mort, et si nous le laissons il va aller crever dans un coin. Autant
faire en sorte qu'il meure ici. Je ne veux pas vraiment le tuer en lui lanant des
pierres, je veux juste qu'il s'puise en tentant de nous attraper.

- Il est pas dbile, il va se casser.

- Pas sr.

Je continue  tenter de rveiller Sarah, elle ouvre enfin les yeux, elle va bien.
Je lui raconte ce qu'il s'est pass depuis la chute dans l'eau, elle se lve et regarde
aussi la fin du combat. Le gros lzard n'a plus qu'un adversaire, toujours aussi
kamikaze. Dix minutes plus tard il finira craser par une grosse patte du lzard.
navila commence alors immdiatement  lui lancer des pierres. Sarah ne comprend
pas, je lui explique les desseins d'navila. Elle ne semble comme moi pas convaincu
que ce soit une trs bonne ide.

Rien ne se produit vraiment comme prvu. Plus exactement c'est navila qui avait
raison. Aprs la mort de la dernire bte, le gros lzard s'est traner doucement
vers la rivire pour boire, et quand navila lui  lancer des pierres dessus, il
n'a que jeter un oeil vers le haut, rien de plus. Soit il ne l'a pas vue, soit il
est trop puis pour agir. Il s'affale au bord de l'eau, la tte dans le courant.
Nous attendons, dix minutes plus tard, il n'a toujours pas bouger. Une partie de
son sang bleut colore les eaux.

- Il est mort ? demande Sarah

- On dirait, lui dis-je

- Plus qu' dpecer tout a, continue navila

- On a pas grand chose comme outil, fais-je remarquer, et sa peau m'a l'air bien
paisse.

navila se tourne vers la pente :

- On dirait que de la fume s'chappe du vaisseau. Le dragon n'a plus l'air l, je
pense qu'on le verrait d'ici.

- Qu'est-ce que c'tait que cette saloperie ? Dis-je.

- C'tait comme un reptile volant, explique Sarah. Je crois que nous en avons eu
sur Adama.

- C'tait plus que a, rajoute navila, vous avez vu sa tronche, il tait dfonc
comme les bestioles.  mon avis il avait la mme merde qui lui bouffe la peau et
qui l'empche de sortir la nuit.

- Mais ces arc lectriques, dis-je, c'est incroyable !

C'est trange en effet, concda Sarah, elle avait encore une voix faible. Il ne me
semble pas me rappeler d'autres espces connues qui peuvent crer des dcharges lectriques
de cette envergure.

- a sera la premire, dit avec affront navila, en tout cas il a bien d dfoncer
le vaisseau.

- On pourra peut-tre rcuprer la caisse, leur dis-je, maintenant, il a d l'ouvrir
pour nous.

- Moi je ne retourne pas l-haut, dit Sarah.

- Si navila a raison, lui fais-je remarquer, il suffit d'attendre la nuit, et on
devrait tre tranquille.

- Ouais, dit navila en se retournant vers nous.

- Je ne retourne pas l-haut, rpte Sarah.

nerve - Et bien tu resteras l, lui crie navila, nerve, et tu nous prends pas
la tte !

- Pas besoin de s'nerver, dis-je, on encore du temps avant que la nuit tombe, de
toute faon, en attendant il nous faut trouver de quoi tenir jusque l.

- On va dj goter au gros, reprend navila.

- Il nous faudrait des outils, dis-je, c'est vraiment pas de chance qu'on se soit
fait attaqu juste au moment o nous en avions fabriquer un ou deux.

- On peut toujours en refaire, ajoute navila, en regardant pensivement l'horizon.

- Les arbres sont diffrents, ici, dis-je tourn vers la fort, en fait ils ressemblent
plus  des arbres que l-haut.

-  part qu'ils sont orange, oui, dit Sarah. Mais plus bas dans la valle, ils semble
y en avoir d'autres encore plus grands.

Le petit promontoire o nous nous trouvons nous offre une assez belle vue sur la
valle. Nous pouvons deviner les lacets du fleuves qui doit y couler, et sur ses
rives d'immenses arbres aux feuilles oranges. Le soleil rougetre est maintenant
haut, et proche de lui brille aussi une norme toile bleute, celle du systme voisin.
La supergante rouge n'est pas dans le ciel, on peu aussi compter trois ou quatre
lune, mais on ne voit pas la plante principale. Difficile sans doute de trouver
des cycles dans tout a, entre les mouvements de tous ses astres si proches.

- J'espre que seul l'toile du systme permet de rveiller ces saloperies, esprai-je,
si les deux autres toiles le peuvent aussi, la nuit ne suffit peut-tre pas toujours.

- La super gante rouge tait leve, cette nuit ? demande navila.

- Je ne sais plus, dis-je, je ne sais plus quand les btes ont arrter de taper,
il me semble qu'il faisait sombre, mais peut-tre pas nuit, peut-tre qu'elle tait
encore dans le ciel. De toute faon on verra bien.

- De toute faon on verra bien, dit navila, on n'a gure le choix.

Nous restons silencieux un instant. Je m'allonge sur le sol caillouteux, extnu.
Je dormirais bien. navila va encore me faire remarquer que je suis une larve.

- Il nous faut nous reposer, oui, s'accorde navila, mais il nous faut d'abord tenter
de rcuprer de la viande du gros lzard, pour manger aujourd'hui et peut-tre demain.

Elle n'tait pas compltement contre l'ide de se reposer, elle doit tre aussi fatigue.
Elle s'est plus battue que moi. J'ai un peu honte.

- Allons-y, lui dis-je, descendons.

Je me relve et je descend doucement vers le lzard, j'ai encore l'apprhension qu'une
de ces bestioles se rveillent ou sorte subitement de l'eau. navila me suit, Sarah
n'est pas trs chaude.

- Si tu restes l-haut, crie-je  Sarah, essaie peut-tre d'aller un peu vers l'entre
du passage pour voir si d'autres btes ne viennent pas.

"D'accord, nous syme-t-elle."

- Tu n'aurais pas d lui dire a, me dit navila, elle va encore se paumer.

- Tu n'est pas trs cool envers Sarah, elle est un peu timide mais elle n'a pas peur.

- Elle est morte de trouille.

- Et aprs, moi-aussi j'ai peur, t'as pas peur toi ?

Elle ne rpond pas. Nous allons voir la tte du lzard, dans l'eau, il semble bien
mort, il ne bouge plus du tout.

- Il faudrait qu'on fasse du feu, dis-je.

- Tu sais faire, non ? Vous en aviez fait sur Stycchia.

- Erik y tait arriv, oui, mais on avait mis du temps.

- Et bien on essaiera, sinon on mangera cru.

navila arrache un bout de chair et le gote. Elle en prend un deuxime, je gote
aussi. a n'a pas vraiment de got, un peu amer, enfin, un got un peu trange.

- Il faudrait qu'on en coupe un bout et qu'on le monte l-haut, j'imagine qu'ici
il va rapidement tre dpec par les charognards du coin.

Dj plusieurs insectes tournent autour du lzard, presqu'aucun ne tourne autour
des bestioles. Il faut dire qu'elles empestent un peu, et leur chair est comme carbonise.
Je ne sais vraiment pas la maladie qu'elles ont chope.

Aprs avoir, sans succs, tenter d'arracher un bout de chair avec les pierres que
nous trouvons, nous nous rendons  l'vidence qu'il nous faudra d'abord fabriquer
des outils avant de pouvoir rcuprer de la viande.

Je demande  Sarah o elle se trouve.

"J'ai suivi le rebord de la brche, me syme-t-elle tout en m'envoyant les images
de ce qu'elle dcrit, elle reste troite pendant  presque un quatri pierre, a monte
un peu, on passe une crte, puis elle s'vase sur l'autre versant. Plus qu'un affluent
je pense que c'tait le cours initial de la rivire, qui  d changer. Le versant
est constitu d'une grande prairie, il y a beaucoup d'animaux, une autre petite rivire
semble arriver  quelques quadri pierres de l."

La prairie, sur le versant un peu en pente, s'tant presque jusqu'au pieds de grandes
montagnes ; plusieurs troupeaux de gros lzards similaires  celui que nous dpeons
se distinguent aux abords des forts. Sarah continue. navila ne bouge pas, elle
reoit elle aussi les visuels de Sarah.

"Le gros lzards tait sans doute acharne car ce doit tre une femelle, il y a,
un peu plus loin, un autre gros lzard qui garde l'entre d'une grotte, sans doute
leur terrier, et il y a des petits qui lui tournent autour."

"On va te rejoindre, lui envoie navila, nous avons besoin d'outil, impossible de
couper la chair de ce lzard sans, elle est trop dure. Mais il faut qu'on se dpche,
il y a dj plusieurs insectes qui sont sans doute venue pondre leur oeufs."

Nous remontons, puis, en suivant le bord de la brche arrivons en haut d'une petite
crte qui nous laisse dcouvrir la vue que Sarah nous avait envoye. Sarah est un
peu plus en contre bas, presque au dessus de la tanire des gros lzards.

- Il est gros, dit navila, nous n'arriverons pas  le tuer, les petits doivent tre
bons  manger, pourtant.

- Ils sont aussi assez gros, dis-je, il nous faut des armes. L'un de nous peut faire
diversion, mais je ne sais pas si de deux nous serons assez pour en attraper un.

- En tout cas, dit Sarah, s'il reste ici, il devrait dissuader d'autres animaux de
prendre la brche, on sera sans doute pas trop dranger pour manger l'autre.

Sarah me surprend un peu, parfois elle semble si fragile, mais en fait elle ne baisse
jamais les bras, on dirait qu'elle se bat pour quelque chose, qu'elle ne veut pas
abandonner parce que, mme si elle est apeure par tout ce qui arrive, elle veut
toujours aller de l'avant.

- Je propose qu'on essaie de trouver quelques btons de pseudo-bois mort dans la
fort, suggre navila, et qu'on retourne manger, on ne pourra peut-tre plus aprs.

Nous acquiesons, et aprs un tour dans les sous-bois, nous mangeons, un peu  contre
coeur, la viande dj froide du gros lzard. Des sortes d'oiseaux nous tournent autour
en piaillant, attendant leur tour avec impatience. Nous buvons un peu d'eau de la
rivire, et nous remontons nous allonger sur le rebord. Le stress diminuant la fatigue
nous accable, et nous nous endormons tous les trois sans mme prvoir un tour de
garde pour une bonne sieste.

Ce sont les cris des btes qui nous ont remplac autour du lzard mort qui nous rveille.
Mais il y a un autre bruit, un bruit d'abeille.

- Le dragon ! crie navila, regardez !

Des rugissements nous montre la direction du dragon lectrique, en dessus de la crte,
il doit attaquer les troupeaux de l'autre ct du versant. Ne pouvant rsister 
l'ide de voir le spectacle, nous courons jusque l, pour le voir fondre avec rage
sur les troupeaux de lzards qui fuient dans la fort, expliquant pourquoi ils se
tiennent au niveau de la lisire. Mais grce  ses arcs lectriques, il russit 
en immobiliser plusieurs, sans doute sonns par la dcharge. Mais il ne prend mme
pas le temps de les manger entirement, se contentant de leur arracher quelques lambeaux
avant de sauter vers d'autres animaux.

Nous courons nous cacher dans la fort quand le dragon prend notre direction. Il
vole un peu en dessus de la tanire du lzard, s'arrte au niveau de notre dner,
puis repart vers la valle. Nous ressortons du bois aprs une vingtaine de minutes
sans signe de sont retour. Plusieurs arbres brlent sur le versant, une dizaine de
gros animaux, des gros lzards comme celui qui nous a dbarrasser des bestioles,
ou d'autres genre, plus gros ou plus petit. Plusieurs petites btes charognardes
semblent dj s'intresser aux victimes du dragon. Les btes ressortent petit  petit,
le danger pass, de leur cachette. La plupart des animaux attaqus par le dragon
ne sont mme pas morts, ils se tranent encore pniblement en beuglant de douleur.
Les deux ou trois qui ne bougent plus sont rapidement dchiquets par les carnassiers
du coin.

Le croissant gant de la plante principale commence  se lever. C'est vraiment incroyable.
Ces animaux, ce dragons, ces toiles, toutes ces lunes. Je me demande bien o nous
sommes tombs.

- Sarah, dis-je, on a vraiment eu de la chance, de pouvoir respirer, de trouver cette
lune, o a arrive assez frquemment ?

- Non, ce n'est pas frquent, me rpond-elle, trouver la vie n'est pas si hors du
commun, mais avoir des formes de vie et un cosystme diffrent du notre avec des
conditions si proches, c'est trs drangeant. Je pense que nous avons beaucoup de
chance. D'ailleurs j'ai d mal  en revenir, que nous soyons arriver si prs d'un
systme qui comportait une plante habitable.

- On n'est pas sortie d'affaire pour autant, remarque navila, pour l'instant a
ne se prsente pas forcment gnial.

- On est encore en vie, dis-je, et c'est dj pas si mal. On a dj tenu cinq ou
six jours.

- Gnial ! s'exclame navila, mais je ne suis pas l pour battre le record de la
plus longue vie sauvage.

- Si on ne trouve pas de civilisations avances, dit tristement Sarah, maintenant
que le vaisseau est en miette, j'ai peur qu'on ne puisse pas faire grand chose.

- De toute faon a ne sert pas  grand chose de revenir sur le sujet, fais-je remarquer,
tant que nous n'en saurons pas un peu plus sur cette plante.

- Oui, acquiesce navila, tentons d'abord de refaire quelques outils, de quoi nous
dfendre, on ira faire un tour au vaisseau ds qu'il fera nuit, puis nous redescendrons
la rivire, c'est sur le fleuve que nous aurons le plus de chance de trouver une
ville, ou quelque chose.

Nous reprenons un peu courage, de revoir ce dragon a sans doute un peu dmystifier
la peur qu'il nous avait caus. Pas tellement que nous le craignons moins, mais il
semble se comportait comme n'importe quel rapace, et pas spcialement dirig uniquement
contre nous. Le promontoire o nous nous trouvons constitue une place de choix, protge
vers le haut par la rivire, et par le bas par la brche, c'est sans doute un glissement
de terrain qui la cre. Vers le versant, la crte n'offre pas une aussi bonne protection,
mais elle est suffisamment  pic de l'autre ct, vers la plaine, pour que les btes
ne s'y aventurent pas sans raison.

Jour 383
--------



Les feuilles des arbres d'ici ne se prtent pas au tissage de cordes, nous avons
toutefois taill en pointe plusieurs solides bouts de bois, ou plutt l'quivalent
local, une sorte de matire ressemblant au bois, mais plus souple, plus lastique,
avec une sve plus liquide, qui brle un peu. Je l'ai got, elle n'est pas bonne,
mme si on dirait qu'elle est un peu sucre.

Nous n'avons pas russi  faire un feu, mme pas un peu de fume. Il n'a pas plus
depuis que nous sommes ici, il y a encore de la neige sur les plus hautes cimes.
Difficile  deviner la succession des saisons. Sarah et navila se parlent peu. navila
m'vite aussi la plupart du temps. J'ai l'impression que Sarah ne veut pas trop me
parler non plus. L'ambiance n'est pas trs gaie, j'espre que nous nous entendrons
mieux dans quelques jours. navila reste toujours aussi mystrieuse sur les raisons
qui lui poussent  croire que j'ai manigancer une partie de ce qui arrive. Sarah
prtend m'avoir tout dit sur l'exprience Terre. Je dois me contenter de ces explications.
Mais je n'ai aucune ide de qui peut tre ce gant bleu, pourquoi cette attaque sur
Adama, quid de cette lune o je suis mort, et bien d'autres questions encore. C'est
terrible de se dire que je vais peut-tre mourir ici sans en savoir plus, sans comprendre.

Mourir ici...  quoi bon toute cette route si c'est pour finir oubli de tous, loin
de tout ce que l'on a pu connatre... Si seul... Pourquoi se battre,  quoi bon survivre,
ici. Nous ne partirons plus. Avant, je ne comprenais pas que l'on puisse en avoir
marre de vivre, qu'on puisse en avoir marre de se battre, qu'on puisse baisser les
bras et prfrer la mort. Aujourd'hui, tellement perdu, je me demande bien pour quoi
a vaut la peine encore que j'aille de l'avant, plus rien de ce en quoi je croyais
ne tiens, plus rien, mme Dieu, que je n'avais pas compltement oubli, n'est plus
aujourd'hui qu'un groupe de chercheurs et la Terre leur prouvette. J'ai Marie devant
moi ! Combien de 'je vous salue Marie' ai-je bien pu rciter plus jeune ? Des centaines,
des milliers...

Le lzard mort prs de la rivire est dj presque compltement dvor, il ne nous
aura nourri qu'un seul repas. Mais somme toute nous n'avons pas trop  nous soucier
de la nourriture, grce  nos lances et nos bracelets nous attrapons sans de grandes
difficults les petits animaux autour de nous. La viande crue n'est pas trs bonne,
mais nous ne mourrons pas de faim. Aprs plus de six jours passs ici, cette nourriture
s'est avre bien tolre par nos organismes. Nous souffrons le plus du froid, nos
combinaisons sont dchires, et si elles nous couvrent encore suffisamment, elle
ne font plus office de rgulateurs thermiques ou de couche, mais nous pouvons nous
laver dans la rivire. Le courant fort nous laisse penser que les germes n'ont pas
trop le temps de se dvelopper, et nos bracelets la juge relativement potable.

Nous nous sommes un peu avancs vers le versant dgag, comportant cette grande plaine.
La plupart des animaux ne sont pas trs hostiles, de plus nos bracelets arrivent
 peu prs  nous prvenir d'un danger, et les petits charognards que nous avons
vu se laissent facilement matriser avec les bracelets. Les troupeaux sont revenus
 l'ore des bois, le dragon ne s'tant plus manifest, sans doute aller dvaster
plus loin. Les gros lzards qu'ils avaient  moiti tus se tranent pniblement
dans la plaine. Leur compatriotes ne semblent pas vraiment leur porter assistance,
les laissant agoniser au milieu de la plaine.

Ils auraient pu nous fournir des proies faciles, mais de peur de tomber sur un essaim
de lzards  deux queues notre tmrit s'est borne  quelques centaines de mtres
de notre cachette. Protg par l'-pic d'un ct, nous avons plant des piquets et
confectionner une sorte de barrire sur les dix mtres de largeur de l'autre ct.
Sans doute un maigre protection si un troupeau de chiens-lzards grills nous attaque
- c'est leur nom officiel dsormais - mais au moins une protection psychologique
qui nous laisse dormir en relative quitude.

Chien-Lzard
------------



Jour 384
--------



C'est au plus haut du soleil qu'ils sont revenus. Un vacarmes du tonnerre nous a
rveill, alors que nous dormions, presque apaiss,  l'ombre des arbres sur notre
promontoire. Des sifflements bien connus ont attir notre curiosit de l'autre ct
de la crte. Des centaines, des milliers de chiens-lzards grills parcouraient le
versant. Beaucoup d'animaux taient sans doute depuis longtemps partis se rfugier
dans les bois en les entendant arriver, malheureusement, contrairement au dragon,
les chiens-lzards n'hsitent pas  s'engouffrer dans les sous-bois.

Si certains des animaux les plus gros tentaient de leur tte, sans grand espoir devant
le nombre d'assaillants, la plupart couraient en esprant leur chapper, mais les
plus agiles taient dj partis depuis longtemps, descendant  travers la fort vers
les ombres des grands arbres de la valle. Les restants, fatigus ou blesss, sont
impitoyablement massacr par les chiens-lzards destructeurs.

Au dbut le mouvement ne nous inquite gure, les chiens-lzards arrivent en masse
du haut pour traverser le versant vers le bas. Mais un lment nous chappe, sous
le vacarme nous n'avions pas vu le dragon lectrique qui tournait au dessus de la
bataille. Et quand nous le remarquons enfin, quand il descend plus bas et que son
bourdonnement nous indique sa prsence, il est dj dans notre direction, et, soit
par ses cris soit par concidence, les chiens-lzards bifurquent et prennent notre
direction.

- Merde, dis-je, on dirait qu'ils viennent vers nous.

- Impossible, chuchote Sarah, comment peut-il nous voir de si loin, cach sous les
sous-bois ?

- J'ai peur qu'il ne nous sente, dis navila en se levant, il nous faut partir, sinon
on va se faire rechoper.

- Tu crois vraiment qu'ils nous en veulent ?

Mes ma dernire question eut rapidement sa rponse, quand, pris de court, nous vitons
de justesse une dcharge du dragon lectrique qui fonde sur nous. Nous courons rapidement,
en restant dans les sous-bois, au centre du promontoire, en esprant que le dragon
perde notre trace, mais il continue  tourner au dessus de nous, et rapidement nous
distinguons les sifflements des chiens-lzards qui approchent.

"On ne peut pas rester l, indique navila par sym, il nous faut partir."

"Mais o peut-on aller, nous sommes bloqus ! dsespre Sarah."

"S'ils viennent vraiment ici, notre seule chance c'est la rivire ! dis-je."

"Oui ! dis navila en rcuprant deux morceau de bois mort, on prend des branches
et on se jette  l'eau, ils arrivent !"

Nous n'avons gure le temps de plus tergiverser, le dragon descend de plus en plus
et ses clairs enflamment les feuillages des arbres alentours. Quand il nous sent
bouger, il n'hsite pas  s'craser au milieu des arbres, il est gigantesque, plusieurs
arbres sont abattus sous son poids. Nous sommes spars, navila et Sarah retournent
vers l'avant du promontoire, j'ai d bifurquer pour viter un arbre tombant. Je n'ai
pas le choix, je retourne directement au dessus de la rivire et saute dans l'eau,
je n'ai pas eu le temps de rcuprer un branche morte pour me soutenir, je me blesse
au genou au fond de la rivire, j'entrevoie navila et Sarah descendant du promontoire,
le dragon s'est renvol, j'espre qu'elles vont s'en sortir !

J'ai juste le temps d'entrevoir des centaines de chiens-lzards arriver avant de
devoir faire attention dans les rapides. Pourvu qu'il n'y ai pas de chutes d'eau
! Je bois la tasse  plusieurs reprise, le courant devient de plus en plus fort,
la rivire se rtrcit, de nombreux rochers dpassent dsormais des flots. Le vacarme
de la rivire couvre le bourdonnement du dragon, mais je distingue encore ses cris
de temps en temps. Il est derrire, sans doute sur navila et Sarah. Que vais-je
faire s'ils les tue ! Que vais-je faire tout seul ?

"Nous sommes dans l'eau derrire toi ! Je te vois ! me syme navila."

Quel idiot ! Dans l'affolement j'ai oubli le bracelet !

"Je me suis bless au genou mais a va, ils sont aprs vous ?"

"Oui, ils nous suivent par les bords et nous sautent dessus, ils vont nous submerger,
nous avons pu rcuprer les lances, elles nous servent, mais je ne suis pas sr que
nous allons nous en sortir."

"Qu'est-ce que je peux faire ?"

"Nager le plus rapidement possible sans te poser de question pour ne pas qu'il te
rattrape, nous nous retrouverons avec le bracelet plus tard, ne te proccupe pas
de nous."

Quoi que puisse dire navila, j'aurais de toute faon bien du mal  me proccuper
d'autre chose que de moi dans une pareille galre.

Le dragon, que j'avais oubli, me survole  quelques mtres, je peux sentir son odeur
immonde, son grsillement et l'lectricit qui s'change entre lui et l'eau. La rivire
coule toujours au milieu des arbres, qui lui barrent quelque peu le passage, mais
la pente s'accrot et ceux-ci se font plus rares, ne laissant rien prsager de bon.

La rivire devient un torrent, je me cogne  plusieurs rochers, le dragon vole de
plus en plus prs, il m'a vu, j'en suis sr. Sale bestiole ! Il envoie ses arcs lectriques
de colres, je sens des secousses dans l'eau.

Une chute d'eau ! Je suis entran, je me blesse de nouveau en tombant, elle faisait
quelques mtres de eau. Une autre, encore une autre, je n'ai plus le temps de m'occuper
du dragon, ne pas me noyer serait dj pas mal.

Une autre rivire rejoint notre cours d'eau, les flots augmentent, les rochers sont
moins prominents. Le courant reste fort et je lutte toujours plus pour ne pas m'craser
contre les pierres que pour viter les passages du dragon. Je plongeais sous l'eau
au dbut quand il me survolait, je n'en ai maintenant plus la force.

navila et Sarah sont toujours derrire, j'ai leur signal sur mon bracelet, elles
sont  une centaines de mtres derrire. Difficile de savoir si les chiens-lzards
sont toujours l, leurs ondes mentales sont pratiquement inexistantes. Mais j'aurais
rapidement de leur nouvelles, ils arrivent par la rive droite, ils nous courent aprs
depuis la-haut sans relche. Ils m'ont vu et certains n'hsitent pas  me sauter
dessus du bord. Heureusement la rivire s'est largie et je peux me reculer vers
la rive gauche pour les viter. a n'empche pas certains de sauter sur des rochers
qui dpassent pour ensuite me tomber dessus,  plusieurs reprise je dois nager sous
l'eau pour m'en dptrer.

Une nouvelle chute d'eau, je suis beaucoup trop vers la rive gauche, je percute un
gros rocher du bord qui me sonne un peu et je ne peux pas contrler ma chute. La
cascade est plus grande que les prcdente, je racle contre le bord et une pierre
m'ouvre la jambe quand j'arrive en bas. Je me retiens  une souche pour ne pas tre
emport par les flots. J'arrive  me hisser sur un petit rebord derrire la chute
d'eau. Mon mollet est entaill, il saigne abondamment. Je vois tomber navila et
Sarah, mais je les prviens trop tard que je suis rest l, elles sont dj emporte
plus en avant.

"Je suis bless, je vais rester l un moment si j'arrive  les viter, il faut que
je me fasse un garrot, on se retrouvera plus tard.

"Sarah est aussi blesse, je m'occupe d'elle,  plus tard, bonne chance."

Je n'ai pas le temps de savourer cette rare parole sympathique d'navila, plusieurs
dizaines de chiens-lzards tombent de la cascade, je prie pour qu'ils ne me trouvent
pas, mais deux ou trois me tombent dessus. Je tente tant bien que mal de les repousser
dans la rivire, en m'accrochant  ma souche ou aux rochers. Ces saloperies ont des
griffes, ils s'accrochent  moi, m'entaillant le dos et les jambes. J'arrive  m'en
dfaire, mais il y en a toujours et toujours qui tombent.

Je n'en peux plus, je tente de me dplacer vers le bord, pour sortir de l'eau. J'arrive
 escalader un peu sur le ct et  me frayer un chemin vers la rive. Je me laisse
finalement tomber sur un tapis de mousse derrire un gros rocher. Pourvu qu'ils me
laissent en paix !

Mes blessures me brlent, heureusement que l'eau les a nettoyes. C'est ma jambe
qui est la plus atteinte, il me faudrait de quoi recoudre, je suis ouvert sur pratiquement
tout le mollet.

Mon bracelet m'indique je j'ai perdu presqu'un litre de sang, il me faut boire beaucoup
et rapidement.

Je parviens, difficilement,  dcouper un lambeau de ma combinaison pour faire un
noeud autour de mon mollet et tenter de resserrer la plaie. C'est affreusement douloureux.
Je souffle cinq minute puis me rapproche un peu de la rivire pour boire. Je bois
abondamment mais je me fais reprer de certains chiens-lzards qui passent encore.
Ils sont de l'autre ct de la rive mais je ne doute pas qu'avec leur acharnement
ils vont parvenir  traverser. Je ne reste pas pour m'en assurer et pars en boitant
immdiatement dans la fort.

Il ne faudra qu'une dizaine de minutes avant que le premier chien-lzard ne me rattrape.
Heureusement j'ai rcupr un bton pour m'aider  marcher et je peux lui opposer
une rsistance efficace. Il me saute dessus  plusieurs reprises, j'arrive avec mon
bton  le dtourner. Il est toutefois trop rapide pour que je puisse tenter de l'assommer.
J'arrive finalement  lui tomber dessus, je me tiens  genoux sur son dos, et avant
qu'il ne se retire, je lui crase le crne avec une grosse pierre.

Je me relve pour repartir, mais cette charogne n'est pas morte ! Il continue  bouger
! Il se relve mme et se trane vers moi. Je n'aurais plus trop  m'en soucier,
et je dcide de partir au risque d'en voir d'autres arriver. Deux me tombent dessus
cinq minutes plus tard. Heureusement j'ai trouv entre temps un meilleur bton, plus
solide et plus long, dont un bout est suffisamment pointu pour leur infliger des
blessures.

Encore un ! Je ne vais pas y arriver, je dois fuir ! Mais comment ? Je peux  peine
marcher ! Monter  un arbre ? Dj avec leur corce glissante je ne suis pas sr
d'y arriver, et je suis persuad que ces chiens-lzards montent encore mieux que
moi.

Je ne tiendrais pas tte  une de plus, il me faut reculer. Je lance un dernier assaut
ou j'en embroche deux et je pars en courant, ignorant ma douleur  la jambe, vers
les endroits les plus sombre de la fort. J'entends les sifflements d'autres chiens-lzards
qui arrivent ! Je ne vais tout de mme pas mourir ici ! Dvorer par ces sales btes
! Je sonde mon bracelet pour savoir ce qu'il trane dans le coin, il semble dtecter
des ondes mentales  une centaines de mtres de l'endroit o je me trouve, je m'y
dirige, peut-tre d'autres animaux feront diversions. Malheureusement les animaux
fuient  mon approche.

Je dois me battre contre un chien-lzard qui m'a rattrap. Mais je le repousse simplement
et repars en courant. J'ordonne  mon bracelet de me faire secrter tous les anti-douleurs
possibles. Dix minutes plus tard, mon bracelet vire au rouge et m'avertit que je
vais perdre connaissance sous peu si je ne m'arrte pas. En poursuivant des animaux,
je me retrouvent proches de leur terrier. L'entre est assez large pour que je puisse
passer, entre deux grosses pierres. Je m'y engouffre, je n'ai gure le temps de rflchir.
Je peux me reculer de quelques mtres, dans la pnombre. Pourvu qu'ils ne me trouvent
pas !

Peine perdue, il ne leur faut que quelques minutes avant de me trouver, mais, coinc
dans le petit passage, je peux plus facilement les repousser avec mon bton. Ils
sont beaucoup moins vigoureux dans le noir, et ils ne peuvent s'avancer que les uns
derrire les autres.

Des heures et des heures ! Des heures et des heures durant ils s'acharneront. Je
suis  bout de force, je les repousse encore et encore avec mon bton, j'en ai tu
sans doute cinq ou six. Je tente d'utiliser leur cadavres pour me protger. Il me
faut manger et boire. D'autres sont arrivs  l'extrieur, je les entends siffler
tout autour. Ils me semble que certains tentent mme de creuser pour m'atteindre...

J'ai un peu de rpit pour m'occuper de ma blessure. J'utilise de la bave pour la
nettoyer. Le noeud que j'ai ralis  permis aux chairs de rester en contact, elles
commencent  se rattacher. Entre deux attaques, je me confectionne un nouveau noeud,
pour mieux maintenir la plaie ferme. Je m'endors un peu,  un moment, alors que
j'ai bloqu devant moi avec mon bton le corps de trois chiens-lzards morts.

Mon bracelet ne fonctionne pas bien, je n'arrive pas  contacter navila et Sarah,
j'espre que c'est juste parce que je suis terrer dans cette cachette, empchant
sans doute les ondes de passer correctement.

Jour 385

Mon Dieu ! Pourvu qu'il fasse nuit bientt ! Je ne sais plus combien dure le jour,
un peu plus de quatre jour je crois. De mon trou je ne vois presque rien, impossible
de me rendre compte si le soir tombe. Je suis coinc l depuis dix-huit heures. navila
et Sarah doivent me croire morts, si elles ne le sont pas dj elles-mmes...

Je dors, enfin, plusieurs heures, protg par un amoncellement de cadavres devant
moi, j'en ai encore tu deux ou trois de plus.

Quelque chose derrire moi ! Il y a quelque chose derrire moi ! Je ne peux pas me
retourner, je pousse frntiquement le tas de chiens-lzards mort avec mes pieds,
je panique, sortir ! Je commande  mon bracelet de me calmer un peu pour ne pas perdre
les pdales. Il me faut une vingtaine de minutes pour enfin sortir de cette puanteur.
Il fait sombre dehors, mais les quelques chiens-lzards qui restent bougent encore
un peu, pas suffisamment pour m'inquiter, toutefois.

J'en ai presque oubli la chose derrire moi dans le terrier. Un chien-lzard ! Il
sort juste aprs moi, il se dirige vers moi. Il me faut mon bton, vite !

Je me relve, mais je m'aperois alors que ce chien-lzard est diffrent. Il a peur,
il a peur de moi. Il n'est pas grill, comme les autres, et d'ailleurs il bouge,
signifiant sans doute qu'il n'a pas cette fichu maladie. Je me tourne vers lui, tend
la main. Il vient vers moi, il se baisse. On dirait qu'il est apprivois ! Apprivois
! Cela voudrait dire qu'il y a une espce intelligente sur cette plante !

Je me mfie quand mme, c'est peut-tre une technique de ces animaux pour s'approcher
de leur proie. Mais je n'ai gure le choix, je dois m'asseoir, je ne tiens plus debout.
Le chien-lzard vient vers moi, il s'assit  ct de moi. Je pose doucement une main
sur lui, il semble content.

- Ah, chien-lzard, dans quelle galre on est !?

J'ai parl pour la premire fois, il a tourn la tte vers moi et glapit, plus exactement
mis une sorte de sifflement de satisfaction.

- Tu as dj entendu des voix ? Chien-lzard ?

"Ylraw, c'est navila, a va ?"

"Je suis content de t'avoir, c'est pas la super pche mais je suis encore en vie,
c'est dj a. Je vous avez perdues."

"Oui, nous nous sommes caches dans une sorte de grotte, beaucoup plus bas, j'ai
pu bloquer l'entre et nous avons attendu la nuit.

"J'ai fait  peu prs pareil. Vous allez bien ?"

"Moia va, Sarah pas trop, mais c'est surtout qu'on meurt de faim."

"Je suis bless  la jambe, je ne sais pas si je pourrais redescendre jusqu' vous."

"Je vais retourner au vaisseau, pendant qu'il fait nuit, je ne sais pas combien de
temps il me faudra pour remonter jusque l-haut. Tu ne peux vraiment pas essayer
de venir jusqu'ici, tu resterais avec Sarah, en m'attendant."

"Je vais tenter. Je vais d'abord aller  la rivire, pour boire, puis je la suivrai
doucement en descendant. Mais il me faudra sans doute plusieurs heures avant de vous
rejoindre, vous tes  plus de vingt-cinq kilomtres (25 quadri-pierres).

"Oui nous avons caval pendant des heures et des heures avant de trouver une cachette.
coute, je pense que Sarah est en scurit ici, et s'il y a une chance de rcuprer
quelques chose au vaisseau, je ne voudrais pas la louper, nous ne survivrons pas
 une nouvelle attaque comme a. Il nous faut rapidement trouver de quoi manger et
de quoi nous protger. Je vais monter vers toi, Sarah nous avertira s'il y a un problme."

"Trs bien, je vais vers la rivire, je la descends par la rive gauche."

Je me lve difficilement. Mon bracelet m'indique qu'il me faut rapidement manger
si je veux pouvoir me remettre de mes blessures. Plusieurs petits animaux se trouvent
autour de nous. Je perois aussi les ondes mentale de mon nouveau compagnon. Je tente
avec succs de l'immobiliser. En avanant vers la rivire, j'attrape deux sortes
d'oiseaux avec mon bracelet. J'en file un  Chien-lzard qui est tout autant affam
que moi.

Il me faut prs d'une heure pour rejoindre la rivire. navila a dj parcourue quatre
kilomtres, alors que seulement un et demi sparait mon terrier de la rivire. Je
bois beaucoup et dcide d'une pause aprs avoir manger un autre oiseau.

Je fais un nouveau somme de deux heures, et je suis rveill par mon chien-lzard
qui renifle quelque chose. Mon bracelet me signale une grosse bestiole dans le coin.
Je me relve, je vais un peu mieux, mais je suis engourdi et ma blessure au mollet
est extrmement douloureuse. Il fait maintenant compltement nuit, deux lunes couples
 la vision nocturne du bracelet me permettent toutefois de voir sans trop de problme.
Faute de bton, je rcupre une grosse pierre pour me dfendre. Chien-lzard est
sur la dfensive, la grosse bte rode autour de nous. Un quart d'heure s'coule,
la bte ne s'approche toujours pas, je dcide de descendre la rivire. Je vais doucement,
les abords de la rivire sont escarps et peu praticables.

Je marche deux heures avant de devoir m'arrter  cause de ma blessure. De mes blessures
devrais-je dire, car je suis aussi griff salement dans le dos. La grosse bte nous
suit toujours, ce qui ne me rassure gure. J'ai trouv un nouveau bton qui me sert
de canne.

Je bois et mange de nouveau, pour le bonheur de Chien-lzard qui en profite aussi.
Je fais une pause d'une demi-heure et je repars. La grosse bte est toujours derrire
nous, mais je ne l'ai pas encore vue, juste entr'aperue. Elle reste  quelques dizaines
de mtres dans la fort, attendant sans doute le moment propice pour attaquer. Je
fais confiance en mon bracelet pour me prvenir et me dfendre dans cette alternative.
Ah ! Ma pierre ! C'est sur toi que j'aurais compt il y a bien longtemps, et maintenant
c'est le bracelet qui me protge, quelle monde trange !

J'ai froid, si je reste sur place, je gle. Ma combinaison n'est plus forme que
de deux ou trois lambeaux, et ma blessure m'affaiblit beaucoup. Si seulement je pouvais
faire un bon feu. navila n'est plus qu' un kilomtre, je fais une pause. Je vais
devoir m'loigner un peu de la rivire pour continuer, et je ne voudrais pas qu'elle
me manque. Je ne sais pas trop ce que j'espre de la rencontre, mais je crois que
la voir me fera du bien, mme si elle m'envoie balader.

Il ne lui faut pas plus de dix minutes pour me rejoindre. Elle a plutt l'air d'aller
bien. Elle n'a plus de sa combinaison que les chaussures, un short presque jusqu'aux
genoux et l'quivalent d'un soutien-gorge. Elle est craquante. Chien-lzard bouge,
navila s'apprte  lui sauter dessus.

- Non ! Attends, il est gentil.

- Gentil ?

- Oui, il n'est pas malade, de plus on dirait qu'il est apprivois, il n'a pas peur
de moi, et il a peur quand je lui crie dessus.

- Intressant, tu l'as trouv o ?

- Il tait planqu dans le mme terrier que moi, il devait aussi avoir peur de ses
collgues grills.

- S'il est vraiment apprivois, c'est plutt bon signe.

- Ouais... Tu es alle vite, moi j'ai du mal.

- J'ai pas envie de traner, je ne voudrais pas me retrouver l-haut en plein jour.
Tu tiens le coup ?

- Bah, on fait aller, ma blessure  la jambe me handicape pas mal. Il y a une bte
qui me suit depuis un moment, aussi, je n'ai pas russi  voir ce que c'tait, elle
est plutt grosse.

navila reste silencieuse un instant, inspectant sans doute les environs avec son
bracelet.

- Il y en a plein, plus bas. L'une d'elle nous a attaqu pendant qu'on dormait. Elles
sont peureuses, elles attendent qu'on dorme. Je peux t'en dbarrasser, mais tu en
trouveras d'autres, plus bas. Elles semblent solitaires, par contre.

- Tu en as dj tu une ?

- Celle qui nous a attaqu, oui, d'ailleurs Sarah s'en rgale. Leur viande est plutt
bonne. Mais dans ton tat tu n'arriveras pas  la tuer, tu la blesserais tout au
plus et elle s'enfuierait.

Elle reste silencieuse un instant.

-  tous les deux on peut l'avoir, si nous la paralysons avec nos deux bracelets,
il nous suffira d'une lance ou de grosses pierres pour l'avoir. Le problme c'est
qu'on ne pourra pas transporter la viande, c'est dommage.

- Bah, si elle se contente de me suivre  distance, je pourrais mettre une alerte
sur le bracelet si je veux me reposer. Va au vaisseau, ne perds pas de temps. Je
serais bien all avec toi, dsol.

- Sarah a plus besoin de toi que moi. D'un autre ct j'ai pas mal faim, j'en mangerais
bien un bout.

- On va se crever pour rien, attrape plutt ces sortes d'oiseaux, il y en a plein
et avec le bracelet c'est facile.

- Oui, tu as raison, bon, j'y vais.

- Bonne chance,  plus tard.

navila part sans mme me saluer, cela lui aurait sans doute trop cot. Je me repose
encore une dizaine de minute, puis je prends mon courage  deux mains et repars de
l'avant avec mon compagnon. Peut-tre que la bte va suivre navila ? Je ne lui souhaite
pas mais en un sens je ne suis pas trs rassur d'avoir cette chose qui me rode autour.
D'autant que je ne sais mme pas vraiment  quoi elle ressemble, et qu'elle m'a l'air
assez grosse, mon bracelet ne suffira peut-tre pas  la matriser. navila en a
tu une, certes, mais elle est en meilleure forme que moi.

Je dois passer par une partie escarpe, j'ai beaucoup de mal. il fait trs sombre
sous les arbres et mon bracelet ne me permet qu'une vision partielle. Le sol est
couvert de petit buisson qui n'arrangent pas mes affaires. C'est  cause de l'un
d'eux que je manque un trou, perd l'quilibre et glisse sur plusieurs mtres. Je
n'ai pas le temps de me relever, la bte qui me suit en profite et fonce sur moi.
Chien-lzard tente de s'interposer mais il ne fait pas le poids. La bte, qui a la
taille d'un gros sanglier, aux pattes retournes, comme tous les animaux ici, me
saute dessus. C'est une sorte d'norme chien-lzard. Je parviens  interposer mon
bton entre elle et moi, et j'utilise mon bracelet pour la paralyser. Mais elle est
coriace, si mon bracelet l'empche de m'attaquer, elle continue  se dbattre. Il
me faut maintenant la mettre hors d'tat de nuire, ou j'ai peur qu'elle ne me laisse
pas en paix. Elle m'a sacrment griff la garce, j'ai les deux bras et le ventre
en sang, comme si j'avais besoin de a !

C'est Chien-lzard qui m'aidera, il se jette sur la bte avec acharnement. Son bec
acr coupe la peau paisse de la bte, disons loup-lzard. Elle ressemble un peu
 une araigne aussi avec ses pattes qui se plient dans l'autre sens, ou  une sorte
de serpent  pattes gant. En fait la crature la plus proche que je connaisse ce
doittre l'alien de l'Alien 3, le truc qui court dans les couloirs. Bref, Chien-lzard
la lacre, et moi je la maintiens tant bien que mal avec mon bracelet. Je n'ai pas
le courage de me relever, et je laisse chien-lzard en venir  bout. Il lui faudra
une bonne demi-heure.

J'en profite pour regarder o son navila et Sarah. Sarah va bien, je lui indique
qu'il me faudra encore plusieurs heures avant d'arriver. navila est dj bien loin,
 plusieurs kilomtres, et elle avance  bonne allure.

Je me lve finalement, aprs avoir passer de la bave sur mes blessures. Je cherche
une pierre acr pour dcouper un bout de ma proie, mais pas moyen. J'utilise alors
mes dents directement sur la bte. Je suis devenu un vritable animal sauvage ! La
viande est chaude, c'est un rgal, on dirait presque du poulet ! J'en mange plus
que de raison, mon chien-lzard aussi, puis nous repartons doucement dans la pente.

Je croiserai de nombreuses btes, tout du moins mon bracelet les dtectera, la plupart,
apeures, fuiront  mon approche.  croire que les animaux sortent la nuit. J'arriverai
mme  voir certains poissons dans la rivire, mais impossible de les attraper, mme
avec l'aide du bracelet.

Il me faudra prs de dix heures et deux sommes avant d'arriver, en boitant, prs
de Sarah. navila et elle ont lu camp sur une grosse pierre, me rappelant notre
bivouac quand nous sommes arrives dans le cratre du village. Ah je donnerai cher
pour tre avec vous, Naoma et Erik ! Enfin, j'ai une belle brune et une belle blonde,
c'est dja. C'est quand mme assez cool la congrgation, parce que mme paum
au fin fond de la galaxie, on a quand mme des jolies filles avec nous.

Sarah m'aide  monter  ses cts, je suis reint. Toutes mes blessures me brlent
affreusement. Sarah n'est pas non plus en trs bon tat. Je lui prsente chien-lzard,
que j'aide  monter aussi sur le rocher.

- Je suis compltement mort, il me faudrait au moins un sixime pour me remettre.

- J'espre qu'navila retrouvera une partie de la caisse de survie, il y a des pansements
rparateurs dedans. Ta blessure  la jambe risque de s'infecter sinon. Que te dis
ton bracelet ?

- Ben, il dit que c'est pas top, mais je ne comprends pas tout, comme je n'arrive
pas trop  lire.

- Tu me donnes l'accs ?

- OK.

Sarah regarde dans le vide et reste silencieuse un instant.

- Tes dfenses immunitaires sont actives mais il ne semble pas y avoir d'infection.
La plaie doit tre propre.

- Oui j'tais dans l'eau, et j'ai beaucoup nettoy, aprs je me suis fait les pseudo-bandages
avec des bouts de ma combinaison.

- a serait quand mme bien qu'navila retrouve une partie de la bote de secours,
il doit y avoir des pansements rparateurs  l'intrieur, ta blessure serait gurie
plus rapidement. Tu ne peux pas courir, j'imagine ?

- Non ! Je peux  peine marcher ! J'ai mis un temps fou pour redescendre jusqu'ici
alors qu'navila est monte en quelques heures.

- Elle a une forme spectaculaire. Je me demande si elle est dj arrive au vaisseau.

"navila, lui demande Sarah, en me mettant en copie, o en es-tu ?"

"Je ne retrouve pas ce fichu vaisseau ! J'ai remont la rivire, ensuite il me semble
que j'ai suivi en sens inverse le mme chemin que nous avions pris, mais je n'ai
pas retrouv la clairire. Je suis en train de redescendre pour trouver la rivire
qui passait prs du vaisseau et la remonter."

"Normalement il va encore faire nuit pendant un moment, lui dis-je, mais fais quand
mme attention  toi, il y a d'autres btes la nuit aussi."

"Oui j'ai vu, mais pour l'instant elles ne m'ont pas trop ennuy, et le bracelet
fonctionne plutt bien sur elles."

Je mange un peu de la viande qu'il reste, chien-lzard ne dit pas non non plus.

- S'il est apprivois, me dit Sarah, il faudrait essay de l'inciter  retourner
d'o il vient, a nous permettrait peut-tre de trouver un village.

- Oui, mais comment faire, il a l'air de vouloir rester avec nous.

- Il faudrait le perdre, il serait peut-tre tenter de retourner chez lui.

- On le suivrait  distance ?

- Oui. D'un autre ct, s'il ne sait pas rentrer chez lui, on peut le suivre pour
rien.

- Oui, il est peut-tre plus sr qu'on suive le fleuve, s'il y a un village il sera
sans doute  proximit. Et si nous pouvons aller jusqu'au bord de mer, peut-tre
que nous aurons plus de chance l-bas.

- Mouais...

Sarah n'est pas trs enjou, je ne lui suis pas beaucoup plus. Difficile de savoir
o aller et ce que nous avons trouv. Maintenant que le vaisseau est dtruit, plus
moyen de nous soigner facilement et de trouver refuge. Et si chaque journe nous
sommes attaqus par ces btes, nous risquons de ne pas faire long feu sur cette plante.

Je m'allonge pour un somme. Quelques nuages masquent les toiles, la nuit est claire
par deux petites lunes. La trane rconfortante de la Voie-Lacte traverse le ciel.
Je rverai de ma prpa, o l'objectif des concours n'est pas tellement d'tre slectionner
pour intgrer une cole, mais plus de la retrouver, perdu sur cette plante, en haut
d'une montagne, ou perdue dans la fort... Plusieurs btes rodrent autour de nous,
mais Chien-Lzards et nos bracelets furent des protecteurs suffisants pour nous avertir
 temps.

Jour 386
--------



La pierre n'est pas ce qu'il y a de plus confortable pour dormir, heureusement que
je me suis servi de Chien-Lzard comme oreiller. Il est plutt content d'ailleurs,
mettant une sorte de gloussement de satisfaction.

La supergante rouge, un gros point rouge,  peine blouissant, se lvera quelques
heures plus tard. Nous croisons les doigts avec Sarah pour qu'elle ne rveille pas
les grills et qu'navila ne soit pas inquite, mais sa lumire est bien blafarde,
pas beaucoup plus lumineuse que les deux lunes dans le ciel.

navila a bloqu son bracelet, pourquoi, nous l'ignorons, mais il nous est impossible
de savoir o elle est. Elle rpondra tout de mme  un appel, indiquant que tout
va bien. Ne sachant trop que faire, j'en profite pour discuter avec Sarah.

- Tu as toujours travaillais dans ce labo qui surveillait la Terre, o tu as fait
autre chose.

- Principalement dans le labo, mais il m'arrivait d'aller voir ailleurs quand j'en
avais marre. Mais il n'y avait pas beaucoup d'autre chose  faire dans la Congrgation,
et ma place au labo m'tait prcieuse.

- Mais, combien de temps tu es restais dj, deux milles ans ? Tu ptes pas un plomb
 faire la mme chose pendant deux milles ans ?

- 1371 ans, enfin oui, a fait dans les 2170 annes de la Terre. Non on ne s'ennuie
pas. On ne s'ennuie pas parce qu'on suit la vie de centaines de personnes, des milliers
de personnes. Je suis la vie de familles entires depuis des centaines d'annes.
J'ai toujours quelqu'un  retrouver, voir ce qu'il devient, ce qu'il invente. C'est
passionnant de voir toutes les interconnexions entre les gens, les familles, les
ides.

- Oui mais pendant deux milles ans ! C'est pas toujours un peu la mme chose ?

- Tu ne te rends pas compte. Vous voluez tellement vite ! Il y a tellement de choses
 vrifier,  recouper ! Et puis dans la Congrgation ce serait largement pire.

- C'est quand mme trange que personne de la Congrgation n'ait t au courant,
les secrets a filtre forcment.

- D'ailleurs a a filtr, et maintenant tout le monde est au courant.

- Oui, c'est vrai. Mais c'est rest secret plus de deux mille ans !

- Pas deux mille ans, l'exprience a dbut en 6374, il y a 6250 ans, 9900 ans pour
toi. C'est vrai que beaucoup pensaient que nous ne pourrions garder cette exprience
secrte. Il y a eu il y a environ trois mille ans une grande campagne d'assainissement,
ou beaucoup d'expriences secrtes ont t dcouvertes et annules. Mais l'exprience
Terre est un peu particulire, parce que la Terre est trs loin de la Congrgation,
et ds le dpart tout a t mis en oeuvre pour la protger. De plus trs peu de personnes
ont t impliques. Mais finalement le voile est tomb.

-  cause de moi...

- Un peu  cause de toi, oui, mais pas uniquement. navila, et sans doute d'autres
personnes des plantes rebelles taient au courant, ce sont elles qui ont tout dclench.
Mme si tu n'avais pas t l, je ne donnais pas cher du futur de l'exprience.

- Et qu'est-ce qu'il va se passait, tout d'un coup les vaisseaux de la Congrgation
vont se pointer et intgrer tout le monde dans le paradis ternel Adamien ?

- Il est difficile d'imaginer que le Congrs laisse l'exprience se poursuivre, mais
la marche  suivre ne sera sans doute pas aussi brutale. J'imagine un premier contact
avec les instances dirigeantes, et la mise en place d'une procdure vitant les rvoltes,
les rvolutions ou les conflits.

- Oui c'est vrai que j'imagine que toutes les personnes opprims pourront tre tentes
de rclamer vengeance avant que chacun ne trouve une place confortable sur une plante
paradisiaque de la Congrgation.

- La terre deviendra sans doute un muse, une rserve naturelle, peut-tre que les
personnes ne dsirant pas intgrer la Congrgation pourront y rester. Avant que qui
que ce soit de la Terre de devienne membre, il faudra statuer, comme pour vous.

- a peut prendre des centaines d'annes,  votre rythme ! Tout le monde sera mort
depuis longtemps !

- Il y aura sans doute une mesure exceptionnelle. Un premier clonage pourra tre
fait pour que chacun soit  l'abris de la mort et de la maladie, puis les choses
pourront allaient  leur rythme.

- Un clonage de toute le monde ! Mais il faudra des entrepts norme pour stocker
6 milliards de personnes !

- Pas plus que ce que nous pratiquons dj. Dans la Congrgation il y a de l'ordre
de quatre-vingt milliards d'initaux conservs.

- C'est vrai c'est logique, les clones on s'en fou, mais les initiaux il faut les
conserver. Mais o sont peut stocker quatre-vingt milliards de corps ?

- Ils sont rpartis ! Chaque plante  son stock, une partie en orbite, une partie
au sol.

- Tu sais, pour conserver 2,1 milliards de personnes (1 tri-quatri), un cube de 750
mtres de ct suffit (4,5 tri pierres).

- Oui, mais c'est quand mme une sacr organisation ! Surtout qu'il faut les dplacer
quand la personne vient.

- Une fois adultes les gens n'utilisent plus trop leur initial. Ils sont stocks
souvent en orbite, ou dans un endroit o la place ne manque pas. Et si la personne
le dsire, quelques jours suffisent pour le rapatrier.

- Oui, enfin, il faudrait construire tout a sur la Terre, a prendrait quand mme
du temps !

- Nous nous prparerions sans doute  l'avance. Mais cette discussion est sans doute
sans objet, l'attaque de la Congrgation a d tout remettre en question.

- C'est assez incomprhensible, qui voudrait attaquer la Congrgation ?

- C'est d'autant plus incroyable que l'attaque n'a pas t reprer. Adama est dans
le coeur de la Congrgation, la seule explication d'attaque de vaisseaux repose sur
une furtivit  l'preuve de nos artificiels, ou une tlportation physique.

- C'est possible ?

- Thoriquement les artificiels ont dmontr que oui, mais nous n'avons jamais pu
le prouver par la pratique, la mise en place d'un tlporteur physique rel repose
sur beaucoup trop d'entropie pour pouvoir tre matriser par notre technologie.

- Pourtant vous n'voluez presque plus, pourquoi, la tlportation physique a arrangerait
pas mal vos affaires, attendre trois jours  chaque tlportation est un peu ennuyeux.

- C'est vrai mais c'est relatif, trois jours pour plusieurs dizaines ou centaines
d'annes lumires (quinto-quadri pierres), ce n'est pas tant que a, et quand on
vie des milliers d'annes, trois jours ne sont pas plus que quelques heures ou minutes
pour toi.

- Mouais, pas convaincu, trois jours restent trois jours. En trois jours je me suis
fait attaqu par navila, je suis pass au Congrs et la Congrgation s'est faite
attaque et la moiti des permanents du Congrs tus.

- C'est vrai que depuis ton arrive a bouge un peu.

Je passe en franais :

- a rocke svre, ouais !

- Je ne sais pas danser le rock, dit Sarah en souriant.

- Moi non plus, ou trs mal... Et c'est pas gagn pour qu'on apprenne par ici, d'ailleurs
on ne peut mme pas couter de la musique.

- Si, avec ton bracelet.

- Ah ? Il a des musiques incluses ?

- Il peut en crer automatiquement en fonction de ton humeur. Bien sr il n'aura
pas tes musiques prfr, mais les textes sont pas si mal. Parfois un peu trop 'artificiel',
mais a dtend.

Sarah m'explique comment paramtrer le bracelet pour jouer de la musique. C'est plutt
bien fichu.

navila nous indique enfin qu'elle est sur le chemin du retour. Elle n'a pas trouv
d'autre moyen pour reprer le vaisseau que de remonter vers les cimes et pouvoir
retrouver la zone du crash. Elle n'est pas trs bavarde et semble extnue.

Ma blessure me fait mal, je languis le retour d'navila. Elle n'a pas clairement
dtaill ce qu'elle avait rcupr, j'espre seulement qu'elle aura retrouver des
tissus rgnrateurs comme ceux dcrits par Sarah. Je vais plusieurs fois  la rivire
pour nettoyer ma blessure, mais mes bandages sont dsormais trop sale, de plus des
petits insectes tournent autour, j'ai peur que quelques uns n'aient trouv l'endroit
un peu trop m'accueillant pour leur niche.

Sarah n'a pas une grande pche non plus. La viande de la bte n'est plus vraiment
bonne. Je pense que nous commenons  subir les manques de notre alimentation dsquilibre.
Nous n'avons pas encore trouv de fruits  rellement parler. Il y a bien quelques
plantes dont les feuilles sont un peut gonfles et pourrait s'apparenter  des fruits,
mais leur got est extrmement amer. Je rve de retrouver les mme dlicieux fruits
que nous avions sur Stycchia.  dfaut je bois beaucoup d'eau, mais je me demande
mme si cette eau est finalement si potable. Je commence  dsesprer. Ma jambe me
fait souffrir, j'ai la migraine, faim d'autre chose que cette viande, j'ai du mal
 dormir, et je n'attends mme plus le jour avec envie, bien au contraire, s'il marque
le retour des grills.

Les heures d'attentes seront dures. navila arrivera finalement, trs nerve. Elle
en a de nouveau contre moi, me rpond schement, sans que je comprenne vraiment pourquoi,
me reprochant sans doute encore cette situation. Mais tout n'est pas si ngatif,
elle a retrouv une bonne partie du contenu de la caisse, elle arrive donc trs charge,
ce qui explique son tat de fatigue et le temps qu'elle a mis. Elle a ramen six
barres comme nous avions sur Stycchia dans les btiments, mis  part que dsormais
je saurai en faire usage de faon plus tendue grce au bracelet. Grce aux barres,
qui prennent  peu prs la forme que l'on dsire, navila s'tait constitue comme
une combinaison une armure, qui lui permettait de les porter plus facilement. Elle
ramne aussi deux combinaisons de survie, dont une qu'elle portait. Ce sont des combinaisons
ressemblant  celle que possdait Sarah sur Terre. Malheureusement, celles-ci ne
comporte pas d'abeille. Ce sont, d'aprs les explications de Sarah, d'anciens modles
qui assurent simplement une protection accru grce  un trs grande rsistance et
un champ de dfense lectromagntique, plus puissant que celui des bracelets. Ces
combinaisons sont aussi capable, dans une certaine mesure, de soigner, et nous en
enfilons Sarah et moi chacune une. navila se contente elle d'une combinaison classique
neuve.

La caisse contenait aussi des armes et des sondes automatiques. Des petits artificiels
volants capables de dcouvrir le terrain et faire des analyses pour l'eau, l'air,
la nouriture... Mais, le seul exemplaire qu' retrouv navila tait en piteux tat,
sans doute  cause des dcharges du dragon. navila l'a tout de mme ramen, au cas
o il soit capable de se rparer, mais il semble vraiment hors d'tat de fonctionner.
Quant aux armes, navila, bien qu'elle ait chercher plusieurs heures, n'en a trouver
qu'une, qui semble toutefois encore fonctionner. Une sorte de pistolet  l'antimatire,
qui propulse des microcapsules d'antiprotons qui s'anihilent quand on le dsire.

navila nous a bien entendu ngocier l'arme contre les deux combinaisons, de toute
faon elle a la peau suffisamment paisse et aprs tout c'est elle qui a tout ramener,
elle peut bien prendre ce qu'elle veut. Les combinaisons sont trs efficaces, et
ma blessure sera gurie en quelques heures.

- Combien de temps ses barres fonctionnent-elles ?

- a dpend de l'utilisation, rpond Sarah, mais elles contiennent une rserver d'antimatire
comme source d'nergie, et elles ont l'air pleine, donc elle devrait tenir plusieurs
annes, mme si nous les utilisons intensment.

- Mais ce n'est pas un peu dangereux d'avoir une rserve d'antimatire comme a ?
a ne peut pas nous pter  la figure ?

- Pas plus que dans les bracelets. Les anti-particules sont pigs de telle faon
qu'une raction en chane est difficilement possible. C'est plus dangereux de faire
une mauvaise manipulation avec la barre que la faire exploser. Si elle devient instable
elle a de toute faon un mode d'urgence o elle s'loigne automatiquement.

- Une mauvaise manip ?

- Oui, ces barres sont un peu anciennes, elles n'ont pas de vrification de prise
de forme, ce qui fait que tu peux te transpercer toi-mme la poitrine si tu ne fais
pas attention.

- Dommage que les combis n'aient pas d'abeille.

- Oui, a nous aurait bien servi, ne serait-ce que pour reprer les environs. Si
tu es monte au niveau des cimes, navila, tu as vu quelque chose ?

navila s'tait allong pour se reposer, mais elle ne s'est pas encore endormie.

- Non, rpond-elle. Il n'y a que de la fort orange. Il y a beaucoup de montagne,
l'horizon de porte pas trs loin.

- On va essayer de suivre le fleuve, alors, qu'est-ce qu'on peu faire d'autre ?

- Pas grand chose, rpond Sarah tristement.

- Oui, suivre le fleuve, lance navila, nerve. Maintenant si vous pouviez parler
avec vos bracelet, j'aimerai dormir quelques heures avant que l'on reparte, il faut
profiter de la nuit.

- Tu penses qu'ils vont nous attaquer de nouveau ds que le jour va se lever.

- Sans l'ombre d'un doute.

- Tu en a vu, des cimes.

- Oui.

- Ils taient endormis, comme autour du vaisseau ?

- Je suis fatigue, on en reparlera plus tard... peut-tre.

Sarah s'est aussi allonge. Je fais de mme, Chien-lzard vient prs de moi. Je somnole
plus que je ne dors, je n'ai plus trop sommeil. J'ai enfil une des combinaisons
ramenes par navila, je suis au chaud et je sens ma blessure se gurir. C'est vraiment
la galre d'tre paum dans ce trou perdu. En un sens je trouve a plutt sympa d'tre
seul avec deux bombes sexuelles dans un endroit inconnu, mais l'ambiance est tout
de mme significativement diffrente  celle sur Stycchia. C'est d'autant plus frustrant
que le jour, le soleil, la lumire, auxquels je tiens temps, sont dsormais synonymes
de danger et de mort. J'ai bien peur que ma chance m'ait abandonn. Jusqu' prsent,
c'est vrai, les choses taient parfois catastrophique, mais jamais trs longtemps,
et la vie tait plutt cool. C'est vrai que j'en ai bav,  Washington, Mexico, Sydney,
Melbourne, sur Stycchia, Adama, mais bon, c'tait quand mme assez fun dans l'ensemble,
a finissait bien. L c'est moins sympa, je vois moins comment on va pouvoir s'en
sortir, et je pense que c'est un peu le mme sentiment que j'avais sur Stycchia,
quand nous ne savions pas du tout o nous tions et comment on pouvait faire pour
revenir sur Terre. Sauf qu' l'poque je me consolais dans les bras de Pnople,
alors que l je me fais bouffer chaque jour par des sales bestioles.

Pnople, je suis aussi embt de t'avoir quitt sur un malentendu. J'aimerais tant
que tu ne m'en veuilles pas. C'est un peu dsesprant de toujours perdre les gens
qui nous sont proches, de toujours devoir les quitter. David, Deborah, Patrick, Naoma,
Erik, Pnople... Pauvre David, dire qu'il est mort  cause de moi... J'espre que
Deborah va bien, ma Deborah...

Je finis par m'endormir pour rver, encore et toujours, de cette prison dans laquelle
je suis, de ce trou noir d'o je ne sais comment sortir, de cet enfer vers lequel
je descends chaque jour un peu plus sans savoir comment revenir vers la lumire,
lumire que je crains, dsormais...

Jour 387
--------



navila dort beaucoup plus que prvu, et j'en profite pour chasser quelques bestioles
avec les barres, c'est d'une facilit dconcertante. Ces barres sont vraiment formidables,
je peux les transformer en pe ou en bouclier en un clin d'oeil, elle peut vraiment
prendre n'importe quelle forme, se glisser sur moi pour me faire une armure, devenir
une chelle, un parapluie, une lance ou tout autre objet auquel je peux penser. Elles
possdent toutefois des limitations, d'une part la matire qui la compose est limite,
et bien sr on ne peut pas gnrer un objet qui ncessite plus de matire ; on peu
jouer sur l'paisseur, mais cela au risque d'augmenter les chances de cassage.

La combinaison est vraiment fantastique, j'ai une vision nocturne parfaite, je me
croirais presque en plein jour. Elle possde en plus une possibilit de camouflage
qui me rend presque invisible pour les bestioles  partir du moment que je ne suis
pas trop dans leur axe de vision, ce qui me permet de rapidement rcuprer une bonne
dizaine de petite bte. Et, cerise sur le gteau, elle me permet d'allumer un feu
! Nous en sommes tellement content avec Sarah que nous n'attendons pas navila pour
manger nos premiers oiseau-lzards au barbecue.

Sarah est vraiment jolie, autant tous les gens de la Congrgation sont beaux, possdent
gnralement un corps parfait, autant je ne les trouves pas tous attirant, ou du
moins  mon got. Mais Sarah, peut-tre parce qu'elle me rappelle aussi un peu la
Terre, quand elle me venait en aide, Sarah est jolie, vraiment jolie, un peu rserve,
 la fois sre d'elle et un peu timide. J'ai l'impression qu'elle cache quelque chose,
qu'elle ne veut pas tout raconter, ou simplement veut-elle rester discrte. Elle
a d se cacher toute sa vie, et ne jamais dvoiler ce qu'elle faisait, elle a sans
doute dvelopper un sens accru du secret. Elle doit se mfier de tout le monde et
de tout ce qu'elle dit, c'est sans doute la raison qui fait que je dois insister
et la cuisiner pendant un bon moment  chaque fois que je veux qu'elle me parle un
peu.

- Pourquoi Goriodon n'tait pas au courant pour la Terre, les prcdents chef du
Congrs le savaient, non ? C'tait qui avant Goriodon, c'tait Teegoosh, juste avant
le Libre Choix ?

- Oui, tu commences  connatre l'histoire de la Congrgation, c'tait Teegoosh.
Il tait au courant, enfin je crois.

- Comment tu as su toi ? Comment tu es rentre ?

Sarah hsite, voil un nouveau sujet sensible.

- Je, et bien, je travaillais, avant le Libre Choix, dans un labo de recherche biologique.
Et puis, j'ai subi, un peu  mon insu, une sorte de qualification, et puis on m'a
finalement parl de l'exprience, et j'ai tout de suite accepter.

- Mais le rle dans l'exprience Terre, c'tait pas vraiment de la biologie, si ?

- C'tait surtout des gens comptents et discrets, prs  passer leur vie dans l'oubli
et le secret. Aprs le ple d'activit n'tait pas prpondrant. Mais tu te trompes,
il y avait pas mal de validation biologique dans l'exprience Terre, nous sommes
maintes fois intervenu sur le mtabolisme humain pour raccourcir correctement son
esprance de vie, et...

- Moralement c'est pas un peu... "dur" de traiter des hommes comme des cobayes, de
faire des expriences sur eux, de les modifier, de les laisser mourir dans des conditions
atroces ? Comment vous ragissez face aux guerres, aux massacres ?

- C'est eux ou nous.

- Comment a ?

- L'exprience Terre, d'une part c'est une exprience, et avant d'y venir on en accepte
les rgles. On sait l'objet et les conditions. Ensuite c'est notre seule faon de
rchapper  la morosit de la Congrgation, ou on devient, en quelque sorte, prisonniers
d'un paradis artificiel ternel. Pour beaucoup le choix ne se pose pas vraiment.
Mais... C'est plus sur nous qu'on pleure, c'est plus de voir quelle cruaut l'homme
peut avoir qui nous dsespre, c'est plus de se rendre compte jusqu'o peut aller
l'homme qui nous oblige  poursuivre, qui nous force  ne pas intervenir, savoir
vraiment, quand on ne biaise pas les cartes, jusqu' quel niveau l'homme peut arriver.

Elle se tait un instant.

- Parfois j'ai espr, pendant la guerre froide, qu'une troisime guerre mondiale
se dclare et qu'on en finisse. Mais j'ai aussi de l'espoir, l'espoir que le bien
triomphe, que la raison triomphe... L'exprience Terre ce n'est plus un question
de cobayes, et nous n'intervenons plus depuis trs longtemps, l'exprience Terre
dsormais c'est nos vies, c'est nous, c'est de savoir si c'est les bons ou les mauvais
cts de l'homme qui vont triompher... Dans le labo, on ne vit plus que pour a,
on ne vit plus que pour regarder vos vies, vous regarder voluer, vous regarder profiter
de quelque chose que, paradoxalement, nous n'avons plus, la libert.

- Pourtant, je... Dans la Congrgation c'est plutt cool la vie ?

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'y es rest que quelques siximes, c'tait nouveau
pour toi, tu dcouvrais, mais aprs cent, cinq cents, mille ans ?  tourner en rond
? L'homme n'est pas fait pour vivre dans l'aisance, a le corrompt. Il faut de la
difficult, il faut qu'il se bte pour avoir l'impression de vivre, l'impression
de servir  quelque chose, c'est affreux de n'tre rien, de ne rien faire, d'tre...

- Je comprends, je pense que tu as raison, si on n'a pas de dfi, ou d'espoir de
changer les choses, d'avoir quelque chose de mieux, de diffrent, on doit perdre
un peu le got  la vie. Mais comment a se passe, alors, pour tous les habitants
de la Congrgation, comment ils font pour ne pas pter un cble ?

- Ils sont morts !

- Ils sont morts ? Comment a ?

Est-ce qu'il y aurait quelque chose de cach ? Est-ce que la Congrgation serait
vraiment un truc aprs la mort, est-ce que les morts de la Terre apparatraient dans
la Congrgation ? Mon Dieu, se serait...

- Ils sont morts dans le sens o ils ne vivent plus vraiment, ils restent dans leur
ternit  attendre que le temps passe... C'est vous qui vivez, c'est vous qui tes
dans la vrai vie, nous nous sommes dans votre paradis, et nous vous regardons avec
envie, c'est vous qui avez de la chance, pas nous.

Je reste un instant  mditer sur les paroles de Sarah. Ce n'est sans doute pas aussi
extrme. Je ne suis pas sr qu' choisir je ne prfre pas la vie dans la Congrgation
 ma petite vie, pourtant bien tranquille, que j'avais  Paris. Sarah ne se rend
pas forcment compte de la chance qu'ils ont. Pas de travail, pas de maladie, une
vie quasi ternelle, et tant de choses  apprendre et  dcouvrir !

Je mange le reste de mon oiseau-lzard en silence, je ne serais pas contre un peu
d'assaisonnement ou un peu de verdure. J'ai bien tent de ramasser quelques unes
de ces herbes, mais pas une ne semblent comestibles, en plus d'avoir un got extrmement
amer. Pff, quelle galre...

navila nous rejoint en silence alors que nous tions Sarah et moi plongs dans nos
penses en grignotant les os de nos oiseaux-lzard. Ce ne sont d'ailleurs pas des
os  proprement parler, des sorte de btonnets un peu souples, plats, gristres.
navila se met trois bestioles  griller, elle n'est pas trs bavarde.

- Bien dormi ?

- Me prends pas la tte, ok ?

- Putain mais jamais t'arrtes d'tre conne ! lui dis-je, passablement nerve de
son attitude.

- Ylraw a raison, on est suffisamment ennuy pour ne pas en plus que tu rendes les
choses plus difficile. C'est quand mme ta faute si on est l !

- Ma faute ! s'nerve navila, et puis quoi encore, c'est toi qui a dcid de venir
vers cette plante de merde !

- Pour recharger les batteries, pas s'y poser ! Moi je voulais repartir vers la Congrgation
!

- Mon cul oui, c'est toi, non Ylraw plutt ! C'est lui qui nous a foutu dans ce merdier
!

- Mais tu dlires ! lui rtorque Sarah qui s'est loigne un peu et s'est leve.
Il a dormi tout le long, comment veux-tu qu'il est fait quoi que ce soit ! C'est
toi qui est devenue folle et qui m'a fait perdre les commandes !

-  cause de lui ! Tu n'as toujours pas compris que c'est lui qui dirige tout ici
!

- Mais n'importe quoi, il a manqu de se faire tu je ne sais pas combien de fois,
et moi pareil ! Personne ne dirige rien ici, il faut que tu redescendes sur terre,
t'es compltement dans ton dlire.

- Mon dlire ! Je dlire peut-tre mais moi je suis franche, je ne fricote pas avec
Goriodon.

- C'est le chef du Congrs,  qui voulais-tu que je parles de a ?  toi directement,
peut-tre ?

- C'est pas la premire fois que tu couches avec le pouvoir, espce de salope, t'as
pas fait pareil avec Teegoosh, peut-tre, pour pouvoir venir dans l'exprience Terre
?

Sarah n'en peut plus et se rue sur navila.

- Salle chienne ! Tais-toi, tu ne sais rien, tu ne comprends rien, tu inventes tout
!

navila se lve et se recule pour viter Sarah. Je me lve aussi, prt  les sparer.

- Ah oui ? Ose me dire que tu n'as eu aucune relation avec Teegoosh, allez ! Je suis
sre que tu as couch avec lui !

Sarah se calme et se recule un peu, compltement hors d'elle.

- T'es vraiment... T'es vraiment odieuse... Comment tu peux affirmer des choses pareilles.

- Vas-y, dis-le, affirme haut et fort que tu n'as jamais couch avec Teegoosh !

- Je n'ai jamais couch avec Teegoosh ! C'est ridicule !

Sarah est sincre. navila se tait un instant, lui lanant des regards de colre,
sans doute du de ne pas avoir deviner juste.

- Tu mens, reprend-elle, je suis sre qu'il y a quelque chose entre toi et Teegoosh
!

J'interviens finalement.

- Bon on va peut-tre en rester l, non ?  moins que vous prfriez vous battre
?

Elles ne me regardent mme pas, continuant  se lancer des regards noirs.

- Vous tes chiantes  toujours vous nerves bordel ! Vous pouvez pas rester cool
un peu ! C'est quoi votre problme, mince,  vous les nanas de la Congrgation, 
toujours vous prendre la tte, les filles de la Terre sont plus cools.

Je me rassois prs du feu, y rajoute quelques branche et me met  griller un nouvel
oiseau. Aprs tout qu'elle fasse leur vie ! navila reprend sa brochette et se remet
 manger avec apptit. Sarah s'approche aussi du feu, et s'assoit sans dire mot.
Nous restons silencieux pendant une dizaines de minutes, les bruits de la nuit, partiellement
masqus par le crpitement du feu et le bruit de la rivire, nous rappelle que nous
sommes entours d'inconnu, de hululements tranges, de grognement inquitants...
Mais il ne nous faudra pas trop tarder, si nous voulons avancer avant le lever du
jour, mme si nous ne savons pas vraiment o aller :

- tant donn que nous avons du feu, on pourrait peut-tre faire cuire de la nourriture
en avance, pour pouvoir marcher plus longtemps, en plus si nous devons nous cacher
pendant les quatre jours o il fera jour, il nous faudra des rserves.

- Il vaut mieux qu'on marche le plus lger possible, reprit Sarah, il doit rester
encore deux jours de nuit, on peut tenter de marcher le plus possible, et de simplement
trouver une cachette et faire des rserves quand le jour commencera  se lever.

- Oui, tu as raison, c'est sans doute plus malin, je lui consens.

navila ne dit rien, elle approuve sans doute en silence. J'ai vraiment du mal 
comprendre pourquoi elle est toujours autant sur les nerfs, et pourquoi elle considre
que je suis responsable de tout ce qui nous arrive. Qui ou quoi a bien pu lui ancrer
cette ide dans le crne aussi fortement ? Bref, la fin du repas se fait sans de
nouvelles altercations. Nous rcuprons nos affaires, Chien-lzard termine joyeusement
nos restes, et une fois qu'navila a termin de manger, nous nous mettons en route
sans tarder. Nous ne sommes pas trop charg, nous transformons les barres de faon
 pouvoir les porter facilement. Sarah et navila les portes autour de la taille
ou autour des cuisses, moi, plus habitu  mes randonnes, je prfres les utiliser
en btons pour m'aider  marcher.

Nous marchons plusieurs heures sans dire mot, Sarah et moi tentant de suivre le rythme
effrn d'navila. Aprs six heures de marche ininterrompue, nous arrivons enfin
 ngocier une pause de quelques minutes. Le paysage ne change gure, nous suivons
la rivire, qui prend de plus en plus l'allure d'un fleuve dsormais, serpentant
au milieu des grands arbres. Nous avons pratiquement contourn la barre montagneuse
sur laquelle nous nous sommes crass, mais notre horizon reste une succession de
colline et de petite montagne. En regardant derrire nous, nous avons tout de mme
l'impression que nous avanons vers les plaines, les hautes montagnes laissant place
 un relief plus doux.

Nous n'avons droit qu' gure plus de vingt minutes de pause, dj navila se remet
en route. Ma blessure est presque gurie et elle ne me handicape plus vraiment. Je
reste nanmoins avec Sarah, un peu derrire, histoire de forcer navila  modrer
un peu son allure.  plusieurs reprises elle part devant, nous ne la voyons pas pendant
plusieurs heures, puis nous la retrouvons assises sur un rocher  nous attendre.
a me fait sourire parce que je faisais un peu de mme quand nous faisions de la
randonne avec Damien, Pixel et Guillaume.

J'aimerais bien discuter avec Sarah, mais nous devons fournir pas mal d'efforts pour
avancer, et je me dis que nous aurons tout le temps, pendant les quatre jour de soleil,
pour nous raconter nos vies, terrs dans notre cachette. Je me demande d'ailleurs
bien o est-ce que nous allons pouvoir nous cacher, il nous faudrait trouver une
grotte, parce que si nous montons dans un arbre, les chiens-lzards grills pourront
nous atteindre, sans parler du dragon lectrique. J'ai quand mme du mal  croire
que cet animal existe vraiment, ce truc norme, volant, lanant des clairs, c'est
difficilement crdible, est-ce qu'il pourrait tre une machine ? Pourrait-on se trouver
dans un virtuel ? Est-ce que le gant bleu ne nous aurait pas tlport ailleurs
mais simplement tus ou capturs et enferm dans un virtuel ? Je fais part de mon
hypothse  Sarah, mais il est vrai que l'envisager ne nous avance pas  grand chose,
virtuel ou pas nous sommes dans de beaux draps, et je ne crois pas qu'aucun d'entre
nous ne soit prs  se tuer pour confirmer ou infirmer cette ventualit.

Cette possibilit me sduit assez, toutefois, elle expliquerait toutes les incohrences
que nous trouvons, le saut dans l'espace, cette plante inconnu, ces bestioles fantastiques...
Et elle ne nous renseigne pas beaucoup plus sur les intentions de ce gant bleu.
J'aimerais vraiment savoir ce que sait navila de cette histoire. Elle a dj rencontr
ce gars, pour quelle raison ? Que lui a-t-il dit, est-ce que c'est lui qui l'a monte
contre moi ?

Aprs de nouveau quatre ou cinq heures de marche, Sarah et moi n'en pouvons plus,
nous imposons une pause navila. La progression sur les rives du fleuve est assez
aise, et nous avanons sans doute  quatre ou cinq kilomtres par heure, ce qui
nous fait entre quarante et cinquante kilomtres parcouru depuis notre dpart. Pendant
que nous prparons un feu, navila va chasser ; elle revient rapidement avec de quoi
faire un bon festin, au boucan que nous avons entendu, et vu l'allure de ses prise,
elle a d s'amuser un peu avec son pistolet.

- a fait de sacrs dgts, ton machin, bientt il ne reste plus rien  bouffer,
c'est plus propre avec les barres et une bonne lectrocution.

- Oh a va ! T'auras de quoi manger, stresse pas, j'ai bien le droit de me dtendre
un peu, tu prfres que je passe mes nerfs sur toi ?

- Non pas vraiment. a marche comment ce pistolet ?

- Rien de bien compliqu, rpond Sarah, il contient un rservoir de micro-capsules
qui confine des portions d'anti-mtal ionis, de faon  pouvoir le maintenir par
un champ lectromagntique. Ces micro-capsules sont propulses  l'intrieur de petites
aiguilles  trs haute vitesse. Un dtonateur permet de les faire exploser.

- Mais c'est pas dangereux ? Il y a un rserve d'antimatire dans le pistolet ?

- Oui il faut beaucoup d'nergie pour produire de l'antimatire, le pistolet possde
une rserve, mais il faut le recharger aprs un certain temps, toutefois l'antimatire
est trs puissante, 12 microgrammes d'antimatires (six bi-quadrimes de pierre)
suffisent  tout faire exploser cinq mtres  la ronde (six pierres).

C'est toujours la mme galre avec ses units, j'ai un peu du mal  me rendre compte,
enfin bon je comprends bien que avec pas beaucoup on peut faire pter un gros paquet.

- On ne peut pas le recharger, donc, une fois vide il ne nous sert plus  rien ?

- Si tu sous-entends que je devrais l'conomiser, va te faire foutre, c'est mon jouet,
rtorque navila au quart de tour.

- Je ne sous-entends rien du tout, je cherche  comprendre comment a marche.

- Mon cul !

- Va te faire, navila, y'en a marre que tu nous agresses sans arrt.

- Tu devrais tre content que je ne m'amuse pas sur toi.

- Tu devrais peut-tre le faire, a m'viterait de me prendre la tte avec une sale
conne dans ton genre, t'es qu'une merde, tu n'as aucun contrle de toi, tout ce que
tu sais faire c'est pter les plombs et tout faire foirer.

Je suis rest calme et froid en disant cela, et elle a continu  manger tranquillement,
se contentant d'un "Je t'emmerde" mme pas agressif. Je ne poserai pas plus de questions
sur ce sujet, mme si j'en ai plusieurs qui me trottent dans l'esprit. Je mange avec
apptit trois bestioles et demi, et, une fois rassasi, donne la moiti de ma quatrime
 Chien-lzard, qui attendait patiemment sa part. Il a vraiment t duqu, par qui
? Aprs mon copieux repas, mme s'il n'tait pas trs vari, je me confectionne une
couche en retirant quelques pierres pour ne pas me casser le dos. Sarah et navila
change quelques mots, rien de bien intressants, je regarde un instant la vote
toile, la super-gante route bien loin de nous, et je m'endors rapidement, la marche
m'a puis.

navila me rveille six heures plus tard, pour nous remettre en route, Sarah est
dj debout. Elles ont rallum le feu et fait cuire de nouveaux quelques btes, je
me force  en manger deux, puis nous partons, au pas de course, derrire navila
qui continue  imposer son rythme effrn. Le paysage change lgrement, le relief
est de moins en moins important, et de nouveaux types d'arbres apparaissent. Aprs
plusieurs heures de marche nous devons faire un large contour pour pouvoir continuer
 suivre le fleuve, un boulement gant en a chang le cours, et cela semble assez
rcent. Des centaines d'arbres ont t dracins et possdent encore leur feuillage
jaune, suggrant que la catastrophe s'est passs il y a peu. Le cours du fleuve a
t barr par l'boulement, crant une sorte de barrage entranant la formation d'une
retenue d'eau relativement consquente. La valle, pourtant large, est compltement
sous les eaux, et il nous faut remonter sur les flancs de la montagne pour pouvoir
passer par dessus le tas de roche et de pierres. C'est un pan entier de la montagne
qui s'est effondr, et notre progression est beaucoup plus difficile dans l'immense
pierrier ainsi form, d'autant que des arbres dracins bloquent souvent le passage.
Finalement, nous arrivons  trouver un chemin vers le lit du fleuve, presque sec.
Le fleuve n'a semble-t-il pas encore suffisamment remplie la valle pour passer par
dessus l'boulement, et seul quelques filets d'eau s'chappe de ce nouveau barrage
naturel. Esprons qu'il ne cde pas alors que nous suivrons le cours du fleuve...

Le temps perdu  contourner l'boulement est gagn par la suite, car la marche dans
le lit du fleuve est facile. Nous n'avons pas vraiment quoi que ce soit  rattraper,
mais nous acclrons quand mme naturellement le pas comme pour rcuprer le temps
perdu, pour ne pas prendre du retard sur la distance que nous aurions hypothtiquement
parcourue si cet boulement n'avait pas eu lieu.

Mais cette course ne fait que nous puiser d'autant plus vite, et aprs six heures
de marche Sarah jette l'ponge et s'arrte. J'aurais pu marcher encore une heure
ou deux, mais dans la mesure o nous ne savons mme pas o nous allons quel importance
de s'arrter maintenant ou plus tard. navila voudrait encore continuer, mais nous
parvenons  la dissuader d'aller plus loin pour nous attendre ensuite.

- Il fera jour dans combien de temps, deux jours environ ?

- Oui, je pense, me rpond Sarah. D'ailleurs il vaudra mieux qu'on remonte un peu
vers les hauteurs, demain, pour trouver une cache, il jamais je barrage cde, on
sera en scurit.

- Il peut cder  tout moment, lui rponds schement navila, c'est pour a qu'on
ferait mieux d'avancer.

- Je suis fatigue, OK ? J'en peux plus, continue si a te fait plaisir, mais moi
je me repose un moment.

- Coupons la poire en deux, leur dis-je en tentant de calmer la situation, on mange
un bout, on dort deux sixime, et on repart.

Qui ne dit mot consens, et avant que je ne dcide, navila part dj chercher  manger.
Je rcupre ou dcoupe du bois pour le feu, j'avoue que de transformer ces barres
en pe pour dcouper des branches m'amuse comme un petit fou. D'un autre ct j'ai
toujours eu une prfrence gntique pour le coupage de bois, je pense que bcheron
est sans doute le mtier qui me convient le plus, quoique je ne crache pas sur boulanger.

Nous reprenons un peu le moral, voil trois jours que nous n'avons pas t attaqus,
les barres et les combinaisons rendent la chasse et la confection du feu un jeu d'enfant.

- a serait cool qu'on trouve des trucs  mlanger avec ses bestioles.

- Comme ? demande navila.

- Je sais pas, du sel, des lgumes ?

- On peut peut-tre en rcuprer dans nos urines, fait remarquer Sarah.

- Si on en mange pas tu crois qu'on en pisse ? lui lance navila.

- On doit bien en manger un peu dans ces btes, dis-je, mais de toutes faon c'est
plus des fruits et des lgumes qu'il nous faudrait pour amliorer notre alimentation.

- Je n'en suis pas sre, rtorque Sarah, vous avez sur Terre un rapport  l'alimentation
assez trange, nous n'avons pas vraiment connu de priode similaire sur Adama. En
fait nous sommes trs rapidement pass  de la nourriture purement vgtale, puis
artificielle contrle, aprs l'radication des reptiliens. Mais je ne suis pas sre
que la viande ne couvre pas la plupart des besoins.

- Ce n'est pas forcment super bon de manger que de la viande, non ? lui fais-je
remarquer.

- Surtout celle-l, reprend navila, on sait mme pas si c'est vraiment comestible,
cette merde.

- En tout a on a tenu un demi petit-sixime avec, c'est dj pas si mal, dit Sarah,
mais je ne sais pas si nous tiendrons indfiniment rien qu'en mangeant cela.

- Indfiniment ! s'crie navila, j'ai pas l'intention de rester l indfiniment
!

- Jusqu' ce qu'on construise un vaisseau spatial pour se barrer d'ici, dis-je, ce
qui revient un peu au mme.

- T'inquite de savoir que je risque de devoir te supporter, a va me motiver pour
fabriquer de quoi retourner dans la Congrgation en moins de deux.

- Je prie le ciel pour que ce soit vrai, tiens d'ailleurs je vais m'asseoir plus
prs de toi, des fois que a te motiverait.

- T'es con ! me lance navila en me poussant sur le ct.

Elle sourit, Sarah aussi, moi aussi, ce jour est  marqu d'une pierre blanche. Je
reprends ma place et nous terminons le repas joyeusement. Nous nous couchons ensuite
tous les trois pour une sieste qui deviendra presqu'une nuit.

Jour 388
--------



Quoi qu'en dise navila elle est aussi fatigue, et elle ne nous rveille que cinq
heures plus tard. Une grosse lune s'est leve et nous claire considrablement. Nous
avons un peu peur que cela ne puisse rveiller les grills et nous plions rapidement
bagage, sans mme manger de nouveau quelque chose.

Nous hsitons entre courir dans le lit assch du fleuve ou remonter dans l'objectif
de trouver une cachette. Finalement, aprs deux heures, nous ralentissons la cadence
et reprenons un rythme plus soutenable, aucun signe de grills dans les environs.

Concernant les animaux "classiques", nous n'avons gure  nous soucier, nos combinaisons
les dtectent  plusieurs centaines de mtres, et nous pouvons tranquillement les
contourner quand ils nous semblent un peu trop gros ou trop nombreux. Chien-lzard
fait aussi office de bon radar, et nous avertit promptement quand il sent la prsence
de quelques btes rodant  proximit.

Mais soudain, nous sommes pris de panique en apercevant un norme oiseau passer devant
la plus grosse lune. L'identifiant rapidement au dragon lectrique, nous allons nous
tapir dans la fort. Il ne semble toutefois pas s'intresser  nous, mais  quelques
chose beaucoup plus en avant. Cela nous rassure et nous donne aussi l'espoir de dcouvrir
peut-tre un village, ou au moins un lment digne d'intrt. Quand nous sommes rassurs
qu'il ne s'en prendra pas  nous, nous reprenons la route d'autant plus rapidement
que nous sommes curieux de savoir ce qui attire ce dragon.

Mais deux ou trois heures de course ne nous rapprocheront pas suffisamment, et nous
faisons une nouvelle pause, routinire dsormais, navila s'occupe de la chasse,
je fais le feu avec Sarah. Je suis frustre qu'navila ne dcide de dire ce qu'elle
sait, elle garde bien prcieusement son secret, se mfiant toujours autant de moi.
Sarah m'a au moins renseign sur l'exprience Terre, mais je n'arrive toujours pas
 comprendre le rle d'navila, pourquoi m'a-t-elle donnait ce bracelet ? Qu'est-ce
quelle faisait sur la Terre, comment y est-elle alle en djouant la surveillance
du labo ?

- Nous l'avons bien remarqu, rpondit Sarah, c'est d'ailleurs pour cette raison
que je suis intervenue par la suite. Il nous a fallu un certains temps pour faire
le lien avec toi.

- Est-ce qu'elle est venu pour la premire fois  Paris ? Est-elle venue avant, ou
aprs ?

- Nous ne savons pas, nous l'avons trouve un peu par hasard, et c'est bien possible
qu'elle soit venue sur Terre  plusieurs reprise, mme depuis plusieurs annes.

- Mais qu'est-ce qu'elle y faisait ?

- Aucune ide, nous ne l'avons jamais observe directement, quand nous avons eu des
doutes, nous avons dcid de rapprocher un satellite d'observation, et c'est grce
 lui que nous t'avons finalement trouv, mais il nous a fallu quinze jours (un petit
sixime).

- Comment m'avez-vous trouv ?

- Par recoupement, l'explosion au Texas, la fusillade au Mexique, et l'metteur.

- Ah oui, c'est vrai, avec l'metteur c'tait facile...

- Quel metteur, demande navila qui revient.

- Rien d'important.

- Regardez, j'ai trouv une nouvelle bte.

- Elle est grosse ! s'tonne Sarah.

- Oui, pourtant c'tait facile de l'attraper, elle ne s'est mme pas dfendue, pour
autant elle ne dormait pas.

- Il va falloir la dcouper, fais-je remarquer, on arrivera pas  la faire cuire
sinon.

Avec les barres transformes en pes, la dcoupe ne fut pas trop difficile, et nous
attendmes patiemment devant les apptissants morceaux qui grillaient sur notre feu.
Malheureusement, quand, chacun une bonne part en main nous nous fmes souhaites
bon apptit, nous dchantmes bien vite en vomissant toutes nos tripes  la premire
bouche, nos bracelet en panique.

Cette salet n'est pas du tout comestible ! Nous l'aurions trouv si nous avions
eu la prsence d'esprit de la goter une fois crue, et pas tous en mme temps ! Nous
devenons trop confiant, et c'est bien fait pour nous !

Nous nous prcipitons  la rivire, pour boire, mais une bouche de cette salet
nous a vraiment tous les trois mis KO, nous vomissons encore pendant bien une demi-heure
tout ce que nous pouvons ingurgiter.

- Salet ! Tu m'tonnes que la bte n'avait pas peur !

- C'est clair, j'aurais d m'en douter, quelle conne.

- En tout cas  l'avenir on prendra soin de goter un peu avant de mordre  pleines
dents !

Cette idiotie nous fera bien perdre trois heures, trois heures  nous remettre, et
trois heures avant que nous puissions enfin remanger quelque chose, mais nous avons
tous l'estomac en vrac. Finalement nous dcidons de repartir sans mme dormir, pour
oublier ce mal au ventre, mais deux heures plus tard nous tombons de fatigue, et
nous faisons une nouvelle pause. Six heures de repose, et nous nous sentons enfin
fin prts pour un bon petit djeuner.

Plus de traces du dragon, mais nous avanons tout de mme rapidement pour esprer
trouver ce qui l'attirait, peut-tre une ville ou un village, peut-tre d'o vient
Chien-lzard.

C'est puisant, navila donne un train d'enfer, et si nous sommes motivs, Sarah
et moi, pendant les quelques heures aprs que nous avons commenc  marcher, c'est
ensuite rapidement la fatigue et la douleur qui reprennent le dessus. Qu'est-ce que
je ne donnerais pas pour manger un truc sucr ! C'est tout de mme incroyable que
nous ne trouvions aucun fruits. Que mange les herbivores, uniquement ces feuilles
oranges au got si amer ? Aprs tout s'il y a des ressemblances avec la vgtation
terrestre, c'est vrai que c'est un cosystme compltement diffrent, j'ai d'ailleurs
du mal  croire que nous puissions survivre, nous n'avons rien  voir avec cet cosystme,
nous ne devrions pas pouvoir assimiler la viande de ces animaux, cette eau au got
trange.

- Comment a se fait, Sarah, que nous survivons ici, qu'on peut respirer, boire,
manger ?

- J'ai du mal  l'expliquer aussi, c'est la premire fois que je vois une plante
avec une flore et une faune qui ressemble  celle de la Congrgation sans tre identique.
D'habitude c'est toujours extrmement diffrent.

- C'est un hasard, tu crois ?

- J'espre que non.

- Comment a ?

- J'espre que a veut dire que cette plante  connu un dbut de terraformation.

- Qui aurait mal tourn ?

- Je ne sais pas, je me dis qu'il serait envisageable qu'un terraformation ait t
entreprise, et que les conditions de la plante, la richesse dans le sol en souffre,
ou en silicium, le rythme jour nuit, la proximit de la plante autour de laquelle
nous gravitons, enfin, que des lments aient oblig les artificiels  adapter un
peu l'environnement.

- En modifiant les plantes et les animaux ajouts ?

- Oui, en changeant un peu gntiquement les espces pour leur permettre de survivre
ici.

- Mais, est-ce que c'est possible ?

- J'en sais rien. En tout cas dans la Congrgation nous ne savions pas faire, mais
nous sommes ici vraisemblablement en dehors de la Congrgation, et les artificiels
ont pu voluer librement, sans que nous sachions exactement ce qu'ils sont devenus,
peut-tre ont-ils russi cet exploit.

- Mais ? Ils l'auraient fait pour quoi ?

- Je ne sais pas, pour eu, pour les hommes de l'Au-del, peut-tre...

- a voudrait dire que cette plante est habite ?

- a ne veut pas dire grand chose, a peut vouloir dire qu'il y a des milliers d'annes
une tentatives de terraformation a eu lieu, mais tout aussi bien c'est peut-tre
les espces qui se sont adapts toutes seules, que la terraformation a chou et
que les hommes sont partis depuis bien longtemps.

- Tu penses que les hommes auraient pu tenter de terraformer, mais que a aurait
foir et ils seraient partis ? Mais les espces vgtales et surtout animales ne
peuvent pas s'adapter si vite !

- La vie a parfois des ressources surprenantes, si la terraformation a commenc 
marcher, puis si les conditions ont chang brutalement, l'adaptation des espces
peut tre trs rapide. Et puis cela a trs bien pu se passer il y a plus de 13000
ans (8000 annes d'Adama) !

- Oui remarque en 13000 ans il peut quand mme se passer des trucs.

- 13000 ans c'est rapide pour une adaptation complte, mais nous ne savons pas de
quoi a a pu partir. En tout cas je ne crois pas que cette plante soit ainsi d'origine,
c'est trop semblable  une plante humaine pour que nous y soyons compltement trangers.

- Mais alors, on peut peut-tre esprer trouver des hommes, ou alors observent-ils
toujours cette plante, on peut tenter de se faire reprer ?

- C'est notre seul espoir, nous n'arriverons jamais  rien, seul ici, nous ne vivrions
pas passer longtemps pour fabriquer quoi que ce soit  part, au mieux, une machine
 vapeur.

Et mme une machine  vapeur, me dis-je, il nous faudrait fondre du fer, le mouler...
Un bteau  vapeur, peut-tre, pour nous dplacer sur les cours d'eau. Ce serait
sans doute le plus intelligent, il n'y a pas de route de toute faon.

- D'ailleurs on aurait pu construire un radeau pour descendre le fleuve.

- Oui c'est vrai, j'en ai parl avec navila, elle a dit que dans un premier temps
il valait mieux qu'on s'loigne le plus rapidement possible de la zone du crash,
pour tenter de fuir les grills.

- C'est pas bte, on pourra faire un radeau plus tard, de toute faon il ne nous
aurai pas beaucoup servi, vu que le fleuve est coup.

- Oui, elle a eu du flair, nous aurions perdu plusieurs jours pour pas grand chose.
Elle disait que si nous sommes tranquille quand il fera jour, on pourra en profiter
pour fabriquer un radeau, mais maintenant que le fleuve est sec, ce n'est plus vraiment
intressant.

- Il y a peut-tre d'autres affluents qui arrivent plus en aval.

- Esprons, cette marche force est extnuante.

Nous marchons encore pendant plus de cinq heures, navila veut absolument trouver
ce qui attirait le dragon. Malheureusement nous ne trouvons rien, nous avons beau
avancer, aucune trace de quelque chose de nouveau. Peut-tre le dragon a-t-il simplement
vu une proie, rien de plus.

Le jour commence  se lever pour de bon, nous dcidons de faire une pause.

- Que fait-on, demande Sarah, nous nous trouvons une cachette ou nous continuons
?

- Je serais pour continuer, nous dit navila sans que nous soyons surpris.

- videmment... Mais si on se fait attaquer ? On n'aura pas la chance de l'autre
fois avec la rivire.

- Mais nous sommes arms, cette fois-ci. Je peux faire exploser ce satan dragon
avec a !

- Ce serait plus raisonnable de nous trouver une cachette, et si rien ne se passe
pendant un jour, on repartira.

- Ce sera un jour de perdu, si on se fait attaqu nous serons bien obligs de trouver
une cachette.

- Ce n'est pas tellement une question de temps, c'est une question de survie, lui
dis-je un peu nerv.

- Il a raison, confirme Sarah, nous ne sommes pas  un jour prs, nous devons avant
tout penser  notre survie, nous n'avons plus grand chose pour nous soigner, dsormais.

- Et o va-t-on se cacher ? rtorque navila, on va construire une forteresse ?

- On peut creuser un trou, bloquer l'accs avec des morceaux de bois.

- Mouais, pour tre coincs comme des rats si jamais les grills nous trouvent ?
Sans moi, je prfre encore courir.

- Putain tu fais chier, tu seras vachement avance une fois qu'on sera mort Sarah
et moi, c'est parce que t'as une arme et que tu te crois plus forte que ces saloperies
que nous on va en rchapper.

- Et ben au moins je serais dbarrasser te toi, c'est dj a.

- C'est tout ce que tu veux de toute faon, tu ferais mieux de me buter tout de suite
avec ton flingue, comme a au moins on n'en parlerait plus.

Sur ce je me couche sans en dire plus. Je suis puis, j'ai du mal  soutenir les
attaques incessante d'navila. Si vraiment elle ne nous supporte pas, qu'elle aille
au diable ! De toute faon nous ne pourrons pas nous en tirer tout seul, si nous
ne trouvons personnes sur cette lune, je ne me vois pas vraiment vivre en sauvage
le reste de ma vie avec Sarah et l'autre furie. Elle ferait bien de partir et de
me laisser avec Sarah, subir ses humeurs commence  tre fatiguant.

Je me demande bien ce que nous allons faire si nous ne trouvons rien, dans une semaine,
deux, un mois, un an. Est-ce que nous allons continu  parcourir la plante dans
l'espoir de trouver quelque chose ? Au bout de combien de temps allons-nous laisser
tomber ? Allons-nous simplement attendre de nous faire tuer ? Si nous survivons,
allons-nous nous installer  un endroit que nous trouvons agrable, pour tenter de
survivre, de vivre ici, jusqu' notre mort ? Ces saloperies de clones ne vieillissent
presque pas, a pourra durer des centaines d'annes, peut-tre auront nous le temps
de fabriquer quelque chose... Mme pas l'espoir d'avoir des gamins, le seul truc
qui pourrait nous tenir en vie, tenter de fonder une communaut, est grill d'avance
avec ces clones striles. D'un autre ct, ce n'est peut-tre pas plus mal, les pauvres
mioches, la moiti se ferait bouffer par des grills. Il vaut peut-tre mieux qu'on
meure rapidement ici, et que d'autre clone de nous reprennent tranquillement la vie
dans la Congrgation, dans cent soixante ans... Et dire que si a se trouve ce n'est
pas la premire fois, peut-tre que nous avons juste subi une sorte de duplication,
que nous sommes toujours l-bas, et que j'ai en fait des dizaines ou des centaines
d'autres clones paums sur des plantes diverses dans la galaxie...

Le plus drangeant, c'est la notion du Moi,  partir du moment o je suis clon,
si les deux exemplaires restent conscient, ce sont alors deux personnes distinctes.
En fait je ne suis pas vraiment ce que je crois, je ne suis que la copie d'une copie
d'une copie. Est-ce que je pense vraiment comme si j'tais le Ylraw originel, celui
qui, j'espre, se trouve encore dans son caisson sur la Terre,  Sydney. Non, forcment,
je ne dois pas penser pareil, puisque je n'ai pas vraiment les mmes caractristiques,
mon cerveau n'est pas pareil, je suis sans doute plus, ou moins, intelligent, mon
corps ne ragit pas pareil. Je reste persuad que notre personnalit dcoule principalement
de l'interaction de notre physique sur notre cerveau, les hormones, les sensations,
l'image que nous donnons. En fait je ne suis qu'une approximation de moi, et tant
que cette approximation ne sera pas retransmise dans mon vrai corps, sur Terre, je
ne suis pas sr de redevenir moi. Ce n'est qu' ce moment l que l'ancien moi disparat,
quand il est cras par le nouveau, jusqu' ce moment j'ai toujours le risque qu'on
rveille mon nouveau moi et que je reste enferm  jamais dans les clones, et que
je devienne une autre personne, puisque mon vrai moi recommencera une autre vie,
une vie diffrente... Qui me dit, d'ailleurs, qu'il n'est pas dj rveill, mon
vrai moi de Sydney, qu'il n'est pas dj en train de retourner en France, qu'il n'y
ait pas dj retourn, qu'il ne vit pas paisiblement sa vie aprs son tour du monde,
qu'il n'est pas en train d'oublier son aventure trange sans mme se douter que je
suis l,  des millions d'annes lumires de lui,  me morfondre ?

Bah ! Peu importe, aprs tout, que chacun vive sa vie, clone ou pas... Je suis bien
sur une plante inconnue avec des espces tranges  l'autre bout de la galaxie,
et rien que d'avoir vu cela, et de tenter d'en rchapper, c'est dj pas mal... Je
ne me laisserai pas mourir ici, je survivrai, je ne sais pas trop pour faire quoi,
mais je survivrai, mme  devenir fou.

Jour 389
--------



Nous dormons beaucoup, et c'est le jour qui me rveille en sursaut. Le soleil n'est
pas encore lev mais il ne va sans doute pas tard. navila dort encore profondment,
Sarah est rveille.

- a va, lui dis-je.

- Oui, a va.

- Tu as bien dormi ?

- Plus ou moins. De toute faon ses clones dorment toujours bien.

- Quelque chose te tracasse ? Comment a ils dorment toujours bien ?

- La rgulation du sommeil est un peu diffrente, ou plus exactement ils sont tels
que le sommeil est toujours profond et reposant.

- Mais Pnople m'avait dit qu'ils n'taient pas modifis ?

- Ce n'est pas vraiment des modifications, c'est juste qu'ils sont tellement bien
fait qu'ils rassemblent toutes les bonnes caractristiques. Les clones dorment bien,
tombent peu malades, ne dpriment pas, vieillissent trs peu, rsistent au stress...


- Qu'est-ce qu'il ne va pas, alors ?

- Rien, rien, tout va bien.

Sarah me cache quelque chose, mais elle cache tellement de chose, ce n'est pas la
peine d'insister.

- Il va faire jour, tu penses qu'on devrait suivre navila et continuer  marcher
?

- Difficile  dire, je serais plutt d'avis, comme toi, de nous trouver un cachette,
au moins pour cette fois-ci, et aucun grills ne passent, de reprendre la route.

- En cherchant une cachette, il pourrait tre pas mal qu'on remonte un peu vers les
cimes, et voir vers o nous allons, nous sommes un peu... On voit pas grand chose
d'ici, et puis ce barrage ne m'inspire pas confiance, j'ai peur qu'il ne cde, nous
ne sommes pas encore suffisamment loin.

- Il y a tellement de choses qui peuvent nous tomber dessus que c'est dur de savoir
quoi faire.

En attendant qu'navila se rveille, je pars chasser et Sarah prpare un feu, la
chasse est facile, mais j'en profite pour faire un tour pour voir s'il n'y aurait
pas une grotte ou une cachette facile, rien de tout cela. Quand je reviens Sarah
et navila sont en pleine discussion, ou plutt engueulade devrais-je dire.

- Je ne reste pas une minute de plus avec cette conne, me dis Sarah en se tournant
vers moi quand j'arrive.

- Qu'est-ce qu'il y a encore, lui dis-je sans mme regarder navila.

- Elle est borne en plus d'tre folle, elle va nous conduire directement  notre
perte.

- Qu'est-ce que tu veux faire ?

- Je veux monter vers le haut de cette grande colline, pour avoir un point de vue,
en plus on les verra arriver de plus loin si jamais ils reviennent.

- C'est une mauvaise ide, nous coupe navila, ils viennent des hauteurs, plus nous
montons, plus nous nous rapprochons d'eux, il faut avancer vers les plaines le plus
rapidement possible si nous voulons nous en sortir.

- Qui te dit qu'ils ne viendrait que des hauteurs, qu'ils n'y en aura pas encore
plus vers les plaines, et qui te dit qu'il y en a encore sur les hauteurs d'ici,
on en sait rien, comment on pourrait savoir ?

- Je le sens.

- Tu le sens, mon cul oui.

- Je le sens aussi, et a empeste.

Elle me rendra fou !

- Tu fais chier bordel, a t'arrive jamais d'expliquer un peu au lieu de toujours
envoyer balader tout le monde ?

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ! J'en sais rien moi bordel ! Tu crois
que a me fait plaisir ? J'en sais rien ! Je ne sais pas pourquoi je pense a, je
le sens, c'est tout, j'ai une impression, il me semble, je sais pas, j'explique pas,
c'est comme pour toi, ton odeur, cette plante de merde, cette vie de merde, les
bracelets, les mensonges, je le sens, je le crois, j'en sais rien ! Merde !

Je soupire, qu'est-ce que je peux bien dire... Le pire c'est que j'aurais tendance
 la croire, j'aurais tendance  la suivre... Tout le monde reste silencieux pendant
que j'embroche les bestioles sur une des barres transformes en multibroches. Sarah
revient s'asseoir prs du feu pour manger.

- Que fait-on, alors ? je lui demande.

- Je t'ai dis, je ne la suis plus, qu'elle fasse sa vie, moi je monte sur la colline.

- C'est dbile, c'est du suicide, lui rtorque d'une voix presque amicale navila.
Sarah ne tourne mme pas les yeux vers elle.

- Qu'est-ce que tu fais, toi ? me demande-t-elle.

- J'en sais rien, vous tes chiantes, toujours vous nerver ! Comme je saurais ce
qu'il faut faire... Pour moi il est plus raisonnable de cherche une cachette, si
j'tais seul je passerai la journe  me creuser un trou pour m'y cacher.

- Gnial, commente navila.

- C'est pas plus con que de partir  l'aveuglette on ne sait o sous prtexte que
tu sens quelque chose. En plus avec un clone.

- Pourquoi avec un clone ?

- L'initial possde quelques capacits extra-sensorielles que les clones n'ont pas,
me rponds Sarah.

- Quel genre de capacits ?

- Des capacits  prdire le danger,  sentir certaines choses, comme le temps, une
catastrophe...

- trange, et pourquoi les clones ne l'ont pas, c'est d  quoi ?

- Ils ne l'ont pas parce que nous ne savons pas le reproduire, ce n'est pas li 
la fonction d'onde cervicale, a dcoule de quelque chose de plus ancien, de plus
li au physique, au corps, une sorte de fonction d'onde corporelle. Mais a n'a rien
d'exceptionnel, les animaux ont la mme chose, en plus dvelopp, chez l'homme c'est
assez infime, certaines personnes le matrise un peu mieux, mais c'est rare.

- Peut-tre qu'navila arrive alors  couter la fonction d'onde corporelle de son
clone ? Elle a dj eu de bonne intuitions, non ?

- Ah oui, quand ? C'est n'importe quoi, peut-tre qu'elle avait ce genre de sensations
avec son initial et qu'elle croit les avoir toujours, mais je n'y crois pas. Je pense
qu'elle ne sent rien du tout.

- Pfff, j'en sais rien, leur dis-je, mais on ne pourrait pas se mettre d'accord ?
C'est con de se sparer, a ne fait que diminuer nos chances de survie.

- Je ne suis pas sre que suivre navila les yeux ferms les augmente beaucoup.

- navila, on t'a toujours suivi jusqu' prsent, cette fois-ci tu pourrais peut-tre
nous suivre ?

- Va te faire foutre ! Je sais que j'ai raison je sais que nous devons continuer
 avancer. Si vous voulez me suivre, je vous attendrais, sinon tant pis, on va pas
se taper sur le systme plus longtemps, vous faites votre vie, je fais la mienne.

- Mince, s'exclame Sarah, mais tu peux pas comprendre qu'on doit prendre des dcisions
sur un consensus si on veut survivre ! Tu peux pas comprendre qu'on a besoin de se
reposer, qu'on ne survivra pas  une nouvelle attaques des grills !

- Tu peux pas comprendre que j'en ai rien  foutre de ta gueule ? Que tu me sers
 rien, que vous me servez  rien ? Je veux dj bien que vous me suiviez et je vous
attend, alors ne m'en demande pas trop.

- T'es vraiment qu'une conne ! lui crie Sarah, t'as raison, casse-toi, on se dmerdera.

navila ne rpond pas, elle mange tranquillement son oiseau-lzard. Une fois celui-ci
termin, elle se lve et rcupre ses deux barres ainsi que son arme.

- Bon, pas de remords, alors, vous ne venez pas avec moi, nous dit-elle d'une voix
calme.

- Non, lui rpond Sarah d'un ton sec.

Elle va partir, peut-tre devrions-nous quand mme aller avec elle, elle a quand
mme eu de bonnes intuitions jusqu' prsent.

- Qu'est-ce que tu veux faire, Sarah, tu ne veux vraiment pas qu'on avance ?

- Tu ne vas pas t'y mettre, non, tu sais bien que c'est de la folie, il nous faut
trouver une cachette, ou nous allons tous mourir.

- Bon, trs bien, bonne chance alors, nous dit navila d'une voix presque triste.

Elle reste silencieuse un instant.

- Vous voulez que je vous laisse mon arme ?

- On ne veut rien de toi, lui rpond durement Sarah, laisse-nous.

- Trs bien, allez au diable.

Elle se tourne et commence  partir.

- Bonne chance, navila,  bientt, peut-tre, lui crie-je tout de mme.

Elle ne se retourne mme pas, lve juste le bras en signe d'adieu, et elle part en
courant. Nous voil deux dsormais. Nous finissons en silence les trois btes cuites
qu'il reste, puis nous levons le camp nous aussi.

Nous prenons directement la direction du sommet de la colline. Dans un premier temps
la fort est espace et accessible, mais rapidement il nous devient difficile de
progresser, une sorte de fougre gante recouvre l'ensemble du sous-bois, et la combinaison
nous indique que son contact peut tre toxique. Nous l'vitons tant bien que mal
pour tenter de continuer  monter, mais nous nous trouvons rapidement au beau milieu
d'un vritable labyrinthe, sans savoir rellement la direction de la colline.  plusieurs
reprises nous hsitons  retourner vers la rivire, mais d'une part nous n'avons
d'autre choix que de rebrousser notre chemin et suivre nos traces, ce qui nous prendra
de nombreuses heures, et d'autre part Sarah est bien trop fire pour s'avouer vaincu
et retourner dans les pas d'navila. Nous continuons donc pniblement notre voix,
mais aprs plus de huit heures de marche, notre priorit devient la recherche d'un
lieu ou faire une pause et trouver de quoi manger. Malheureusement le coin semble
assez pauvre en animaux, hormis une sorte d'insecte qui prolifre sur les fougres,
celles-ci semblent avoir repousser des environs les autres animaux ; il n'y  gure
que les pseudo-oiseaux que nous entendons caqueter dans les hauteurs, mais ils sont
un peu loin pour subir l'influence des bracelets.

Il nous faudra deux nouvelles heures pour trouver un endroit  ciel ouvert, ou la
foudre semble avoir abattu un arbre immense. Cette aubaine nous donne l'opportunit
de capturer de quoi manger et de trouver du bois assez sec facilement. Nous nous
mnageons un espace sur le tronc immense pour notre campement provisoire. Le jour
progresse mais le soleil n'est toujours pas lev, la gante rouge est passe pendant
quelques heures  l'horizon, nous ne la voyons plus dsormais, tout comme la supergante
rouge, qui a disparu.

Le tronc, qui dans sa chute  fait tomber plusieurs arbres des alentours, s'appuie
sur la cime des arbres environnant encore debout, et nous permet, sans trop de difficults,
de le remonter pour avoir une vue d'ensemble. Nous avons du mal  situer la rivire,
mais notre progression vers la colline semble bien maigre, notre direction n'tait
vraiment pas trs bonne, je me demande mme si nous ne sommes pas revenus vers le
lit du fleuve.

Cette constatation ne nous donne gure de courage et nous nous octroyons un petit
repos sur l'norme tronc. Il ne nous faut pas longtemps pour tomber dans un profond
sommeil, la marche dans les sous-bois tait puisante. Nous ne nous rveillons que
plusieurs heures plus tard, et le soleil ne semble toujours pas lever, mais nous
nous mettons nanmoins en marche rapidement, l'arrive prochaine du jour attise notre
crainte des grills, il nous faut trouver une cachette rapidement.

- Est-ce que a vaut encore le coup qu'on monte sur la colline, on devrait peut-tre
s'occuper  chercher un endroit o nous rfugier, dis-je  Sarah, alors que nous
reprenons la route.

- Jusqu' prsent nous n'avons rien trouv qui puisse faire office de cachette.

- Peut-tre simplement nous terrer sous ces fougres et attendre, il faisait relativement
sombre l-bas dessous.

- Il ne faisait pas beaucoup plus sombre que dans la premire grande fort que nous
avions travers au dbut, et les chiens-lzards nous avait suivi, pourtant.

- Oui, et puis si jamais ils nous rattrapent la dedans, nous n'aurons aucune chance
d'en rchapper, ils sont plus habiles que nous.

- Mais d'un autre ct ton Chien-Lzard en a baver pour traverser ces fougres, on
sentait bien qu'il ne voulait pas du tout y aller, d'ailleurs il n'avanait pas plus
vite que nous pour viter les fougres, peut-tre que a les empcherait de venir,
mais c'est un pari dangereux.

- Oui d'autant que comme ils sont grills, ils ne sentent peut-tre plus rien.

- C'est bien possible. C'est pour a que je pense que c'est mieux que nous nous rendions
prs de la colline, nous aurons plus de chance d'y trouver un grotte, ou un abri,
et si nous parvenons rapidement en haut, nous pourrons peut-tre les voir arriver
et trouver un endroit o nous cacher.

Je ne suis pas convaincu par l'analyse de Sarah, mais d'un autre ct je n'ai pas
beaucoup d'ide, je me dis de plus en plus que nous aurions d suivre navila, au
moins nous ne nous serions pas pos de questions, avancer le plus vite possible en
aval du fleuve. J'ai de plus en plus peur que de monter vers la colline soit notre
perte. Mais nous sommes tellement perdu que n'importe quelle alternative parait plus
raisonnable...

Huit heures supplmentaires ne nous ferons qu' peine arriver  mi-pente de la colline,
elle tait beaucoup plus loin qu'il n'y paraissait. La progression est dsormais
plus simple, les sous-bois sont plus ouvert, il y a plus de pierre aussi, mais malgr
notre attention nous ne voyons aucune grotte ou cachette intressante. Nous aimerions
continuer, mais Sarah comme moi est puise. Un bruit de rivire nous guide pour
trouver de l'eau, nous n'avons pas bu depuis le dpart de la rivire. L'eau n'est
pas bonne, mais nos bracelets s'inquitent de notre dshydratation.

J'ai beaucoup de mal  parler avec Sarah, elle est tellement distante, elle ne rpond
que vaguement et je sens bien que je l'ennuie ; comme je n'ai pas spcialement l'intention
de l'nerver, dj qu'elle est plutt susceptible, je reste silencieux la plupart
du temps, ou pose des questions pratiques, sur le parcours, sur les plantes que nous
rencontrons. C'est un peu triste quand mme, navila me manquerait presque. Qu'est-ce
que je ne donnerais pas pour me payer une bonne rigolade avec Erik. Il me manque,
il me manque presque plus que Pnople... C'est peut-tre  lui que je me suis le
plus attach, finalement...

Jour 390
--------



Mais la question du sujet de discussion disparat bien vite dans la monte, o nous
nous essoufflons suffisamment pour ne pas penser  autre chose. Jour 390, mon bracelet
compte dsormais pour moi les jours qui passent. Nous aurions aimer arriver au sommet
sans de nouvelle pause, mais notre progression devient tellement lente que nous dcidons
de manger un peu et de nous reposer avant de repartir. Concidence, nous arrivons
au sommet au mme moment o le soleil se lve. Il nous a fallu presqu'une journe
entire pour arriver l ! La vue n'est cependant pas extraordinaire, nous devinons
le cours du fleuve, qui va de l'avant, difficile de donner une direction, j'imagine
qu'il n'y a pas de notion de point cardinaux, tant sur une lune, le soleil doit
se lever un peu n'importe o suivant la priode. La plante est un peu monte sur
l'horizon, elle est vraiment norme, rougeoyante. Son paisse atmosphre nous masque
compltement sa surface. Elle doit peut-tre ressemblait  celle de Vnus, crase
sous une norme pression, soumis  une temprature infernale.

Le fleuve continue dans sa valle qui s'agrandit au fur et  mesure, nous devinons
deux immense lacets autour des montagnes qui s'amoindrissent, suggrant la direction
de la mer, si mer il y a. Mais toute cette eau doit bien aller quelque part. L'autre
ct de la colline ne nous offre gure de vue, une petite valle avec sans doute
une rivire rejoignant le fleuve, et une montagne comme horizon, beaucoup plus haute
que notre colline.

Bref, nous ne sommes pas beaucoup plus avancs, nous n'avons pas trouv de cachette,
nous n'avons pas non plus d'ide claire de la direction  prendre. Le plus simple
serait finalement de redescendre vers le fleuve. Nous pouvons aussi redescendre vers
la petite rivire, puis, mais nous irons quoi qu'il arrive de nouveau vers l'aval
du fleuve. Nous ne voyons pas le barrage d'ici, il est masqu par une autre avance
montagneuse que le fleuve contournait par un lacet. Si nous devons construire nous
mme une cachette, il nous faudrait soit la faire en bois, soit creuser. Les quatre
barres, morphes en grille, ne suffisent pas  former un espace suffisant pour nous
mettre  l'abris de la furie des grills, et le dragon nous craserait d'un pas.
La leve du jour nous rend toutefois beaucoup plus inquiets, et malgr la fatigue
nous continuons  marcher rapidement en suivant la crte, sans avoir beaucoup plus
d'ide quant  que faire et vers o nous diriger.

Nous arrivons  localiser navila, elle se trouve trs en avant, elle a d courir
toute la journe, quoi que notre progression a t tellement lente que c'est difficile
 dire. Quelques heures s'coulent, et la leve du soleil nous donne finalement du
courage, aprs ces quatre jours de nuit. Nous avanons tranquillement en tentant
de suivre la crte, et le danger des grills semble cart, il faut tout de mme
admettre que nous avons sans doute parcouru peut-tre cent ou cent-cinquante kilomtres
depuis notre dernire attaque.

Sarah s'arrte  plusieurs reprise pour tudier les insectes. Ceux-ci ressemblent
toute de mme beaucoup  ceux de la Terre. Beaucoup n'ont que quatre pattes, cependant,
mais certains en ont six, mme s'ils ne sont pas trs courants. Nous avons mme trouv
une araigne, qui s'apparenter  s'y mprendre  une araigne de mon jardin. Sarah
a pass de nombreuses annes  tudier l'volution des insectes sur la Terre compare
celle d'Adama. Elle semble dire qu'il y a deux souches distinctes d'insectes, ceux
 quatre pattes formant un ensemble  part. Peut-tre est-ce le signe, d'aprs elle,
de l'arrive des hommes sur une plante contenant dj de la vie, et de l'chec de
l'ajout d'un cosystme purement humain sur celui existant. Pour elle, l'hypothse
la plus plausible en terme d'volution serait l'arrive il y a plusieurs centaines
de milliers ou quelques millions d'annes d'un cosystme d'adama classique, et que
celui-ci aurait volu pour s'adapter au milieu, notamment la riche teneur des sols
en soufre, par exemple. Pourtant cette hypothse est difficilement envisageable,
car aucun humain n'existaient il y a plusieurs centaines de milliers d'annes, les
premiers vol extra systme adamien remonte  la colonization de ve, il y a presque
dix milles ans d'Adama, soit seize milles ans de la Terre. Et  l'poque les techniques
de terraformation taient extrmement prcaire, impossible que les hommes d'alors
ait pu venir jusqu'ici, en dehors des limites de la Congrgation actuelle. Le plus
tt envisageable, le moment o les sondes automatiques se sont loignes de plus
de deux cent annes-lumire d'Adama, remonte  trois ou quatre mille annes d'Adama
aprs le MoyotoKomo, soit il y a treize mille ans de la Terre au maximum. Impossible,
selon Sarah, que la nature ait change  ce point en treize mille ans, que les animaux
que nous avons rencontr aient pu apparatre  partir d'un cosystme du type de
celui d'Adama.

Le jour avance, et nous continuons nos hypothse en suivant la crte. La seule explication
qui satisfait Sarah est que, aussi improbable que cela puisse paratre, la vie sur
cette lune est apparu de manire indpendante, et que notre chance est immense de
pouvoir respirer correctement et digrer la viande des animaux.  Cela ne se passe
pas forcment idalement, nos bracelets nous avertissent d'un manque en acide gras
et certaines vitamines, que nous ne pouvons pas synthtiser et non prsent dans la
nourriture locale, mais que nous ayons survcu presque dix jours est dj invraisemblable.

Aprs un bon repas, o j'exprimente quelques insectes grills, c'est assez bon quand
c'est bien cuit, et une petite sieste, nous reprenons notre route tranquillement.
Nous apprcions de n'tre plus que tous les deux, et de ne pas avoir  suivre le
rythme effrn d'navila.

- Elle revient vers nous, m'interrompt Sarah, alors que je m'tonnais devant une
sorte de fleur que nous n'avions encore jamais vu.

- Qui ?

- navila, elle a bifurqu, elle vient vers nous trs rapidement, elle court.

- Tu peux la contacter ?

- Oui, attend.

Sarah reste silencieuse un instant, mais je sens rapidement son affolement. Elle
se retourne vers la montagne en face, puis regarde dernire nous. Elle redevient
calme.

- navila revient vers nous, d'aprs elle les grills foncent droit sur nous, mais
elle n'a pas vraiment d'lment, tu vois quelque chose ?

- Non, dis-je en montant sur un rocher pour avoir une meilleure vu, je ne vois pas
plus de trace du dragon dans le ciel. Tu penses qu'elle dlire ?

- Srement, comment pourrait-elle savoir si les grills vont vers nous, elle est
plusieurs dizaines de kilomtres en avant, et d'ici nous ne voyons rien.

- Elle n'a rien vu du tout ?

- Non, elle m'a juste dit qu'elle avait senti qu'ils arrivaient.

- Comme d'hab. C'est possible qu'ils arrivent, cela dit, la dernire fois ils n'ont
pas attaqu ds la lever du jour, il a fallu attendre que le soleil soit assez haut,
c'est peut-tre pareil.

- Oui, mais qu'est-ce qu'on peut faire ? Pour l'instant nous n'avons trouver aucun
endroit o nous cacher.

- Dernirement nous n'avons pas trop chercher.

navila nous coupe tous les deux, "dpchez-vous, bon sang, qu'est-ce que vous trainez,
courrez dans ma direction, j'ai reussi  rejoindre un troupeau d'normes lzards,
ils ne sont pas trs aggressifs, au milieu d'eux nous seront protgs, mais magnez-vous
!"

"Mais ils sont  plusieurs dizaines de kilomtres, lui rpond Sarah, et en plus nous
ne voyons aucun grills, d'ici, tout est calme."

"coutez, ils foncent sur vous, j'en suis sre, alors courrez, venez vers moi, ou
planquez vous, mais prparez-vous  les prendre sur la tronche !"

Si l'avertissement d'navila nous stresse un peu et nous mets sur nos gardes, nous
restons tout de mme plutt perplexes. Ce qui ne nous empche pas de marcher plus
vite dans la direction d'navila, sans que nous dcidions de cder  la panique et
de courir.

Aprs une heure ou deux et le soleil qui nous rchauffe, nous marchons de nouveau
plus calmement. navila semble toujours se diriger vers nous  grande vitesse, et
nous finissons par nous dire que c'est une faon pour elle de nous rejoindre sans
avoir  se justifier.

Mares
------



Trois heures plus tard, nous courrons Sarah et moi  perdre haleine, le dragon nous
a dj survol plusieurs fois, alors que nous nous tapissions du mieux que nous pouvions,
et une vritable dferlante de grills est tombe sur la montagne de l'autre ct
de la petite valle. Ils nous est difficile de savoir quand est-ce qu'ils vont nous
atteindre, mais ils ne leur faudra sans doute pas plus de quelques heures pour descendre
et remonter vers nous.

"On ne pourra pas courir quatre jours d'affile, il nous faut trouver une cachette
! crie-je mentalement  Sarah et navila."

"C'est trop tard, s'nerve navila, le troupeau pourra nous protger, il faut que
vous acclriez, dans combien de temps vont-ils vous rattraper ?"

"Aucune ide, rpond Sarah, pas plus que quelques heures, mais le dragon nous tourne
autour aussi"

"Ds que j'aurai un peu de visibilit je pourrai tenter de le dzinguer, mais je
suis encore trs loin de vous, et je n'avance pas vite dans cette satane fort !"

"Mais on n'atteindra jamais le troupeau, dsespre Sarah, il nous faut un autre moyen,
une autre cachette, c'est beaucoup trop loin, nous ne pourrons pas leur chapper
aussi longtemps, la rivire est au moins  soixante-douze kilomtres d'ici (72 quadri-pierres,
200 en base six) !"

"Si vous arrivez  trouver o vous cacher, mais s'est aussi un bon moyen de se faire
piger si vous n'arrivez pas  vous dfendre, une fois que vous m'aurez rejoins,
on pourra les retarder avec mon arme.

"C'est de la folie ! On ne peut pas courir plus de cinquante kilomtres dans s'arrter
! Il nous faudra de quoi boire et de l'nergie, nous allons nous puiser !"

"Mangez en courant ! Vous n'avez pas le choix ! Attrapez les animaux que vous pouvez
pendant que vous tes encore loin des grills, emportez-en avec vous, fates-vous
des sacs  dos avec les barres !"

C'est du dlire, comment pouvons-nous nous en sortir ! Courir pendant soixante kilomtres
sans s'arrter, poursuivi par ces chiens-lzards, nous n'en rchapperons pas ! Quels
fous nous avons t de vouloir monter sur cette colline, alors que nous aurions pu
suivre navila, et que nous serions alors protg au milieu de son troupeau !

Nous sommes toujours sur les crtes, mais les arbres nous protgent du dragon, qui
nous survole encore ; il fait de large cercle cherchant sans doute une proie. Nous
avons lgrement bifurquer pour nous loigner du versant par o vont arriver les
grills, mais aussi pour nous diriger vers navila, encore une trentaine de kilomtres
nous spare d'elle, les grills nous aurons rejoint avant, il nous faudra sans doute
deux ou trois heures pour nous retrouver, et encore, si la progression dans la fort
est aussi difficile que quand nous sommes venus, c'est peut-tre cinq ou six heures
que nous aurons  survivre avant qu'navila ne puisse nous aider avec son arme.

C'est de la folie, mais qu'importe, nous n'avons pas le choix, et la lutte pour la
survie surpasse tout autres considrations. Nous ralentissons un peu le rythme avec
Sarah pour ne pas trop nous essouffler, je parviens  capturer quelques oiseaux sur
notre trajet, c'est l'occasion de souffler un peu, nous mordons dedans alors qu'ils
sont encore chaud, mais ce n'est gure apptissant, et nous reprenons la course aprs
deux ou trois bouches.

Deux heures plus tard, les sifflements stridents des chiens-lzards grills tombant
sur nous nous font courir  perdre haleine au milieu des fougres vnneuses. Heureusement
les combinaisons nous protgent, mais la substance toxique sur les feuilles attaque
le revtement. Chien-lzard est en sang, j'ai bien peur qu'il ne survive pas  notre
course, surtout si les grills nous rattrape. navila est encore loin, mais nous
entendons de temps en temps de violentes explosions, elle doit utiliser sans remords
son arme pour se mnager un passage.

J'ai dans mon dos quelques oiseaux morts, et mon autre barre en forme d'pe me permet
de rapidement me frayer un passage dans les fougres. Sarah me suit de prs, et prend
le relais de temps en temps quand je fatigue.

Les sifflements deviennent assourdissant, et en quelques minutes des milliers de
chiens-lzards grills fondent sur nous. Nous tentons de continuer d'avancer, mais
nous sommes rapidement encercls. Je laisse tomber ma barre sur le dos et me munie
de deux boucliers pes pour chacun de mes bras. Je tente d'aider un peu chien-lzard,
mais j'ai bientt plus  faire pour sauver ma propre peau. Sarah est dos  dos avec
moi, nous bataillons comme des lions, nous nous plaons finalement dos contre un
norme tronc d'arbres, et, rapidement puiss, nous tentons de nous protger tant
bien que mal avec nos barres en forme de bouclier. Chien-lzard est perdu, j'ai un
pense pour lui, mais j'ai peur qu'il ne nous faille pas longtemps avec de le rejoindre.
Nous arrivons tant bien que mal  nous protger de leurs assauts, pendant quelques
dizaines de minutes tout du moins, car la pression est norme, ils nous montent littralement
dessus, nous sommes enseveli sous leur fureur. Ils nous griffent, mordent, cherchent
par tous les moyens  nous attraper. crass sous leur poids, nous tentons avec Sarah
de nous mettre en boule l'un contre l'autre et d'utiliser les barres pour faire une
cage demi-sphrique autour de nous, mais quatre barres ne nous donnes pas assez de
matire pour les tenir hors de porte, ils nous atteignent encore facilement au travers
des trou de la grille. Nous sommes maintenant loin de l'arbre, ils s'acharnent tellement
qu'ils nous obligent  bouger, peut-tre que si nous pouvions nous recaler contre
le tronc les barres suffiraient pour nous protger.

Nous saignons abondamment, ils nous griffent de toutes part, a empeste, il faut
chaud, nous avons du mal  respirer ensevelis sous leur chairs putrides.

"On ne peut pas rester l, nous allons nous faire touffer, et je ne tiendrais pas
longtemps le maintien de la grille."

"Oui, me rponds Sarah, ma combinaison est dj dans un sale tat, ils l'ont transperce
 plusieurs endroits, il faut qu'on reparte, je suffoque."

" trois on se lve et on part en courant... 1... 2... 3 !"

Notre plus sage dcision aurait t de rester tel que nous tions, mais cela nous
tait insupportable, et je prfre encore mourir en combattant qu' petit feu enterr
sous cette puanteur.

Je morphe de nouveau mes deux barres en bouclier pes, et je fonce sans rflchir
vers l'avant. Je dveloppe toute l'nergie qu'il me reste pour me dbarrasser des
grills devant moi et partir dans la fort. Sarah est  mes cts, je lui somme de
partir devant du plus vite qu'elle peut, pour ouvrir la voix alors que je me protge
le dos avec un plastron.

L'paisseur du sous-bois, et le manque de lumire les ralentissent un peu, suffisamment
pour que notre course nous permette de les distancer un peu, mais nous sommes clairement
en sur-rgime, j'ai un point de ct trs douloureux, et la substance des fougres
brle mes plaies ouvertes. Je vois trouble et j'ai du mal  suivre le rythme de Sarah.

C'est affreux, nous courons pendant plus d'une heure,  plusieurs reprise les grills
me tombe dessus et je dois me battre pour reprendre de l'avance. Nous nous dirigeons
dans n'importe qu'elle direction, Sarah est dsormais au mme niveau que moi, elle
fatigue aussi, nous n'y arriverons pas, comment navila peut elle supposer que nous
tiendrons quatre jours comme a, c'est de la folie, nous allons tous mourir ici !

"Je suis l !"

navila ! Je ne pensais mme plus  elle !

"Je suis un peu plus haut, vous allez beaucoup trop vers la droite ! Il vous faut
bifurquer vers la gauche, nous pourrons reprendre le chemin que j'ai trac !"

"C'est impossible pour l'instant ! lui crie Sarah, il y a un talus sur la gauche,
si nous le prenons nous allons nous faire rattraper !"

"Bon j'arrive !"

Deux minutes plus tard, de multiples explosions se produisent derrire nous, dont
une qui me met  plat ventre. navila m'aide  me relever et nous partons immdiatement
en courant, les explosions ont sans doute dtrousser une partie des grills, mais
ceux juste derrire nous sont encore l.

- Il y en a des milliers ! s'tonne navila.

- Oui, lui dis-je, on ne tiendra jamais jusqu' la rivire !

- Vous tiendrez ! nous crie navila comme si elle ne doutait pas d'elle-mme, mais
le troupeau est encore  plusieurs heures de course d'ici, il faut garder le rythme.

- Nous ne tiendrons jamais ! dsespre Sarah, je suis dj  bout de force, blesse,
je n'ai plus d'nergie !

- C'est a o tu crves ! Sois dj bien contente que je sois revenue ! Moi j'tais
sauve, l o j'tais ! s'nerve navila.

- Le troupeau est trop loin pour nous navila, lui dis-je, cela fait dj plusieurs
heures que nous nous battons, est-ce que tu n'aurais pas vu une cachette qui pourrait
nous abriter, plus proche, est-ce qu'on ne pourrait pas avec ton arme creuse un trou,
faire une grotte ?

- On n'a pas le temps, et on risquerait de mourir enseveli, c'est trop risqu, on
verra si vous ne tenez pas. Je n'ai vu aucune grotte sur mon chemin. Il faut qu'on
retourne vers le troupeau, c'est notre seule chance !

- On ne peut pas retourner vers la gauche pour l'instant, les explosions les ont
dvis de ce cts, il faut qu'on fasse le tour plus loin, en plus si ton chemin
est plus dcouvert, la lumire les rendra d'autant plus forts, nous devrions rester
dans les sous-bois les plus sombres possibles.

- Bon, je sais pas, rflchit tout haut navila... OK, suivez-moi !

navila tourne un peu plus sur la droite,  quatre-vingt dix degrs de la direction
qu'elle voulait nous faire prendre initialement.

- O est-ce qu'on va ?

- Courrez ! Suivez-moi, faites-moi confiance pour une fois !

navila ouvre la voie, mais rapidement vient derrire nous pour nous pousser et tirer
de temps en temps avec son arme quand les grills sont trop proches. J'ai toujours
mon point de ct, j'ai toujours la vision trouble, tout mon corps me brle, je suis
 bout de force. Je ne tiendrai jamais jusqu' la rivire, j'ai envie de vomir...
J'utilise dsormais une des barres comme canne, pour ne pas tomber. J'en ai marre
de ces situations catastrophique, j'en ai marre de frler la mort, de toujours devoir
courir, courir, courir... J'ai bien envie de me laisser tomber et dvorer par ces
btes, aprs tout, c'est ce qui nous arrivera tt ou tard, on ne pourra pas ternellement
leur chapper...

navila me pousse, me pousse encore, pour que je continue, pour que je ne baisse
pas mon rythme. Elle me donne du courage, quand elle me crie dessus, elle me donne
l'envie de continuer. Quand elle me pousse, quand elle me tire, elle est belle, quand
elle me dit que nous allons y arriver, elle est belle... Je tombe ! Un grill ! Qu'il
me tue ! Tranch en deux ! Bien fait pour lui. Elle me parle, oui je repars, non
je ne suis pas fatigu, je ferai tout ce qu'elle voudra, si elle continue  me prendre
par la main... Je cours, je cours, je cours, je cours...

C'est long, tellement long, tellement... J'ai tellement mal. Des explosion, encore,
toujours, du bruit, d'enfer.

Le lit du fleuve !

Je reprends mes esprits, nous sommes  dcouvert ! Le dragon ! Sarah !

- Courrez ! nous crie navila, je vais les retenir ! Un peu plus loin en aval du
fleuve il y a une caverne, un trou sur la gauche, sous les racines d'un immense arbre,
cachez-vous  l'intrieur, utilisez vos barres pour barrer l'entre, je vous rejoindrai
un peu plus tard ! Courrez du plus vite que vous pouvez !

navila s'arrte alors et commence  canarder, j'ai repris des forces et du courage,
je ne sais pas par quel moyen, j'attrape Sarah par la main et nous partons en courant.
Plusieurs grills sont tout de mme  nos trousses, ce qui on rchapp au barrage
de feu d'navila. Je reprends ma barre comme pe bouclier. Il fait grand soleil,
ces salets ont repris de l'nergie ! Je dois en trancher plus d'un. J'acclre,
je cours  toute vitesse, Sarah me suit de prs.

Le nombre de grills augmentent, il nous faut nous battre plus, ils courent plus
vite que nous !

- Le trou ! s'gosille Sarah.

- O ?! Je ne le vois pas !

- L-bas, dans le lacet ! Encore cinq cents mtres (un demi quadri-pierre) !

Un dernier sprint ! Bah ! Cinq cents mtres c'est long ! Je prpare mes deux barres
pour former rapidement une grille, Sarah aussi. Elle passe la premire et prpare
le blocage de la porte, je plonge aprs elle et elle morphe rapidement ses deux barres
en grille. Deux grills parviennent  rentrer, je dois retransformer mes barres pour
les dcouper, seule faon de vraiment les empcher de nuire. Sarah a du mal  tenir
l'entre, je viens  son secours, fortifie la grille en ajoutant un de mes barres,
et utilise l'autre comme pilier de soutnement, pour que nous n'ayons pas  tenir
les grilles avec nos mains et subir ainsi les assauts des grills en furie.

Je souffle.

- O est navila ?!

"navila, comment a se passe ?"

"Regardez par vous mme, je n'ai pas le temps d'piloguer !"

navila nous autorise  nous brancher sur son bracelet, nous voyons alors ce qu'elle
voit. Je garde quand mme en mme temps un oeil sur notre entre, ou les grills
s'acharnent. Sarah a d'ailleurs la bonne ide de faire pousser des piques  la grille,
vers l'extrieur, pour empcher les grills de trop l'attaquer directement.

navila est submerge, elle ne peut pas trop utiliser son arme, ils sont trop proches,
elle se bat comme un lion avec sa barre-pe. Son autre barre lui sert de plastron,
elle n'a qu'une combinaison normale, qui ne la protge pratiquement pas contre les
grills. C'est incroyable, elle dploie une nergie qui me sidre, ses coups d'pes
projettent les grills.

Le Dragon ! Le dragon lectrique plonge sur elle. Elle utilise son arme mais le manque.
Des arcs lectriques lui font perdre son pe. Elle se relve et court, mais le dragon
est toujours sur elle. Elle l'vite une seconde fois, mais il l'assomme avec un arc
lectrique, elle s'effondre, on ne voit plus rien un instant. Elle est en l'air quand
elle reprend conscience ! Dans ces griffes ! La peau du dragon est immonde, grilles
et nausabonde !  Le dragon est monte en altitude, on voit au sol les grills qui
s'amassent. Au loin arrive des gros lzards ! Cinq ou six gros lzards sont avec
les grills, ils ne semblent pas se battre avec eux. navila est encore sonne, Le
dragon la porte  sa bouche, il veut la dvorer ! Mon Dieu elle va se faire bouffer
par cette saloperie ! Qu'est-ce qu'on peut faire ?

navila s'apprte  lui tirer dans la bouche, mais il referme sa gueule sur son bras
et lui bloque son arme. Elle doit la lcher. Elle retransforme son plastron en pe
pour lui assner un coup sur la gueule. Le dragon ne semble rien sentir et continue
de vouloir lui arracher le bras. Elle s'nerve et frappe encore et encore, de plus
en plus fort et de plus en plus vite. Le dragon finit par ouvrir sa gueule, elle
retire son bras et y pose la barre qu'elle morphe en toile pour bloquer la gueule
ouvert du dragon. Le dragon secoue la tte, navila se retrouve de nouveau sous lui,
toujours dans sa griffe. Le dragon tente de se dptrer. Il redescend en altitude.
Finalement il semble parvenir  craser la barre avec ses mchoires. navila se bat
pour se librer des griffes, mais elle n'a pas assez de forces. Le dragon est parcouru
d'une secousse lectrique, navila la reoit, elle hurle de douleur. Je dois couper
la perception des sensations pour ne pas perdre connaissance moi-mme. Elle ne peut
plus se servir que d'un seul bras, son bras droit est cass. Elle parvient  se recroqueviller
pour laisser passer son genou dans la griffe et faire pression.

 Si seulement nous pouvions distraire le dragon pour qu'il la lche. Mais malheureusement
notre entre est compltement bouche par les grills qui s'amoncellent. Certains
semblent creuser au-dessus de nous, je ne sais pas combien de temps notre cachette
va tenir...

Le dragon va pour de nouveau la mordre, elle parvient  rcuprer la barre qui s'tait
coinc entre ces dents, la morphe en pe, elle concentre toutes ses forces et lui
donne un coup magistral sur le museau, si fort qu'il pntre profondment dans sa
chair. Il remue la tte violemment, elle en profite et glisse la barre entre elle
et son norme doigt. Elle la transforme ensuite de telle faon que des piques s'enfoncent
pour le forcer  lcher prise, il desserre son emprise, elle se contorsionne pour
se glisser hors de sa griffe et elle saute sans hsiter dans le vide ! Elle est folle
! Le dragon tait encore  plusieurs dizaines de mtres du sol !

Elle tombe sur les grills, ils amortissent sa chute mais elle ressent une vive douleur
 la jambe.

- Il faut lui librer l'entre ! crie-je.

- On n'y arrivera jamais ! conteste Sarah, ils sont trop nombreux !

- On ne peut pas la laisser, aide-moi !

Je rcupre mes deux barres, Sarah maintient la pressions sur les grills. Je suis
recroquevill derrire mes deux barres en forme de boucliers, je pousse de toutes
mes forces pour me frayer un passage. Je m'appuie sur la grille que Sarah a reform
avec ses barres. J'entends de nouveau le dragon hurler. navila tente de s'en sortir
mais elle se fait submerger par les grills, un gros lzard s'approche d'elle, il
va la pitiner.

Ma combinaison tient bon mais je me fait tout de mme rudement malmen, je parviens
 sortir, je les repousse comme je peux.

Je suis sorti ! Je cours vers elle, il a des grills de partout, c'est l'enfer.

"navila vient, je suis l !"

"Retourne te cacher, c'est trop tard ! Je vais tout faire pter !"

"Non, je suis l, viens, viens avec moi !"

"Je ne peux plus bouger, ils me dvorent !"

Je saute sur les grills qui entourent navila, je n'y arriverai jamais ! Je frappe
de toutes mes forces, je parviens finalement la voir.

"Accroche-toi  moi, monte sur mon dos !"

C'est affreux ! J'ai tellement mal ! navila s'accroche  moi, elle m'attrape du
bras gauche autour de mon coup. Quel joie de l'avoir prs de moi !

a me redonne du courage, je cours de toutes mes forces vers la cachette.

"Je ne tiens plus, ils me font reculer, dpchez-vous !"

"Sarah, Sarah ! On arrive !"

Une dernire barrire, la plus dure, se glisser dans le trou, navila passe la premire.
Une fois qu'elles sont toutes les deux dans le trou, je me laisse tirer par un pied
que j'ai pu glisser. navila me rapatrie vers elle, et, une fois dans la tanire,
je donne immdiatement mes barres  Sarah qui fortifie la grille de protection. navila
se laisse tomber sur mon ventre.

"Merci."

J'aurais donner ma vie, pour ce merci...

- O est le dragon ? demande navila.

- Je ne sais pas, quand je suis all te chercher, je ne l'ai pas vu, pourquoi ?

- Pour a !

C'est comme si le temps s'arrter, c'est comme si subitement on devenait sourd et
aveugle. Une lumire aveuglante, tellement que les grills qui masquaient l'entre
en rougeoient, et quelques seconde plus tard un tonnerre fracassant !

L'arbre au-dessous duquel nous nous trouvions est en partie dracin, nous devons
nous reculer dans un recoin troit du trou.

Il faut une dizaine de minute avant que le souffle ne s'arrte et que tout redevienne
calme. Les grills encore l se relvent progressivement et reprennent leur attaque
forcene contre nos grilles, dsormais plus solides avec l'troitesse de notre repli.

Mais un grondement persiste, et un bruit sourd ainsi qu'un tremblement s'intensifie.

- Qu'est-ce que a peut tre, s'inquite Sarah, qui se trouve allonge  ct de
moi, navila tant inconsciente sur mon ventre.

- Je ne sais pas, l'explosion a sans doute provoqu des avalanche de pierre dans
les montagnes.

- Le barrage ! nous crions-nous presque simultanment.

- Si le barrage a cd nous sommes fichus ! dis-je.

- Qu'est-ce qu'on peut faire, combien de temps faudra-t-il  l'eau pour arriver ?

- Nous sommes pass l-bas il y a trois jours, il ne doit pas se trouver  plus de
cinquante kilomtres  vol d'oiseau.

- C'est loin, ce n'est peut-tre pas a qui fait tout trembler.

- Tu es prte  parier ?

- Non... Si c'est a, combien de temps avant que l'eau arrive ?

- Il y a quand mme pas mal de lacet, notamment, la barre montagneuse qui nous empchait
de voir le barrage du eau de la colline, elle devrait bien arrter les eaux, mais
mme, je ne pense pas que nous ayons plus d'une heure.

- On n'aura jamais le temps d'aller o que ce soit ! En plus il reste beaucoup de
grills vivants autour, on est foutu !

- En plus navila est inconsciente, j'espre qu'elle est encore en vie, elle doit
avoir le bras et la jambe casss. Le mieux est que nous restions ici.

- Ici ! Mais nous allons mourir noys !

- Si on se fait emporter par les flots aussi ! Peut-tre qu'on pourra conserver avec
les barres des poches d'air.

- On ne tiendra pas plus que quelques minutes !

- Il faut qu'on tienne le temps que le gros de la vague dferle, ensuite si nous
parvenons  maintenir les poches d'air, elles pourrons nous permettre de remonter
 la surface.

- Mais comment faire des poches d'air ! Nous n'avons pas de place ici, et si nous
enlevons les grilles, les grills vont nous sauter dessus !

- Peut-tre que l'arrive des flots vont les faire partir ?

- Ils s'en moquent ! On peut les couper en deux qu'ils continuent  bouger !

- Je sais alors ! On peut tenter quand mme de faire une poche d'air, de repousser
les grilles, je sais pas ! T'as une meilleure ide ?

Sarah rflchit un instant, mais elle n'a pas vraiment de brillante ide.

- On devrait peut-tre sortir, reprend Sarah, les eaux vont sans doute apporter beaucoup
de terre et de boue, nous allons tre ensevelis !

- Si c'est le cas nous serons ensevelis quoi qu'il arrive. Si on sort maintenant
on devra se battre contre les grills.

- On n'y arrivera pas !

Je n'y crois pas beaucoup non plus.

- Tu as vu tout ce que nous avons subi aujourd'hui ! Ce n'est pas pour lcher maintenant,
on n'y arrivera !

- Te fatigue pas, je vois bien que tu n'y crois pas plus que moi, tu n'as pas le
talent d'navila. Je vais me battre avec toi, mme si ce n'est que pour repousser
notre fin de quelques jours...

- Bon, prparons-nous. Est-ce que l'on peut mlanger les barres ?

- Normalement oui, mais il faut qu'elles soient toutes les deux en phase molle.

- OK, normalement il va y avoir un puissant souffle avant l'arrive de l'eau, il
devrait dgager les grills qui restent, nous on devrait tre pargn, en esprant
que l'arbre au-dessus ne va pas s'effondrer. Ds que les grills disparaissent, il
faut transformer les barres en ballon et y stocker le maximum d'air. Il faudra bien
les accrocher pour ne pas que l'eau les arrache.

- Nous n'aurons que quelques secondes, c'est impossible !

- Est-ce qu'on peut prparer  l'avance la forme que doivent prendre les barres ?

- Oui mais si tu veux les mlanger, il faut le faire avant.

- OK, aide-moi, tiens les grilles, je vais dj en mlanger deux puis deux. On fera
deux ballons, c'est de toute faon mieux si jamais on en perd un.

- On ferait mieux de garder les barres pour nous protger de l'eau, de la boue et
de la pression, on va se faire recouvrir !

- coute j'en sais rien ! J'en sais rien de ce qu'on doit faire !

- Je voudrais sortir, je ne veux plus rester l, je veux voir ce qu'il se passe dehors
!

- On ne peut pas sortir pour l'instant, Sarah, on va se faire bouffer par les grills
!

- Merde ! On va crever de toutes faon, j'ai envie de sortir !

Fais chier !

- Moi je reste l, de toute faon je ne peux pas laisser navila, et je ne pourrai
pas la porter dehors. Alors sors si tu penses que c'est mieux, aprs tout chacun
peut choisir sa faon de mourir.

Sarah hsite, les grills continuent  s'attaquer  la grille, ils sont toujours
aussi hargneux.

- J'ai peur.

- Moi aussi j'ai peur, Sarah.

Je m'approche d'elle et je l'embrasse sur la joue, elle est surprise. Je la prends
par la main.

- Je vais remonter un peu navila, de faon  pourvoir la maintenir plus facilement.

Je tire doucement navila pour la dposer entre nous deux, elle est toujours inconsciente.
Elle est encore en vie, son bras est vraiment salement amoch.

Quelques minutes de rpit. Je souffle, je serre navila contre moi et tente de me
reposer un peu. Est-ce que le barrage a vraiment cd, n'est-ce que desboulements
sur les bords de la valle ? Le tremblement continue, le bruit sourd s'intensifie
peu  peu... J'ai tellement peur... Je ne sens mme plus la douleur, je suis extnu,
mes muscles me brlent, je suis tant fatiguer. Et il va encore falloir ce battre,
pour remonter  la surface, pour ne pas couler. Je hais l'eau ! Je hais l'eau !

Qu'est-ce qu'on est cens faire juste avant de mourir, sa confession ? Se rappeler
toutes les belles choses qui nous sont arrives histoire de partir au paradis avec
une bonne dernire impression ?

Je n'ai pas vraiment envie de mourir maintenant, quand est-ce qu'on est vraiment
sr qu'on va mourir, quand on a la tte sur le billot, quand on est assis sur la
chaise lectrique ?  quoi est-ce que l'on pense, alors,  ce qu'aurait pu tre notre
vie si jamais ? Si jamais je n'avais pas crois navila dans Paris, si je n'avais
pas trouv ce bracelet, si je n'avais pas pris cette BMW  l'le de Re, si je n'avais
pas pris la Viper, si je n'tais pas all au Mexique,  Sydney, si je n'avais pas
couch avec Pnople, si j'avais laiss rik, si je n'avais pas tent de m'chapper
du Congrs, si je n'avais pas cherch navila dans la station, si nous l'avions suivi
avec Sarah, ce matin...

Ah et puis merde ! On s'en fout ! Je ne vais pas crever maintenant ! Je crverai
plus tard !

Je suis beaucoup moins sr de moi dix minutes plus tard quand le bruit et tel que
nous devons parler par sym Sarah et moi pour nous entendre.

La puissance de l'eau...

Tout est souffl en un instant, les grills, l'arbre, le reste...

Je n'ai le temps que de prendre ma respiration, dj l'eau envahit tout.

Je m'accroche aux grilles, nous les avions profondment ancres dans la terre, mais
elles ne tiendront pas.

L'eau nous submerge, je tiens fort navila d'une main, les grilles de l'autre. Sarah
avait raison, nous avons bien fait de laisser les barres ainsi.

Mais nous n'avons pas plus de cinq minutes, dans trois minutes il nous faut sortir,
sinon nous allons mourir noys.

La boue et les dbris commencent  se dverser.

"Il nous faut sortir maintenant, ou la boue va nous recouvrir."

"Il y a beaucoup trop de pression, nous allons tre dchiquets !"

"Nous n'avons pas le choix, il faut y aller !"

Nous transformons les barres, J'en utilise une pour coller navila  moi, j'enroule
l'autre autour de mon bras en attendant. Les dbris affluent, Sarah a raison, il
faut se dpcher. Elle sort la premire, elle est tout de suite emporter par le courant.

Je peine pour sortir avec navila, je suis obliger de transformer ma deuxime barre
en bouclier pour me protger des dbris, l'air me manque dj. navila est secoue
par des spasmes, elle se noie dj !

Je m'extirpe du plus vite que je peux, le courant m'entrane. Je suis oblig de bloquer
ma respiration avec le bracelet, pour empcher toute respiration rflexe. Mon bracelet
contrle mon stress, a me permet de pouvoir tenter de nager.

navila est trop lourde, je ne vais pas parvenir  remonter  la surface, si je veux
survivre, il faut sans doute que je la laisse.

Je ne peux pas la laisser !

Mon Dieu ! Mon Dieu !

Une palme, j'ai l'ide de transformer ma barre en palme autour de ma jambe. Je rcupre
l'autre barre et fait de mme  mon autre jambe, je maintiens navila avec mes bras.

J'ordonne  mon bracelet de me faire pdaler.

Le courant m'emporte toujours, c'est trop dur.

Je bloque le nez et la bouche d'navila, au cas o il lui reste un peu d'air.

Je continue  nager, je n'en peux plus.

Je vais mourir noy, comme  l'le de Re...

"Je suis  la surface, je ne peux pas aller vers toi, il y a trop de courant."

"Je n'y arriverai pas, navila est trop lourde."

"Laisse-l, sauve ta peau."

"Je ne peux pas, je ne peux pas..."

Je vais mourir avec navila dans mes bras, quelle ironie, avec celle avec qui tout
a commencer, en tentant de la sauver...

Des arbres ! Le sol !

L'eau me projette contre un arbre, ce doit tre le rebord de la valle, si je parviens
 m'accrocher peut-tre que les flots vont rebaisser bientt.

Je suis pris dans les branches, l'une d'elle blesse grivement navila, du sang se
mlange  l'eau, ma combinaison me protge. Je transforme immdiatement mes barres
en crochet pour qu'elles nous tiennent moi et navila accrocher  l'arbre. Je dsactive
le blocage de ma respiration, en esprant que l'air arrive bientt.

De l'air, enfin ! Je prends ma respiration et perds connaissance.

Inondation
----------



C'est un sym de Sarah qui me rveille, plusieurs heures plus tard.

"Je suis accroche  un norme arbre dans le courant, je ne peux pas retourner vers
la rive pour l'instant, il faudrait que vous fassiez de mme pour profiter du fleuve,
les eaux doivent tre plus calme o tu te trouves, nous allons peut-tre perdre contact.
navila semble mal en point, il faut la soigner rapidement, tu devrais lui mettre
ta combinaison. Bonne chance."

Nous sommes toujours accrochs dans les branches de l'arbre, celui-ci est en fait
 moiti dracin, mais tant sans doute profondment ancr dans le sol il n'a pas
t emport par les flots.

Mon bracelet bippe dans tous les sens, mon corps a fondu plusieurs kilos de muscles
pour tenir. Il me faut manger et boire rapidement.

Je me dtache et dpose doucement navila sur une branche. Il faut que je lui enfile
ma combinaison, mais ce n'est pas trs pratique d'ici, et je ne sais pas si je parviendrai
 la descendre.. Pauvre navila, tu es vraiment dans un sale tat. Elle respire nanmoins
correctement, elle a d parvenir  vacuer l'eau qu'elle avait dans les poumons.

Je me retourne vers la valle, quel paysage de dsolation ! La majeure partie de
la valle a t compltement dvaste. Les eaux recouvrent encore presque tout le
fond plat, et s'coulent maintenant calmement, marron, charriant des tonnes d'arbres
arrachs.

"Les grills ! m'interrompt Sarah, il en reste, mfie-toi, je viens de me faire attaquer
par un qui est mont sur mon tronc d'arbre."

Encore eux ! J'en ai un frisson dans le dos. D'aprs mon bracelet, Sarah se trouve
maintenant vraiment en aval,  plusieurs dizaines de kilomtres. Si je ne veux pas
la perdre, il faudrait que je transporte navila jusqu'au fleuve, mais les eaux ont
tout de mme bien descendu, et au milieu des branches et des arbres arrachs, ce
sera un vritable enfer pour rejoindre la rive. Si je remonte vers le haut de la
colline, je risque de tomber de nouveau sur plus de grills.

Bon, en attendant d'avoir une ide, je vais mettre ma combinaison  navila, et chercher
de quoi manger. Je rcupre une des barres que j'utilisais pour maintenir navila,
et je m'en sers en hache pour casser des branches et tenter vaguement de constituer
une plate-forme. Le rsultat n'est pas  la hauteur de mes esprances, mais il me
permet au moins de pouvoir dposer navila  ct de moi pour la dshabiller. Je
vais du plus doucement que je peux, pour ne pas lui faire de mal. tant donn son
tat, son bracelet m'autorise sans problme un accs  navila. Sa morsure au bras
n'est vraiment pas belle, j'espre qu'elle pourra gurir. Sa fracture de la jambe
n'est pas plus rassurante, Il semble qu'elle se soit cass le tibia et le pron
simultanment. C'est d'autant plus inquitant que sa jambe est maintenant plus courte,
les os ont d se recouvrir, tirs par l'lasticit des muscles. Je me demande bien
si la combinaison sait gurir un truc pareil. Il faudra peut-tre lui crer une attelle.
Les barres pourraient faire office.

Sa combinaison retire, je l'change avec la mienne. L'opration est tout autant
difficile. Heureusement ma combinaison fonctionne encore, les accrocs qu'elle a eu
n'ont pas altrs ses fonctions de gurison, de rgulation de la temprature et de
protection.

Je suis puis, je dormirai bien encore. Mais il faut auparavant que je trouve de
quoi manger, et si possible de quoi boire.

Je me redresse pour regarder aux alentours, cette combinaison est vraiment plus lgre.
J'aurais plus de chance de trouver des animaux si je remonte vers les hauteurs, mais
la zone non sinistre est quand mme assez haute, sinon je peux tenter ma chance
en esprant tomber sur des animaux morts dans les environs.

Je laisse une barre en forme de plastron  navila, pour la protger et si jamais
elle se rveille, de toute faon je garde un oeil sur elle via son bracelet. Je descends
doucement de l'arbre et commence l'inspection des environs. Je tombe rapidement sur
des animaux morts, qui n'ont pas eu le temps de remonter vers les hauteurs ou qui
se sont fait craser par les arbres dracins.

Plusieurs ruisselets se sont forms o de l'eau coule encore, elle est toute marron,
je cherche la plus claire, difficile  dire, mais j'utilise ma barre en guise de
seau dans le lequel j'adjoins un filtre pour rcuprer plusieurs litre d'eau.

Le soleil monte vraiment doucement dans le ciel, c'est trs troublant, on a l'impression
que le temps s'est arrt, que nous sommes dans un matin interminable. Quand je retrouve
navila, la combinaison a dj bien commenc son action, elle s'est rigidifie en
s'tirant autour du bras et de la jambe, pour faire office de pltre, ce qui me rassure,
car je ne voyais pas trop comment j'aurais pu lui tirer la jambe correctement sinon.
Pour l'instant navila a suffisamment de rserves, et la combinaison recommande simplement
de la faire boire.

Je creuse un petit foyer dans une grosse branche pour faire un feu, malgr mon bracelet
et ma barre j'ai un peu du mal  l'allumer, mais j'y parviens finalement et je suis
rconfort  l'ide de pouvoir dguster un excellent lzard grill au feu de bois,
non pas que je n'en avais pas dj dvor un cru auparavant.

L'eau du seau a un peu dcant, je vais tenter d'en faire boire  nvila, mais quand
je lui soulve la tte et que j'approche le versoir, elle se rveille brutalement
et pousse le seau que je ne rattrape pas et qui tombe par terre.

- Non ! T'abuses !

- Qu'est-ce que c'est !

- C'est de l'EAU ! Tu crois quoi, que j'allais te filer un cocktail magique ?

Ils ont un mot spcial sur Adama pour un genre de boisson spciale fate par les
artificiels, une sorte de boisson nationale, on "congrgationnale", mais je ne sais
pas trop comment le traduire.

- O est-ce qu'on est ?

Elle ne semble pas si mal en point que a, finalement.

- Sur la colline oppos o nous tions ce matin.

- Qu'est-ce qu'il s'est pass, pourquoi tout est dtruit ? C'est l'explosion ?

- C'est bien toi qui l'a provoque, l'explosion ?

- Oui, pour dtruire le dragon.

- Ce n'est pas uniquement l'explosion. Cette dernire a fait cder le barrage, c'est
les flots qui ont tout massacr. L'explosion n'tait pas trs forte o nous nous
trouvions.

- Le barrage ! J'aurais d y penser, quelle idiote ! O est Sarah ?

- Elle va bien, nous tions dans notre cachette, quand les flots ont tout dvast,
nous sommes sortis pour ne pas tre noys, nous avons t spars par le courant,
nous sommes atterris ici, Sarah est sur le fleuve, accroch  un arbre.

- C'est toi qui m'a tir jusqu'ici ?

- Oui, tu es rest inconsciente depuis l'explosion. Tu as un bras et une jambe casse.

- Oui je sais. Qu'est-ce qu'on fait ? J'ai faim.

Je me lve et va lui chercher un lzard qui grille.

- Tiens, mange. Je vais aller rechercher de l'eau, aprs il faudrait qu'on retourne
vers la rivire, et qu'on tente de rejoindre Sarah. Il y a beaucoup d'arbres dracins,
on devrait parvenir  en utiliser un comme radeau.

Je m'apprte  redescendre quand elle m'interpelle.

- Eh !

- Oui ?

- Merci.

Je lui souris, ne sais pas quoi rpondre et redescends au sol pour rcuprer le seau.
Aprs un nouvel aller-retour o je fais une provision de bestioles mortes, nous profitons
enfin d'un vritable festin. Nous convenons qu'aprs une petite sieste, nous partirons
vers la rivire.

- J'ai du mal  croire que nous soyons encore en vie, quand je courrai ce matin dans
la fort, je n'aurais pas donn cher de ma peau, lui dis-je en terminant mon troisime
lzard, repu.

- Je te sentais mal aussi, c'tait moins une que je te laisse,  plusieurs reprises
quand les grills t'ont saut dessus, j'ai eu une hsitation.

- Merci de ne pas m'avoir laiss tomb, pour tre franc, quand les eaux nous ont
recouverte et que je n'arrivai pas  remonter  la surface  cause de ton poids,
j'ai aussi hsit.

- C'est normal, j'tais crev, j'tais loin d'tre sre d'y arriver moi non plus,
j'avais couru presque tout le jour sans rien mang, je n'en pouvais plus, j'en tais
 un point ou l'instinct de survie prend le dessus, comme pour toi dans l'eau.

- On a eu de la chance.

- Je ne suis pas sre qu'on ai eu tant de chance que a.

- Moi je trouve quand mme qu'aprs ce qui nous ai arriv, c'est quand mme incroyable
que nous soyons toujours en vie.

- Ce n'est pas si incroyable que a. C'est plus facile de lutter pour la survie des
autres que pour la sienne, et tout n'est pas compltement alatoire. J'avais vu la
cachette sous l'arbre, je m'tais mme dit que je pourrais retourner l si je me
faisais attaqu.

- Oui, et pour le barrage, nous y avons pens Sarah et moi, nous serions sans doute
mort si nous tions sorties aprs l'explosion.

- Nous avons eu de la chance de ne pas tre emport par les flots, j'ai eu de la
chance que tu n'ai pas perdu conscience, mais ce n'est pas tout  fait un hasard,
tu t'es battu pour a.

- Nous avons quand mme eu de la chance d'atterrir dans cet arbre.

- Moins que Sarah qui est sur un tronc qui flotte. Peut-tre est-ce que nous allons
mourir entre ici et le fleuve. Il ne faut pas considrer que chaque fois qu'on s'en
sort c'est grce  la chance ou je ne sais quoi d'autre, c'est aussi parce qu'on
se bat, c'est aussi parce qu'on prend des risques. Et chaque fois qu'on fait a,
nous sommes un peu plus prpar pour la prochaine fois.

- En France, lui dis-je en Franais, nous avons un proverbe : "ce qui ne nous tue
pas nous rend plus fort".

- Oui, enfin, c'est relatif, si je te coupe les deux bras je ne vais peut-tre pas
te tuer, mais je ne suis pas sr que tu sois vraiment plus fort.

Incroyable, j'ai toujours eu la mme rflexion vis  vis de ce proverbe ! Je me contente
de sourire, elle pourrait le prendre mal.

Nous nous trouvons ensuite une position pas trop inconfortable pour nous reposer,
le soleil monte doucement, et je parviens  m'allonger sous ses rayons, quelle joie.

Je dors bien cinq bonnes heures.

- Debout ! Debout ! me crie navila, des grills !

Merde !

Je me lve rapidement, juste pour filer un coup de pied  un qui parvenait  grimper.
navila me lance une barre, je la transforme en pe et calme dfinitivement un autre
qui montait le long du tronc pench.

- Je ne peux pas bouger, il faut que tu m'aides !

- On dirait qu'il n'y en reste que trois, ils sont pas mal amochs, ils n'arrivent
pas  grimper, on devrait tre tranquille.

- Nous ne sommes plus tranquille maintenant, il faut qu'on parte d'ici, nous avons
assez dormis, il nous faut rejoindre Sarah, les grills doivent se regroups, nous
avons dj perdu du temps.

- Oui, tu as raison.

- Il faut que tu m'aides  descendre et que tu vires les trois qui restent, je ne
suis pas sre de pouvoir t'aider.

Je vais soutenir navila pour la faire arriver jusqu'au noeud principal de l'arbre,
ensuite je prends sa barre, dj sous forme d'pe, et je descend doucement vers
le sol.  porte de coup des grills, j'en fracasse deux, et je saute au sol pour
liminer le troisime, c'est plutt un jeu d'enfant  un contre un, ils ne sont pas
trs gros. Je remonte ensuite un peu pour aider navila  rejoindre le sol.

Ce sont son bras droit et sa jambe droite qui sont casss, elle peut ainsi s'appuyer
sur une barre transform en bquille du ct gauche pour avancer, et la combinaison
rigidifie l'aide aussi pas mal.

- Les eaux ont pas mal baisse pendant notre sommeil, il nous faudra plus marcher,
a ira pour toi ?

- Ne te fais pas de soucis, je ferais des pauses si ncessaire, mais a ira. Je ne
pourrai pas courir, par contre, alors, si jamais un grand nombre de grills nous
attaquent et que nous ne pouvons pas faire fasse, cette fois-ci il faudra que tu
me laisses, je ne pense pas que tu puisses me porter.

- Tu l'as bien fait, toi, quand nous avons perdu conscience prs du vaisseau la premire
fois.

- Oui mais le vaisseau n'tait pas loin, et j'tais en plein forme.

- Bah je ne suis pas en si mauvais tat que a.

Elle ne rpond pas. Je tente de lui ouvrir la voie en choisissant le chemin le plus
simple, je repousse ou coupe les troncs ou les branches parpilles. La progression
me parat plus simple que quand je l'avais envisag juste aprs le passage des eaux.
Elle devient toutefois de plus en plus difficile au fur et  mesure que nous nous
approchons de la rive. Aprs quatre heures de marche, nous faisons une premire pause.
Pas de signe de grills, c'est une bonne chose.

Jour 391

Il nous faudra presque douze heures de plus pour parvenir au bord de la rivire.
Nous ne croiserons que quelques grills, pour la plupart seuls et  moiti estropis.
navila a insist pour que nous avancions le plus que nous pouvions, mais nous convenons
de faire un feu et un repas avant de chercher de quoi fabriquer une embarcation.

Nous sommes hors de porte de Sarah, j'espre que tout va bien pour elle.

Les eaux ont beaucoup baisser, et dans quelques heures le fleuve retrouvera sans
doute son cours initial. Il charrie beaucoup moins de dbris et ses eaux sont plus
claires, mme si encore trs marrons. Nous en buvons toutefois, toujours en les filtrant
plus ou moins avec une barre-seau-filtre.

Nous n'avons toutefois pas trop de mal  trouver un arbre suffisamment sec pour flotter
correctement. J'ai un peu de peine  le tirer au bords de l'eau cependant, navila
pouvant difficilement m'aider, mais j'utilise la barre, en forme de barre pour une
fois, pour faire levier. Notre tronc n'a rien d'un radeau, mais nous prfrons partir
rapidement pour rejoindre Sarah et revoir plus tard la construction d'une vritable
embarcation. J'ai quand mme eu la chance de choisir un tronc qui fait une fourche,
ce qui l'empche de se retourner facilement. Cette fourche est d'autant plus intressante
que nous pouvons y poser des rondins parallles pour faire une petite plate-forme.
L'un de nous doit tout de mme se trouver  califourchon  l'avant du tronc pour
que celui-ci ne bascule pas, mais nous convenons de nous relayer  se poste pour
pouvoir nous reposer par tour. Les deux barres servent  maintenir les rondins, et
nous rajoutons deux grandes perches pour pouvoir diriger un peu le navire.

Nous ne tardons pas  partir, et je prends la premire garde, laissant navila se
reposer. Je sommeillerai quand mme  moiti, me contenant de temps en temps de rapprocher
le plus possible l'embarcation du centre du fleuve. Dans mes moments d'veil, pendant
les huit bonnes heures de sommeil d'navila, je tenterai d'attraper quelques poissons,
mais ma pche se limitera  trois ou quatre petits poissons, pas vraiment mangeable.

Jour 392
--------



Je dormirai ensuite presque dix heures d'affile, sous la bienveillante protection
d'navila. Cette longue priode de calme nous permettra de nous reposer vraiment,
mais nous dcidons de faire une pause pour manger, la pche d'navila n'tant pas
meilleure que la mienne.

Le soleil est dsormais bien haut dans le ciel, il faut d'ailleurs trs chaud, et
une pause dans ce que nous pouvons trouver d'ombre n'est pas contre notre volont.
Toujours pas de signes de Sarah, cela nous tonne un peu, car nous pensions la retrouver
rapidement aprs le grand lacet qui nous empcher srement de communiquer avec elle
de l'arbre o nous avons chou.

- Tu penses qu'elle aurait continu ? dis-je  navila, alors que nous nous apprtons
 faire un feu.

- Les courants devaient tre trs fort quand elle s'est faite emporter, elle est
peut-tre beaucoup plus en aval. Elle n'a sans doute pas pu s'arrter avant un moment.

- C'est quand mme trange, regarde le fleuve est droit pendant un trs longue distance
maintenant, elle serait au-del des collines, l-bas, il nous faudra plusieurs jours
pour y arriver.

- C'est pas dit, nous avons pas mal avance aujourd'hui, nous venons aussi de l'autre
ct du versant, l-bas, me rpond navila

- Peut-tre qu'on peut voir des signes de fume, elle a d faire un feu. Non je ne
vois rien...

- On va avancer de toute faon, on mange et on repart, comme on peut se reposer sur
le tronc d'arbre, autant ne pas traner.

Je n'argumente pas plus, j'aurais voulu consolider un peu le radeau, mais navila
a raison, mieux faut tenter de retrouver Sarah au plus vite. J'espre qu'il ne lui
est rien arriv.

Nous mangeons rapidement les animaux que je suis parvenu  attraper. Je rechigne
maintenant  ramasser les animaux morts, la plupart sont dj dvorer par d'autres
charognards, comme les lzards  deux queues, ou leur tat ne m'inspire pas vraiment
confiance. Notre repas est d'ailleurs constitu principalement de lzards  deux
queues. Nous ne tranons pas ensuite, et nous reprenons la descente du fleuve. Il
fait encore grand jour, mais nous ne voyons pas de trces de grills, l'inondation
a d les disperser compltement.

Nous gardons le mme rythme de garde et de repos. navila est encore trs fatigue,
sa jambe va mieux mais son bras est loin d'tre guri.

Six heures s'coulent, toujours aucune trace de Sarah. Je ne parle quasiment pas
avec navila, nous restons chacun de notre ct du radeau, moi assis sur le tronc,
les jambes dans l'eau, mais la combinaison est tanche, et navila allonge  l'arrire.
D'aprs les estimations de la combinaison, il faudra au moins trois semaines  son
bras et sa jambe pour se gurir correctement, et encore un mois de plus pour qu'elle
soit de nouveau en pleine possession de ses moyens. Je ne me rendais pas compte que
c'tait si long. Il faut dire que je ne me suis jamais rien cass, je n'ai pas trop
d'exprience dans ce domaine. Je ne sais pas si les dlais sur Terre sont beaucoup
plus longs... Il faut dire aussi que nous ne nous trouvons pas dans des conditions
optimales, la nourriture ne doit pas couvrir l'ensemble de ses besoins, et notre
situation prcaire nous soumet  un stress permanent gure favorable  un rtablissement
rapide. Mes blessures ont dsormais l'apparence de grosses crotes, que mon bracelet
me somme de ne pas toucher, de toute faon avec la combinaison, ce n'est pas pratique,
je les regarde un peu quand je la retire pour aller aux toilettes.

Nous nous arrtons trois heures plus tard. Il fait encore grand soleil et les deux
toiles du systmes sont hauts dans le ciel, pas de traces de grills, toutefois.
Je pars  la chasse et ramne du bois et de quoi manger. Les eaux ont t beaucoup
plus clmentes ici, les arbres arrachs sont moins nombreux, et la faune est plus
importante. Les arbres changent aussi. Nous ne sommes plus qu'entours de collines,
et nous sommes proches du grand tournant que nous voyions lors de notre prcdente
pause. Toujours pas de trces de Sarah.

- Tu crois qu'elle aurait pu aller plus loin ? dis-je  navila.

- Pas sans raison. Peut-tre que les rives taient infestes de grills.

- C'est trange, nous n'en avons vu que quelques-uns.

- Peut-tre aussi qu'elle a perdu connaissance, ou qu'elle s'est faite attaque.

- Mais n'aurions-nous pas alors un signe de son bracelet ?

- Normalement si, a priori nous ne sommes pas  porte, ou peut-tre a-t-il tait
enseveli trop profondment.

- Elle nous a pourtant contact aprs que nous nous soyons chou, elle a pu avoir
un accident aprs certes, mais le plus dur tait pass, et mme si le courant tait
encore fort, a me parait trange qu'elle soit alle aussi loin.

- J'en sais rien, si elle avait perdu le contact, elle aurait aussi naturellement
chercher  remonter en hauteur.

- Elle avait peut-tre peur des grills, toute seule.

- Oui, c'est vrai.

- Je vais peut-tre essay de monter sur la colline, d'en haut je devrais avoir un
aperu de l'aval, et peut-tre est-ce que j'aurais un signal.

- Oui, mais je ne pourrais pas venir avec toi.

- Je sais, tu prfrerais que je reste avec toi ?

- Non, pas du tout, monte sur la colline, je me dbrouillerai, de toute faon tu
ne devrais pas en avoir pour plus de 5 ou 6 heures aller-retour (7 ou 8 trente-siximes).

Son "non" catgorique me blesse un peu, comme si mme dans son tat je ne lui servirais
 rien.

- OK, de toute faon nous devrions rester en contact d'ici  l-haut. Je vais manger,
me reposer un peu, et j'y vais, il va encore faire jour pendant au moins deux jours,
en plus.

- Prends les deux barres, si tu veux.

- Non je n'en prendrai qu'une, tu peux aussi te faire attaquer ici.

- OK.

Nous mangeons avec apptits les petites bestioles que j'ai ramenes ; je dors ensuite
trois bonnes heures, puis au premier rveil d'un bruit trange, je dcide de partir
pour le haut de la colline.

Je quitte navila avec une barre et pars au trot en direction de la colline. Mais
si je fais le beau devant navila, je dchante bien vite une fois dans les sous-bois.
Ils sont pais ; heureusement il n'y a presque pas de ces fougre vnneuses, seulement
beaucoup d'arbustes et normment d'arbres morts, comme si une catastrophe s'tait
passe ici aussi il y a quelques annes. Les arbres sont jeunes, hormis quelques
vieux et immenses de ces arbres-herbes orangs.

J'aurais d dormir plus, aprs deux heures  batailler dans les sous-bois je suis
extnu et prt  faire une pause. C'est  ce moment l, bien sr, qu'il a dcid
d'attaquer, cet immonde lzard-singe-oiseau. Une sorte de super chien-lzard, deux
fois plus gros, soit presque les deux tiers de ma taille, plus fin, avec quatre vigoureux
bras qui se plient  l'envers de nous, comme tous les animaux ici.

Il m'est tomb dessus quand je tentais de dgager un petit coin pour m'allonger,
tombant de fatigue. Il s'accroche  mon dos comme une sangsue, m'enveloppant avec
ses grands bras. Il me bloque au sol, il n'est pourtant pas trs lourd, mais il me
tient fermement les chevilles et m'empche de bouger les jambes. Je sens ses crocs
dans mon dos,  travers la combinaison. Pourquoi mon bracelet ne l'a-t-il pas vu
! Je tente de l'immobiliser, mais mon bracelet n'arrive pas  se synchroniser avec
son cerveau ! Salopard, je vais te balancer une dcharge direct !

Il est secou et me lche en bondissant, mais le temps que je me redresse et que
je transforme ma barre en pe il est dj dans les arbres.

- Reviens, sale bte !

Il ne se fait pas prier et me saute dessus du haut de l'arbre, je tente de donner
un coup d'pe pour le faucher, mais il est plus agile et je ne fais que l'effleurer.
Il me renverse et s'apprte  me mordre au cou, j'intercale rapidement l'pe, mais
il est dou d'une force phnomnale ! Je morphe alors une pique sortant de l'pe
au niveau de son cou, pour le faire reculer, je lui balance au passage une nouvelle
dcharge avec mon bracelet. Je me remets debout rapidement et lui fonce dessus mais
il est dj dans les arbres. Il crache puis s'enfuit.

Je suis soulag, mais je l'aurais t d'autant plus si je l'avais su mort. J'ai peur
de ne devoir remettre mon somme  plus tard. Je dcide alors de continuer plus lentement,
pour ne pas m'puiser. Je laisse mon bracelet en mode scanner pour vrifier qu'aucune
sale bestiole ne me tourne autour.

Encore trois heures, toujours pas de sommet en vue.

"Tout va bien ?" me demande navila.

"a va, mais je me suis fait attaquer par une sorte de singe oiseau"

"Singe-oiseau ? Je peux voir ?"

Je lui donne accs  mes souvenirs.

"C'est trange, il n'a pas l'air trs bte... Il t'a bien eu !"

"C'est clair, je n'ai rien pu faire, et le bracelet ne lui fait presque rien."

"Oui, mais mme les bestioles pas grills ragisse mal, on les ttanisent plus que
nous les paralysons."

"Je me suis vraiment fait avoir par ce singe, je ne l'ai mme pas vu venir."

"Ton bracelet devrait te prvenir plus tt maintenant, il a d retenir la leon."

"Tu crois qu'il peut le faire tout seul ?"

"Bien sr, qu'est-ce que tu crois, il est plus malin que toi."

"Il pense comme moi ?"

"Pas loin, il a tous tes souvenirs, il peut anticiper la plupart de tes penses ou
raction, c'est une aide utile quand tu t'interroges, il trouve souvent des solutions
plus pertinentes  tes questions."

"Mais comment je fais pour savoir ?"

"Tu lui parles ! Tu ne l'as jamais fait ?"

"Ben, jamais directement, je l'interroge sur mes souvenirs, ma sant, des trucs du
genre, mais pas des questions philosophiques et..."

"Tu essaieras plus tard, me coupe navila d'un ton sec, pour l'instant magne-toi,
je n'ai pas envie de traner ici longtemps."

Je n'insiste pas plus et je repars vers le sommet, mais je suis vraiment fatigu,
je n'avance pas.

"Qu'est-ce que t'en pense, toi ?" je demande  mon bracelet.

"Je sais pas trop."

"Cool, je vois que tu m'es d'une aide utile."

"Je ne vais pas te dire ce que tu sais dj."

"C'est  dire ?"

"Qu'il faudrait que tu dormes pour retrouver ton attention, mais que si tu t'endors
tu risques de ne pas te rveiller avant trois ou quatre heures."

"Ouais, d'un autre ct si je ne me refais pas attaqu, il suffit de monter et de
redescendre."

"Mais tu n'es plus le mme homme."

"Qu'est-ce que tu veux dire ?"

"Je ne te le garanti pas, mais d'aprs tes souvenirs, de ce que j'ai pu corroborer,
ton corps ne ragit pas comme sur Terre. Dans tes souvenirs sur Terre, je perois
une sorte de tension, une sorte de voile."

"C'est  dire, j'tais plus fort sur Terre ?"

"Pas plus fort, diffrent, n'oublie pas que tu as un clone presque standard, qui
ragit de manire standard, ton corps sur Terre tait diffrent, et tes repres ne
sont pas forcment valable maintenant, surtout dans ces conditions extrmes."

"Oui  la limite dans la Congrgation ce n'est pas vraiment un problme, on n'est
pas cens se faire attaqu toutes les cinq minutes."

"Exactement, ici la nourriture, le stress, la fatigue, les blessures, le manque d'oxygne,
normment d'lments ne sont pas dans la norme, et ton clone, mme s'il est plus
rsistant, qu'il gurit mieux, qu'il rsiste mieux au stress, ton clone n'est pas
ton corps de la Terre, il te faut donc faire beaucoup plus attention aux signaux
qu'il t'envoie, car ils peuvent avoir beaucoup plus d'importance que tu le penses."

"C'est pas con, c'est vrai que j'aurais pu penser  a, mais a ne m'avance pas tant
que a, si je ne sais pas trop les diffrences."

"Malheureusement je ne peux pas t'aider plus, je n'ai des donnes que depuis ton
bracelet enfant sur Stycchia, tout ce qu'il y a avant, je n'ai que tes souvenirs,
et mme si c'est dj beaucoup, je ne sais pas exactement tes ractions physiologiques
d'alors."

"Tu causes bizarrement, je parle comme a moi ?"

"Un peu"

"Fichtre, j'ai d chang, dans mes souvenirs j'tais plus cru."

"Oui, tu as chang."

J'ai chang... Je me trouvais un peu trop vulgaire, aussi, alors j'ai fait des efforts
pour enrichir mon vocabulaire et crier "Fichtre" plutt que "Bordel de merde"...
Maintenant je jure plutt en adamien, je n'ai mme plus rik pour me faire un peu
travailler mon anglais... Pourtant, sans les priodes de sommeil, je l'ai vu il n'y
a pas si longtemps, trois semaines, au plus.

Je reprends courage et j'acclre le rythme, mon coup de barre est pass, et la vue
du sommet proche dans les clairires que je traverse m'incite  me dpcher.

Quelques minutes avant d'arriver au sommet, j'ai un faible signal de Sarah. Elle
est loin !

"Elle est vachement dportait du cours du fleuve !" me commente navila qui a eut
cho du signal aussitt retransmis par mon bracelet.

"Oui, mais elle ne rpond pas, pourtant son bracelet se dplace."

"Elle s'est peut-tre fait bouffer par quelque chose."

"Peut-tre, c'est galre, nous n'avons pas accs au contenu, pas moyen de savoir
ce qu'il s'est pass."

"Elle ne doit pas tre morte alors, sinon le bracelet se serait dbloqu."

"Peut-tre qu'il ne le sait pas, peut-tre que la bte lui a juste pris le bracelet,
ou n'importe quel animal aurait pu le trouver. Elle a peut-tre perdue dans l'inondation."

"Oui, enfin quelque soit la raison c'est notre seule trace d'elle, et c'est pas de
bol qu'elle ne suive pas le fleuve, parce que je ne pourrai pas marcher correctement
avant plusieurs jours, et elle est  plus de cent kilomtres de nous (cent quadri-pierres)."

"Peut-tre que le fleuve fait une boucle, peut-tre qu'aprs le grand tournant il
remonte vers le nord ?"

"Tu vois quelque chose de l o tu es ?"

"Non, il faut que je monte encore un peu pour atteindre le sommet".

Encore dix minutes avant d'infirmer ma supposition, le fleuve continue pendant encore
plusieurs dizaines de kilomtres au moins, dans la direction oppose  celle d'o
provient le signal de Sarah. Il nous faudrait nous dpcher, pour la rattraper, mais
navila blesse c'est impossible, devrais-je y aller seul ? Je reprends la conversation
avec navila :

"Qu-est-ce qu'on fait ?"

"Je suis pour qu'on continue  descendre le fleuve."

"Et Sarah ?"

"Avec ma jambe nous n'avancerons pas,  part si tu veux y aller tout seul."

"Pour qu'on se retrouve chacun dans notre coin, c'est pas forcment le mieux."

"Pourquoi pas, tu peux partir  la recherche de Sarah, et moi rester ici ou descendre
tranquillement le fleuve en attendant que ma jambe gurisse. Mais de toute faon
c'est pas la peine que je parte  la recherche de Sarah, je gurirai moins vite,
et je n'avancerait pas."

"Mais si on descend le fleuve nous aurons encore plus  faire pour la retrouver,
et si a se trouve d'ici quelques jours nous n'aurons plus du tout de traces d'elle."

"C'est vrai que si elle s'loigne, ce sera mal barr pour qu'on la retrouve plus
tard."

Nous restons silencieux un instant, navila reprend :

"Mais elle se trouve aussi dans une direction pas super cool, ici c'est tranquille
l'inondation a vir tous les grills, il va bientt faire nuit, mais le prochain
jour, si nous nous faisons rattaquer, nous n'aurons pas la chance que nous avons
eu jusqu' maintenant, je suis blesse, nous n'avons plus d'arme, nous ne sommes
que deux."

"En descendant le fleuve nous ne serons pas forcment plus tranquille."

"Je pense que si, sur notre radeau nous sommes plus en scurit, et c'est la direction
oppose d'o viennent les grills."

"C'est vrai, mais on ne peut quand mme pas laisser Sarah."

"Tenter de la retrouver est un immense effort, ce n'est pas comme si nous pouvions
le faire en quelques heures, cela nous prendra plusieurs jours, je ne veux pas t'empcher
d'y aller, mais je ne pense pas que je te suivrai, dans mon tat c'est stupide."

Abandonner navila bien vivante ou laisser l'ombre de Sarah, que choisir, que faire,
comment trouver une solution ? Si je pars avec navila le temps qu'elle se remette,
nous n'aurons alors plus de trace de Sarah. si je pars maintenant tenter de retrouver
Sarah, outre le fait que je ne suis pas trs rassur de me retrouver tout seul dans
la nature, c'est laisser navila blesse en proie aux dangers, mme si elle est tenace,
elle a quand mme une jambe et un bras casss.

Peut-tre que je pourrai laisser mon bracelet dans le coin, pour faire relais ? Ou
une barre ? Que faire ?...

"Si j'tais toi j'irai tenter de retrouver Sarah. En se dpchant il ne doit pas
falloir plus de deux ou trois jours pour la rejoindre, a ne fait pas beaucoup plus
qu'elle a d partir. Et au moins nous aurons le coeur net de ce qui lui est arriv,
bien ou mal."

"Et toi ?"

"J'attendrai ou je descendrai un peu le fleuve, je peux me dbrouiller pour manger
avec une barre."

"Et si tu te fais attaquer ?"

"Si je me fais attaquer, avec ou sans toi, je suis mal barr, je peux difficilement
me dfendre, et quand on se fait attaqu on n'a dj bien  faire pour sauver sa
peau, alors..."

"Il vaut peut-tre mieux attendre quelques jours que tu puisses te dbrouiller."

"Au plus on attend au plus elle sera loin, et il me faudra des semaines avant d'tre
sur pied pour me battre. M'attendre c'est tirer un trait sur Sarah, vas-y tout seul.
C'est ce que je ferais si j'tais toi."

"Oui je sais, mais retourner vers les grills encore plus dmunie que ce que nous
tions, c'est aussi un peu suicidaire pour moi."

"On peut laisser tomber. Je ne te reprocherai pas de ne pas y aller, je ne suis pas
sre que j'y serai vraiment aller moi-mme, c'est risqu, et il fait encore grand
jour."

"Normalement il va faire nuit bientt, si je me dpche je pourrai peut-tre la retrouver
avant qu'il ne fasse jour, et revenir ici."

"Revenir peut-tre pas, mais la retrouver srement."

"Bon alors je n'hsite pas plus, j'y vais."

"Bon courage. Je vais tenter de rester dans le coin pendant quelques jours. Si je
ne suis pas l  ton retour, c'est que j'aurai sans doute descendu le fleuve, quoi
qu'il en soit, si nous ne nous retrouvons pas, je tenterai d'tre ici dans un mois
(deux petits siximes)."

"OK,  bientt j'espre."

Elle ne rpond pas et je pars sans plus attendre en direction du signal de Sarah.
Je n'ai mme pas fait un somme alors que je suis puis. Je ne pourrai pas courir
deux jours dans dormir, il me faudra bien me reposer. De plus je suis parti en direction
du signal mais je n'ai mme pas correctement regarder l'horizon pour voir les collines
et montagnes  passer, pour choisir un itinraire. Qu'importe, de toute faon il
me faudra remonter frquemment en altitude, parce que mme pas une demi-heure plus
tard, je n'ai dj plus le signal du bracelet de Sarah.

Un peu plus de deux heures plus tard, je tombe littralement de fatigue et je monte
dans un arbre pour faire un somme  l'abri. Je trouve un grand arbre-herbe dont la
tige, tordue, m'offre un sige confortable  trois mtres en dessus du sol.

Jour 393
--------



Quatre heures plus tard, le bracelet me rveille en sursaut, des grills ! D'aprs
lui il fonce sur moi, il a russi  les reprer malgr leur onde mentale incohrente
parce qu'ils sont trs nombreux,  moins d'un kilomtres. Mince ! Je m'apprte 
sauter pour prendre la fuite, mais ce n'est pas le moment de se tordre la cheville.
Je glisse le long du tronc et par en courant dans la direction oppose.

"navila ! Des grills, ils me foncent dessus, je fais demi-tour, ils vont dans ta
direction !"

"Merde, pourtant c'est presque nuit, comment a se fait."

"J'en sais rien, mais d'aprs mon bracelet il y en a des centaines, je ne pourrais
pas les combattre, je cours vers toi."

"OK je me prpare  partir avec le radeau. De toute faon tu ne seras pas l avant
plusieurs heures. C'est trange."

navila a raison, il fait presque nuit pourtant.

"La plante ! me crie navila virtuellement, c'est sans doute elle qui rflchit
suffisamment le soleil pour les activer !"

C'est vrai que le croissant de la plante,  un peu plus de la moiti, est trs lumineux
dans le ciel couchant. Pourtant il fait assez sombre, c'est trange, il doit y avoir
autre chose :

"Il n'y a pas l'autre toile, aussi ?"

"Ah si, peut-tre plutt, il n'y a pas la supergante route par contre, juste la
gante bleue, c'est peut-tre sa lumire qui les active, je ne me rappelle pas si
elle tait toujours l quand ils taient rveills."

"Je ne sais pas..."

Pour gagner du temps, je tente de reprendre le mme chemin qu' mon aller, de faon
 utiliser mes souvenirs du parcours. Le bracelet m'est bien utile, il me prvient
des difficults et m'indique la trajectoire  prendre. Il calcule  l'avance et m'envoie
les souvenirs de mon passage, c'est extrmement pratique.

Pour l'instant je garde les grills  bonne distance, mais je ne tiendrai jamais
ce rythme jusqu'au fleuve. En plus je n'ai qu'une barre, et pas de combinaison protectrice,
s'ils me rattrapent je suis fini ! Saloperie de vie de merde ! On peut pas rester
tranquille cinq minutes sans se faire emmerder ! En plus j'ai faim !

Une heure de course, je n'en peux plus, si seulement navila tait l pour me traner...
Ils se rapprochent, ils font un boucan terrible. Il doit y avoir des gros trucs dans
le lot a fait srieusement trembler le sol. J'entends les arbres qui cdent sur
le passage. Peut-tre qu'ils ne me courent pas derrire, aprs tout, peut-tre qu'ils
ont juste peur de quelques chose, o qu'ils vont  un endroit prcis. Je pourrais
monter dans un arbre et les laisser passer ?

Je ralentis un peu sur cette ide, mais je repars bien vite de plus belle ; je n'ai
pas trop envie de prendre ce risque.

Il me faudra encore presque deux heures avant d'arriver en vue de la rive, navila
n'est plus l ! Elle  quitter le rivage ! Certains grills m'ont devanc et sont
dj l ! 

"Plonge dans le fleuve, je n'ai pas pu rester, certains grills m'ont attaqu ! Je
ne suis pas trs loin, tu me rattraperas  la nage !"

Elle est gentille, et comment je les vites, moi, ces bestioles ! Ce sont des gros
machin, du mme genre que nous avions croiss dans les premiers jours au bord du
torrent. Ils ne sont heureusement pas trs agiles, je parviens tant bien que mal
 me faufiler entre, ne recevant qu'un coup de patte de l'un d'eux. Je me jette 
l'eau et pars en crawl vers l'aval. Certains me suivent mais ils ne nagent pas bien,
la plupart coulent. Ils sont vraiment stupides, ces machins. C'est ce qui les rend
vraiment dangereux, cela dit, ils n'ont peur de rien.

"Tu es dans l'eau ?"

"Oui je nage, mais je ne te vois pas."

"Ils te suivent ?"

"Non, ils ne savent pas nager, ils coulent."

"Ils sont vraiment cons ! Bon, je vais me mettre sur le bord droit, pour t'attendre,
certains me suivent de la rive gauche."

Vingt bonnes minutes me sont ncessaires avant de retrouver navila, nous repartons
immdiatement, je m'accroche au radeau, je n'en peut plus.

- Je suis mort...

- Repose-toi, je conduis le radeau, moi je me suis bien repose.

- C'est la premire fois qu'on voit des gros...

- Oui, mais ils nous cherchaient bien, ils doivent nous sentir, ou je sais pas, mais
c'est bizarre, comment nous trouvent-ils  chaque fois ?

- Ouais, c'est trange, peut-tre qu'ils sentent le bracelet, ou un truc du genre.

- C'est possible, oui, c'est bien possible. Je ne donne pas cher de la peau de Sarah,
alors...

- Ah ! Quelle galre ! On ne s'en dptrera jamais !

- a va pas tre vident de survivre si on se fait attaquer chaque journe...

- Il nous faudra une cachette, ou un moyen de les reprer de trs loin.

- Nos bracelets commence  les identifier plus facilement, je les ai sentis alors
qu'ils taient encore  plusieurs dizaines de kilomtres ("sizaines" de quadri-pierre)

- Peut-tre qui si nous trouvions une le, o ils ne pourraient pas venir.

- Oui les habitants de cette plante, s'il y en a, sont peut-tre dans des coins
sans grills, des les, ou vers les ples.

- Tu sais o nous sommes par rapport  la plante ?

- En latitude tu veux dire ? Prs de l'quateur, c'est ce que Sarah m'avait dit.

- Tu te rappelles de la taille de la plante ?

- Hum... Je ne sais pas si Sarah nous l'avait dit... Non je n'ai rien...

Je cherche moi aussi.

- Tout ce que j'ai c'est qu'elle m'avait dit dans le vaisseau que la plante avait
des lunes de rayon suprieur  quatre mille quadri.

- Si on est pessimiste en disant que le diamtre est de neuf mille cinq cents kilomtres
(sept bi quadri pierres), la distance au ple est de l'ordre de sept mille cinq cents
kilomtres (cinq bi-quadri pierres et demi).

- Sept mille cinq cents kilomtres ! Il nous faudra des mois !

-  une moyenne de trente-six kilomtres par jour (100 quadri-pierre en base 6),
il nous faudra plus de deux cents jours. Cent si nous allons deux fois plus vite.

- Mouais, on sera sans doute morts d'ici l, mais c'est peut-tre la direction qu'il
nous faut prendre, mais comment savoir vers o sont les ples ?

- Par rapport  la rotation de la plante, le fleuve semble aller dans cette direction.

- Et Sarah ?

- J'en sais rien...

Je m'endors sur cette dernire parole, extnu... La faim me rveille trois heures
plus tard, le soleil est presque couch. navila est  l'avant, dirigeant le radeau
tant bien que mal.

- J'ai la dalle.

- Ils nous suivent encore, ils ont plus de mal avec les rochers sur la rive, mais
je les ai vus il n'y a pas longtemps, c'est mieux que nous attendions encore quelques
heures avant de nous arrter.

- On peut peut-tre choper du poisson ?

- J'ai tent, mais je n'y suis pas arrive, mais avec mon bras et ma jambe je ne
suis pas trs doue, tu auras peut-tre plus de chance que moi.

J'utilise mon bracelet pour reprer les poissons qui passent  proximit de notre
radeau, les immobiliser marche assez bien, il me faudrai juste une puisette. La
barre fait trs bien l'affaire, transform en sorte de passoire gante, je capture
rapidement des petits poissons. Crus ce n'est pas ce qu'il y a de plus fameux, mais
ma faim se moque du got.

- Pas mal l'puisette, je tentais de les harponner, c'est vrai que ce n'tait pas
trs malin.

navila me copie, et attrape elle aussi quelques petits poissons qui passent. Ce
n'est pas si vident parce qu'ils ont plutt tendance  fuir  notre arrive, mais
nous aurons au moins quelque chose dans le ventre avant de faire un arrt.

Quand j'en ai marre des poissons, je me rendors de nouveau pour six bonnes heures
de sommeil, il fait sombre quand je me rveille.

- Ils ne nous suivent plus il me semble, on va pouvoir s'arrter et manger. J'ai
reu un signal de Sarah tout  l'heure, elle s'est encore dplace dans une direction
oppose  la notre, mais on peut l'atteindre en trois ou quatre jours de marche.
Maintenant qu'il fait nuit, c'est peut-tre jouable.

- Oui, je vais y aller, on ne peut pas l'abandonner comme...

Je regarde en aval du fleuve, pensif.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

navila se tourne pour regarder elle aussi.

- Il y a une lueur ? demande-t-elle.

- On dirait oui, le soleil s'est couch plus  droite, le bracelet confirme une luminosit
suprieure.

- Un feu, peut-tre.

- Peut-tre, a n'a pas l'aire trs loin.

Nous avons trs faim tous les deux, mais nous sommes trop curieux pour ne pas aller
de l'avant. Nous n'avons gure de vue car une sorte de barrire rocheuse nous masque
le lointain. Le fleuve s'engouffre dans une brche, le courant y est d'ailleurs beaucoup
plus consquent, et nous devons nous accrocher fort pour ne pas tre renverss. Notre
radeau en souffre, et je rattrape  la dernire seconde une des barres qui servait
 le consolidait et qui s'tait dtacher. Le passage rapide est assez cours, mais
pas vraiment dangereux, il nous a juste surpris. Le passage troit dbouche sur un
immense lac dont nous voyons  peine l'autre ct dans le soir tombant. Toutefois,
l'origine de la lueur ne fait plus de doute, il y un village de l'autre ct du lac
!

- Un village ! Incroyable !

- Il a l'air sacrment fortifi, nous ne devons pas tre les seuls  craindre les
grills.

Les lumires nous rvle la forme de ce village au bord du lac, petite forteresse
semble avoir ses fortifications qui vont sur le lac mme, protgeant un port  l'intrieur.
Sans doute les grills viennent-ils parfois du lac mme. Peut-tre y a-t-il mme
des poissons grills ? Des requins grills ? Bouh cette ide me fait froid dans le
dos.

- Des bateaux ! Ils sortent du port !

- Mince, tu crois qu'ils nous ont vus ?

- Je ne pense pas, mais le jour est tomb, ils sortent peut-tre pour pcher.

- Il faudrait qu'on se rapproche de la rive, si on se retrouve au milieu du lac,
ils vont nous voir.

- Oui, d'autant qu'il n'y a plus trop de courant.

Nous rcuprons les deux barres pour ramer en direction du bord. Le lac est trs
grand, le village doit se trouver  plusieurs kilomtres, peut-tre dix. Le lac en
fait bien trois de large. Je me demande bien si l'inondation est arrive jusque l.
Sans doute pas, et puis la barrire rocheuse  d stopper les flots. Par contre le
niveau du lac avait d beaucoup baisser.

Nous ramons presqu'une heure, mais une fois au bord, trop fatigus et affams, nous
dcidons de manger avant d'aller plus loin, surtout que l'approche du village sera
peut-tre dangereuse.

- C'est trop risqu de faire un feu, je pense.

- a craint d'encore bouffer cru, marmonne navila, il ne fait pas encore super nuit
mais ils le verront sans doute, surtout qu'on ne sait mme pas  quoi ressemble les
habitants.

- Peut-tre qu'ils pourraient nous accueillir, on se mfie peut-tre pour rien, si
c'est des hommes, on devrait y trouver de quoi manger ?

- Oui c'est vrai, mais je n'ai pas la force de ramer plus. On ne perdra rien  prendre
quand mme un peu des forces et  nous reposer, une fois reprer, s'ils nous sont
hostiles, nous ne pourront plus rester dans le coin.

- Tu as raison, bon je vais voir ce que je peux attraper.

Nous mangeons cru, sans trop d'enthousiasme, les six oiseaux-lzards et une sorte
de gros iguane que j'attrape. Leur viande n'est pas trs goteuse, mais je la trouve
dj meilleure que les premiers jours. Sans rivire  proximit, nous buvons l'eau
du lac, que nous laissons dcanter un moment au pralable. La pause post-prandiale
nous assomme et nous dormons tous les deux, sans monter la garde, de toute faon
nos bracelets veillent.

Nous dormons cinq heures d'affile avant qu'un cor ne nous rveille. Un bteau passe
 quelques centaines de mtre de nous. Nous distinguons des formes humaines sur le
pont, mais difficile de dire si ce sont vraiment des hommes. Ils sont en train de
pcher dans le lac.

"Ils sont petits pour des hommes, me syme navila, pourtant ils ont une forme humaine."

"On dirait qu'ils ont une queue."

"Oui, c'est vrai... Oui ils ont bien une queue, ce ne peut pas tres des hommes alors."

"Ils doivent tre une forme intelligente de la sorte de singe qui m'a attaqu, dans
la fort."

"Sans doute."

"Tu captes quelque chose ?"

"Non le bracelet ne se synchronise pas, ils sont trop loin ou alors c'est comme pour
les bestioles, leur onde mentale est trop diffrente."

"Il vaut mieux qu'on avance vers le village  pied ou en radeau ?"

"En radeau a m'arrange, je ne peux pas trop marcher."

"Ah oui c'est vrai."

"a serait bien si on l'arrangeait un peu, d'ailleurs, il a souffert dans le courant."

"Pas le temps, on verra plus tard, de toute faon on n'en aura peut-tre plus besoin,
maintenant qu'on a trouv un village, il faut tenter de rentrer en contact avec eux."

"Oui, bon, allons-y alors."

Nous repartons avec le radeau une fois le bateau de pche pass. Tout en restant
prs du bord nous avanons vers le village, il nous faut ramer car il n'y a pas de
courant, nous n'allons pas bien vite et il nous faut presque quatre heures avant
de dbarquer  distance raisonnable du village.

Jour 394
--------



"Est-ce que a vaut la peine qu'on se cache ? De toute faon avec les murailles on
ne pourra pas rentrer ?"

"On peut dj s'approcher un peu pour voir, mais je ne pourrais pas faire grand chose,
avec ma jambe."

"C'est peut-tre mieux que j'aille voir d'abord tout seul ?"

"Oui bonne ide, je te suivrai avec ton bracelet, ouvre le moi."

"OK."

J'avance doucement vers le village, en tentant de ne pas faire de bruit. Mon bracelet
me donne une vision plus lumineuse, en augmentant l'effet de la persistance rtinienne.
Les choses sont un peu plus floue, mais on n'y voit presque comme en plein jour.
Le mur d'enceinte du village fait bien cinq mtres de haut, aucune chance de le gravir.
Je fais le tour en restant  environ cent ou deux cents mtres,  la lisire de la
fort. J'arrive au dessous d'une route surleve, une sorte d'aqueduc, mais je pense
que c'est bien une route en hauteur, toujours sans doute pour se protger des grills
ou des intrus. La route fait environ trois mtre de large et se trouve  deux mtres
de haut, soutenue par une succession d'arches. Elle vient du village et se dirige
 perte de vue dans une direction presque perpendiculaire au lac. De l'autre ct
de la route il y a des champs cultivs, une sorte de crale je dirais. Malheureusement
je ne peux plus alors rester au couvert de la fort.

Je dcide alors de m'approcher du village, en me cachant derrire les arches en dessous
la route. J'ajoute en surimpression la dtection d'onde mentale du bracelet. Il y
a deux personnes sur les remparts en face de moi qui scrute, il faut que je fasse
trs attention si je ne veux pas me faire reprer.

"Qu'est-ce que tu veux faire ? Si tu t'approches trop ils vont te voir."

"Je voudrais tenter de me coller  la muraille pour faire le tour de l'autre ct."

"C'est risqu, tu es  dcouvert de l'autre ct, s'il y a quelqu'un sur la route
il va te voir."

"Qu'est-ce qu'il vaut mieux faire, alors ?"

"Peut-tre est-ce qu'il vaut mieux qu'on se fasse reprer de loin, explicitement,
pour montrer que nous ne sommes pas hostile. S'ils te trouvent ainsi, ils auront
des doutes sur nos intentions."

"Tu es pour que nous nous faisions prendre directement, alors ?"

"On ne pourra pas faire grand chose d'autre."

"Bon, je reviens vers toi, alors."

"OK"

Je refais avec la mme prcaution le chemin en sens inverse, une-demi heure plus
tard, je suis de nouveau avec navila. Nous parlons  voix basse.

- a serait mieux que tu y ailles toute seule. 

- Toute seule ?... Et tu restes dehors au cas o. Oui c'est une bonne ide. Moi je
ne pourrais pas faire grand chose de l'extrieur.

- Oui.

- C'est peut-tre mieux que j'arrive d'une direction oppose de l o tu es, comme
a s'ils se lancent dans des recherches, ils ne te trouveront pas facilement.

- Le plus simple est peut-tre que tu arrives par la route, tu pourras aller jusque
l-bas ?

- Sans barre je ne sais pas.

- Tu penses qu'ils te la confisquerait ?

- Il ne nous en reste que deux, je ne voudrais pas prendre le risque.

- Mais s'ils te sont hostiles, c'est mieux que tu aies de quoi te dfendre.

- J'ai la combinaison, elle devrait suffire, je ne pourrais pas les attaquer ds
le dbut si je veux voir l'intrieur, et je ne pense pas qu'ils me laissent entrer
avec une bquille s'ils veulent m'arrter... Et puis je marche presque aussi bien
avec la combi rigidifie.

- Bon, OK, tu veux qu'on remange avant d'y aller ?

- Non c'est bon, je n'ai pas envie de perdre de temps.

navila m'ouvre son bracelet et je suis sa trajectoire de la fort. Elle met presqu'une
heure pour rejoindre un point loign de la route, et faire croire qu'elle vient
de l. Ensuite elle avance doucement,  deux mtres de la route, presque dans les
champs cultivs, vers le village. Elle s'arrte  plusieurs reprises, soit pour tenter
de se faire remarquer, soit pour se reposer.

Ce n'est qu' environ une centaine de mtre qu'ils la repreront finalement. Toute
de suite une activit se dclenche sur les murailles. Difficile de voir ce qu'ils
font. navila s'est arrte, elle s'loigne encore un peu de la route pour se trouver
bien en vidence. Plusieurs personnes apparaissent sur la muraille, toujours masques
entre les dents de scies.

"Ils n'ont pas l'air trs grands, me dit navila, le bracelet estime  un mtre vingt
(une pierre et demi). Ils parlent entre eux, mais impossible de savoir d'ici quelle
type de langue."

navila attend dix minutes puis recommence  avancer voyant qu'ils n'ont pas l'air
de faire quoi que ce soit. Elle s'arrte de nouveau  cinquante mtres environ.

Hommes-Oiseaux
--------------



"Ils approchent, sur ma gauche."

Son bracelet dtecte une dizaine de personnes arrivant furtivement sur sa gauche.

"Je ne les vois pas... a y est je les vois, ils sont arms. Ils avancent vite. Je
te prviens s'ils me font chier je les dgomme."

"Ta combi te protgent, ne bouge pas en attendant."

En quelques secondes elle est entoure d'une dizaines de petits tres recouverts
de plumes. Ils ont des lances et des pes, des boucliers. Ils ressemble un peut
aux lzards  deux queues, en beaucoup plus gros. Ils parlent entre eux une langue
que le bracelet de dcrypte pas. Leur esprit est aussi insondable, le bracelet ne
se synchronise pas. Ils somment navila de les suivre. Ils lui attachent les mains
derrire le dos et la pousse sans mnagement. Elle a du mal  marcher et elle tombe.
Ils ne prennent mme pas soin de la relever, et, trois de chaque ct, ils la tirent
rapidement vers le ct oppos du village o je me trouve. navila se retient de
crier, sa jambe et surtout son bras par lequel il la tire la font souffrir. Heureusement
que c'est la combinaison rigidifie qui prend la plupart de la traction.

Ils la tirent jusqu' l'entre d'une grotte o ils s'engouffrent. C'est semble-t-il
le moyen d'entrer dans leur citadelle. Le tunnel est assez long, et on aperoit en
dessus des trappes d'o des archers peuvent sans doute protger l'arrive. Le bout
du tunnel, aprs plusieurs portes, permet d'arrive devant le port, o mouillent
quelques bateaux. Il faut ensuite traverser une nouvelle grande pour entrer dans
une deuxime sries de fortifications, peut-tre un village plus ancien, les murs
sont moins hauts.

navila rentre alors dans une grande salle souterraine, taille dans le roc. Il semble
que la citadelle fut un rocher dans lequel ils construisirent leur chteau. Ils ne
sont pas doux avec elle, elle est toujours attache. Ils empruntent un escalier et
descendent au sous-sol. Il y a l'air d'y avoir plusieurs niveaux, il fait trs sombre,
navila a mis en route la vision de nuit, je ne sais pas comment les autres font
pour voir, leur vision de nuit est peut-tre bonne. Ils ne vivent peut-tre que la
nuit, d'ailleurs, avec les attaques des grills le jour.

Cinq minutes plus tard navila est jete dans un cachot, enferme, et ils repartent
sans d'autre forme de politesse. Le cachot est minuscule, une petite salle, toujours
taille dans le roc, le sol est partiellement recouvert d'eau, qui s'infiltre en
provenance du lac  cette profondeur, sans doute.

"Ils m'ont dfonc le bras, ces enculs !"

"Sinon a va ?"

"Ouais, mais je ne vais pas rester longtemps ici, ils ont plutt l'air hostile, t'as
eu une bonne ide de ne pas venir."

Elle reste silencieuse un instant, je rflchis. Soudain elle me coupe son accs
et reprend, nerve :

"T'aurais pas fait a volontairement, petit salaud, pour me livrer  eux ?"

"Toujours aussi confiante, bien sr que non je n'ai pas fait a volontairement. D'ailleurs
si tu restes dans ce cachot il va falloir que je vienne te chercher."

"Mouais, dit-elle peu convaincu, attendons un peu, savoir ce qu'ils vont faire de
moi."

navila me redonne l'accs et tente de regarder  travers la grille.

"Ils n'ont pas l'air trs volus, en tout cas, c'est pas eux qui vont nous filer
un vaisseau... On dirait des sortes d'hommes oiseaux, ils ont des plumes sur la tte,
et un bec."

"Oui, mais c'est trs trange qu'ils t'aient tout de suite conduit au cachot. Ils
n'ont pas t curieux, a peut vouloir dire qu'ils ont dj vu des hommes, ce qui
seraient une bonne nouvelle."

"Ils ont peut-tre vue Sarah, elle est peut-tre prisonnire ici, peut-tre qu'elle
a perdu son bracelet."

"Mouais, ou peut-tre que ce sont des simples grouillots, ils t'ont simplement recueillis
sans se poser de question."

"Je ne sais pas, mais c'est trange qu'ils n'aient pas t plus curieux, oui, mme
s'ils avaient dj vu Sarah, nous sommes quand mme bien diffrents d'eux."

"Peut-tre que certains d'entre eux nous ressemblent, aprs tout."

"Oui, enfin ils sont quand mme beaucoup plus petits et avec des plumes, mais bon."

navila secoue les grilles, c'est du solide. Son cachot ne doit pas faire plus de
deux mtres sur un et demi. Il n'y a rien pour s'asseoir, elle devra se mettre dans
les un ou deux centimtres d'eau du sol si elle veut s'allonger. Elle passe sa main
le long de la paroi, c'est vraiment de la roche taille, s'ils l'ont fait  la main
ils ont d y passer des annes et des annes. Il y a trs peu de lumire, une torche
simplement  l'arrive des escaliers. Le cachot en face de celui d'navila est vide,
impossible de savoir si les autres sont occups.

navila finit par appeler, pour voir si quelqu'un rpond. Pas de retour, elle semble
seule.

"Bon, le bracelet ne dtecte personne, personne ne rpond, je dois tre la seule
vivante ici"

"Il semble, ton bracelet dtecte pourtant pas mal de monde en dessus."

"Oui, il compte environ mille sept cents personnes dans le village, c'est quand mme
beaucoup. Mais il n'y a que des trucs de leur genre, pas d'onde mentale diffrentes.
Il doit y avoir quelques animaux, peut-tre des chiens-lzards comme on avait trouv,
mais c'est tout. Sarah n'est sans doute pas ici, ou elle est morte."

Chien-lzard, quel dommage, j'aurais bien aim te garder... Je ne crois pas que Sarah
soit morte, pour moi elle est dans le nord, enfin dans le sud. C'est difficile de
se situer sur cette plante, le bracelet est un peu fou concernant l'orientation,
Nord-Sud, pour deux raisons, d'une part la plante autour de laquelle nous tournons
dgage un champ lectromagntique de folie, mais vraiment de folie, genre il serait
dix mille fois plus puissant que celui d'Adama, et en plus Adama tourne dans le sens
inverse de la Terre. Quoique vous allez me dire qu'il n'y a pas vraiment de sens,
il suffit dans l'espace de regarder de l'autre ct du plan de l'cliptique. En fait
si, parce que la Terre tourne de telle faon que son jour sidral est un peu plus
petit que son jour solaire, Adama c'est la situation inverse, son jour sidral est
un peu plus grand que son jour solaire, signifiant bien qu'elle tourne dans le sens
oppos  celui de la Terre. Enfin bref, avec ces histoires, impossible d'avoir un
nord et un sud magntique dans le coin.

"Bon, je vais dormir un peu, on avisera dans quelques heures, s'il ne se passe rien."

navila s'appuie contre le mur et rigidifie entirement sa combinaison, de faon
 pouvoir dormir sans s'allonger dans l'eau. Pendant ce temps je vais chasser un
peu, et aprs avoir manger deux sortes de raton-laveur-oiseau-lzard, je me prpare
 faire un somme moi-aussi. Je ne suis pas trs rassur seul dans la fort, mais
mon bracelet devrait m'avertir en cas de prsence...

Trois heures plus tard le rveil d'navila me fait sursauter. Des hommes-oiseaux
entourent l'entre de son cachot et l'interpellent. L'un d'eux semblent leur chef,
mais il s'adresse  un autre, qui, semble-t-il, est la pour traduire.

"Tu comprends ?"

"Chut."

navila tend l'oreille. Ils parlent un peu comme des perroquets, avec une voix gutturale,
roque.

"a ressemble un peu  la langue de la Congrgation, mais je ne comprends rien, je
comprends certains mots."

Elle se tait de nouveau quand l'interprte reprend.

- Je ne comprends pas, leur dit navila d'une voix forte et en articulant, tout en
haussant les paules, pour bien leur faire comprendre.

Les hommes-oiseaux font un bon en arrire, surpris. Puis l'interprte reprend, plus
doucement.

"Je ne comprends toujours pas, le bracelet non plus, il faudrait qu'ils parlent plus
pour que le bracelet analyse et tente de faire des corrlation avec la langue de
la Congrgation, les seuls mots que je comprends sont 'montagne' et 'blanc', ils
ressemblent trop  ceux de la Congrgation pour que ce ne soient pas les mmes."

"Oui et mme le ton ressemble, malgr leur voix bizarre."

"Oui et en plus a correspondrait, on tait bien dans les montagnes, et on est plutt
habill en blanc."

"T'es plutt en gris fonc, toi."

"Tu as raison, c'est vrai que j'ai ta combi. Peut-tre qu'il parle de toi ou de Sarah,
alors."

"Essaye de leur dire d'autre truc."

- Je suis arrive avec un vaisseau dans les montagnes... Je me suis crashe... Ensuite
j'ai march le long du fleuve... Un dragon nous a atta...

Ils tiltent sur dragon et rptent  plusieurs reprise dragon quelque chose.

"Dragon de feu, oui, ils parlent de dragons de feu. C'est sr que dragon lectrique
a ne doit pas trop leur parler."

Soudain le chef s'nerve, sans doute parce que l'interprte essaie de communiquer
alors qu'il a lui des questions prcises. L'interprte repose alors la mme question
qu'au dbut.

- Je ne sais pas, lui rpond navila d'un air perplexe.

Le chef est nerv et s'en va, les autres le suivent, et navila se retrouve de nouveau
toute seule. Elle se repasse la question de l'interprte.

"Non, je ne comprends pas, les autres mots sont trop diffrents."

"C'est dj formidable de voir qu'ils ont sans doute t en contact avec des hommes
de la Congrgation."

"Oui, pour avoir un interprte, c'est qu'ils ont d avoir affaire  eu plus d'une
fois."

"Peut-tre que certains des hommes de l'au-del sont arrivs ici. Peut-tre qu'ils
ont une base sur cette plante, et si a se trouve ces hommes-oiseaux pourraient
nous y conduire."

"Mouais, en tout cas ils n'ont pas l'air super potes avec eux, pour me mettre direct
au cachot."

"C'est vrai, c'est aussi bizarre que leur interprte parle aussi mal."

"Non a a ne m'tonne pas trop, il suffit que leur bracelet ait correctement intgr
leur faon de parler. Ce qui est plus bizarre c'est qu'ils aient besoin d'un interprte."

"Leur onde mentale est diffrente, peut-tre qu'ils ne sont jamais arriv  comprendre
directement leur langue."

"Ouais... a ne nous avance pas trop..."

"Tu rigoles, a veut dire qu'il y a probablement des hommes de la Congrgation ici,
c'est extraordinaire."

"Ouais, ou qu'ils sont passs par l  un moment, ils n'y sont peut-tre plus, peut-tre
comme nous ont-ils eu un soucis, on du se poser, sont rester quelques annes dans
le coin, suffisamment pour qu'ils aient  causer avec les pigeons, et ils sont repartis."

"a on en sait rien, mais quoi qu'il en soit c'est plutt positif."

"Mouais, enfin, on verra, en attendant j'ai pas envie de moisir ici."

"a ne sera pas facile pour moi de venir te chercher dans ces conditions, il faudra
attendre un peu."

"Je m'en doute, mais ne t'tonne pas si je pte un cable."

Je vois en effet difficilement comment je peux entrer dans ce truc, pter la gueule
 tous ces pigeons, comme elles les appelle, descendre dans les cachots et ressortir
tranquille.

Plusieurs heures s'coulent, je dors un peu, mais, plus du tout fatigu, je tente
d'occuper mon temps de manire constructive en observant de manire dtaille la
forteresse. Mais que ce soit vers le port ou vers la route, le mur d'enceinte ne
m'offre gure de renseignements. La faon la plus simple de rentrer serait de passer
sous l'eau, mais la distance  parcourir en apne est bien trop grande, et mme en
bloquant ma respiration avec le bracelet, je ne suis pas sr que j'arriverai de l'autre
ct. D'autant qu'ils doivent surveiller attentivement leur port, si c'est un point
d'entre. Et puis dans les images d'navila, on devine un mur de protection tout
autour du port, moins haut qu'autour du village, mais sans doute suffisant pour prvenir
un passage non autoris.

navila s'est de nouveau endormie. Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire.
Et si ils l'a laissent dfinitivement enferme ? S'ils ne lui donnent pas  manger
? Ce n'tait peut-tre pas une si bonne ide de la laisser aller l-bas toute seule.
Si Sarah a vraiment disparu et si navila se retrouve dfinitivement coinc dans
ce cachot, me voil tout seul, ce n'est pas trs gai...

Ne sachant trop que faire, je dcide finalement de suivre un peu la trajectoire de
la route, peut-tre rejoint-elle une autre ville, ou du moins trouverai-je des indices.

Que nenni, je suis la route pendant facile trois ou quatre kilomtres, en me tenant,
 la lisire de la fort,  bonne distance, mais celle-ci semble continuer pendant
encore de nombreux kilomtres. C'est peut-tre le seul moyen de se dplacer de ville
en ville sans craindre de se faire attaquer par les grills. Je pourrai tenter de
monter sur cette route, mais il y a du passage, j'aperois de temps en temps des
petits groupes passs. La plupart sont  pieds, c'est bien que la prochaine ville
ne doit pas tre trop loin.

Je m'apprte  faire demi-tour quand j'ai un sym d'navila :

"Continue, me dit-elle, je suis de toute faon bloque ici, va chercher Sarah, profite
de la nuit, je peux bien tenir quelques jours ici.

"Tu es sr, et s'ils ne te filent rien  manger ?"

"Qu'est-ce que tu y pourras ? Si tu trouves Sarah, vous serez plus  mme de m'aider
tous les deux. Grouille-toi, la nuit a dj bien commenc."

Elle a raison c'est sans doute le plus sage. Je dcide alors de monter sur la colline
qui surplombe la barre rocheuse dans laquelle se trouve la brche du lac, en esprant
avoir de la-haut un signal de Sarah.

Il ne fait pas encore tout  fait nuit, les lueurs du couchant sont encore  l'horizon,
aprs trois heures de marche, je surplombe le village, il a vraiment t construit
 l'intrieur mme d'un gros bloc de pierre, ils ont d y passer des dizaines d'annes
pour creuser un truc pareil. De nombreuses torches clairent l'intrieur de l'enceinte,
remplie de petites maisons entasses les unes  ct des autres. Un grande agitation
se distingue, il y a vraiment beaucoup de ces hommes-oiseaux qui vont et viennent.
Sur le lac une dizaine de bateaux de pche doivent assurer le ravitaillement du village,
et peut-tre mme d'autres villes en retrait. Je ne distingue pas le bout de la route
fortifie, elle semble contourner en partie la colline que je gravis, tout en se
dirigeant un peu plus vers ce que j'estime tre l'est, l o se lve le soleil du
moins.

Trois heures de marche rapide me sont ncessaires pour parvenir au sommet de la colline,
et une demi-heure de plus pour trouver un endroit d'o avoir un point de vue intressant,
en haut d'un arbre mort qui a d subir la foudre. Pas de signal de Sarah, ce n'est
pas trs encourageant, par contre j'arrive  deviner l'extrmit de la route, elle
semble se rendre  un village qui se trouve au pied d'une colline transforme en
immense carrire. Il ne reste d'ailleurs plus grand chose de la colline. Sans doute
ce village est-il le point d'entre pour les mines oules carrires du coin, riches
en minerai ou quoi que ce soit qui intresse ces hommes-oiseaux. Les deux villages
ne doivent en former qu'un seul, le village prs du lac n'tant qu'une extension
pour fournir de la nourriture au village de mineurs. Je serai quand mme curieux
de savoir ce qu'ils fabriquent, des armes ? Peut-tre simplement des lingots de fer
ou d'or.

C'est trange comme les sensations vis  vis d'une situation normalement effrayante
peuvent changer. Je suis seul dans le noir au milieu d'une fort sans doute peupl
de btes froces et dangereuses, pourtant je me sens presque rassur d'tre dans
le noir, qu'il fasse nuit et que ces affreux grills ne puissent pas m'atteindre.
Si ces grills svissent sur toute cette plante, la plupart de la vie doit se passer
la nuit. C'est quand mme extraordinaire que ce soit le soleil qui les rveillent.
Quelle est donc cette maladie qui les atteint ? J'ai du mal  imaginer qu'elle type
de changement peuvent faire que seul le soleil les touchent. Peut-tre cette maladie
touche-t-elle leur rgulation thermique, ils refroidissent et ne sont plus capable
de bouger que le jour, comme les lzards. Peut-tre que c'est poura qu'ils sont
en si mauvais tat, peut-tre que chaque nuit leur corps se dtriore  cause de
l'arrt d'une partie des fonctions vitales. Mais pourquoi ensuite agiraient-ils en
bandes ? Toutefois ces animaux sont peut-tre un peu comme des loups, ils agissent
peut-tre en bande naturellement, le fait qu'ils soient malades ne changent peut-tre
pas leur comportement. L'ide qu'une bande de ces chiens-lzards non malades puisse
m'attaquer en pleine nuit me fait froid dans le dos. Cependant force est de constater
que pour l'instant nous n'avons pas crois ce genre de bande, le seul spcimen non
malade que nous avons rencontr tait chien-lzard, mon pauvre compagnon...

Bref, sans signaux provenant de Sarah je suis un peu perplexe. Je dcide toutefois
d'avancer en direction de la dernire trace de Sarah que nous avons eu, en amont
du fleuve, proche de notre zone de crash. J'espre que j'aurai un signal d'elle un
peu plus en avant, sinon je ne sais trop ce que je pourrai faire. De toute faon
il me faudra plusieurs jours, et je ne dois pas traner. J'ai un doute sur ma capacit
 courir pendant plusieurs jours, alors j'avance plutt d'un pas rapide. J'aimerai
atteindre le sommet d'une nouvelle colline avant de faire une pause, manger et dormir.

Jour 395
--------



Je n'y arriverai pas sans faire une premire pause, au bout de six heures. Un repas,
je n'hsite pas une seule seconde  faire un feu, trois heures de sommeil et de nouveau
six heures de marche me seront ncessaires pour atteindre le sommet de cette nouvelle
colline, plus haute que la prcdente, et surtout plus loin que je l'imaginais. J'aurais
toutefois  subir les attaques de divers animaux sauvages, dtects pour la plupart
bien en avance avec mon bracelet, et dont je peux me dbarrasser assez facilement
grce  mes barres-pes et mon bracelet. Ces attaques me fatiguent tout de mme
considrablement et me font perdre plusieurs heures, d'autant que la progression
dans la fort, en pleine nuit, n'est pas vidente, mme avec la vision de nuit active.

Heureusement j'ai la satisfaction de percevoir un signal de Sarah, et s'il est faible
il semble m'indiquer la mme direction que le dernier que j'ai eu avant notre prcdente
attaque de grills. Je ne suis pas sr que ce soit trs bon signe qu'elle ne se soit
pas dplacer, cela pourrait signifier que son bracelet est simplement perdu, ou pire,
qu'elle est morte. Trois jours de marche pour dcouvrir un cadavre ne m'inspirent
gure, mais quoi qu'il en soit il faut que j'en ai le coeur net, alors je ne m'autorise
qu'un petit repas et une sieste d'une demi-heure avant de repartir.

Je tente cette fois-ci de rester dans la valle, ou ma progression est plus rapide,
et de contourner la montagne entre moi et le signal. Je trouve une lance, mais cela
ne m'tonne dsormais gure tant donne la prsence de ces hommes-oiseaux. Impossible
cependant de mettre la main sur une route ou un chemin. Les bords de la rivire sont
assez facilement praticable, des crues frquentes doivent empcher que la jeune vgtation
subsiste, il y a moins de buissons et d'arbustes que dans les sous-bois.

Huit heures plus tard, extnu, l'attaque d'un de ces lzard-ours me donne l'occasion
d'en faire un bon repas. Je fais un grand feu et mange plus que de raison. Je dors
ensuite plus de neuf heures. Mes rves sont tranges, trs drangeant, je me rveille
mal  l'aise et en sueur. J'ai ce rve que je n'avais pas eu depuis longtemps o
je perois une sensation d'crasement, un rve simple ou je suis seul enferm dans
un cube blanc, cras par une puissance plus grande et plus forte que moi.

Jour 396
--------



Je mange de nouveau en ravivant mon feu et je pars sans attendre. Je n'ai maintenant
plus le choix, je dois me diriger vers un col pour traverser la barre montagneuse
entre moi et Sarah. Je n'ai pas choisi le chemin le plus facile, un boulement rcent
 compltement obstru l'arrive au col. Je dois faire de nombreuses heures d'escalades
avant de pouvoir atteindre le sommet. Les barres me sont d'un recours extraordinaire,
elles me permettent de m'assurer pendant ma progression, et plus d'une fois elles
m'ont sauv la vie.

Malheureusement je n'ai plus de trces de Sarah une fois en haut. en traversant ce
col, je suis revenu vers la valle du fleuve que nous avons suivi, mme s'il se trouve
encore dans une valle ou deux de celle o je me trouve, et cette zone plus montagneuse
peut masqu le signal de Sarah, toutefois j'aurais pari sur le fait que je me trouverai
pile en face une fois ici, et la montagne en face de moi ne devrait pas faire barrire,
puisque ce n'tait pas le cas quand j'tais encore bien plus loin. Si Sarah a boug,
c'est encourageant, maintenant si c'est simplement son bracelet qui n'met plus,
ou qui a t trouv par quelque chose ou quelqu'un, c'est plus ennuyeux. Il ne me
faudra pas moins qu'une demi-journe pour aller en haut de la montagne de l'autre
ct de la valle, j'hsite  monter directement sur le mont  gauche d'o je me
trouve, que je ne voulais pas gravir et que j'ai contourn, mais qui finalement aurait
t un meilleurs choix, vu le temps que j'ai mis pour escalader jusqu'au col, et
surtout si finalement je le gravis tout de mme.

Je m'accorde une heure de pause et je dcide finalement de monter directement sur
le mont, pour avoir le coeur net sur la disparition du signal. Mais mes trois heures
de monte ne m'apporteront aucune rponse, toujours rien.

Je ne capte pas non plus le bracelet d'navila, autant dire que je ne sais pas trop
quoi faire. Il va sans doute faire nuit pendant encore environ trois jours, ce qui
me laisse le temps d'aller au moins jusqu' la prochaine montagne et de pouvoir revenir
vers le village. Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire si le jour arrive,
me rendre moi-aussi au village ? Je n'aurai peut-tre gure le choix si les grills
attaquent. Je n'ai vraiment pas envie de subir une fois de plus leur affres.

Je descends, pensif, vers le col, un peu perdu. J'ai bien peur que nous ne survivrons
pas bien longtemps sur cette plante. Tout semble si difficile, dangereux. Je ne
me pause mme plus la question de pouvoir en repartir, je crois que l'espoir est
bien mince. Pourtant les hommes-oiseaux semblent avoir rencontrer des hommes comme
nous. Si seulement nous pouvions en savoir un peu plus.

Un peu en dessous le col, quatre heures plus tard, je me fais attaquer par un groupe
de singes-lzards. Je dois me battre pendant presqu'une heure pour les mettre en
droute, ces idiots me blessent en me lanant des pierres et des bouts de bois. Il
me faudra en tuer trois pour qu'ils dcident de s'enfuir. Ils sont coriaces et mchants.

J'en ai vraiment marre. Je dcide de faire une grande pause, je fais un norme feu
et mange un bon morceau de ces satanes singes. Sales btes !

"Ylraw ?"

Sarah !

"Sarah ! O es-tu ?"

"Juste en face de toi, en haut de la montagne, je suis monte ici pour tenter de
vous retrouver. O est navila ?"

"Elle est prisonnire d'hommes-oiseaux, nous avons trouv un village, plus en aval
du fleuve, des hommes petits, avec des plum..."

"Oui je sais, me coupe-t-elle, ce sont aussi eux qui m'ont enleve quand je vous
attendais sur les bords du fleuve aprs l'inondation. Leur onde mentale est diffrente,
impossible de m'en tirer toute seule avec le bracelet. Ils m'ont retenue prisonnire,
je suis finalement parvenu  m'chapper. navila est loin ?"

"Deux jours de marche, environ."

"Bon trs bien je te rejoins."

"Rejoignons-nous plutt dans la valle, nous pourrons aller vers le fleuve et utiliser
un radeau pour redescendre, ce sera sans doute aussi rapide que de rentrer  pieds."

"Trs bien, je descends vers la valle."

J'aurais volontiers fait un somme, mais il ne devrait pas me falloir plus de trois
ou quatre heure pour atteindre la rivire, j'attendrai Sarah l-bas, elle mettra
sans doute plus de temps. Je pourrai en profiter pour me reposer et tenter de faire
un radeau.

"Vous vous tes aussi fait capturs ? me demande Sarah."

C'est vrai que nous pouvons continuer  discuter sans attendre de nous retrouver,
c'est quand mme cool c'est bracelets. J'explique  Sarah ce que nous avons fait
entre la fin de l'inondation et maintenant.

"Je me suis faites attaque pendant que je dormais, mon bracelet m'a prvenue trop
tard. Je me suis dfendue comme j'ai pu mais ils taient nombreux et on russi 
m'attraper. Ils m'ont alors retirer mon bracelet et les barres. Ils m'ont rapidement
enchane et malgr le dcupleur de force de la combinaison je n'ai pu briser mes
liens. Je suis reste ainsi de nombreux jours, je devrais marcher attache  leur
suite. J'ai tent, sans succs, de comprendre ce qu'ils disaient. Ils n'y avait semble-t-il
pas d'interprte comme dans le village."

"Nous avons march pendant deux jours, ils ont fait de nombreux dtours, nous sommes
souvent rests cach dans des grottes, ils doivent trs bien connatre le coin et
savoir o se cacher pour viter les grills. Nous nous sommes quand mme faits attaqus
une fois, par des gros lzards grills, comme ceux qui t'ont poursuivis la premire
fois que tu as tent de venir me retrouv. Nous tions une quinzaine, plus des claireurs,
je ne sais pas combien, nous avons bien perdu cinq personnes. J'ai failli y passer,
mais ils m'ont efficacement protg, c'est d'ailleurs ce qui a cot la vie  quatre
d'entre eux."

"Bref, nous sommes finalement arrivs dans un camp fortifi, sans doute une tape
intermdiaire pour attendre la nuit. L j'ai tais mise en cage, j'ai reu un peu
 manger, mais presque rien. J'avais de quoi boire, par contre. J'ai moi aussi attendu
la nuit, je ne pensais pas pouvoir me dbrouiller toute seule en plein jour. La nuit
arrive, grce  ma combinaison je n'ai pas eu trop de mal  retrouver mon bracelet
et les barres, et  fuir. Je ne crois pas qu'ils m'aient vu, avec la protection visuelle
et la nuit, j'ai pu escalader et passer les plusieurs murs en bois sans ennuis."

Par contre je n'avais qu'une vague ide de la direction  prendre, j'ai gravis trois
montagne avant d'avoir ton signal, et je me suis fates souvent attaque par des
lzards-singes, comme toi, ils sont vraiment hargneux et difficile  repousser. Bref,
j'ai err pendant deux jours avant que nous nous retrouvions.

La rivire n'est gure praticable, comme je le dcouvre aprs quatre heure de descente
; il nous faudra sans doute marcher plusieurs heures avant de pouvoir faire un radeau.
J'avertis Sarah qu'elle ferait mieux d'aller un peu en oblique vers l'aval, pour
gagner du temps.

Nous nous retrouvons finalement huit heures plus tard, la descente de la montagne
tant difficile pour Sarah, et elle s'est faite blesse  la jambe par un singe-lzard.

Je prends Sarah dans mes bras en la retrouvant.

- a me fait plaisir de te retrouver, lui dis-je, je t'ai cru perdu.

- Nous devons nous dpcher, me rpond-elle en me repoussant doucement, sans doute
pas trs  l'aise que je l'embrasse, nous sommes sans doute un peu en-dessous du
niveau du barrage, et il va faire jour dans un jour et demi environ.

- Oui, a risque d'tre juste, mais une fois sur le fleuve, mme s'il fait jour,
nous serons dj plus en scurit.

- Peut-tre, mais comment va-t-on faire pour navila ? Si c'est une forteresse nous
ne pourront jamais la librer ? Je ne suis pas sre que se faire capturer nous aussi
nous avance beaucoup, mais si les grills nous attaques, est-ce que nous auront le
choix ?

- J'en sais rien, il faudra peut-tre qu'on se construise une cachette, ou que nous
restions au milieu du lac pendant le jour.

- Ils ne mettront pas longtemps  nous reprer si le village est au bord du lac.

- Oui, peut-tre est-ce qu'on pourra entre clandestinement dans le village ?

- Je ne sais pas, je ne vois pas trop comment il est, peut-tre, mais s'il n'est
pas trs grand on se fera aussi vite trouv  l'intrieur.

- On peut peut-tre passer par le lac, tu peux retenir ta respiration plus longtemps
avec cette combi ?

- Pas vraiment.

- Mouais, de toute faon comme tu dis une fois dans le village il ne faudra pas longtemps
avant qu'on se fasse choper.

- Oui, je ne sais pas trop ce qu'on va faire, rpond finalement Sarah d'une voix
triste.

Nous avanons d'un bon pas, la crainte des grills et la nuit qui passent nous donnent
du courage.

- Ils t'ont maltrait ?

- Non, mis  part ne presque rien me donner  manger, ils ne m'ont rien fait.

- Ils n'ont pas trop t trop mchants contre navila non plus. En tout cas cet interprte
est un trs bon signe.

- Oui, me rpond-elle pas vraiment convaincu.

- Quand mme ! a veut dire que des hommes de la Congrgation sont srement venus
sur cette lune !

- Mouais, ils n'y sont plus forcment, et peut-tre qu'ils sont tout autant bloqus
que nous ici.

- Oui enfin bon c'est quand mme mieux que si nous tions toujours aussi paums dans
la nature poursuivis par ces fichus grills, au moins on a un espoir de trouver des
hommes.

- Oui, c'est vrai.

Jour 397
--------



Sarah n'a pas la grande forme. Nous parlons un peu plus en dtail de notre arrive
au village, et de la discussion d'nvila avec les hommes-oiseaux, mais ne voyant
toujours pas arriver la fin de la valle, nous forons le pas et courrons mme. La
rivire, plus un torrent, descend trop rapidement pour tre navigable, heureusement
ses abords sont plutt praticable. Aprs quatre heures de marche, nous faisons finalement
une pause pour manger et nous reposer.

Mais le temps qui passe nous stresse, il ne doit rester plus qu'un jour  un jour
et demi de nuit, et nous ne parvenons pas  dormir plus de deux heures. Nous repartons
rapidement mais il nous faudra encore douze heures, dont quatre de pause, pour arriver,
enfin, au fleuve.

Nous sommes toutefois satisfaits de nous apercevoir que nous arrivons plus en aval
que nous ne pensions. Nous ne devons pas tre  plus d'une journe du village, ce
qui devrait largement nous laisser le temps d'y parvenir avant le lever du jour.
Nous ne sommes pour autant pas beaucoup plus avanc quant  ce qu'il adviendra de
nous une fois le jour lev. Mais nous imaginons que dans le pire des cas, nous pourrons
simplement nous rendre au village, et rejoindre navila, certes dans un cachot, mais
 l'abri des grills.

La confection du radeau nous occupe nanmoins trois ou quatre  heures, le temps de
trouver du bois qui flotte suffisamment, de le couper, l'assembler sommairement,
chasser et prparer de la nourriture pour la journe de navigation qui nous attend,
et le radeau  moiti termin que nous perdrons btement emport par le courant.

Jour 398
--------



Une fois sur le fleuve nous pouvons enfin prendre le temps de nous repos. Nous dormons
 tour de rle, de faon  ce qu'un contrle toujours la trajectoire du radeau, et
vite les pertes de temps inutiles si nous retournons trop prs des berges. Nous
sommes l'un comme l'autre extnu, et aprs un premier tour de garde de trois heures
chacun, nous dormons ensuite encore six heures d'affile malgr l'inconfort des bout
de bois humides de notre embarcation, tellement frle qu'il nous faut souvent remboter
les bouts de bois que nous avons sommairement taills pour les assembler.

D'aprs mon compteur, le jour devrait se lever un peu aprs mon trois cent quatre-vingt
dix-neuvime jour de cavale, dans une demi-journe  une journe. Soupir ! Trois
cent quatre-vingt dix-neuf jours ! Bon je ne vais pas encore partir dans un dlire
nostalgique, de toute faon pour l'instant la priorit c'est la survie, pour le retour
sur Terre on verra plus tard, bien plus tard, si jamais la pertinence de la question
se pose encore un jour. C'est dj assez extraordinaire, et finalement, mme si je
meurs aujourd'hui, ou demain, ne serait-ce qu'avoir connu tout cette immensit, la
Congrgation, Pnople, Sarah, navila, Eric, cette lune trange, vaudra dj mille
fois une vie monotone dans une capitale surpeuple d'un monde archaque et injuste.
Mais qu'importe, aprs tout, s'il faut mourir ? Qu'importe ce que l'on a vcu. Peut-tre
il importe de le transcrire, de le laisser, mais comment alors ? Devrais-je lutter
pour qu'un jour quelqu'un retrouve mes crits, retrouve mon rcit sur Terre, retrouve
mon bracelet, tout ce que j'y ai enregistr ? C'est sans doute un peu l'essence de
la vie, laisser une trace que d'autres pourront voir, lire, comprendre, analyser,
suivre ou ne pas suivre. Mais comment ! Comment faire parvenir cette trace sur Terre,
dsormais ? Comment mme la faire parvenir  la Congrgation ? Nous aurions d peut-tre
rester dans le vaisseau, et nous laisser voguer pendant quelques millnaires avant
que quelqu'un nous trouve.

Des millnaires ! Mais c'est mourir, dj, que de sauter une anne, de perdre le
fil, de ne plus connatre les gens, de ne plus retrouver sa vie, d'tre un tranger.
Je le serais dsormais si je retournais sur Terre, tout ce qui a d changer depuis
mon dpart, mes parents, mes amis, Mandrake... Et mme, si j'y retournais ? Qu'y
ferai-je ? Quelle devrait tre maintenant la chose la plus juste  faire ? Les logiciels
libres ? Que peuvent-ils bien reprsenter face  la Congrgation. Il me faudrait
sans doute lutter pour l'intgration de la Terre  la Congrgation, sortir de la
misre et du dsespoir tous ceux qui souffrent sur Terre. Pourtant c'est aussi dtruire
notre identit, c'est affirm premptoirement que le modle de la Congrgation est
le meilleurs, et qu'il faut liminer la faon dont les gens vivent sur Terre. Le
choix, sans doute laisser aux gens le choix, le choix de rester sur Terre, de garder
leur vie, ou de partir vers un nouveau monde. Mais qui resterait ? Ceux qui ont quelque
chose  perdre, sans doute, les puissants, les autres partiraient sans hsitation,
qu'est-ce qui peut bien rsister  l'immortalit et le plaisir perptuel ?  la tranquilit
d'une vie dans un petit village de Stycchia, avec la femme qu'on aime ?

Je suis partie, pourtant, aprs tout j'aurais pu refuser de cherche  comprendre,
me satisfaire d'une situation intermdiaire, pas vraiment dans la Congrgation mais
quand mme sous ses bons hospices, dans les bras de Pnople. J'aurais pu rester
bien sagement  l'coute du Congrs, j'aurais pu accepter cette mise-en-scne de
ma prtendue ancienne identit dans la Congrgation...

Mais je n'aurais jamais survcu  tant de doute ! Je crois que je prfre encore
mourir ici que de n'avoir fait tout ce que j'ai fait.. C'est peut-tre ma punition,
aprs tout. Aprs tout les choses ne sont peut-tre pas si innocentes qu'il n'y parait,
et sans aller  l'hypothse d'une puissance divine, on rcolte tout de mme ce que
l'on sme...

"Comment a va ?"

navila ! Elle me contacte alors que Sarah dort depuis quatre ou cinq heures sur
les six que nous nous tions fixes ; plus exactement les huit trente-siximes de
jour d'Adama.

"a va, nous sommes en radeau, un peu avant le tournant o les gros grills nous
ont attaqus, je pense que d'ici douze heures nous serons vers le village (seize
trente-siximes). Et toi quoi de neuf ?"

"Tu n'as pas eu de mal  retrouver Sarah, o tait-elle ?"

"Elle tait prisonnire d'un village d'hommes-oiseaux, mais elle s'est chappe,
nous nous sommes retrouvs dans les montagnes, ensuite nous sommes revenues vers
le fleuve."

"OK, ici c'est galre, ils ne me filent rien  bouffer, je crve la dalle."

"Mme pas  boire ?"

"Mme pas, je suis oblige de boire l'eau qui suinte. Bon elle n'est pas trop mauvaise,
et la combi a un filtre, donc a va, en plus elle est riche en minraux et tout,
mais il n'empche que ces connards me laissent crever de faim."

"Ils ne sont pas revenus te voir depuis leur dernire visite ?"

"Si... Enfin non, juste l'interprte."

"Qu'est-ce qu'il voulait ?"

"Parler. Je crois qu'il a compris que nous ne sommes, enfin, que je ne suis pas comme
les hommes qu'il a pu croiser, que je ne viens pas du mme endroit, en tout cas.
Nous avons parler pendant trois quarts d'heure (un trente-sixime), avant qu'un garde
ne passe et ne l'oblige  partir."

"Il t'a appris des trucs ?"

"Pas vraiment, sur le coup je ne comprenais presque rien  ce qu'il disait, il a
normment rpter. Je tentais de donner des mots pour voir s'il les comprenait.
On n'a pas beaucoup avanc. Aprs coup le bracelet  traiter une partie de ce qu'il
disait, il a reprer une grammaire apparente  la langue de la Congrgation, mais
la prononciation est super diffrente, sans doute parce qu'ils ne sont pas capable
de parler comme nous, a siffle  mort. Bref, il me faudra encore parler pendant
des heures avant que le bracelet ne traduise correctement. Vous allez faire quoi
?"

"Aucune ide, pour l'instant on va se rapprocher du village, mais aprs, je ne sais
pas."

"Le jour s'est lev ?"

"Non il nous reste encore un jour je crois. Si tu veux j'ai programm le jour et
la nuit sur mon calendrier, tu le veux ?"

"Ouais."

navila rcupre mon calendrier.

"C'est quoi ton calendrier pourri l, j'y comprends rien."

"Ah oui c'est en jours de la Terre depuis mon dpart."

"Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'un truc pareil ! Laisse tomber, je ferais le
mien."

"OK. Quoi qu'il en soit on est un peu embt, si les grills nous attaques, on ne
pourra pas faire grand chose."

"Vous pouvez peut-tre rester au milieu du lac ?"

"C'est pas gagn, si la plupart ne savent pas trop bien nager, certains y arrivent
 peut-tre, on ne tiendra pas quatre jours l au milieu."

"La combi de Sarah peut distiller de l'eau, vous aurez des poissons, vous pouvez
tenir."

"Mouais, et si un dragon nous attaque, on est mort."

"Je l'ai dgommer le dragon."

"Il y en a peut-tre d'autre !"

"On n'en a vu qu'un, et gros comme ils sont, ils doivent occup un territoire assez
grand."

"On en a vue deux ! Dans le lit du fleuve sec, nous en avons vu un deuxime, vers
l'aval, ce n'tait pas un grill, en tout cas il ne semblait pas."

"Oui c'est vrai, enfin bon, vous voulez faire quoi, venir avec moi dans le cachot,
 quoi a va nous avancer ?"

"C'est dj mieux que de se faire bouffer par des grills !"

"Ah ce moment-l construisez-vous une cachette, creuser un trou, protgez-vous, comme
tu voulais faire, venir ici c'est idiot, on sera tous les trois bloqus."

"Nous n'aurons pas le temps de construire une cachette avant le jour, nous arriverons
au village quand il se lvera."

"Arrtez-vous, alors, de toute faon ce n'est pas partie pour que je bouge. J'ai
rien a bouffer, mais je peux boire, je tiendrais bien quatre jours de plus."

"C'est pas gnial, en plus pour tes blessures, il te faudrait manger."

"Pas tant que a mes muscles vont fondre, c'est le plus efficace pour gurir rapidement.
Ensuite il me faudra reprendre du poids, mais cet emprisonnement n'est pas si malvenu
compte-tenu de mon tat. Mon bracelet est plutt positif pour l'instant."

"Bon, je vais voir avec Sarah."

L'ide de me terrer dans un trou pendant quatre jours ne m'enchante gure, et je
serais plus satisfait de tenir compagnie  navila dans son cachot, mais elle n'a
pas tord, sacrifier notre libert est idiot, surtout si nous pouvons faire autrement.

Je rveille Sarah une heure plus tard, pour discuter de l'ide d'navila.

- a ne m'inspire pas trop de rester dehors, m'avoue Sarah en faisant la moue.

- J'avoue que moi non plus, mais si  court terme on sera plus en scurit dans le
village, rien ne dit qu'ils ne vont pas nous laisser mourir dans les cachots, navila
n'a rien eu  manger depuis qu'elle est emprisonne.

- Oui sans doute que ce serait mieux is nous parvenions  rester dehors, mais comment
nous assurer que les grills ne vont pas nous trouver ? Il nous faudrait une grotte,
une cachette. On n'aura pas le temps de trouver a d'ici au lever du jour.

- C'est vrai que si nous voulons atteindre le village, nous ne devons pas nous arrter,
et si on dcide de chercher une cachette, nous n'aurons plus le choix, il nous faudra
absolument en trouver une.

- Je n'ai pas envie de me retrouver face  des grills, encore, je me demande si
je ne prfre pas mourir de faim dans un cachot. De toute faon dans les deux cas,
est-ce qu'on pourra s'en sortir ?

-  court terme on sera plus en scurit au village, c'est sr, mais dans les jours
qui viennent, rester  l'extrieur est quand mme un gage de libert.

- Jusqu' prsent nous avons chapp aux grills par miracle, il ne faut pas nous
leurrer. Mme dans la cachette dans le trou prs du fleuve, si le barrage n'avait
pas cder, ils auraient creuser jusqu' nous atteindre. Nous ne leur avons jamais
rchapper facilement,  chaque fois nous tions  deux doigts d'y passer, moi je
ne prends de nouveau ce risque, je vais au village. Je suis dsole, mais je ne reste
pas dehors, je ne peux pas supporter une nouvelle attaque.

En un sens la position catgorique de Sarah m'arrange bien. J'avoue aussi avoir le
ventre nou l'ide de devoir de nouveau me battre contre les grills, devoir supporter
leurs attaques acharnes, et voir la mort de si prs. J'avoue que je n'ai pas tent
de convaincre Sarah autant qu'il l'aurait fallu, et que j'ai laiss passer un peu
le temps pour que la question ne se pose mme plus, pour que notre seule issue ne
soit que de nous rendre au village. J'avoue que je me suis senti faible, si faible,
et que j'ai accueilli avec honte les injures d'navila, qui n'a pas manqu de nous
traiter de faibles, de limaces, de mauviette, quand nous l'avons rejoins, dans les
cachots connexes aux siens.

Les hommes-oiseaux n'ont pas fait beaucoup plus d'histoire que pour navila, ils
nous ont rapidement conduit dans les cachots, par le mme chemin. Nous avons tent
tant bien que mal de glisser les barres sous nos combinaisons, en leur faisant prendre
une forme pousant notre corps, de faon  ce qu'elles ne nous soient pas retires.
L'astuce a march, et navila reconnat au moins que cela nous offre un petit avantage.

Jour 399
--------



Nous sommes chacun dans un cachot diffrent, sur la mme ligne, sans doute pour
que nous ne puissions pas nous voir, mais les bracelets nous permettent d'carter
ce problme et de parler librement sans mme que nos geliers ne s'en aperoivent.

Il ne nous sera toutefois pas facile de faire croire que nous ne nous connaissons
pas, nos tenues sont identiques.

"Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? nous rtorque navila, aprs quelques minutes
que nous avons pass Sarah et moi  faire le tour des quatre ou cinq mtres-carrs
de notre cellule."

"OK, on aurait peut-tre d rester dehors, mais on tait crev, et on n'avait pas
envie de courir le risque de devoir nous battre encore contre les grills, tu ne
vas pas nous le reprocher indfiniment. Tu ne peux pas nous en vouloir de tenter
de sauver notre peau, merde. T'aurais t bien avanc si s'tait fait bouffer tous
les deux..."

"Chiale pas, je t'ai rien dit, c'est pas ma faute si tes parano. Il n'empche qu'il
faut quand mme que nous dcidions que faire maintenant."

"Je pense qu'ils vont s'occuper de nous bientt, nous interrompt Sarah."

"Qu'est-ce qui te fait croire a ? lui lance navila."

"Le jour se lve, ils doivent tre en suractivit pendant la nuit, pour approvisionner
le village, et profiter du jour pour se reposer et s'occuper de la politique interne."

"C'est possible, lui dis-je, mais ils peuvent aussi ne rien en avoir  faire de nous,
de jour comme de nuit."

"Nous le saurons bien assez tt, nous coupe navila, nerve, mais a serait bien
que nous soyons prts."

"Prts  quoi, lui rtorque Sarah,  leur sauter  la gorge ?"

"Oui."

"Pour faire quoi ? Se faire jeter en pture aux grills ? Je pense qu'attendre tranquillement
la prochaine nuit est ce que nous avons de mieux  faire."

"Elle n'a pas tord, s'ils sont vraiment trs occup la nuit, ce sera aussi un moment
o il y aura moins de monde dans le village."

"Et vous comptez vous vader comment, il faudrait peut-tre le prparer un minimum,
non ? Plutt que d'attendre en ce tournant les pouces ?"

"En faisant quoi ? En rongeant les barres ?"

"Pourquoi pas ? lance navila, avec les barres vous pouvez peut-tre les tordre,
et passer entre."

"Quoi qu'il en soit nous ne pourrons pas le faire avant le dernier moment, si on
se fait reprer c'est foutu, lui fait remarquer Sarah, par contre on peut peut-tre
tenter de creuser la pierre, mais je ne sais pas trop  quoi a peut nous avancer."

"Creuser autour de l'armature des grille pour la fragiliser, suggre navila, mais
a va faire du bruit."

"Quelle galre ! On est toujours autant dans la merde."

"Depuis quand t'es impoli toi ? demande navila."

Je suis surpris de sa question, surtout par le ton de sa voix. Aurait-elle une faiblesse
?

"Bah, la fatigue sans doute."

"Nous ferions peut-tre bien de dormir un peu, oui, a nous remettrai les ides en
place, suggre Sarah."

"Je ne fais que a depuis quatre jours, de dormir ! s'nerve navila, dormez si vous
voulez, mais filez-moi au moins une barre ! Combien est-ce que vous en avez ?"

"Deux chacun, je lui rponds, nous en avons perdu deux."

"Les deux miennes, mais j'aurais eu du mal  les rcuprer."

Je jette un oeil par la grille pour tenter de voir si le gardien ne regarde pas vers
nous, mais la voix semble libre, je rcupre une des barres que j'avais entoure
autour de ma taille et la fait passer  navila. Les cachots ne sont pas trs loigns
les uns des autres, et je peux presque attraper la main d'navila en lui passant
la barre.  ma surprise, elle se laisse effleurer la main avant de la retirer. J'aurais
aimer la prendre dans mes bras, ne serait-ce que pour avoir un contact humain, tenir
quelqu'un dans mes bras...

Je laisse navila tenter diverses expriences avec sa barre, et j'essaie, comme elle
le faisait contre la paroi, de me reposer un peu, mme si je ne suis pas extnu,
mais nous avons ramer pendant des heures sur le lac, et n'avons gure dormi depuis
notre dcision de nous rendre au village. Malheureusement je n'ai pas de combinaison
du mme type que celle d'navila, et je me rends vite  l'vidence qu'il me sera
impossible de dormir contre la paroi. Je tente alors de trouver un coin au sol un
peu surlev ou je ne trempe pas dans l'eau. Mais l'humidit et le froid me rende
le sommeil difficile. Je suis d'autant plus nerv qu'navila tape doucement quasiment
sans interruption. Je finis par me couper les conduits auditifs avec mon bracelet,
le chargeant de me rveiller en cas de bruit suspect.

Je n'aime pas trop utiliser ses astuces pour bien dormir, pas tellement qu'elles
sont mauvaises, pas autant en tout cas que les somnifres, mais j'ai toujours la
crainte de prendre le risque de rendre mon sommeil plus difficile si je perdais mon
bracelet. La dpendance  ce truc m'inquite parfois, tout  la fois j'aimerais ne
pas en avoir besoin, ou l'avoir en moi et tre sr de ne pouvoir le perdre. D'un
autre ct, le bracelet se resserre quand on l'enfile, et il faudrait sans doute
me couper le bras pour le retirer sans mon accord.

C'est la faim qui me rveille. Contrairement  Sarah et navila, je ne peux pas filtrer
l'eau qui coule, et mon bracelet m'indique tout de mme que l'eau est riche en sulfate
et qu'une consommation excessive ne serait pas recommande. Sarah en filtre alors
pour moi et me la fait passer discrtement dans une barre en forme de rcipient.
J'abuse de sa bonne volont pour boire plus qu'il ne faut.

Nous n'avons pour toilettes qu'une rigole qui rcupre les eaux ruisselantes et qui
enlve difficilement nos excrments. Je suis oblig de les pousser un peu pour ne
pas avoir  subir les odeurs rsiduelles. Mais depuis notre arrive nous n'avons
gure eu de confort, et j'utilise le moins possible la combinaison pour conserver
ses capacits de protection. Heureusement celle-ci inclus un petit gnrateur rcuprant
l'nergie de mes mouvements ; il a pour l'instant tenu le choc, malgr toutes les
dchirures afflige par les grills, et surtout le dragon qui a arrach la manche
droite, et srieusement trou le ct gauche.

Jour 400
--------



Quasiment une journe entire passe sans que nous n'aillons la moindre visite. Je
me repose comme je le peux, tente de faire un peu d'exercice pour me dgourdir les
jambes, principalement sautiller sur place ou faire des pompes et des abdos. navila
se moque de moi, disant que si elle n'avait pas son bras et sa jambe casss, elle
me battrait  plates coutures. Je veux bien la croire, surtout que ce corps n'est
pas mon initial, quoiqu'il soit quand mme pas mal en forme, surtout aprs nos trois
semaines passes ici. Trois semaines dj ! Bordel ! J'en ai plein le cul du temps
qui passe ! Si seulement on pouvait s'arrter deux secondes pour souffler un peu...

Ils nous jettent de la nourriture, avec des seaux ; leurs restes, semble-t-il, des
tripes, des os  moiti rongs, accompagns d'une bouillie empestant. Nous en avons
chacun un seau entier, mais ce sera sans doute la seule nourriture jusqu'au prochain
lever de soleil, soit neuf jours.

- Les salauds, ils pourraient nous filer une gamelle ! La prochaine fois qu'il passe
j'embroche ce salopard !

L'envole d'navila attire le garde qui vient la rprimander. Il utilise sa lance
 travers la grille pour la piquer. Ce qui n'est pas trs malin de sa part car navila
l'attrape et lui arrache des mains, le garde hurle, d'autres gardes arrivent.

"Rend-lui la lance, ne fais pas d'histoires, pas encore, tu as un bras et une jambe
casss, s'ils te tabassent ils peuvent compromettre ta gurison."

navila m'coute et rend la lance au garde, et se recule en signe de soumission.

"Salopard, je me ferai cet enfoir, je lui embrocherai le cerveau par le trou du
cul !"

Une fois navila calme et les gardes repartis, je reprends mon activit de triage,
rcuprer la nourriture et l'entreposer dans un coin  peu prs sec. La bouilli n'est
pas qualifie de trop mauvaise par le bracelet, mme si elle a un got prononc de
papier mch.

"Il vaut mieux manger la viande d'abord, c'est ce qui va se perdre le plus vite,
commente Sarah, la bouillie semble  base de plantes, de crales ou de racines,
elle devrait se conserver plus longtemps."

Nous nous efforons alors chacun de classer et protger les restes qui ont t lancs.
Je rechigne un peu  rcuprer dans l'eau cette immonde bouilli, mais je me dis que
je n'aurais peut-tre plus que a  manger dans quelques jours. Une fois mon garde-manger
constitu, je passe presque autant de temps  nettoyer le sol de ma cellule, pour
garder un minimum de propret et liminer toute les traces de nourritures que je
n'ai pas pu ou pas voulu ramasser. J'vacue le tout par la rigole, en poussant de
l'eau pour que tout soit emport.

Cette nourriture est infecte, et ma faim ne suffit pas pour me forcer  manger ces
os puants. J'en ai la nause.

"On ne tiendra jamais ici s'ils ne nous filent que a  manger."

"J'ai dj tenu quatre jours, mon pote, alors prends-en de la graine."

"Eh oh ! J'ai pas gland en quatre jours, j'ai fait que courir, je me suis fait attaquer
par ces cons de singes, alors ne la ramne pas trop."

Quatre heures s'coulent, navila marmonne de rage dans son cachot, Sarah ne dit
pas un mot, et moi je tente de m'occuper tant bien que mal, mais mis  part tenter
de dormir ou faire un peu d'exercice, je n'ai gure d'imagination. navila a tent
 plusieurs reprises de tenter d'ouvrir la serrure, avec la barre, celle-ci devrait
pouvoir prendre la forme de la cl adquate, mais apparemment le systme est un peu
compliqu, et le bruit du fer ne manque pas de faire venir siffler le garde a chaque
fois ; c'est mal barr...

"Il va falloir qu'on se casse d'ici ! nous rpte sans cesse navila,  moi je vais
devenir folle !"

"Tant qu'il fait jour c'est une mauvaise ide, et puis o irons-nous ? lui rponds
finalement Sarah."

"J'en sais rien, mais on ne va quand mme pas crever ici ?"

"Maintenant nous avons la certitude qu'ils ne veulent pas nous laisser mourir, lui
dis-je, ils nous nourrissent."

"Ils nous nourrissent tu parles ! Leur bouffe gerbante ! Leurs restes ! Qu'ils crvent
! Ah si seulement je n'avais pas mon bras et ma jambe cass, je resterai pas comme
vous  glander !"

"Ah ouais ! Et tu ferais quoi, tu dfoncerais les grilles ?"

"Dj je ne serais pas venu m'enfermer connement ici ! Ah si seulement je vous avez
laisser crever ! Au moins je me serai pas fait attaquer par ce foutu dragon, et je
serais loin alors."

"Tu serais exactement au mme point, dans ce cachot, idiote !"

"C'est a ouais ! Connard, minable !"

J'arrte l notre conversation constructive et retourne  mes occupations... 

Jour 401
--------



Dix heures passent, aucun changement, aucune visite, rien. C'est  en devenir dingue,
coincs dans nos quatre mtres carrs, dans le froid, l'humidit. navila s'nerve
un peu sur les grilles, par deux fois elle fait venir le garde qui lui siffle dessus.
Je m'inquite un peu pour Sarah, qui est entre dans un mutisme depuis notre arrive
ici. Quelque chose semble la proccuper, mais impossible de lui faire avouer quoi.

Une demi-journe plus tard, pas mieux. La viande commence  sentir vraiment pas bon,
je me force  la finir et  jeter les restes. J'accompagne le tout d'un peu de bouillie
pour faire passer, c'est vraiment infect. Il me reste  manger pour deux jours au
plus, s'ils ne passent vraiment pas avant le prochain lever de soleil, a va tre
dur.

Jour 402
--------



- Il va falloir qu'il se passe quelque chose ! Hurle navila en tapant sur les grilles.
Bordel !

Aucun raction des gardes, ils ne sont peut-tre mme pas l. J'aurais prfr 
la limite qu'ils viennent lui faire comprendre qu'elle doit se calmer tout de suite,
parce qu'elle a continu  beugler pendant bien une heure, et finalement deux gardes
sont arrivs avec chacun un seau. J'ai dout qu'ils allaient encore nous donner 
manger, quoi qu'ils auraient pu croire qu'elle criait parce qu'elle avait faim, mais
la ralit est beaucoup moins apprciable, leurs seaux contenaient des btes, des
insectes, qu'ils lui ont lanc au visage. Des saloperies de petits insectes piquants,
qui se sont ensuite rpandu partout, nous obligeant pendant tout le reste de la journe
 les tu le plus rapidement possible, ces fichus bestioles se ruant sur notre nourriture.
En plus leur piqre est extrmement douloureuse, et dmange dix fois plus que celle
de moustiques.

"Bien vu navila ! Bien vue ! lui martle Sarah pendant presque tout le temps que
nous passons  tenter d'radiquer les insectes."

navila s'est fait normment piquer au visage, en plus ces insectes, tout petits
se sont logs en masse dans ses cheveux.  l'entendre hurler j'ai cru qu'elle allait
faire une crise cardiaque.

J'avoue que cette exprience nous a sacrment dmoraliser.  la fin de la journe,
compltement lessiv, j'ai peine  continuer  tuer les insectes qui restent, et
ds que je m'endors je me fais rveiller presque aussitt par un nouveau qui me pique,
ou les dmangeaisons insoutenables procures.

Jour 405
--------



Nous maudirons navila pendant les deux jours qui suivent. Impossible de dormir,
impossible de faire abstraction des ces immondes minuscule calamits. Les dmangeaisons
vont en s'amplifiant, seule solution, couper le sens du toucher avec le bracelet,
mais c'est trs dangereux de dormir ainsi, on peut en effet facilement se mordre
la langue ou se tordre compltement un bras sans mme s'en apercevoir. Au dbut nous
rprimandions navila, un peu avec de l'humour, dsormais je crois que moi comme
Sarah la hassons doucement, mme si nous savons qu'elle n'est pas vraiment responsable,
mme si nous savons qu'ils ont fait a juste pour nous diviser, pour nous empcher
de recommencer, il n'empche que nous l'avions quand mme prvenue de rester calme,
de ne pas s'nerver. Il faut toujours qu'elle pte un cable, qu'elle se rebelle,
elle ne pourrait pas une fois dans sa vie tenter de prendre un peu sur elle et de
ne pas tout faire subir aux autres ?

Six jours que nous sommes enferms dans ces maudits cachots. Il doit faire nuit de
nouveau. Ce pourrait tre le bon moment pour tenter de nous chapper, mais nous sommes
tout trois  bout de force. Je passe mes journes assis dans un coin, je me lve
de temps en temps pour marcher, mais les dplacement me donnent l'irrsistible envie
de me gratter, mon bras droit est en feu, j'ai eu le malheur de dormir deux heures
en coupant les sensations, je me suis rveill couvert de piqres sur mon bras droit.
Le pire c'est qu'une seule de ses btes peut piquer dix fois d'affiler 

Jour 406
--------



Nous ne nous sommes pas dit un mot de la dernire journe, je n'ai plus rien  manger
depuis hier, je meurs de faim. Mon bracelet estime mon poids  cinquante neuf et
demi, c'est trois ou quatre kilos de moins que mon poids normal. Ce n'est pas encore
inquitant mais c'est sans doute le poids le plus bas que j'ai connu. J'ai froid.
Je me force  boire abondamment, je n'attends plus dsormais que Sarah me filtre
de l'eau, je bois directement l'eau ruisselante, elle n'est pas si mauvaise, en tout
cas pas pire que les immondices que j'ai mangs ces derniers jours.

Jour 407
--------



Plus qu'un jour avant le lever du soleil, normalement nous devrions avoir de quoi
manger dans deux jours maximum. C'est long, je meurs de faim. J'ai encore perdu un
kilo. navila n'a pas dit un mot, j'ai parl un peu avec Sarah, elle va assez bien,
elle tait un peu plus loigne du cachot d'navila, elle a moins eu  subir les
insectes, enfin un tout petit peu moins, ces saloperies s'infiltrent de partout.
J'en tue encore plusieurs dizaines par jour. Je commence  avoir vraiment froid,
je demanderai bien  Sarah de me prter un peu sa combinaison, parce que je suis
vraiment mal en point, j'ai l'impression que je suis en train de tomber malade.

Jour 408
--------



Il doit faire jour maintenant, mince ! Pourquoi n'avons-nous toujours pas  manger
! Sarah crie  plusieurs reprise "manger"  la grille, mais personne ne rpond. 
chaque fois je frissonne de voir revenir les gardes avec des seaux d'insectes. Je
crie aprs Sarah de risquer de les provoquer, je crie aprs navila de l'avoir dj
fait, navila nous crie maintenant en permanence dessus d'tre revenue ici, de ne
pas tre reste dehors pour la dlivrer, Sarah refuse de me prter sa combinaison
ne serait-ce que quelques heures, a me met hors de moi, je me retiens d'hurler 
cette chienne que je suis quand mme aller la chercher pendant des jours, que j'ai
bien failli me faire bouffer par des grills gants et par des singes  la con pour
elle.

Elle s'en fout ! Elle s'en fout royalement ! J'aurais mieux fait de la laisser crever,
j'aurais mieux fait de rester avec navila ! Ou tout seul, j'aurais mieux fait de
me barrer aprs qu'navila se soit fait prendre, je serais peinard maintenant ! Quel
con !

Jour 409
--------



 manger ! Enfin ! Je me jette sur la nourriture, mais quelques bouches suffisent
 me donner mal au ventre. Mon estomac s'est sans doute bien rtrcie. Je fais une
pause, bois un peu et je me charge alors de rcuprer toute la nourriture lance,
un plein saut, toujours cette bouillie accompagnant des restes de viande. Je suis
moins difficile que la premire fois, et je mange avec apptit les tripes et la moelle
des os.

Une fois repus, je prends enfin le temps de rflchir un peu.

"Ils ne nous donnent bien  manger qu'une fois pour leur journe, tous les neuf jours,
a va tre dur."

"Il faut absolument que nous partions la prochaine nuit, tente de nous convaincre
navila, nous ne tiendrons jamais ici."

"On peut difficilement faire quoi que ce soit tant que tu ne seras pas correctement
rtablie, lui fait remarquer Sarah."

"Je suis quasiment rtabli, a fait quand mme plus d'un petit que c'est arriv !
Je n'ai pratiquement plus mal !"

"Il faut souvent trois petits pour une bonne solidification des os, et cela dans
les meilleurs conditions, ce n'est pas le cas ici. La douleur diminue quand l'os
commence  se resolidifier, pas quand tu es gurie. Si tu veux retrouver des os solide,
il faut que tu te tienne tranquille encore au moins deux petits."

"Deux petits ! T'es barge, je serais morte de folie d'ici l ! Et puis la combi fait
office de maintient, je n'ai pas de tension sur mes membres touchs, on peut considrer
qu'ils se rparent dans de bonnes conditions."

"Ton bracelet te dit que c'est OK ? lui demande Sarah d'un ton ironique."

"Non OK il dit que ce n'est pas encore bon, mais merde, on va pas rester ici encore
deux petits, on sera mort de faim d'ici l, on aura plus de force, on n'aura mme
pas la volont de tenter de s'vader ! C'est maintenant ou jamais."

"Pas maintenant, l la prochaine nuit, fais-je remarquer  navila."

"Oui  la prochaine nuit, c'est bon, me prends pas pour une conne."

Deux petits, un mois ! Je suis un peu de l'avis d'navila qu'il nous faudrait partir
avant, on sera dessch d'ici l. Mais si navila n'est pas gurie, si elle ne peux
pas courir, nous ne serons pas plus avancer.

"Peut-tre qu'on devrait partir de jour, aprs tout ils s'attendent srement a ce
qu'on tente de nous enfuir la nuit."

"Tu crois qu'ils savent que nous sommes capable de deviner s'il fait jour ou pas
? demande Sarah."

"S'ils nous donnent  manger un peu aprs le lever du jour, c'est pas trop dur, lui
fait remarquer froidement navila."

"C'est bizarre qu'ils ne soient mme pas venus nous voir, quand mme."

"Peut-tre qu'ils ont autre chose  faire, peut-tre qu'ils nous prennent pour de
simple hommes du coin, et qu'ils se moquent pas mal de nous."

"La question qu'ils me posaient, je crois, explique navila, au dbut, juste aprs
m'tre fait captur, devait tre si je connaissais Sarah. J'ai repass plusieurs
fois ensuite le texte, surtout aprs mon entretien avec l'interprte, et a devait
tre un truc du genre  Connaissez-vous la fille blanche des montagnes capture prs
du fleuve , ou  trouve aprs l'inondation ."

"Donc si a se trouve, dis-je, ils voulaient simplement s'assurer que nous tions
tous les trois ensemble, ou au moins toi et Sarah."

"Mais  quoi a peut bien les avancer ? demande Sarah dubitative, ils devraient plutt
chercher  savoir ce que nous faisions, ce que nous voulions, si c'est nous qui avons
fait exploser le barrage, ils ont du entendre l'explosion d'ici."

"Clair qu'ils ont d l'entendre ces enfoirs, si seulement ils avaient t plus prts,
ils se seraient pris la vague en pleine gueule, a les aurait calmer."

"a ne nous avance pas beaucoup sur ce que nous devons faire et ce qu'ils veulent,
soupire Sarah"

Jour 410
--------



Nous n'aurons pas beaucoup plus d'ides et retournerons rapidement  notre repas
en cours. Aprs avoir manger plus qu'il ne faut, je me jure d'tre plus conome 
l'avenir et de tenter de garder de quoi manger pour les huit jours qui vont suivre.
Mais le petit tas de nourriture que j'ai constitu ne doit pas faire plus de quatre
kilos, c'est bien insuffisant pour neuf jours entiers...

Je m'enfonce ensuite dans un profond somme, n'ayant pas encore compltement rcuprer
de cette calamit d'insectes.

Jour 411
--------



Jour 412
--------



Jour 413
--------



Gure de progrs dans les trois jours qui suivent. Je russi  conserver presque
la moiti de ma nourriture, pas sans d'incommensurables efforts pour me retenir de
tout engloutir. Au dbut, je mangeais une petite bouche toutes les heures, mais
c'est le meilleur moyen de conserver son apptit ouvert en permanence. Maintenant
je mange une bonne ration, mais une fois par jour seulement, et c'est bien plus facile
 soutenir, mme si la sensation de faim reste pratiquement permanente.

Des hommes-oiseaux ! Ils arrivent avec des seaux ? De la nourriture, encore ? C'est
inespr ! Noooon ! Des insectes ! Les hommes-oiseaux lancent directement dans l'alle
leur deux seaux, remplis de poissons morts infests de ses insectes de mort !

Vite ! La nourriture ! Je me jette dessus, mange tout ce que je peux avant que les
insectes ne viennent ne le contaminer. Ces petites saloperies de volent pas mais
elles sautillent et en quelques minutes elles ont envahi tous nos cachots !

- Les rats ! Les chiens !

Je hurle en Franais, navila et Sarah hurlent aussi, les traitant de tous les noms.
Mais cela ne fait que leur donner prtexte dix minutes plus tard pour relancer de
nouveau un saut de cette calamit ! Arg, si je les avais sous la mains, les pourritures
! C'est donc a, ils nous envoient ces merdes pour nous empcher de comploter, pour
nous empcher de dormir, pour nous rendre fous ! Je les hais !

"Il faut qu'on se barre d'ici ! Il faut qu'on se barre d'ici ! La prochaine nuit
je m'en fous je me casse, vous fates comme vous voulez, nous prviens navila."

"Oui mais comment nous enfuir, comment sortir des cellules, ils ne les ouvrent jamais,
ils ne viennent presque jamais."

"Je m'en tape le prochain qui passe je le bute, je cherche mme pas a comprendre,
je le dfonce direct, il paiera pour les autres s'il le faut."

Nous n'avons mme pas le temps de raisonner navila, elle se met a hurler sur le
champ en s'agrippant au grilles. Assez rapidement deux gardes s'approchent et lui
sifflent dessus, ni de une ni de deux elle frappe  travers la grille avec l'pe
qu'elle avait prpare et fend le crne du premier. Le second se recule immdiatement,
apeur, puis s'enfuit.

- Il va avertir les autres vite, regarde s'il a des cls !

navila attrape le garde mort par le pied et le tire vers elle, il gmit.

- Merde, ce con n'est pas mort.

- Achve-le, lui recommande Sarah.

- Non ! Demande lui les cls s'il ne les a pas ! lui crie-je avant qu'elle n'ai l'ide
de le transpercer avec son pe.

- Il n'a pas de cl, bordel !

navila le retourne et l'attrape par le col.

- Les cls ! Les cls !

Elle le secoue mais il est trop amoch, il ne doit rien entendre.

- Cls !!!!!

navila hurle a m'en crever les tympans, mais rien n'y fait. Quelques secondes plus
tard toute la cavalerie arrive.

- Sortez vos pes, prviens navila, on se barre !

Je me prpare, ils vont en effet tenter d'ouvrir les cellules, c'est notre chance.

"Nous n'avons aucune chance, il nous faut remonter je ne sais pas combien de niveaux,
nous sommes fichus, dsesprent Sarah."

"On est fichu de toute faon, maintenant, fait remarquer navila."

"Mais comment faire, ils ne vont jamais ouvrir les trois cellules en mme temps !"

En effet les hommes ouvrent la cellule d'navila, ils sont un peu moins d'une dizaine,
de toute faon on ne rentre pas plus dans le petit couloir. Ils se postent avec leur
lance et leurs pes, navila n'en a que fi, elle leur fonce dessus comme une furie.
Elle en fauche deux qui ne s'attendait pas  la voir sortir contre eux. Les autres
tente de l'embrocher avec leur lance, mais la combinaison de protection d'navila
est solide, elle a d la passer en mode armure. Ils ne la contiennent pas, c'est
impressionnant, elle hurle en les repoussants comme un bulldozer, ils ne peuvent
rien faire, elle est trop puissante pour eux, il faut dire qu'elle fait dj bien
une fois et demi leur taille.

Une fois ceux-ci repousser jusqu' l'entre, navila hurle.

- Les cls !

Et elle les lance dans le couloir, j'ai un peu du mal mais grce a ma barre je parviens
a les rcuprer, leurs cls sont bizarrement foutu, il faut l'enficher dans une encoche,
et ensuite pousser un verrou qui devient mobile et permet d'ouvrir la porte.

Ma porte ouverte, j'ouvre sans attendre la porte de Sarah puis je me jette avec navila
contre les hommes-oiseaux,  nous deux dans les petits couloirs, avec nos pes,
ils ne nous contiennent pas. J'ai plus de mal toutefois car ma combinaison ne me
protge pas suffisamment.

- Nous n'arriverons pas a remonter jusque l haut !

- Sarah, crie navila, descend pour voir s'il n'y aurait pas une issu par le sous-sol
!

- C'est impossible, crie-je, nous sommes bien trop profond !

- On n'arrivera pas a remonter jusqu' la surface, ils sont bien trop nombreux, il
nous faut un autre moyen !

- Autant nous rendre avant qu'ils nous embrochent !

- Impossible, maintenant ils nous retirerait nos combinaisons et nos armes, nous
ne pouvons pas reculer !

Sarah revient dix minutes plus tard, nous avons avec navila presque remont d'un
tage, j'en peux plus, on ne tiendra jamais !

- Il n'y a rien, confirme Sarah, il y a bien un lac souterrain, mais il ne semble
pas y avoir d'issu, de toute faon comme nous sommes largement en dessous du niveau
du lac, s'il y avait une issu nous serions submerg ici.

- Il nous faut remonter alors, pas le choix !

- Sarah, file moi ta seconde barre, lui crie-je, j'ai besoin d'un bouclier !

Sarah me file sa barre que je transforme en bouclier. Je martle tant que je peux,
mais ils se relaient rapidement, et nous avons beau les repousser encore un peu,
leur pression augmente, et je vois mal une chappatoire.

Sarah me remplace un moment, je n'en peux plus, et les couloirs sont trop troits
pour tre  trois de front. navila se bats encore avec l'acharnement qui la caractrise,
ses coups d'pe font des carnages. Nous marchons sur les corps des hommes-oiseaux
tombs, plusieurs dizaines dj. Je suis bless  mon bras dnud, je saigne abondamment.

Mais soudain les hommes-oiseaux se retirent, ils battent rapidement en retraite,
nous leur courrons aprs  toute vitesse, pour remonter  la surface le plus vite
possible, les derniers marchent a reculons, ils gardent leurs lancent pointes vers
nous.

Bien sr, c'est un traquenard,  l'arrive en haut des marches, nous sommes dans
une salle o se trouve cinq gros lzards semblent-ils pas super amical.  notre arrive
les hommes-oiseaux, qui sont monts aux murs, ils sont agiles ces bougres, lchent
les lzards de combat contre nous. Ces lzards font bien la taille d'un lion.

"Utilisez vos bracelet, c'est notre chance !"

"Bien sr, les bracelets marchent sur ce type de bestioles."

navila fonce, je lui embote le pas, nous lanons tous les trois des dcharges sur
les lzards, je parviens difficilement  en tourdir un, mais les combi de combats
de Sarah et d'navila n'ont aucun mal  mettre au tapis les cinq autres. Nous nous
ruons vers la sortie, navila dfonce deux ou trois portes avec rage, celles-ci volent
en clat, c'est impressionnant. Les hommes-oiseaux sont surpris, quatres des six
lzards de combat se relvent et nous partent aprs, mais nous fuyons dj, les quelques
gardes sur notre passage ne font pas le poids, surtout que les lzards ont l'air
plutt incontrlable et dfonce tout sur leur passage aussi, faisant fuir les hommes-oiseaux.

Nous nous retrouvons dehors en quelques secondes, courant tout droit, entre les maisonnette,
en direction du port.

"Qu'est-ce qu'on fait ?"

"L'eau ! On plonge dans l'eau !"

Nous n'avons de toute faon gure le choix, les remparts sont infranchissable, et
passer dans leur tunnel d'accs serait suicidaire, nous plongeons alors sans hsiter
dans les eaux du port, nageant rapidement vers la sortie. Il fait nuit, comme nous
nous y attendions. Le port est ouvert, et les hommes-oiseaux n'ont pas le temps de
refermer les portes avant notre passage. Ils nous lancent des flches, navila et
Sarah ne craigne pas grand chose, mais j'en reois une dans le mollet. navila le
voix et me tire  cot d'elle, pour me protger, mais rapidement les flches cessent,
et nous nageons vers l'extrmit du lac, toute proche, et la continuit du fleuve.

"Il nous faut regagner les berges ! nous hurle virtuellement navila, ils sont en
train de sortir un bteau pour nous poursuivre !"

"Ils sortent aussi sur la rive  gauche ! nous dit Sarah, il faut aller de l'autre
ct !"

"On est foutu ! dis-je, j'arrive  peine  avancer avec cette satane flche, ils
vont traverser le pont avant mme qu'on arrive de l'autre ct, et si on reste dans
l'eau, leur bateau va nous rattraper, ou du pont ils vont nous arroser de flches
!"

"Coupe tes sens pour la flche, on rglera a plus tard, me dit navila, on va faire
de l'apne, utilisez vos barres comme des palmes !"

J'aimerais bien me virer cette flche, bon sang !

"File-nous tes barres, on ira plus vite que toi, on poussera avec nos jambes, nage
avec les bras toi."

Sarah et navila prennent mes barres et se les matrialisent en forme de palme. Elles
s'accrochent  moi, un, deux, trois, on plonge !

Nous descendons de plusieurs mtres sous l'eau, nos bracelet coupe nos respiration,
j'ai gard mes sens, tant pis pour ma jambe. Je nage la brasse avec mes bras du plus
fort que je peux, Sarah et navila me tiennent chacune d'un bras et nage avec l'autre,
elles poussent aussi fort avec leur palme. Aprs quelques mouvements nous sommes
synchronis et nous passons rapidement sous le pont ; c'est la nuit, ils ne doivent
pas voir grand chose, quoi que je ne connaisse rien de leur vision, mais en tout
cas ils ne semblent pas avoir tir de flches.

"Ils ne doivent pas savoir o nous sommes, leur fais-je remarquer, utilisons les
barres comme des tubas, ils ne les verront peut-tre pas, nous pouvons avancer plus
longtemps avec."

"Bonne ide, me syme navila, tiens, prends la barre de ma jambe casse, de toute
faon j'ai moins de puissance avec, vide l !"

Je me dis que je ne serai pas arriver  la vider de son eau, alors j'utilise le pouvoir
de transformation de la barre pour l'allonger jusqu' la surface, en forme de barre
simple, puis pour faire apparatre  partir d'en haut un tunnel central, dj vide
d'eau.

Je respire un grand coup puis bouche le bout avec la barre, et la passe  Sarah.

"J'ai bouch le bout avec la barre, dmatrialise le bouchon pour respirer."

Nous devons nous passer la barre assez rapidement au dbut, pour retrouver notre
souffle, mais aprs quelques tours, nous nous passons la barre toutes les deux ou
trois respirations, et nous continuons  avancer.

"Le bracelet ne semble plus dtecter de prsence proche, nous pouvons peut-tre remonter
 la surface, y caille ici."

"C'est vrai que tu n'as pas de combi, fais remarquer Sarah."

"Oui mais a serait vraiment bte de se faire remarquer maintenant, nageons encore
un peu, au moins ont sera tranquille."

Je suis congel, au moins a m'vite de penser  ma blessure. Je pers du sang, mon
bracelet m'indique une estimation de perte de l'ordre d'un peu moins d'un litre,
c'est deux fois plus qu'un don du sang, OK un demi-litre c'tait de la gnognotte,
mais un litre, c'est chaud, toutefois l'hmorragie semble contenue par le froid,
c'est dj a.

Finalement aprs vingt minutes je ne tiens plus, je leur demande de nouveau.

"Je suis glac, j'ai perdu un litre de sang (deux pierres et demi), est-ce qu'on
peut pas remonter, je vais perdre connaissance dans pas longtemps sinon, je suis
dsol..."

"OK on va sur la rive, de toute faon ils ne sont plus dans le coin, peut-tre qu'ils
nous observe, mais avec la nuit et si on est discret, on devrait pouvoir rester tranquille."

Nous remontons prudemment vers la surface en allant vers la rive, nous tentons de
ne pas faire trop de vague. La rive est constitue d'une large bande herbeuse, sans
doute balaye souvent par les crues, puis la fort dbute. De l'autre ct les champs
cultivs ont sans doute remplac la fort, il y a encore toutefois quelques haies.
Deux grosses lunes et une petites clairent significativement la nuit. Nos bracelets
en mode nuit nous permettent de voir presque comme en plein jour. Nous avanons 
quatre pattes pour nous mettre  couvert de la fort, une fois l je m'effondre,
puis, j'attendais ce moment depuis trop longtemps.

"Il faut que je te vire ta flche, me prviens navila, prpare toi."

"Deux secondes, deux secondes, laisse moi souffler."

"Non il faut le faire vite, tes vaisseaux sont contracter, a limitera l'hmorragie.
Coupe ton toucher si tu as peur de trop tringler."

"OK, OK."

Je me retourne pour laisser navila voir la flche, elle s'est plante en plein milieu
de mon mollet ! Elle va faire un carnage en tirant a. Je n'ai mme pas envie de
tester sans couper la douleur, et je m'enfonce dans un monde fade pendant les vingts
minutes qu'il faut  navila pour retirer cette maudite flche.

"Il faudrait que nous te prtions une de nos combinaison, pour que ta blessure soit
dsinfecte et gurisse plus vite. Mon bras et ma jambe ne sont pas encore guris,
Sarah, toi tu n'as rien, tu pourrais lui prter la tienne."

"Non, lui rponds schement Sarah."

"Comment a non, il est blesser, moi aussi, toi toutes tes blessures sont guries,
tu peux lui prter quelques jours !"

"Non je ne prte pas ma combi, prte-lui la tienne si tu veux."

"Putain mais pourquoi tu veux pas lui la passer ? Il m'a bien passer la sienne, lui."

"Et ben t'as qu' lui la rendre, je ne lui file pas ma combi, c'est tout, pas besoin
de discuter."

navila se lve, nerve, elle commence  parler tout haut.

- Quoi mais tu dlires, c'est quoi cette merde, pourquoi tu veux pas lui filer ?

"Parle pas tout haut tu vas nous faire reprer, lui dit simplement Sarah."

- Petite ptasse, qu'est-ce que tu veux que a me foute qu'il te repre, aprs tout
ce que j'ai fait pour toi, et lui aussi, j'aurais d te laisser te faire bouffer
par les grills, tiens, salope. File-lui ta combi !

Sarah ne rpond mme pas et s'loigne. navila commence  la suivre, je la retiens.

"Attends, laisse."

"Mais non ! Pourquoi elle te filerait pas sa combi ! C'est pas normal !"

"Il y a peut-tre quelque chose qu'elle ne veut pas nous dire, peut-tre qu'elle
a trop froid, peut-tre qu'elle a peur, je sais pas..."

"Et toi ? T'as pas froid et peur, peut-tre, t'as perdu un max de sang, t'es glac.
Il faut dsinfect ta blessure !"

"Oui, mais je ne pense pas qu'elle refuse de me donner sa combi uniquement par gosme,
il doit y avoir un truc dont elle ne veut pas nous parler, attendons un peu, peut-tre
qu'elle nous le dira."

"Mouais, n'empche que a nous met dans la merde, si je te file pas ma combi, maintenant,
a risque d'tre chaud pour toi, et si on nous attaque sur a, je ne pourrai pas
faire grand chose."

"Ma combi a dj d empcher que la blessure s'infecte, elle devrait me protger."

"Rien n'est moins sr, en plus on ne sait pas si leur flche n'tait pas empoisonne,
il faut dsinfecter rapidement, au plus on attend au plus on prend des risques. Bon
tant pis je te prte ma combi, dshabille toi."

"De toute faon il me faut faire une pause avant de repartir, il me faut boire aussi."

"Tu n'as pas bu dans le fleuve ?"

"Un peu mais j'aurais prfrer boire de l'eau pure, comme je suis bless."

"Bon enlve ta combi, pendant ce temps je vais aller te chercher un bocal d'eau avec
une barre, ensuite je te prterai la mienne, et on tentera d'avancer un peu, j'ai
peur qu'il y ait une quipe d'hommes-oiseaux qui n'approche."

"OK"

Je retire tant bien que mal ma combinaison, navila va discrtement vers le fleuve.
Je bois presqu'un litre d'eau, puis elle m'aide  mettre sa combinaison, navila
en profite au passage pour observer ma blessure, elle est moins pire que ce qu'elle
pensait. Je n'ai toujours pas rtabli mon toucher, mais une fois la combinaison protectrice
d'navila enfile, je bois encore un peu, puis je ractive mes sensations, et navila
me bloque au sol un moment, bon sang ! a fait super mal ! J'ai l'impression qu'on
m'arrache la jambe ! Putain pourquoi je l'ai laisser faire a ! J'aurais d garder
cette flche ! Merde !

Mais je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur mon sort, des signaux indiquant l'approche
d'homme-oiseaux nous obligent  lever le camp. La combinaison inclut une quantit
limit d'une sorte de liquide dsinfectant qui permet aussi de faire ressortir toutes
les impurets, c'est comme un gel qui entre dans la plaie puis ressort en tirant
avec lui tout ce qui reste coll ou dilu. C'est autant douloureux qu'efficace. navila
m'aide  marcher pendant quelques minutes, puis je tente de me dbrouiller tout seul
avec une barre. Nous nous enfonons dans la fort, notre seule chance d'chapper
aux hommes-oiseaux, nous prvenons Sarah, deux cents mtres plus loin, que nous bougeons.

Sarah nous retrouve, je dissuade navila de lui faire encore des reproche et, nous
restons cacher dans un fourr, au milieu de petits arbres-herbes. Nous utilisons
ma combinaison et celle de Sarah en mode camlon quand les hommes-oiseaux passent
 proximit, en esprant que leur odorat ne nous perdra pas, mais il fait nuit noire
dans les sous-bois, et le plus proche ne passe qu' une dizaine de mtres de notre
cachette. Cela me donne au moins la satisfaction de me serrer contre navila, pour
la cacher, elle serait trop visible avec ma combinaison, mme si elle n'est plus
trop blanche dsormais. Je m'endors d'ailleurs rapidement en la tenant dans mes bras,
mais elle y reste, elle n'a peut-tre pas trs chaud non plus.

Je dors presque sept heures avant qu'navila ne me rveille, pour repartir. Nous
ne pouvons pas rester trop longtemps dans le coin, ils finirait par nous trouver.
Ma blessure est moins douloureuse, mais navila refuse que je lui rendre la combinaison,
prtextant que sa jambe est en fait totalement gurie, au moins pour pouvoir marcher
sans difficult. Nous avanons dans la fort pendant quelques heures, mais nous sommes
trop faible pour continuer, nous dcidons alors de manger un peu avant de reprendre
la route. Sarah n'a pas dit un mot depuis l'pisode de la combinaison, mais elle
se charge d'aller chasser. Elle nous ramne des petits oiseaux-lzards, comme nous
en avons dj manger beaucoup, et dont nous savons que la chair crue n'est pas si
mauvaise.

Elle retournera en chasser quelques nouveaux aprs que les premiers nous ai mis en
apptit, et nous n'avons presque rien manger depuis presque dix jours. Aprs un somme
d'une heure ou deux, nous mangeons de nouveau un peu puis nous repartons, inquiets
de rester dans les alentours du village. Le jour se lvera dans trois ou quatre jours,
mais nous n'en discutons presque pas, tant ce sujet est dj polmique, et tant sommes-nous
dnus d'ides quant  ce que nous pourrons faire une fois que le danger des grills
redeviendra rel.

Aprs deux heures de marche dans la fort, et sans signe d'tre poursuivi, nous sortons
et marchons  la lisire, ce qui nous permet d'avancer beaucoup plus vite, mme si
je trane la patte. Je suis oblig de faire des pauses rgulirement, ma jambe me
fait vraiment souffrir.

Par deux fois nous seront obligs de nous tapir dans la fort, pour laisser passer
un bateau sur le fleuve, mais ceux-ci ne nous chercher vraisemblablement pas, ils
taient plutt destins au transport de marchandise, l'un remontait vers le village,
l'autre en venait. Sans doute y a-t-il plus en aval sur le fleuve d'autres villages
avec lesquels ils commercent. Nous serions tent de faire un radeau, pour pouvoir
nous laisser aller au gr du fleuve, mais nous avons un peu peur de nous faire reprer
trop facilement ainsi. Je serai pourtant mille fois favorable  cette option, tant
ma jambe est douloureuse.

La construction d'un radeau nous prendrait toutefois pas loin d'une journe, et si
les cachots du village nous taient devenus insoutenable, face au danger des grills
et du jour qui approche, les choses sont plus relatives, il nous faut trouver une
cachette efficace dans les trois jours qui viennent.

Jour 414
--------



Aprs six bonnes nouvelles heures de marche, nous prenons le temps de nous loign
suffisamment du fleuve et prenons le risque de faire un feu, quitte  signaler notre
prsence aux bateaux qui passent. Mais nous sommes trop dsireux de manger enfin
un peu de viande chaude pour ne pas courir ce danger. Le repas chaud et le sommeil
sous la chaleur des flammes me font le plus grand bien. Je dors encore bien plus
que Sarah et navila, et elles me rveillent deux heures aprs s'tre elles-mmes
leves. Je suis gt et j'ai droit  un petit djeuner tout prparer.

- C'est cool, je devrais me faire tirer des flches plus souvent.

- Ne t'y habitue pas trop, dit ironiquement Sarah.

C'est pratiquement la premire fois qu'elle nous adresse la parole depuis l'pisode
de la combi. navila se retient de l'envoyer balader ; je voulais demander  navila
si elle dsirait reprendre la combinaison, mais je prfre attendre un peu avant
de revenir sur ce sujet.

- Bah, je sais que a ne durera pas...

- Comment va ta blessure ? me demande navila.

- Mieux, c'est peut-tre parce que j'ai dormi, mais j'ai beaucoup moins mal.

- Tu devrais y jeter un oeil, me conseille navila, tant que nous sommes l et que
nous avons du feu, on pourra la redsinfecter s'il le faut.

Je retire ma combinaison et je laisse navila regarder ma jambe, je n'arrive pas
 me contorsionner suffisamment pour bien voir.

- Non c'est bon, il n'y a pas l'air d'y avoir de pue, la cicatrisation  commencer,
encore quelques jours et ce sera sans danger.

- Tu veux que je te refile la combi, maintenant je ne dois plus en avoir besoin.

- Non garde l encore quelques jours, mon bras et ma jambe sont presque guris.

- Tu n'a pas mal ?

- Si, marchait est trs douloureux, mais ce ne doit pas tre pire que toi, et puis
je m'aide de la barre.

navila utilise les deux barres pour se faire une canne et une sorte d'atle au mollet,
de faon  ne pas trop s'appuyer sur sa jambe casser. Elle bote quand mme pas mal.

Sarah ne dit rien, navila lui lance un regard noir de remontrance, c'est vrai qu'elle
pourrait au moins nous expliquer pourquoi elle ne veut pas nous donner sa combinaison.

Nous levons le camp une heure plus tard, et nous nous redirigeons vers le fleuve,
en faisant attention  la lisire de la fort de vrifier qu'il n'y a aucun bateau
en approche. Nous marchons silencieusement pendant presque huit heures. Ma jambe
me fait moins mal, mais j'avance encore doucement, sans toutefois trop pnaliser
le groupe car navila n'avance pas beaucoup plus vite avec sa jambe cass. Je ne
pense pas que nous marchons  plus de trois kilomtres par heures, toutefois nous
sommes sans doute dsormais  plus de cinquante kilomtres du village.

Jour 415
--------



Jour 416
--------



Le passage de bateaux nous donne l'occasion de faire des pauses, souvent nous attendons
simplement une demi-heure aprs leur passage pour avancer un peu dans la fort, et
faire un feu. Presque deux jours passent ainsi, sans grand changement. Ma blessure
va beaucoup mieux, et nous n'avons pas eu de problme autre que quelques animaux
sauvages un peu tmraire, mais un bon coup d'pe leur faisait rapidement entendre
raison.

Nous avons beaucoup manger depuis le dpart du village, et nous avons largement rattrap
de notre dite force. L'arrive du jour se fait plus pressente, nous ne voyons pas
encore de lueur  l'horizon, mais d'ici  une journe le soleil devrait se lever.
Les abords du fleuve n'offrent gure d'endroits o se cacher, la solution la plus
satisfaisante  nos yeux serait de construire un radeau, le fleuve est immense 
notre niveau, sans doute plusieurs centaines de mtres de large, nous devrions tre
 peu prs en scurit au centre des eaux.

C'est cette solution qui a notre prfrence, et nous passons presque dix heures 
rechercher tout le bois mort et sec des environ. Un grand feu nous permet de faire
scher des branches trop humides, et grce aux barres nous accrochons deux gros rondins
bien secs, et ensuite un tapis de branche lgres poss sur les barres permettent
de constituer un plancher. Il nous faut bien sr quelques essais infructueux avant
d'avoir un embarcation ou nous sommes assis au sec, mais le rsultat n'est pas si
mal.

Nous devons finalement nous tenir assis avec les pieds dans l'eau, notre poids complet
faisant trop s'enfoncer les rondins pour avoir vritablement une surface hors de
l'eau. Nous nous sommes confectionner de mme quatre rames, qui nous permette de
diriger tant que faire se peut notre petite embarcation. Le courant du fleuve est
cependant correct, et nous avanons sans doute une fois et demi  deux fois plus
vite que si nous marchions. Nous avons quelques rserves de nourriture, nous laissant
l'espoir de pouvoir avancer tranquillement pendant plusieurs heures.

Nous croisons deux bateaux, mais les bracelets les dtectant bien en avance, nous
avons le temps de nous chouer sur la rive et de faire les morts, la rive tant dsormais
suffisamment fournis en arbustes et bois morts pour que nous passions inaperus.

Jour 417
--------



C'est aux premires lueurs du jour que nous apercevons un nouveau village, beaucoup
plus grand que le prcdent. Nous nous plaons le plus loin possible vers l'autre
rive, et nous restons dans les eaux du fleuves le temps de notre passage  proximit
du village. Il possde un port, comme l'autre, et de nombreux bateaux y mouillent.
Il y a encore beaucoup d'activit tout autour du village, qui ressemble plus  une
petite ville.

Ce village plus grand laisse  penser que nous nous dirigeons vers une zone plus
habites, peut-tre aussi moins soumise au pril des grills. Mais qu'allons nous
faire plus en aval ? Et qu'allons-nous trouver ? Nous nous accordons sur l'importance
de trouver la trace des hommes que ces hommes-oiseaux semblent avoir ctoyer, mais
comment pourrons-nous les rejoindre ? L'idal serait que nous parvenions  communiquer
avec certains hommes-oiseaux non hostiles, et qu'ils nous expliquent comment contacter
nos semblables. Malheureusement ils ne semblent pas des plus amicaux envers nous.
Nous allons peut-tre devoir capturer un de ces hommes-oiseaux et le faire parler,
mais il nous faudrait trouver un interprte, ou nous ne tirerons jamais rien d'intelligible.

Deux heures aprs le passage du village, nous faisons une pause pour faire des rserve
de nourriture en prvision des quatre jours de soleil qui arrivent. Notre chasse
n'est malheureusement pas trs fructueuse,  croire que les animaux se sont dj
tous terr dans l'attente de la nuit, ce qui est de la plus mauvaise augure pour
nous.

- Vous pensez vraiment qu'on sera tranquille au milieu du fleuve, dis-je pas trs
rassur  l'ide d'une attaque de grills.

- T'as une meilleure ide ?

- Pas vraiment mais l'eau ne les a jamais arrt.

- Oui mais ils ne savent pas nager, et le fleuve est vachement large.

- On pourrait tenter de se cacher dans le village, nous coupe Sarah, il semblait
y avoir plein d'habitation autour, et il tait moins fortifi que le premier.

- C'est vrai qu'entre la peste et le cholra, je choisis encore de retourner au village.

- C'est pas forcment une bonne ide, les gens du village ont d tre avertir par
les bateaux que nous sommes en fuite.

- C'est  savoir l o nous serons le moins en danger les prochains jours, cachs
dans le village, ventuellement prisonniers, ou au milieu du fleuve, au milieu des
grills.

- Si on doit revenir au village, il nous faut remonter le fleuve, il nous faudra
bien trois ou quatre heures de marche, ajoute pessimiste, navila.

- Il doit srement il y avoir un nouveau village en aval, des bateaux semblaient
venir de cette direction, peut-tre que si a tourne mal on pourra s'arrter au prochain
village.

- a ne me plait pas trop, dit Sarah en faisant la moue, rien ne nous dit qu'il y
a un village proche, il faudra peut-tre plusieurs jours de navigation, ici nous
savons au moins qu'il y a un village,  quelques heures seulement.

- Moi je ne suis pas pour aller en arrire, ce village sait que nous nous sommes
vads, nous aurons plus de chance en aval.

Remonter le fleuve pour le village signifie qu'il nous faudra marcher, et j'avoue
que je n'en ai pas vraiment envie, pas plus qu'nvila, qui bote elle aussi, seule
Sarah n'y verrai pas d'inconvnient, mais elle peut difficilement mettre son veto
vu ce qu'il s'est pass ces derniers jours. Nous nous dpchons alors de faire un
feu et d'amasser le plus de viande possible sur notre radeau, de quoi tenir au moins
deux ou trois jours, et nous rejoignons le centre du fleuve.

Jour 418
--------



Il ne nous est pas trs facile de dormir sur le radeau sans mettre sa stabilit en
pril, nous dormons alors chacun  tour de rle. Nous avanons tranquillement pendant
plus d'une demi-journe, les premiers rayons du soleil nous rchauffe, mais ils ne
sont pas sans nous faire frissonner  l'ide de tous les grills qui sont en train
de se rveiller  leur contact.

navila laissera seulement chapper une "on aurait peut-tre d retourner au village,
il y en a un paquet".

Nous n'aurons la confirmation de son intuition que douze heures plus tard, quand
la rive droite se noircira de chien-lzards grills n'hsitant pas une seule seconde
 se jeter  l'eau. Nous nous rapprochons rapidement de la rive gauche, qui trangement
reste dserte. Le fleuve s'avre une bonne protection, nous devons nous dfendre,
mais le nombre de chiens-lzards grills qui parviennent  nager jusqu' notre radeau
est ngligeable compar au nombre galopant sur la rive, c'est impressionnant, je
ne crois pas en avoir dj vu autant runis, a me fait froid dans le dos.

Notre calamit viendra du ciel, non pas un dragon, mais une nue de lzards volants.
De la taille d'une mouette, ils plongent sur nous la tte la premire, se laissant
tomber de plusieurs centaine de mtres. Des dizaines nous tombent dessus et nous
assomme, Sarah perd mme connaissance sous le choc, navila parvient  la retenir.
Nous plongeons rapidement pour nous placer en dessous la structure de notre radeau,
mais leur incessantes attaques endommage rapidement la plate-forme que nous avions
fait la plus lgre possible.

"Le radeau va se disloquer, il faut rcuprer les barres avant qu'il ne soit trop
tard !"

Nous sacrifions notre embarcation et nous nous accrochons tous les trois  un des
rondins de bois, en transformant les barres en boucliers pour nous protger de l'attaque
des oiseaux-lzards. Si les premires attaques ne nous inquitent gure, nous pouvons
facilement drout les chiens lzards qui nagent  peine, et les oiseaux s'vertuent
 s'assommer sur nos bouclier, trois heures plus tard nous avons peine  voir comment
nous allons pouvoir tenir pendant quatre jour ainsi, il nous faut nous reposer, il
nous faut manger, la nourriture que nous avions prpare nourrit les poissons, et
nous avons bien d'autres choses  faire que les pcher.

"Ils vont bien s'arrter un jour ! finie par lanc Sarah, extnue."

"Sans doute quand nous serons morts, oui, ce qui ne saurait tard si nous ne trouvons
pas vite un moyen de nous en sortir."

"Sortons de l'eau, propose Sarah, il n'y a toujours aucun grill de l'autre ct,
simplement les quelques uns qui ont pu traverser, nous n'aurons qu' fuir les oiseaux,
si on trouve une fort nous serons tranquille."

"C'est risqu, lui dis-je si jamais les grills de la rive gauche ont simplement
du retard, on se fera pig."

"Oui mais ici nous ne tiendrons pas !"

"navila et moi nous marchons avec difficult, on ne pourra pas courir, si on se
fait surprendre, on est foutu."

"On est foutu ici aussi, j'en peu plus !"

L'eau du fleuve est assez froide, et si ma combinaison me protge efficacement, navila
doit mourir de froid. Sarah a raison, nous ne tiendrons pas, ici, mais sortir, c'est
devoir soutenir les attaques des oiseaux-lzards.

"Vous voyez un endroit o on pourrait se cacher sur la rive gauche ?"

"Aprs la rive, ce sont des terres cultives on dirait, il n'y a que quelques haies.
Il y a peut-tre des habitations o se cacher, mais on ne voit rien d'ici, il faut
sortir."

"Bon, on peut dj tenter de se rapprocher du bord, on sera toujours  temps de revenir
dans l'eau."

Nous nageons tant bien que mal, en bataillant encore avec ces maudits grills qui
s'approchent de trop. Nous tions encore loin de la rive ; la sortie de l'eau est
sportive, les oiseaux se dchanent, nous devons nous accroupir sous nos quatre barres
en forme de bouclier pour soutenir leurs attaques. Nous avanons doucement vers une
haie d'arbres, contre lesquels nous plus plaons pour faire une pause. Ils nous offrent
une maigre protection, mais au moins nous pouvons faire un points sur les alentours.

- Il n'y a pas l'air d'y avoir grand chose, l-bas, peut-tre, on dirait qu'il y
a un mur.

- Oui, a a l'air d'un mur, peut-tre une route comme au premier village, mais c'est
loin, et compltement  dcouvert.

- Attention ! crie Sarah.

Un grill qui est parvenu  franchir le fleuve nous saute dessus, mais navila l'vite
de justesse, l'assomme une premire fois avec le bouclier, puis lui tranche  moiti
la tte avec une lame qu'elle fait pousser sur celui-ci. Je la couvre pour la protger
de ces cons d'oiseaux qui ne cessent pas de nous tomber dessus.

- On ne peut pas rester l, qu'est-ce qu'on fait ? Il n'y a que cette route ou ce
mur, sinon il faut continuer  suivre le fleuve.

- Allons vers le mur, on verra bien.

La traverse des champs ne se fait pas sans danger, ces satans oiseaux se relvent
aprs tre tomber, et ils pincent avec leur bec. Ils sont faciles  tuer, mais il
y en a tellement, c'est  se demander d'o ils viennent. Nous nous approchons pniblement
du mur, qui s'avre bien tre une route comme nous avions dj vu au premier village.
Nous dcidons finalement de suivre la route dans la mme direction que le fleuve,
mme si celle-ci s'en rapproche petit  petit. Une petite colline nous empche de
voir l'extrmit de la route, qui se rvle tre un village, comme nous l'avions
suppos.

- Il doit y avoir un port, comme les autres, on peut tenter de rentrer par l.

- Il doivent surveiller, d'autant que tous les grills sont en train d'arriver sur
eux.

- Peut-tre qu'au contraire c'est le moment de tenter de rentrer de l'autre ct.

- Avec la nue d'oiseau qui est sur nous ! C'est pas gagn.

- Mais ? Comment a se fait, d'ailleurs, pourquoi ces oiseaux et ces grills viennent
sur nous, pourquoi est-ce qu'ils n'attaquent pas le village ?

- Il y a dj des oiseaux sur le village, regarde.

- Ah oui, mais pour les chiens-lzards, c'est quand mme bizarre.

- Peut-tre qu'ils allaient vers le village, aprs tout noustions les seuls  traner
dans le coin.

- C'est vrai.

Nous sommes plus prudents  l'approche du village, voulant viter de nous faire reprer.
La route, comme celle de l'autre village, est en hauteur, nous pouvons ainsi nous
rfugier sous les arches, ce qui nous met relativement  l'abri des oiseaux, d'autant
que la proximit du village les divertit aussi pas mal.

- Il faudrait faire le tour du village pour reprer l'entre.x

- Si c'est un tunnel comme pour le premier village c'est trop risqu.

- Il doit y avoir aussi une porte au niveau de la route, peut-tre qu'elle est ouverte.

- Il faudrait monter pour voir.

- Je vais voir, nous dit Sarah, sans mme que nous puissions l'en dissuader.

Avec l'aide des barres en forme d'chelle, la monte est des plus simple ; Sarah
confirme qu'il y a bien une porte, et qu'elle est ouverte !

- Elle est garde, lui demande navila ?

- Je n'ai pas vu, je ne sais pas.

- Un grill !

Pas qu'un, deux ou trois nous fonce dessus, heureusement Sarah et navila ragissent
au quart de tour. Nous convenons que nous ne pouvons pas rester l, et que nous pouvons
tenter de rentrer dans le village, pendant l'attaque des grills, c'est le moment
le plus propice. Nous grimpons tous les trois sur la route, Sarah et moi utilisons
le mode camlon de la combinaison, navila se cache derrire nous. Mais si nous
avanons doucement accroupis au dbut, l'arrive d'une nue d'oiseau nous incite
 courir le plus vite possible.

Aussitt rentrs dans le village, pass les portes, que personne ne semblait gardes,
nous nous rfugions derrire un tas d'affaires dans un coin, en esprant que personne
ne nous ait vu.

"L-bas je crois que les petits hommes-oiseaux nous ont vus."

"Les deux gamins sous le porche, tu veux dire ?"

"Oui, ils nous ont regard d'un air curieux."

"S'ils ne sont pas partis en courant prvenir leurs parents, c'est dj bon signe.
Bon il faut que nous trouvions une cachette."

"Oui, ce sont peut-tre eux qui lve les chiens-lzards, si c'est comme des chiens,
ils vont nous sentir et nous trouver."

"Il faudrait que nous trouvions leurs rserves de nourriture, ils cultivent, ils
doivent bien avoir des greniers."

"C'est peut-tre en sous-sol, comme dans le premier village."

"Il y avait des greniers en sous-sol ?"

"Non, c'est pas ce que je voulais dire, mais il y avait pas mal de sous-sol."

"C'est pas sr, ils devraient plutt conserver la bouffe en hauteur, le plus loign
possible des btes, surtout si c'est une sorte de bl."

"a se mange le bl ? demande navila."

"Pas tel quel, il faut le transformer en farine et ensuite on peut faire du pain."

"C'est dur ?"

"Ben il faut un four."

Nous reprons  vue d'oeil la maison la plus haute du coin, et nous y fonons sans
plus de prcaution. Les deux gamins sont toujours sous le porche, protgs des oiseaux
qui tourne au dessus du village. Nous utilisons les barres pour nous aider  grimper
sur le toit d'une maison voisine, puis de toit en toi nous montons le plus haut possible.

"Comment faire pour rentrer ?"

"Passons par le toit."

Les toits sont faits de planches de bois recouverte d'une substance un peut goudronneuse.
Ils n'ont pas l'air trs solide et nous marchons doucement dessus, en nous tenant
 l'cart les uns des autres pour ne pas prendre le risque de passer  travers. Nous
trouvons finalement le moyen de dfaire une des planches du toi, mais une ne suffira
pas  nous faire passer, en arracher deux autres nous permet par contre de nous glisser
dans une sorte de grenier, bingo ! La pice est presque remplie  raz bord, et nous
devons ramper entre des sacs de jute pour nous mnager enfin un peu d'espace vital.

"Tu avais raison, a semble tre un rserve de nourriture !"

"Il y a beaucoup de poussire, je ne sais pas si nous pourrons tenir ici."

"C'est surtout nous qui avons fait de la poussire, si nous nous tenons tranquille,
a devrait aller mieux."

Nous ouvrons un des sacs, il contient bien une sorte de farine. Au got c'est assez
insipide, mais fortement astringent.

"Il nous faudra de l'eau si nous voulons rester cacher ici."

"Oui, mais ce n'est pas ici que nous allons en trouver, il nous faudra sortir."

"C'est risqu."

"Oui c'est risqu mais nous ne sommes pas venu ici comme dans un htel trois toiles
!"

videmment ni Sarah ni navila ne comprennent ma dernire remarque, j'ai traduit
plus ou moins littralement l'expression franaise. Bref, nous dcidons que nous
devrons aller chercher de l'eau de temps en temps. Mais avant de faire quoi que ce
soit, j'ai bien envie de faire un somme, je suis creve ; Sarah me suit, navila,
bien sr, est trop curieuse pour rester l.

"Je vais ressortir jeter un oeil  ce qui se passe aux alentours.xs"

Bonne ide ou pas, nous la laissons faire. Elle revient plusieurs heures plus tard,
ramenant deux grande gourde et un grand sac. Elle nous rveille pour nous raconter.

"Le village est dsert, ils sont tous au port, apparemment c'est la dbandade l-bas,
ils refoulent les grills qui sont parvenus  traverser le fleuve. Les oiseaux se
sont un peu calm, mais ils leur donnent quand mme du fil  retordre. Le village
est grand, beaucoup plus que le premier ; j'ai l'impression qu'ils fabriquent des
armes ici, il y en a de gros stocks prs du port."

"C'est peut-tre comme le premier village, je la coupe, la route conduit  un autre
village o se trouve des mines, celui-ci permettant de pcher et d'apporter la nourriture."

"Et d'avoir un accs au fleuve, complte Sarah, ils doivent faire transporter leur
fabrication avec les bateaux."

Mince ! J'aurais d profiter d'tre seul avec Sarah pour lui demander pourquoi elle
ne voulait pas nous donner sa combinaison... Double mince ! Nous aurions pu utiliser
les barres en forme de ballon pour notre radeau, cela nous aurait aid  le faire
flotter ! Je suis vraiment stupide parfois, si seulement je rflchissais un peu
plus... navila reprend :

"En tous cas ils taient compltement paniqu en voyant les grills arriver, ils
doivent leur faire de sacrs dgts pour qu'ils laissent le village compltement
dsert, n'importe qui peut rentrer !"

"Peut-tre qu'ils n'ont jamais eu de problme d'intrus."

"a m'tonnerait, s'ils se sont fatigu  construire une route surleve et des murailles,
c'est qu'ils ne sont pas toujours tranquilles."

"C'est peut-tre juste pour les grills."

"Je sais pas, en tout cas c'est bon pour nous, regardez, j'ai ramen un sac de nourriture,
j'ai rafl tout ce que j'ai trouv."

navila sort de la viande sches, une sorte de galette, des fruits secs, des noisettes.

"Tes folles, tu aurais pu te faire choper !"

"C'tait le moment ou jamais ! Et avec un peu de chance nous tiendrons jusqu' la
nuit !"

"Il nous faudra peut-tre encore de l'eau."

"J'ai pris deux grandes cruches, il doit bien y avoir huit litres  dix litres (vingt
 vingt-quatre pierres), en nous restreignant, on peut tenir plusieurs jours."

"Tu as d en baver pour ramener tout a, tu aurais d nous appeler."

"J'en ai un peu chi, ouais, mais bon, j'y suis all doucement."

Nous mangeons avec apptit toutes les bonnes choses rapportes par navila, et nous
nous rendormons, repus et rassur. Combien c'est bon, parfois, de se rendre compte,
aprs tant de galre, qu'on se retrouve dans une situation agrable.

Jour 419
--------



Nous dormons tous les trois pendant plus de huit heures, c'est un bruit qui nous
rveille, des personnes entres dans la pice. Nous ne les voyons pas, la pice est
compltement bondes de sacs. Ils viennent sans doute en chercher un. Nous retenons
tous les trois notre respiration, en priant pour que nous ne soyons pas reprs.
Mais ce serait vraiment de la malchance, ils leur est sans doute impossible de nous
sentir tant donn la poussire ambiante, et nous somme quasiment  l'oppos de l'entre,
du moins selon la distance  laquelle le bracelet a dtecter nos trois visiteurs.

Jour 420
--------



Nous aurons de la visite rgulirement, sans que cela ne nous inquite. Nous profitons
de ces quelques jours de calme pour nous remettre, mangeant sans trop compter les
rserves de nourriture et d'eau apportes par navila.

"Nous n'avons presque plus d'eau, il faudrait en retrouver."

"C'est chaud, il y a beaucoup plus de monde maintenant dans le village, il fait toujours
jours, mais le temps s'est couvert, les grills doivent tre moins actif, d'ailleurs
on n'entend plus les oiseaux."

"Peut-tre qu'on pourrait repartir, quand va-t-il faire nuit ? Demande Sarah."

"Encore bien un jour et demi ou deux, lui dis-je."

"C'est juste, mais on peut tenir encore un peu avec l'eau que nous avons, et puis
ce serait peut-tre plus facile de partir de jour, j'imagine que de nuit il y aura
plus d'activit."

"C'est pas dit, ils vont srement partir aux champs et  la pche pendant la nuit,
ils seront occups en dehors du village, ce sera peut-tre plus facile pour sortir."

"Mais est-ce qu'on ne pourrait pas rester ici ? demande Sarah, encore un peu au moins,
pour une journe et une nuit en plus ?"

"Et pour attendre quoi ? lui lance navila."

"J'en sais rien, que vous alliez mieux, vos blessures."

"Moi ma flche a va, je ne sens presque plus, quand j'ai march sur le toi aujourd'hui
c'tait bon ; aprs plusieurs heures de marche, je ne peux pas dire, mais sinon a
va."

"Pareil pour moi, ma jambe et mon bras ne me font pratiquement plus mal, et depuis
qu'Ylraw m'a redonn la combinaison de survie, je peux marcher normalement sans problme."

Voyant que ma blessure au mollet allait mieux j'avais insist pour qu'elle reprenne
la combinaison.

"De toute faon on ne va pas rester ici ternellement, il faut bien qu'on bouge."

"Mais pour trouver quoi ?"

"Des hommes ! Nous sommes sr qu'il y en a, nous aurons bien de nouvelles indications
 un moment ou  un autre."

"Peut-tre qu'on ferait mieux de se rendre, nous aurions un nouvel interprte, et
on pourrait ensuite tenter de l'enlever pour le faire parler."

"J'ai pas super envie de tenter l'exprience, surtout qu'ils ont peut-tre entendu
parler de nous, ici, et qu'ils ne nous laisserons sans doute ni nos combi ni nos
barres s'ils nous reprennent. Je prfre qu'on continue vers l'aval du fleuve, peut-tre
qu'on arrivera dans des coins un peu moins belligrants o ils seront moins suspects
 notre gard."

Nous tombons d'accord sur la ncessit de repartir. Nous convenons d'attendre l'arrive
de la nuit, en esprant que nos prvisions seront bonnes.

Jour 421
--------



Jour 422
--------



Nous attendrons deux jours, et la dernire journe, sans eau, est assez pnible dans
cette poussire. Heureusement, pour la premire fois depuis que nous sommes arrivs,
il pleut ! Cette manne divine nous permet de nous dsaltrer, et facilite grandement
notre sortie du village. Nous ne prenons pas le risque de voler plus de nourriture,
et nous sortons rapidement et discrtement par l o nous sommes rentrs. Nous devons
tout de mme assommer deux hommes-oiseaux, que nous dcidons de ne pas tuer, de toute
faon mort ou pas, notre passage aura t remarqu, et nous sommes presque srs qu'ils
n'ont pas eu le temps de nous distinguer avec prcision, en nous interpellant ils
nous ont parl dans leur langue. Nous ne demandons de toute faon pas notre reste,
et, une fois descendu de la route, nous fuyons rapidement en vitant les groupes
d'hommes-oiseaux qui sortent du village. Il y avait un peu plus loin que la route
une grande porte, qui devait tre ferme quand nous sommes arrivs, et qui est maintenant
grande ouvert, laissant transiter les chariots et les hommes-oiseaux.

Ils n'ont pas de chevaux, ils utilisent de gros chiens-lzards comme attelage. D'ailleurs
nous devons nous dbarrasser de deux chiens-lzards qui nous sont partis aprs. Heureusement
la nuit et la pluie doivent rendre quasiment impossible notre reprage. Nous nous
loignons rapidement du village, suivant de nouveau la rive du fleuve.

Il me faudra plusieurs heures de marche avant de ressentir de nouveau une douleur
persistante  ma jambe, mais rien d'handicapant. Nous dcidons de faire une pause
en nous confectionnant un abri avec un tas de planche sur le bords, sans doute dpos
l pour fabriquer un enclos, ou simplement tomb d'une cargaison. Il y a un chemin
trac le long de la rive,  une trentaine de mtres du fleuve, un peu en hauteur,
sans doute pour viter les crues. Il n'y a pas vraiment d'animaux dans le coin, il
nous faudrait traverser le fleuve.

- Regarder, au village, il y a l'air d'y avoir un incendie !

- Oui c'est vrai, il y a l'air d'y avoir un sacr feu.

- C'est trange, avec la plus qu'il fait ?

- Peut-tre que c'est un feu volontaire, peut-tre une sorte de phare.

- Peuttre qu'ils font griller les grills !

- Ah oui, pas bte, c'est un bon moyen de s'assurer que ceux-l ne les importuneront
pas au prochain lever du jour.

- Oui, mais c'est quand mme trange tous ces chien-lzards, on n'en vois pas tant
dans la nature, si c'est vraiment une maladie, il devrait y en avoir de partout.

- Peut-tre que justement ils sont plus touch que les autres animaux, et qu'ils
passent tous grills.

- Ou peut-tre qu'ils se regroupent, peut-tre qu'il n'y en a pas tant que a et
qu'ils viennent plutt par ici.

- Par ici, on en a quand mme rencontr tout le long entre le crash et ici, et nous
avons parcouru un bon paquet !

- Oui, c'est trange. Mais c'est quand mme bizarre qu'on se trouve toujours sur
leur chemin, et qu'il y en ai autant.

- Oui, c'est pas possible qu'il y en ait de partout autant, dj nous les verrions
ds le lever du jour, or il faut souvent un bonne journe avant qu'ils n'arrivent.

- Peut-tre que le soir ils remontent sur les montagnes.

- Peut-tre, mais quoi qu'il en soit il y a quelque chose de bizarre l-dessous,
si seulement nous pouvions parler avec les hommes oiseaux, peut-tre qu'ils pourraient
nous en apprendre un peu plus, dj qu'est-ce que c'est que cette maladie qu'ils
ont...

- Oui, soupire Sarah...

Nous dcidons finalement de ne pas prolonger notre pause, nous sommes encore prs
du village, et nous avons trop faim pour ne pas tenter de nous rapprocher de fort
o nous aurons plus de chance de trouver de quoi manger. La pluie n'est pas trs
chaude, mais la marche me rchauffe. Quatre heure de marche plus tard sous une pluie
qui ne cesse pas commence  nous faire regretter le coin douillet que nous nous tions
confectionns dans le grenier du village, avec toutes les bonnes choses que nous
avait dniches navila. 

Jour 423
--------



La fort ne se rvle tre qu'un petit bosquet, nous y trouvons refuge pour nous
y reposer un peu  l'abri de la pluie qui ne cesse pas, mais la faim nous rveille
bien vite. Nous dcidons finalement d'aller pcher du poisson, mais l'eau froide
et l'impossibilit de faire un feu ne nous donne gure de courage. Nous reprenons
notre route, je commence  avoir vraiment froid.

Jour 424
--------



Une journe de plus, toujours une pluie d'enfer, navila m'a finalement prte sa
combinaison, je n'en pouvais plus. Nous n'avons pas russi une seule fois  faire
du feu, et nous nous sommes contents des sous-bois pour dormir, mais ils sont dsormais
aussi tremps que le reste. Nous commenons tous les trois  tre malades, il nous
faudrait un endroit sec et chaud.

Jour 425
--------



Un canal ! Nous venons d'arriver en face d'un canal partant du fleuve. Le chemin
bordant le fleuve prend la direction du canal, aucun pont ne permet de le traverser
pour continuer  suivre le fleuve. Si nous voulons trouver de nouveau un village,
c'est sans doute en suivant ce canal que nous le trouverons. Les bateaux naviguant
sur le fleuve l'empruntent aussi. La faim nous a pousser  nous demander si nous
n'allions pas tenter de passer  l'abordage d'un bateau, mais c'est difficilement
raisonnable, est le meilleur moyen de nous faire de nouveau emprisonner, ou pire.

- Un chariot !

Pensifs  la contemplation du canal, nous nous retournons navila et moi au cri de
Sarah, un chariot, plutt une petite caravane forme de trois chariots, s'approche.

- Il faut qu'on aille se planquer, vite.

Nous nous loignons du chemin pour aller nous allonger derrire un fourr. Il pleut
toujours autant, et la visibilit est toujours aussi mauvaise ; nous ne sommes pas
inquit de nous tre faits remarqus. Nous attendons patiemment le passage des chariots,
nous pensons tous les trois  la mme chose, tenter de leur voler de la nourriture.
Malheureusement les chariots, de taille assez consquentes, sont chacun gards par
trois hommes-oiseaux en armes ; nous devrons plutt tenter de leur voler que de les
attaquer. La caravane passe doucement, ce sont deux chariots  quatre roues et un
 deux roues, trans par cette sorte de gros chien-lzard, peut-tre les mmes bestioles
qui nous ont attaqus  notre sortie du premier village.

"Nous pourrions tenter de faire fuir l'attelage, avec les bracelets, et tenter ensuite
de leur voler leur nourriture."

"S'ils ont de la nourriture, ce qui n'a rien de sr."

"Ils doivent bien manger !"

"Ils ne mangent peut-tre qu'une fois par jour, quand le soleil se lvent, c'tait
 ce rythme qu'ils nous donnaient leurs restes."

"Peut-tre aussi le prochain village est-il assez prs."

Nous sommes perplexes et nous convenons plutt dans un premier temps de les suivre,
et de dcider un peu plus tard que faire. Toutefois ils avancent  bonne allure,
et il nous faut trottiner pour les garder en vue. Assez rapidement l'option de stopper
un chariot prdomine, et nous nous rapprochons suffisamment pour que nos combinaisons
de combat est une action sur l'attelage. Les gardes ont des casques, c'est sans doute
ce qui rend nos bracelets doublements inactifs sur eux. La mise en droute de l'attelage
est assez simple, et en dix minutes les hommes-oiseaux ont la surprise de voir s'vanouir
dans la nature leur six chiens de traneaux. Ils sont un peu dboussols, et la caravane
s'arrte. Ils dcident,  notre grande satisfaction, de laisser le chariot sur le
bord du chemin, et de tous partir avec les deux autres chariots. Cela n'est toutefois
pas forcment bon signe, s'ils transportent des armes ou autre chose que de la nourriture,
cela ne nous avancera gure.

- Je ne pense pas qu'ils transportent des armes, dit navila, c'est trop lourd, ils
doivent les transporter par bateau.

- Pourquoi ne transporteraient-ils pas tout par bateau, de toute faon, c'est peut-tre
plutt des choses qu'ils ont oublies, ou alors un de leur bateau est tomb en rade,
lui dis-je.

- Moi je pense que c'est de la bouffe, rpond-elle.

- Tu essayes de t'en convaincre ? lui dis-je sur un ton de dfi.

- Tu paries ?

- Je parie la moiti de ma part que tu te trompes, que ce sont des armes ou un truc
du genre.

Nous avanons de plus en plus vite vers le chariot au fur et  mesure de nos estimations,
pour terminer en sprint et vrifier enfin qui a raison. Nous arrivons presqu'en mme
temps, mais notre arrive est pitoyable, boitant l'un autant que l'autre, presqu'
cloche pied. Nous clatons de rire mais ne perdons pas de temps pour dcouvrir la
cargaison. Des armes ! Plus exactement des couteaux, des piques, des ttes de flches.

- Ah ! Saloperie ! jure navila, dsappointe.

- Cela ne nous donne mme pas un endroit sec ou nous mettre, dsespre Sarah.

- Nous pouvons toujours nous placer dessous le chariot, au moins on sera abrit un
moment.

- TaaDaa ! crie navila en brandissant deux petits sacs.

- Qu'est-ce que c'est, demande Sarah ?

- Leur casse-crte ! s'enorgueillit navila.

- Cool !

Nous nous rfugions sous la carriole, obligs de nous ternir presqu'allongs, mais
au moins nous n'avons plus cette satane plus qui nous tombent dessus. Nous ouvrons
frntiquement les deux sacs.

- Tu me files la moiti de ta part, alors, c'est a ? demande navila.

- a compte pas ! lui dis-je, ils transportaient quand mme plutt des armes, le
casse-crote c'est un extra !

Des galettes, nous en prenons chacun une avant mme de voir ce qu'il y a d'autre.
De la viande sche, des sortes de pains ou gteau, et des fruits. Il y a largement
de quoi faire deux bons repas. Nous convenons de ne manger qu'un petit peu et de
conserver le reste.

Aprs notre festin qui nous rappelle nos journes fastueuses dans le grenier du village,
nous tentons de faire un feu,  la limite du chariot, pour viter de le faire prendre
feu, mais tenter de l'abriter tout de mme un peu de la pluie. Malheureusement les
planches de bois du chariot sont presque toute dtrempe, c'est sans espoir. Nous
rcuprons la bche du chariot pour nous allongs dessus. Elle est aussi trempe
mais au moins amortit un peu les cailloux qui nous rentre dans le dos. Nous nous
plaons tant bien que mal pour dormir un peu.

navila me rveille au bout de trois heures, elle est glace et me demande si je
veux bien lui prter un peu ma combinaison. J'accepte volontiers, cela fait plusieurs
jours que je l'ai et mes trois heures de sommeil  l'abri m'ont permis de me rchauffer
un peu.

Les trois suivantes ne seront pas une partie de plaisir, c'est vrai qu'immobile avec
la petit combinaison, on se les caille svre. Nous dcidons de ne pas dormir plus
longtemps, il faut beaucoup trop froid, et nous avons l'espoir de trouver bientt
un village. Nous mangeons encore une galette et un peu de viande sche avant de
repartir sous la pluie. Elle ne cessera donc jamais !

Jour 426
--------



Le jour se lve petit  petit, mais la pluie assombrit considrablement. Nous ne
nous inquitons pas encore trop de l'arrive possible de grills, il fait encore
beaucoup trop sombre, nous avons sans doute encore une bonne journe devant nous.
Nous avons par contre pratiquement manger toute notre nourriture, il ne nous reste
que quelques galettes et les fruits, pas grand chose.

Nous n'avons vu aucun bateau ; la pluie commence  grossir considrablement les eaux
du canal, c'est peut-tre pour cette raison qu'ils ont prfrer utiliser des chariots.

Le village se montre enfin ! Ils doivent peut-tre les placer  un jour de marche
les uns des autres, de faon  pouvoir faire le trajet toujours de nuit, pour viter
les grills. Nous devons quitter la route  l'approche du village, la pluie ne nous
rend pas non plus invisible. Nous dcidons, avant de tenter d'y pntrer, d'en faire
le tour, pour reprer un peu les lieux. Le village, contrairement aux prcdents,
s'tant sur les deux rives du canal, ce qui nous laisse  penser que ce sont peut-tre
la prsence des grills sur l'autre rive qui repoussaient les hommes-oiseaux des
prcdents village.  moins que ce ne soit simplement la largeur du fleuve, qui rend
impossible la cration d'un pont, en effet le canal ne doit pas faire plus d'une
cinquantaine de mtre de large. Le village est tout de mme fortifi, possdant mme
deux niveau de fortification, laissant suggrer une extension.

- Il est vachement plus grand que l'autre, et pas sous une attaque de grills, a
va tre plus chaud de rentrer.

- On peut toujours profiter de la pluie, peut-tre tenter par le port ?

- a ne me dit rien de plonger dans le canal, mais c'est peut-tre une solution,
oui.

- Ou alors trouver un chariot qui va en ville et se planquer dedans ?

- a c'est pas bte. D'ailleurs si le jour se lve ils ne vont pas tarder  rentrer
dans le village.

- Ce n'est pas sr, ils n'ont peut-tre pas la menace des grills par ici.

- Si c'est le cas nous non plus, et on peut rester dehors.

- Sauf qu'on a faim.

- On peut juste tenter de voler de la nourriture, s'ils partent travailler aux champs,
ils ont peut-tre aussi de la nourritures avec eux.

Nous restons sur cette ide, et nous dirigeons avec prcaution vers les champs qui
entourent le village. Plusieurs chemins s'loignent, et nous suivons l'un d'eux 
bonne distance. Il y a plusieurs hommes-oiseaux qui transitent un peu de partout.
Nous tentons de rester le long des haies, nous cachant tant que faire se peut du
regard des villageois. Aprs une heure de marche, nous reprons plusieurs groupes
d'hommes-oiseaux qui travaillent aux champs. 

Il nous faut un petit moment avant de dnicher l'endroit o ils ont entrepos leurs
affaires, c'est Sarah qui se charge d'aller piquer en douce leur casse-crote. Elle
nous rejoint souriante dans le petit bosquet nous nous tions cach. Nous avons droit
 une nouvelle sorte de pain, de la viande frache cette fois-ci, et un autre truc
immangeable. Il faut dire que c'est dj une veine que nous puissions manger une
partie de leur nourriture, aprs tout rien n'indique que leur mtabolisme est identique
au ntre. Il ne l'est pas, d'ailleurs, mais il n'est pas si diffrent semble-t-il.

Nous sommes des voleurs, dsormais. Nous le sommes devenus sans mme vraiment nous
poser de question, comme si c'tait naturel, comme si c'tait normal. Certes ces
hommes nous ont emprisonns alors que nous n'avions rien fait, mais aprs tout peut-tre
avaient-ils des craintes justifies. Ce ne sont pas des hommes, mais ils s'y apparentent
tout de mme beaucoup, ils sont plus petits, avec des plumes, parfois extrmement
colores d'ailleurs, c'est surprenant ; leur maison ne sont pas tout  fait identique
 celles des hommes, plus petites, plus en hauteur, aprs tout ce sont un peu des
oiseaux. Toutefois ils sont intelligents et volu, en tout cas suffisamment pour
travailler la terre, construire des villes...

Nous sommes des voleurs, mais peut-on vraiment reprocher  quelqu'un de voler pour
se nourrir. Jean Valgean en a fait les frais, nous aurions sans doute le mme sort
ici, mais diantre, ce ne sont que quelques galettes... Que nous soyons perdu sur
une plante au bout de la galaxie nous fait toutefois un peu oublier nos valeurs
morales, que m'importe ou pas la survie de ces hommes-oiseaux, aprs tout, quand
la mienne ne m'est mme pas assure. Que m'importe de tu ces pauvres malheureux
qui travaillent aux champs contre un peu de nourriture ? Finalement, l'ide ne me
drange pas plus que a, peut-tre parce que ce ne sont pas des hommes, peut-tre
parce que je n'ai que peut d'empathie  leur gard, peut-tre aussi parce que je
suis trop perdu et dsesprer pour me rendre compte de la porte de mes actes.

- Vous pensez que c'est mal de voler ?

- Voler quoi ? demande navila interloque, la nourriture de ces salopards ? Je ne
vois pas en quoi a peut-tre mal.

- Et bien, aprs tout ils travaillent tranquillement  leurs travaux des champs,
ils n'ont peut-tre pas grand choses  manger, et puis ils ne nous ont rien fait.

- Ils nous ont emprisonns ! Il nous ont donn  bouffer leurs restes ! Nous non
plus nous ne leur avions rien fait !

- Je pense que les avis nous seraient favorables, complte Sarah.

- Clairement ! s'exclame navila.

C'est vrai que dans la Congrgation il ne faut pas vraiment raisonner en terme de
loi, mais en terme d'avis. Ce n'est pas vraiment interdit de voler, a dpend de
ce que dirait les gens si on leur prsentait la situation. Et je consens que dans
notre situation, voler un casse-crote ne serait sans doute pas considr comme dplac,
surtout que nous ne pouvons pas trop prendre le risque de leur demander poliment...

Nous finissons tranquillement notre djeuner, puis nous tentons de trouver un endroit
sec pour nous reposer, c'est peine perdue, tout est dtremp ! Nous aimerions entrer
dans le village, pour nous trouver comme dans le prcdent un coin au chaud et au
sec, mais il fait maintenant jour, et nous nous ferions rapidement repr. Pour une
fois que les grills nous avaient servi !

- On pourrait tenter de se planquer dans un de leurs chariots, comme a on se retrouverait
directement dans le village, ensuite il faudrait juste en sortir discrtement.

- Oui c'est jouable, c'est vrai qu'il y en a pas mal dans le coin, qui n'ont pas
l'air trop surveills.

- Mais il faut nous dpcher, il fait jour, ils ne devraient pas tarder  rentrer.

- On en sait rien, si a se trouve les grills ne viennent pas par ici.

- Mme, ils doivent bien rentrer se reposer.

- Pourquoi rentreraient-ils avant la nuit ? Aprs tout qui te dit qu'ils ne viennent
pas au contraire d'arriver aux champs, aprs tout le jour se lve.

- Ouais, bref on en sait rien. Le plus simple est d'attendre qu'un chariot rentre,
tenter d'y monter, ou alors se mettre dans un autre en esprant qu'ils rentrent en
mme temps.

- C'est risqu, si le chariot roule, on aura moins de chance qu'ils vrifient le
contenu. Si on se met dans un chariot  l'arrt, ils vont peut-tre y charger des
choses avant de partir.

En somme, nous ne savons pas vraiment que faire, nous dcidons toutefois de nous
loigner discrtement du coin o nous nous trouvons, au cas o les personnes  qui
nous avons piquer le djeuner ne dcident d'explorer les alentours pour trouver une
explication. Mais pour contourner le village sans nous faire voir, nous sommes obligs
de faire un grand tour en revenant sur nos pas pendant prs d'une heure, il y a vraiment
des hommes-oiseaux de partout.

Notre bonne chre nous a redonner du courage, qui redouble quand la pluie cesse enfin.

Finalement, une fois la pluie termine, nous ne rsistons pas longtemps au sommeil,
et nous nous loignons considrablement du canal pour finalement trouver assez loin
du village, mais encore tout prs de champs cultivs, un vieux chariots dont un des
essieu est bris, sans doute abandonn l il y a longtemps. Il nous servira d'abri
pour un bon petit somme de presque six heures. C'est encore le froid qui nous rveille,
et, devenus sans doute trop gourmands, nous ne rsistons pas  l'envie de manger
encore, notre dite de plusieurs jours n'ayant t que temporairement oubli avec
notre finalement frugal repas.

Nous parvenons sans trop de mal  trouver un nous sac de provisions, et nous avanons
encore un peu plus autour du village pour nous retrouver quasiment aux trois quarts
de l'autre ct. Une petite fort sur une colline non exploite nous permettant de
nous dplacer sans crainte d'tre vus.

Les hommes-oiseaux ne semblant pas presss de rentrer, nous nous endormons pour un
nouveau somme dans notre petit bois.

Jour 427
--------



Le coin que nous avions dnich dans la fort tait vraiment bien, et nous dormons
beaucoup trop, presque neuf heures. C'est une sirne ou un bruit de corps qui nous
rveille en sursaut. Le ciel s'est dcouvert, il fait grand beau, prsageant le pire.
Nous retournons rapidement pour voir ce qu'il se passe. Les hommes-oiseaux sont presque
tous partis ! Les retardataires courent vers le village parfois mme en abandonnant
leur chargement.

- Merde ! Qu'est ce qu'il se passe !

Des grills, videmment ! Et pas des moindres, un dragon lectrique et sa troupe
de chiens-lzards suivie par les gros-lzards, la totale !

Ils arrivent de la perpendiculaire au canal, ils ont d soit contourner le fleuve,
soit arriver de plus au Nord, de la zone o nous avons atterri. Pris de panique,
nous courrons vers le village, ne sachant trop que faire, nous tentons nanmoins
de ne pas trop nous faire remarquer, mais le temps nous manque, dans moins d'un quart
d'heure ils seront sur nous. Plusieurs chariots se dirigent vers le village, mais
la plupart sont vides, nous n'aurons aucune chance de nous y cacher. Nous reprons
finalement un chariot considrablement charg qui avance  vive allure vers le village
tir par six chiens-lzards de traneau, et qui va passer  notre hauteur sous peu.
Nous nous cachons en attendant son passage, puis nous courrons  sa poursuite, en
esprant que personne ne nous verra, et nous montons les uns aprs les autres derrire,
n'hsitant pas  jeter carrment de quoi nous faire de la place, de toute faon les
conducteurs seraient bien tmraires de s'arrter pour rcuprer ce que nous avons
fait tomber, les chiens-grills ne sont pas  plus de trois cents mtres de nous.

Nous nous enfouissons du mieux possible entre les caisses de sortes de patates, les
outils et une bonne cargaison d'pis d'un pseudo bl qui constitue une bonne cachette.
Nous ramenons sur nous une partie d'une bche qui protgeait sans doute les pis
de la pluie.

Nous entendons les hommes-oiseaux crier et fermer les portes presque juste aprs
notre passage. Nous passons les premires fortification puis les secondes. Notre
chariot continue  avancer pendant cinq minutes ou dix minutes, puis s'arrte.

J'ai le coeur qui bat la chamade, il y a tellement d'agitation autour de nous, les
hommes-oiseaux crient, des bruits de fracas terribles se font entendre.

"Bon sang mais qu'est-ce qu'il se passe !"

"J'ai l'impression que le dragon fait un carnage."

Nous ne pouvons nous empcher de pointer le bout de notre nez pour jeter un oeil.
Mais nous devons rapidement retourner au plus profond de la carriole, il y a des
hommes-oiseaux de partout qui tente de repousser le dragon en le criblant de flche.
Mme sous la bche, nous voyons les flash des arcs lectriques. C'est extraordinaire,
le vacarme est assourdissant, des clairs semblent mme partir du sol !

"Il faudrait qu'on bouge de l."

"Impossible, on est en plein milieu d'une place, on se fera remarquer tout de suite,
il faut mieux attendre tranquillement ici, ils semblent avoir oublier cette charrette."

Des heures, la bataille dure des heures, jusqu' ce que finalement une norme explosion
semble mettre fin au combat.

"Qu'est-ce qu'il s'est passer ?"

"Aucune ide, mais a s'agite beaucoup moins autour de nous."

"Merde ! s'crie navila ! On est repr !"

"Comment le sais-tu ?"

"Je le sens, merde !"

Je le sens aussi, quelque chose s'approche est sonde nos esprits, quelque chose qui
ressemble au gant bleu, en moins puissant, mais qui tente de nous percer. Nous le
voyons sur les radars de nos bracelets, quelqu'un s'approche, mais a a tout l'air
de n'tre qu'un homme oiseau.

"Prparez-vous ! prviens navila."

Soudain quelqu'un retire la bche d'un coup sec, nous sommes fichus, navila bondit
comme une furie, avec deux barres en forme d'pe. Mais elle est projete dans les
air comme par enchantement et s'crase lamentablement  deux mtres du chariot.

Je me rue  mon tour sur l'homme-oiseau qui nous  dcouvert, il vite mon coup d'pe
et m'envoie au tapis d'un revert du bras. Sarah  en profite pour sauter de la carriole
et lui faire face, navila se redresse, je me lve est me joint  elles. Nous sommes
trois  lui faire face. C'est un homme-oiseau, ses plumes sont noircis ; il est recouvert
d'une sorte de toge. Il n'est pas plus grand que les autres hommes-oiseaux, beaucoup
plus petit que nous. Pourtant les autres le laisse seul face  nous, suggrant que
ce n'est pas une mauviette.

" trois !"

"Un... Deux... TROIS !"

Nous nous jetons sur lui, mais il lve simplement un bras et des clairs en jaillissent,
nous sommes lectrocuts et projets au sol. navila enrage et se relve aussitt,
elle pare un nouvel clair avec une barre transforme en bouclier et le manque de
peu avec un coup d'pe. Sarah et moi sommes sonns, nous avons du mal  nous relever,
navila crie et se jette sur lui, je fais de mme, Sarah suit. Il nous attrape distance
et nous fait virevolter jusqu' nous envoyer  plusieurs dizaines de mtres, je m'crase
lamentablement contre le charriot, Sarah contre un mur, seule navila parvient 
se rtablir,  rouler et  se relever aussitt.

Je suis hors course, je me suis salement bless au dos, Sarah semble vanouie. Seule
navila tient encore tte  cette trange magicien. Elle semble plus enrage que
jamais, mais sa jambe  souffert, elle bote. Elle se propulse dans une dernire
attaque, repousse avec son bouclier un clair de l'homme-oiseau, mais celui-ci la
maintient en apesanteur un instant, la contemplant d'un air curieux, elle semble
paralyse, il lui assne un dernier clair, elle s'croule au sol...

Deborah
-------



Tocman
------



 Paris le mois d'Aot 2004 fut chaud, trs chaud, tellement que la nuit ou le jour
se rejoignaient presque dans une ternelle fournaise, ce jeudi 7 aot comme les autres
jours. La mto prvoyait tous les jours que ce temps ne durerait pas, sans que vraiment
de changement ne survnt.

Il n'tait pas trs tard, mais il tait crev, Tocman sortait du 43 rue d'Aboukir,
dans le deuxime arrondissement de Paris, o il effectuait son stage marquant la
fin de sa premire anne  l'Epitech, une cole d'informatique. Son frre travaillait
 Microsoft, mais ce n'est pas dans cette socit qu'il faisait son stage, plutt
chez David, nommment Mandrakesoft, socit ditrice du systme d'exploitation Mandrakelinux,
fire pousse du mouvement des logiciels libres. Pourtant tout n'allait pas pour le
mieux, la socit tait en plein redressement judiciaire, subissant de plein fouet
les retombes de la crise des valeurs technologiques de 2001. Mais Tocman s'en moquait
un peu, il tait l pour apprendre, et il apprenait, beaucoup, vite, trop, dans cette
ambiance triplement chaude de canicule, d'quipe de pointe, et de pression pour survivre,
pour sortir les produits, pour continuer la lutte...

Il n'tait pas si tard, 19 heures 30 tout juste, mais il tait crev, naze. Guillaume,
un dveloppeur de Mandrakesoft, parmi les plus anciens, des plus radicaux, presque,
aprs Pixel, avait pass la journe  lui expliquer quelques rudiments du langage
Perl, et Tocman avait fait son possible pour engrang, comprendre, assimil, mais
dsormais il mlangeait tout, ne comprenait plus rien, et aprs une heure sur un
exemple tout bte, il avait dcid de partir chez lui et de dormir enfin, voil quatre
jours qu'il ne dormait pas plus de quatre heures par nuit, et il n'en pouvait plus...

Il la vit,  boiter avec sa bquille devant le porche du 43 rue d'Aboukir, la porte
cochre tait encore ouverte, donnant sur un passage qui menait aux places de parking
composant le rez de chausse. Il se dit qu'elle allait le reconnatre, l'embrassait,
qu'ils allaient se marier et avoir beaucoup d'enfants, ou essayer souvent d'en avoir,
tout du moins.

Elle tait belle, mais Tocman savait d'entre qu'elle l'tait trop pour lui, pauvre
petit stagiaire  la chevelure abondante et dore. Tocman se dit beaucoup de choses
en avanant vers la sortie et en la regardant rester perplexe devant le porche. Il
se dit beaucoup de chose, mais, heureusement, pas suffisamment pour se dcourager
d'avance, et il s'approcha d'elle pour lui demander :

- Bonjour, je peux vous aider ?

Elle leva les yeux de son bout de papier griffonn et il eut l'impression d'avoir
dit une btise, mais Deborah, qui vit en ce jeune une aide providentielle, lui demanda
en anglais :

- Je cherche la socit Mandrakesoft ?

Tocman eut une petite bouffe de chaleur, son anglais laissait un peu  dsirer,
mais il comprenait assez bien. Il lui bafouilla quelques mots en anglais :

- Oui, euh, je travaille ici, euh, en fait je travaille pas vraiment, euh, je suis
euh...

Tocman sentait qu'il s'enlisait, il tenta de dire 'stagiaire' avec un accent anglais,
Deborah le regarda trangement, il comprit que qu'il ne servait  rien d'tre prcis,
et se reprit :

- Oui, oui, je travaille ici, je travaille pour Mandrakesoft.

Il se recula un peu, secoua la tte en signe affirmatif et se passa la main dans
les cheveux en esquissant un sourire.

Deborah ne sut trop que penser. Elle avait pass la journe  chercher comment venir
ici, pensant que peut-tre, savait-on jamais, certains des anciens collgues d'Ylraw,
qu'elle avait vu lors de l'enterrement de ce dernier, auraient pu l'aider en restant
discrets. Mais surtout parce qu'elle s'tait rendu compte que beaucoup de Franais
ne parlait pas anglais, y compris sans doute les parents d'Ylraw, et qu'une fois
dans leur petit village, et mme pour s'y rendre, elle aurait beaucoup de difficult
toute seule.

Alors, arrivant sur Paris et sachant que Mandrakesoft s'y trouvait, elle avait pris
la dcision de raconter l'histoire  un de ces anciens collgues et de lui demander
son aide. Mais en quelques secondes, en tentant de formuler  ce jeune ce qu'elle
voulait, elle se rendit compte que ce ne serait pas aussi simple que dans son imagination.
Comment en effet arriver  persuader quelqu'un qu'Ylraw tait encore en vie, qu'il
se trouvait en Australie et qu'il fallait l'aider ? Elle en douta mme de sa certitude
et se sentit stupide, l, perdue dans un pays dont elle ne parlait pas la langue,
face  ce jeune qui l'avait plus srement accoster parce qu'il la trouvait jolie
que pour l'aider rellement...

Elle eut alors une autre ide, elle allait l'utiliser ! Elle voyait qu'elle lui plaisait
et elle se dit, aprs tout, que sa connaissance des hommes pouvaient bien lui servir
dans un but honorable... Et puis de cette faon elle viterait de lui en dire trop,
et il s'il ne semblait pas forcment le plus vigoureux pour lui prter main forte,
il avait un peu le look d'Ylraw, en moins rabougri, et elle avait suffisamment confiance
en elle dans cette tache...

Il ne parlait pas trs bien anglais, mais avec un peu d'efforts ils devraient se
comprendre. Elle prit un air gn et lui dit :

- Je suis dsole, je suis un peu perdue, euh, est-ce que je peux vous demander un
service ?

Un service ! Il serait son preux chevalier ! Quoi qu'elle veuille !

- Bien sr, bien sr, si je peux vous aider.

- Et bien, euh, voil, c'est un peu compliqu...

Certes une bonne ide de vouloir se servir de lui, mais comment, que lui dire, qu'inventer
?

- Je...

Ce qu'elle voulait c'tait qu'il l'aidt  trouver un ancien passeport d'Ylraw, mais
elle ne pouvait pas lui dire ainsi, aussi directement... Elle aurait pu lui faire
croire qu'elle tait journaliste, enqutant sur la disparition mystrieuse de cet
Ylraw, car sa disparition fut bien considre comme mystrieuse et jamais vraiment
lucide.

- Je suis journaliste, et je travaille sur une histoire trange aillant touch l'un
des employs de cette socit...

- Ah, Ylraw ! Vous cherchez des informations sur Ylraw ?

Parfait, il tait dj un peu au courant.

- Euh, oui, mais, vous le connaissiez ?

Tocman se demanda si c'tait sain de tenter de la draguer en prtendant bien connatre
ce Ylraw. Bien sr il en avait entendu parl, son bureau ici  Mandrakesoft avait
mme t gard tel quel depuis son dpart, depuis sa course folle  travers le monde
et son dcs tragique en Australie. Mais pouvait-il dcemment utiliser le peu qu'il
savait pour cette belle ? Oh et puis ce serait sans doute honorer sa mmoire, aprs
tout, d'aprs ce qu'il savait du feu Ylraw.

- Oui, bien sr ! Enfin, tout le monde le connait ici, c'tait un hros, il avait
faisait beaucoup de chose pour Mandrakesoft, et puis beaucoup de ses amis continuent
 travailler ici.

Parfait, il mordait  l'hameon comme une truite chauffe.

- Ah, alors vous pourrez peut-tre m'en apprendre un peu plus sur lui ?

- Oui, avec plaisir, mais, je, peut-tre que... Il y a un bar au coin de la rue et...

- Je ne voudrais pas vous retenir, vous rentriez... Je voulais juste savoir si j'avais
la bonne adresse, peut-tre qu'on pourrait se revoir demain ou...

- Oui sans problme.

- Mais si vous n'tes pas press je ne fais rien ce soir, on peut peut-tre en parler
un peu, mais je ne veux pas vous embter...

Elle n'allait tout de mme pas le laisser partir...

Tocman devrait appeler sa mre s'il ne rentrait pas tout de suite, mais qu'importait,
elle ne comprendrait pas ce qu'il dirait. Et puis comment pouvait-il refuser quoi
que ce soit  cette superbe amricaine,  moins qu'elle ne soit anglaise, mais avec
son accent  couper au couteau il y avait fort  parier qu'elle ft amricaine. Et
puis aprs tout il n'tait que 19 heures et quart.

- Allons au bar juste au coin de la rue l-bas, je vais prendre votre sac.

- Merci, merci, mais il n'est pas trs lourd.

- Si, si, j'insiste.

Ils marchrent en silence jusqu'au bar, et se trouvrent une table inoccupe dans
un coin. Deborah avait mis la journe pour arriver de l'aroport au centre de Paris
puis pour trouver Mandrakesoft dans cet inextricable imbroglios de rues tordues dans
tous les sens. Elle se demandait bien comment pouvaient penser des gens qui avaient
fait des villes aussi biscornues.

- Paris est vraiment un vritable labyrinthe !

- Ah oui, c'est vrai que ce n'est pas aussi bien... fait que... au tats-Unis. Vous
venez des tats-Unis ?

- Oui, je viens du Texas.

Toujours dire le maximum de vrit, pensa Deborah.

- Ah, et, pourquoi est-ce que vous vous intressez  Ylraw ?

Lui dire ou pas qu'elle l'avait rencontrer ? Ne pas lui dire ce serait rendre plus
crdible son histoire d'enqute et de journaliste ; par contre si jamais une personne
de Mandrakesoft prsente  l'enterrement la reconnat, ce sera fichu.

- Je l'ai recontr, au Texas.

- Tu l'as rencontr !

Tocman se dit que l'anglais tait pratique  utiliser le mme terme pour le tutoiement
et le vouvoiement, il pouvait ainsi devenir beaucoup plus familier sans que l'interlocuteur
ne s'en apert, simplement en traduisant tous les 'you' par 'tu' au lieu de 'vous'.

- Oui, quand il est pass au Texas.

Finalement elle n'aurait pas d dire qu'elle tait journaliste...

- Ah bon, mais... Tu le connaissais, ou.. C'tait par hasard ? Tu savais que c'tait
lui ?

Deborah se dit qu'il posait beaucoup trop de question et qu'elle allait se faire
avoir si elle le laissait faire.

- Non je l'ai crois l-bas, je ne le connaissais pas, mais ensuite j'ai appris son
dcs en Australie, et dj au Texas je le trouvais bizarre. En fait je me demandais
s'il n'avait pas de la famille en France ? Sans doute ?

- Oui, oui ! Enfin, je pense. Je pense parce que quand les autres en parle ils disent
qu'ils sont alls dans le Sud de la France pour son enterrement, il doit avoir de
la famille l-bas.

- Ah ! Gap, c'est sans doute a ?

- Gap, oui ! C'est a. Vous voulez aller l-bas ?

- J'aimerais bien. Mais je n'ai vraiment pas de chance, je me suis foul la cheville
en descendant de l'avion.

- Ah oui ce n'est pas pratique. Et vous parlez Franais ?

- Pas du tout, c'est pour a que je suis venu d'abord ici, parce que je pensais que
dans la socit o il travaillait il y avait peut-tre des personnes qui parlent
anglais qui voudraient bien m'aider.

Plutt deux fois qu'une !

- Oui, oui, je veux bien vous aider !

Deborah fut satisfaite qu'il lui devnt serviable, elle regretta toutefois encore
cette histoire de journalisme, puis se dit qu'elle pourrait peut-tre en profiter.

- D'ailleurs, peut-tre pourriez-vous en demander un peu plus sur Ylraw, demain ?
Comme je suis journaliste il arrive souvent que les gens refusent de me parler. Ils
pensent tout de suite que je vais utiliser leur peine  des buts de faire des ventes.

Cette remarque fit un peu peur  Tocman, certes il voulait tout faire pour cette
belle amricaine, mais peut-tre quand mme pas se faire dnigrer par les gens de
Mandrakesoft pour avoir trop parler.

Deborah sentit que son commentaire avait pousser son jeune ami sur la dfensive,
et tenta de rattraper le coup aussitt.

- Bien sr je vous faire relire et valider tout ce que je vais crire, de faon 
ce qu'il n'y ai aucun malentendu. J'ai dsormais pris cette habitude de toujours
avoir l'aval des personnes que j'ai interviewes.

- Oui, oui, c'est bien.

- Et que fais-tu  Mandrakesoft ?

Que dire ? Qu'il tait dveloppeur ? Directeur ? Prsident ?

- Je suis stagiaire, je travaille dans l'quipe technique, avec les anciens amis
d'Ylraw, d'ailleurs.

Aprs tout, se dit Tocman, mentir lui rapporterait sans doute plus de problme que
d'avantages, et, mme, il aurait d un jour ou l'autre lui avouer la vrit, quoi
qu'il aurait pu attendre deux ou trois ans de mariage et leur premier gamin pour
a.

- Ils parlent souvent de lui ?

Peut-tre auraient-ils eut des nouvelles, eux-aussi, qui sait, elle n'tait pas la
seule personne en qui Ylraw pouvait avoir confiance.

- Pas trs souvent, mais quand ils racontent ce qu'ils faisaient avant, l'anne dernire,
souvent il tait l, alors ils en parlent. Comme pour l'le de R, les randonnes
qu'ils faisaient, ou l'histoire de Mandrake.

- Tu ne l'as jamais rencontr, toi ?

- Je... Non, non je ne l'ai pas rencontr...

Deborah resta silencieuse un instant, elle profita de son coca pour faire semblant
de rflchir. Elle pensait  Ylraw, elle se demandait toujours si elle n'tait pas
folle. Elle se demanda si elle devait tenter de convaincre son ami, dont elle ne
savait pas encore le nom, d'ailleurs, de l'aider  aller chez les parents d'Ylraw.
C'tait peut-tre un peu tt, elle pourrait attendre le lendemain. O allait-elle
dormir, d'ailleurs ? Si elle lui demandait son nom il lui faudrait donner le sien.
Si jamais il parlait d'elle  ses collgues de Mandrakesoft, il valait mieux qu'elle
donne un faux nom.

- Au fait, je ne me suis pas prsente, je m'appelle Dorothy Bryan, mais tu peux
m'appeler Dory.

- Moi je suis Nicolas Elmange Lanfen, mais vous pouvez m'appeler Tocman.

- Tocman ? a signifie quelque chose en franais ?

- Euh, non, pas vraiment, c'est juste, si enfin, non, c'est compliqu...

Elle comprendrait bien assez tt, se dit Tocman.

- Hum, vous voulez manger ?

- J'ai un peu faim, oui, mais je ne voudrais pas te retarder, on peut simplement
se voir demain ? Mais si tu veux je veux bien te payer le repas pour te remercier
de ton aide.

- Ah, non, non, je peux vous inviter, moi, c'est plutt  moi de vous invitez, je...
Euh... C'est moi le gentleman, ici.

Deborah sourit, elle aimait bien les mimiques de Tocman, sa faon de parler.

Elle souriait, "Femme qui sourit  moiti dans ton lit" se dit Tocman. Ou bien tait-ce
"Femme qui rit ?". Bah ! Pour une femme qui sourit a serait bien au moins dj le
quart dans son lit ! Mais quel quart choisir ? Est-ce qu'il valait mieux la couper
en quatre comme une tarte ou alors comme un saucisson ? Tocman ne pouvait pas manger
de saucisson, il tait juif et c'tait contre sa religion. Il fut embter car il
aurait bien aim avoir la tte entire quand mme. Il eut une ide de gnie, il pouvait
trs bien la couper en quatre comme une tarte tout en conservant la tte entire,
il suffisait de couper au niveau des paules vers le ventre !

- Peut-tre qu'on peut manger ici, non, il ne font pas  manger ?

Tocman se rendit compte de l'absurdit de ses penses et se rprimanda de ne pas
faire plus attention  Dory.

- Oui... Euh...

Pastapapa !

- Oui, non, en fait je connais un restaurant qui... Euh... Vous aimez les ptes ?

- Les ptes ? Oui, enfin qui n'aime pas les ptes ?

- Oui, enfin, ce que je veux dire c'est que c'est un restaurant italien, vous aimez
la cuisine italienne ?

- Oui, oui. Enfin, j'aime les ptes et les pizzas, les Italiens font autre chose
?

- Non, enfin si, mais la plupart des restaurant italiens font surtout des ptes et
des pizzas. Mais... Euh, ce n'est pas tout prs, enfin, il vous faudra marcher un
peu, et avec votre... Euh...

- Non, non ne t'inquite pas, je peux marcher, on ira doucement, c'est tout.

Tocman aida Deborah  se lever et lui prit son sac. Il trouva une excuse pour passer
un coup de fil  sa mre et lui dire qu'il rentrerait tard.

- a fait longtemps que tu travailles  Mandrakesoft ?

- Non, pas trs longtemps. Mais je suis encore jeune, je fais mes tudes, je suis
juste un stagiaire pour l'instant.

- Tu habites  Paris ?

- Oui. J'habite dans le quinzime.

- Quinzime ?

Tocman ptit pendant un bon quart d'heure, le temps d'arriver devant son restaurant
italien, avant d'expliquer correctement le principe des arrondissements parisiens
 Deborah.

Deborah tenta de ne pas trop parler d'elle ou d'Ylraw pendant le repas, et posa toutes
sortes de questions  Tocman sur lui, Paris, son travail...

Tocman fut surpris de l'apptit de Deborah, qui finit sans encombre le copieux plat
de ptes. Il faut dire que, comme elle le lui expliqua, il tait encore bien tt
pour elle, et elle n'avait pas encore manger grand chose de la journe, si ce n'tait
les frugaux repas servis pendant son vol.

- Tu dors dans un htel ?

Un htel ? Mince non, se dit Deborah, elle n'avait pas du tout penser  regarder
o dormir.

- Et bien, pour tre franche je n'ai pas encore regard. Avec cette histoire de cheville
a met sorti de la tte.

- Tu n'as pas rserv d'htel des tats-Unis ? C'est pas forcment vident  trouver
sur Paris pour le soir.

Deborah eut un doute, effectivement, o allait-elle dormir ? Il ne lui faudrait tout
de mme pas dormir sous les ponts !

- Je pensais que j'en trouverais un sans trop de difficult. Comme je ne savais pas
si j'allais rester sur Paris ou devoir tout de suite partir chez les parents d'Ylraw,
je n'ai rien rserv.

- Tu veux aller voir les parents d'Ylraw ?

Mince, elle ne savait plus trop si elle lui en avait dj parler ou pas, et si elle
pouvait le faire. Aprs tout, oui, il valait mieux qu'elle dt le maximum de vrit,
comme lui avait aprs Ylraw.

- Oui, je pense que ce sera les plus  mme de m'en dire un peu plus, non ? Ils habitent
dans le Sud de la France, non ?

- Oui, on en a parl tout  l'heure, ils doivent habiter prs de Gap.

Ah, oui, ils en avait bien dj parl, elle avait un doute, dcidment, elle ferait
mieux d'tre un peu plus attentive.

- Voil. Comme je ne savais pas trop o ce que j'allais faire, je n'ai pas rserv.
Tu penses que je pourrai pas trouver un htel ?

- Moi j'habite Paris, alors je n'ai jamais vraiment eu ce problme, mais bon quand
mme, il doit y avoir du monde. Remarque il y a quand mme beaucoup d'htels... Mais...

Lui proposer de venir chez lui ? Elle n'acceptera jamais, elle pourrait mme mal
le prendre...

Deborah n'avait pas peur de dormir sous les ponts, d'autant qu'il semblait faire
bon, pas aussi bon qu'au Texas, mais elle ne pensait pas qu'il ferait aussi chaud
 Paris. Elle avait plus d'une fois dormi dans les champs, mais si elle pourrait
conomiser ainsi une nuit d'htel, qui ne devaient pas tre des plus conomique 
Paris, elle aurait du mal  se rendre prsentable pour le lendemain, hormis si elle
trouvait une chambre  louer pour une heure.

- Tu ne connais vraiment pas d'htel pas trs cher dans le coin ?

Aprs tout, pourquoi pas, se dit Tocman.

- Je suis dsol... Mais si tu veux tu peux venir dormir  la maison, enfin, chez
mes parents. a ne les drangera pas, c'est assez souvent que des amis viennent dormir.

Deborah, une fois de plus, fut fire intrieurement.

- Je ne voudrais pas les dranger.

- Non, non, aucun problme.

- Mais c'est vrai que a m'arrangerait quand mme, surtout pour ce soir, aprs je
pourrais trouver un autre htel, mais c'est vrai qu'avec ma cheville ce n'est pas
du tout pratique.

Ils parlrent encore un peu de rien, Deborah ludant au possible toute rfrence
 sa vie, puis partirent rcuprer la ligne de mtro desservant le quartier de Tocman.
Ils marchrent en silence un moment, il tait dix heures du soir passes, et Tocman
tait extnu. Deborah tait fatigue de sa journe, elle avait assez peu dormi la
nuit prcdente, mais il tait encore bien tt pour elle, toutefois elle ne s'inquitait
pas trop de ne pas trouver le sommeil.

Tocman eut un peu de mal  expliquer  ses parents qui tait Deborah, et elle fut
surprise de dormir dans son lit, lui eut la gentillesse, en dbut de nuit tout du
moins, de dormir par terre, mais le sol tait vraiment trop dur et Deborah eut piti
de lui quand elle l'entendit se tourner et se retourner vers les deux ou trois heures
du matin.

Tocman ne prit mme pas le temps de jeter un oeil vers Deborah, il tait puis,
et il s'tait aussi prparer  tre trs courtois, presqu'inquiet qu'une fille aussi
belle accepte si facilement de venir dormir chez lui. Il avait un peu peur qu'elle
ne prt mal le fait de dormir dans son lit, mais elle ne sembla pas trouble outre
mesure.

Deborah considrait l'offre de Tocman surtout comme une aubaine, elle ne savait pas
vraiment ses dpenses  venir, mais dans une telle aventure chaque cents d'conomis
tait potentiellement un source d'ennui en moins pour l'avenir. Elle ne savait non
plus trop que penser des coutumes locale, tant sur l'hospitalit que ce qui tait
concevable ou ne l'tait pas, et se garda d'mettre la moindre opinion sur la proposition
de Tocman. Elle ne fit d'ailleurs gure de manire et dormi simplement en caleon
et tee-shirt large, elle connaissait bien les hommes, de toute faon, et savait qu'elle
avait peu  craindre de son hte. Deborah ne pensait pas le soir avant de s'endormir,
pas qu'elle ne le voulut pas, mais elle s'endormait si vite qu'elle avait rarement
le temps de trouver mme  quoi penser.

Deborah se rveilla tt, beaucoup trop tt. Tocman dormait encore profondment, mettant
un charmant petit sifflement. Elle sourit en le regardant. Elle regretta un peu de
lui avoir menti, elle se dit qu'il tait gentil, et que ce n'tait pas trs raisonnable
de sa part de se servir de lui. Elle se promit de tout lui expliquer  partir du
moment o elle aurait confiance en lui. Elle tait en France depuis tout juste une
journe et dj dans le lit d'un homme ! Cette pense la fit sourire. "Pauvre Billy",
se dit-elle. Elle tait assez contente d'elle, elle avait dj trouver quelqu'un
qui allait la renseigner. Elle s'inquita un peu de trop traner, peut-tre devrait-elle
dj partir vers les parents d'Ylraw ? Peut-tre tait-ce plus urgent qu'elle ne
le pensait ? Il lui faudrait absolument trouver un cybercaf dans la journe pour
relever son courrier lectronique. Peut-tre mme que son hte avait un accs internet,
il tait informaticien, aprs tout. D'un autre ct il tait bien jeune, il devait
avoir  peine 20 ans. Elle se sentait un peu vieille, pas tellement qu'elle tait
fatigue, ou qu'elle ne se sentait pas en forme, bien au contraire, le travail au
ranch lui apportait de l'exercice physique plus qu'il n'en fallait, et elle ne doutait
pas de sa force, mais plus qu'elle se sentait dans un monde diffrent. La gestion
de l'exploitation, des employes, des clients, lui demandait de paratre mature et
professionnelle, et elle se comportait si souvent comme le patron de sa petite entreprise
qu'elle en avait un peu perdu sa jeunesse. C'tait peut-tre cela, aprs tout, qu'elle
recherchait dans les multiples hommes qu'elle frquentaient, retrouver sa jeunesse,
peut-tre encore plus que cette volont de les dompter, cette volont de se venger
de son pre, cette volont de combattre cette frustration de se sentir si faible
face  lui.

Elle se souleva un petit peu pour voir l'heure sur le rveil, 5 heures 35, il tait
encore bien tt, et elle avait peur de ne pas pouvoir se rendormir.  quelle heure
pouvait-il bien se lever ? 7 heures ? Il lui faudrait bien encore attendre un heure
et demi... Elle pouvait peut-tre se lever ? Mais pour faire quoi ? Ah Ylraw ! Allait-elle
le revoir ? Comment le croire ? Elle l'avait vu, mort. Bien sr Naoma lui avait racont
ces histoires d'organisation, de tubes, de Lune, mais comment admettre une histoire
pareille ? C'tait, en un sens, remettre en question sa conception mme du monde,
des pays, du pouvoir...

Deborah rvassa une bonne heure puis se rendormit finalement, et c'est dans un trange
rve o elle tait perdue dans une plante ville gante, vritable labyrinthe o
tous ses anciens copains la poursuivaient pour lui demander des comptes, qu'elle
fut rveille par la sonnerie du radio-rveil de Tocman.

Il fallut une bonne dizaine de minutes  Tocman avant d'ouvrir les yeux, et surtout
de se rappeler la prsence d'une superbe crature  ses cts. Il tourna alors la
tte vers elle.

- Bonjour, a va ?

Deborah comprit "Bonjour", mais pas le reste, Tocman lui avait parl en franais.

- Qu'est-ce que a veut dire ?

Tocman lui traduit.

- Je vais bien, merci.

- Tu as bien dormi ?

- Oui, je me suis rveille assez tt, dcalage horaire, mais je me suis rendormie.

- Qu'est-ce que tu vas faire aujourd'hui ?

- Et bien a dpend un peu de toi.

Tocman eut une gicle d'adrnaline. Voulait-elle le revoir, passer du temps avec
lui ?

- Comment a ?

- Et bien, a dpendra des info que tu pourras avoir sur Ylraw. En attendant je ne
peux pas faire grand-chose.

- Ah oui.

- Est-ce que tu aurais un accs internet ? Il faudrait que je consulte mes messages.
 moins que tu connaisses un cybercaf.

- Non, non ! Tu peux utiliser l'ordinateur, tu peux mme rester l aujourd'hui, enfin
je crois. On a internet en France !

- Oui, je m'en doute, c'est surtout pour ne pas dranger. Mais je vais peut-tre
pas te dranger plus... Je pense que je vais...

Deborah se retint, elle voulait lui demander s'il avait une voiture, mais c'tait
peut-tre encore un peu tt, et elle n'en aurait pas besoin tout de suite. Elle serait
bien arrange qu'il puisse la conduire jusque chez les parents d'Ylraw, toutefois
elle savait qu'il vallait mieux demander un service quand on tait dj dans l'urgence,
la personne avait ainsi moins de temps pour rflchir, et souvent accepter, alors
qu'en demandant  l'avance elle avait tout loisir de se trouver une excuse valable.

Ils se levrent. Tocman indiqua la salle de bain  Deborah. Il lui demanda ce qu'elle
prenait au petit djeuner, elle ne fit pas la difficile et accepta la mme chose
que lui,  savoir un simple caf. Il lui indiqua l'ordinateur. Elle tait un peu
perdu, tout tait crit en franais, et ce n'tait pas le mme systme qu'elle avait
l'habitude d'utiliser, sans doute ce linux dont lui avait parl Ylraw. Elle s'y retrouva
tout de mme, aprs un petit tour ce n'tait pas si diffrent. Pas de message, elle
s'en doutait un peu. Elle se demanda si elle devait crire pour indiquer qu'elle
tait en France, mais comme elle n'tait pas trs sure, elle prfra attendre un
peu avant de donner des nouvelles, aprs tout envoyer le moins de messages possible
tait un gage de scurit.

Elle ne sut trop que faire, rester ici ou accompagner Tocman. Sa cheville l'embtait
vraiment, elle avait encore plus mal que la veille ; elle avait d trop forcer dessus,
il lui faudrait faire plus attention. Finalement elle dcida d'accompagner Tocman,
elle tait gnait de rester chez ses parents, et ils convinrent de se retrouver pour
djeuner ensemble. Tocman l'avait laisse  la bouche de mtro la plus proche de
Mandrakesoft, et elle avait march, boit plutt, pendant une bonne demi-heure avant
de trouver un banc o s'asseoir. Sa cheville lui faisait vraiment mal et elle maudissait
cette malchance. Elle ne pourrait pas faire grand chose en attendant midi. Elle enleva
sa chaussure et se massa la cheville. tait-ce un rve ? Elle tait en France, si
loin... Mais loin de quoi, aprs tout... Elle tait dj perdue au Texas, elle ne
le serait pas plus ici... Mais comment aider Ylraw ? Trouver d'anciens papiers ?
Mais serait-ce suffisant ? N'allait-il pas rest bloqu  la frontire ? D'un autre
ct la douane franais n'tait pas trs stricte pour les avions arrivant des tats-Unis,
s'il en tait de mme pour ceux arrivant d'Australie, il avait une chance. Comment
rcuprer ses anciens papiers, et en avait-il ? Les anciens papiers n'taient-ils
pas rcuprs par l'administration, comme au Texas ? Quand Ylraw tait perdu en Australie
avec Naoma, il voulait avoir des faux papiers pour rentrer en France, mais tait-ce
parce qu'il n'avait plus de papier ou parce qu'il avait peur de se faire reprer
? Deborah ragea de ne pas se rappeler avec suffisamment de prcision ce que lui avait
racont Naoma.

Contacter directement les parents d'Ylraw ne serait sans doute pas une bonne ide,
d'une part ils ne parlaient pas anglais, et en plus ils risqueraient de ne pas tenir
leur langue. Mais elle ne pourrait jamais mettre la main sur d'anciens papier toute
seule. Son frre ! Oui ! Son frre pourrait l'aider. Elle avait un peu parl avec
lui, il parlait anglais, et il serait sans doute plus discret. Mais o tait-il ?
Elle pourrait demander  Tocman d'appeler les parents d'Ylraw en ce faisant passer
pour un amie de son frre, les parents lui donneraient sans doute un moyen de le
contacter. Il tait plus jeune qu'Ylraw, Deborah ne savait pas trop de combien. Trois
ans, peut-tre quatre...

Elle aurait peut-tre pu le contacter directement, d'ailleurs, sans passer par Tocman
et mme sans venir en France, peut-tre que tout serait dj arrang. Quelle idiote,
si elle pensait un peu avant de se prcipiter ! Enfin, trop tard dsormais. Aprs
tout elle n'avait pas dit grand chose  Tocman, et s'il pouvait lui donner quelques
renseignements supplmentaires, ils pourraient lui tre utile. Elle ne savait pas
du tout le danger de cette affaire, elle ne savait pas si cette organisation tait
toujours l, si elle surveillait les connaissances d'Ylraw. Peut-tre tait-ce elle
qui avait orchestr tout a, sa mort, son enterrement... Peut-tre Ylraw avait-il
russi  finalement s'chapper, et qu'ils taient tous  ses trousses, et surveillaient
avec attention sa famille, ses amis, elle...

Avait-elle tait suivie ? Elle n'avait rencontr personne de suspect depuis le dpart
d'Ylraw. Mais mme si au Texas elle avait put passer au travers des mailles de leur
filet, sa prsence  l'enterrement d'Ylraw l'avait sans doute fait fiche. Nul doute
que son voyage en France prcipit avait t repre, alors. Elle aurait d tre
plus prudente, mais comment ? Comment faire quand on ne savait mme pas vraiment
ce que l'on fuyait. Elle fut interrompu par un jeune homme, qui lui parla en anglais
:

- Mademoiselle ?

Il tait jeune, peut-tre plus jeune qu'elle, elle ne le connaissait pas.

- Oui ?

- Pourriez-vous me rendre un service ?

Annexes
-------



Table de correspondance
-----------------------



Unit
-----


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 tri | 6^3 = 216 | 

| 1 quadri | 6^4 = 1296 | 

| 1 bi-quadri | 6^8 = 1,679.10^6 | 

| 1 tri-quadri | 6^12 = 2.177.10^9 | 

| 1 quatri-quadri | 6^16 = 2,821.10^12 | 

| 1 quinto-quadri | 6^20 = 3.65.10^15 | 

| 1 sexto-quadri | 6^24 = 4,74.10^18 | 


Unit de temps
--------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 jour | 26 heures 46 min 2 s (1,115 jour) | 

| 1 an (519 jours) | 1,586 ans (578.9 jours) | 

| 1 sixime (87 jours, 84 pour le dernier de
l'anne) | 97 jours (93.7 jours) | 

| 1 petit sixime (14 ou 15 jours) | 15,6 ou
16,7 jours | 

| 1 trente-sixime (de jour) | 44 minutes 37 secondes | 

| 1 sixime de trente-sixime | 7 minutes 26 secondes | 

| 1 petit sixime de trente-sixime | 1 minutes et quatorze secondes | 

| 1 trs petit sixime de trente-sixime (un trime) | 12 secondes | 

| 1 quadrime (de trente-sixime) | 2 secondes | 

| 1 bi-quadrime (de trente-sixime) | 1,594 millimes de secondes | 


Unit de temprature
--------------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 50 trimes | -40C | 

| 40 trimes | -12C | 

| 36 trimes | 0C | 

| 30 trimes | 16C | 

| 20 trimes | 44C | 

| 10 trimes | 62C | 

| 0 trime | 100C | 


Unit de distance
-----------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 pierre | 81,6 cm | 

| 1 tri pierres | 176,25 m | 

| 1 quadri pierres | 1057.5 m | 

| 1 bi-quadri pierres | 1370,6 km | 

| 1 tri-quadri pierres | 1,776 million de km | 

| 1 quatri-quadri pierres | 2,302 milliard de km | 

| 1 quinto-quadri pierres | 0,316 anne-lumire | 

| 1 sexto-quadri pierres | 408,97 annes-lumire | 


Unit de masse
--------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 bi-quadrime de pierre | 1.9 microgramme | 

| 1 quadrime de pierre | 2.47 g | 

| 1 trime de pierre | 14,8 g | 

| 1 trente-sixime de pierre | 89 g | 

| 1 sixime de pierre | 533 g | 

| 1 pierre | 3,2 kg | 

| 1 tri pierres | 691 kg | 

| 1 quadri pierres | 4 t | 


Unit de volume
---------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 bi-quadrime de pierre | 0,20 mm^3 | 

| 1 quadrime de pierre | 308 mm^3 | 

| 1 trime de pierre | 1,8 cm^3 | 

| 1 trente-sixime de pierre | 11 cm^3 | 

| 1 sixime de pierre | 67 cm^3 | 

| 1 pierre | 400 cm^3 | 

| 2 pierres et demi | 1 dm^3 | 

| 1 tri pierres | 86 dm^3 | 

| 1 quadri pierres | 0,5 m^3 | 


Chronologie
-----------


|	vnement | Anne Adamienne (par rapport au
MoyotoKomo) | Annes terrestres (par rapport 
Jsus Christ, approximation) | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| MoyotoKomo | 0 | -18000 | 

| Tlportation | 3125 | -13000 | 

| Exprience Terre | 6374 | -8000 | 

| Naissance de Melinawahasa | 11287 | -136 | 

| Naissance de Teegoosh | 11303 | -110 | 

| Naissance de Sarah | 11333 | -62 | 

| Teegoosh au pouvoir | 11351 | -33 | 

| Naissance de Jsus Christ | 11372 | 0 | 

| Naissance de Pnople | 11734 | 579 | 

| Libre Choix | 11749 | 603 | 

| Naissance d'Ylraw | 12607 | 1976 | 

| Naissance d'navila | 12608 | 1978 | 

| Ylraw sur Adama | 12624 | 2003 | 
